Marine LE PEN, le F.N. et le GAULLISME…

publié le 3 juil. 2011 à 02:15 par Jean-Pierre Rissoan
  13/12/2010  

Le Monde publie un article d’Abel Mestre sur la préparation de la présidentielle par les « marinistes ». (Édition des 12&13 décembre 2010). Il y fait état d’un groupe de travail du FN dirigé par un juriste spécialiste du droit constitutionnel et avocat, L. Aliot.

A. Mestre fait part de son étonnement : « Insistant sur les institutions, M. Aliot développe une ligne qui se veut héritière… du gaullisme. Etrange dans un parti qui s'est, en partie, construit contre le général de Gaulle. "C'est une ligne gaullienne, précise M. Aliot. Ça correspond à l'esprit de la V°République. Le FN a toujours eu une attirance-répulsion avec le gaullisme. Celui de l'Algérie est impardonnable, celui des institutions correspond parfaitement"».

Etonnement étonnant.

En 1958, aux élections fondatrices de la V° république, J.-M. Le Pen est un candidat gaulliste sans vergogne. Dans sa circulaire électorale du 1er tour (novembre 1958), il écrit : "Parisiens, …, le sursaut national du 13 mai et l’arrivée du général De gaulle ont balayé les institutions mauvaises. (…).Aujourd’hui, je vous convie à vous unir autour du Général De Gaulle, …"etc…

Quant aux institutions, il est exact que la V° république correspond aux vœux exprimés par tout ce que la droite compte d’autoritaires, d’hétéronomistes -le pouvoir vient d’en haut, le peuple n’a qu’à ratifier-. Toute la III°, toute la IV° sont parcourues par des projets de REFORME DE L ETAT[1], qui effrayaient les républicains plus respectueux des pouvoirs du Parlement. Ainsi, le compère de Le Pen au sein de la DROITE NATIONALE, j’ai nommé J.-L. Tixier-Vignancour[2] reprend les vieux thèmes des années Trente dans sa circulaire de campagne de 1956 :

"POUR UN POUVOIR EXÉCUTIF FORT :

Augmentation des pouvoirs du Gouvernement ; Diminution des pouvoirs de l'Assemblée ; Interdiction aux députés de proposer des dépenses ; les députés ne devraient voter que les recettes". Seul le pouvoir exécutif "sait" les dépenses à effectuer.

Ce programme sera exaucé avec la constitution de 1958. Dans sa circulaire électorale, Le Pen écrit un paragraphe intitulé « Réforme de l’Etat » laquelle "visera, en application de la nouvelle constitution (sic), à créer un Etat fort, (…)". On a vu plus haut qu’il récusait sans ménagement les "institutions mauvaises" comprenez : celle de la IV° mais il se montre chaud partisan de l’application de la nouvelle constitution.

Il est normal que le susnommé Aliot affirme que le De Gaulle des institutions corresponde parfaitement au F.N.. Les Français se donnent un chef puis retournent se coucher. La V° a été un grand recul démocratique.

"Faites-moi confiance et allez vous coucher ! " Michel de Ghelderode (La Balade du Grand Macabre).

 

NB. Pour prolonger lire les chapitres 18, 20 et 21 de mon livre (cf. colonne de gauche). Il est dommage que Le Monde qui possède plusieurs exemplaires de mon livre (il ne me les a pas retournés) n’aille pas à sa lecture comme on va à la source.   


[1] Se rappeler les initiatives de Mercier, de Bardoux (J.-L.T.V. était membre de son groupe parlementaire) et d’autres (chapitre « 6 février 34).

[2] J.-M. Le Pen sera son directeur de campagne lors de la présidentielle de 1965.

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