Georges Séguy, une vie française dédiée à la liberté...

publié le 18 août 2016 à 03:44 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 janv. 2017 à 04:04 ]
    Cette page n'a pas la prétention d'être une biographie de Georges Séguy. C'est un hommage à un militant que j’admirais beaucoup. Pendant les évènements de mai 68, nous suivions chaque jour, heure par heure (presque...) ses déclarations afin de bien coordonner nos actions à celles de tous les autres. Je me souviens des insultes des gauchistes, aujourd'hui - comme prévu - placés bien à droite ou au PS hollandais, qui lui reprochaient de trahir la classe ouvrière -dont ils ne faisaient pas partie - et des camarades CGT qui ripostaient par des banderoles rappelant le passé de déporté de Séguy, déporté pour des raisons hautement estimables.
    De la résistance-déportation à ses fonctions de créateur de l'institut d’histoire sociale via son passage historique au secrétariat général de la CGT, Georges Séguy a consacré sa vie au combat libérateur.
    Comme Robespierre, sa place au Panthéon ne serait pas usurpée.
    Nous nous inclinons très bas, Georges.
    J-P. R.
    sources : l'Huma, n° spécial du mardi,16 aout 2016
    une biographie commode et rapide : http://www.humanite.fr/georges-seguy-une-vie-de-combat-pour-le-progres-social-613755


"le nazisme a fait de moi un combattant"

    « Dans la mesure où j’avais eu la chance inestimable de figurer parmi les rescapés, ma vie en quelque sorte ne m’appartenait plus ; elle appartenait à la cause pour laquelle nous avions combattu et pour laquelle tant des nôtres étaient morts »



« J’étais chargé de mission par l’état-major des FTPF et j’effectuais aussi la liaison entre la direction de l’imprimerie et les organisations illégales de la CGT, du Front national et du PCF dont les responsables jugeaient prudent, non sans raison, de ne pas trop s’aventurer dans notre entreprise » (lettre reproduite dans Henri Noguères, Marcel Degliame-Fouché, Histoire de la Résistance en France, tome 4, Éditions Robert Laffont, p. 379). Il fut arrêté le 4 février 1944 et emmené avec l’ensemble du personnel de l’imprimerie qui était en train d’imprimer une brochure d’André Wurmser, "Ce qu’il faut savoir de l’URSS". Henri Lion devait mourir en déportation. Georges Séguy fut menacé, interné mais non torturé. Il fut conduit à la prison Saint-Michel à Toulouse du 4 au 22 février 1944, puis au camp de Royallieu à Compiègne jusqu’au 21 mars 1944, avant d’être déporté au camp de Mauthausen en Autriche. Ayant tout juste dix-sept ans, il fut pris en charge par l’organisation illégale du camp, protégé au maximum, notamment lorsque, victime d’une pleurésie, il fut employé clandestinement à l’hôpital pour y être soigné en cachette ; il évita ainsi l’hospitalisation avec le risque de finir au four crématoire.
Il fut libéré le 28 avril 1945 par la Croix rouge internationale, en passant par la Suisse, avec d’autres militants communistes tels que Rabaté, Lampe, Ricol, Bontemps, Lamazere etc. Il arriva à Toulouse le 5 mai 1945 « bien mal en point », comme devait l’écrire son père et se mit à la disposition du PC, le jour même. Georges Séguy, qui ne fit pas de service militaire en raison de sa déportation, fut FFI aspirant homologué. Ultérieurement, il devait appartenir à des organisations de déportés.
Les séquelles de sa pleurésie lui interdirent un retour dans l’imprimerie à cause des émanations de vapeur de plomb. Il travailla quelque temps comme responsable aux abonnements dans le journal régional de la Résistance, Le Patriote de Toulouse, que dirigeait André Wurmser.

UNE ASCENSION RAPIDE

    Après la guerre, devenu cheminot, il prend des responsabilités syndicales à la CGT et entre au PCF, sections et fédération de Toulouse. L’ascension de G. Séguy fut, en effet, rapide. Il avait adhéré à la CGT en octobre 1945 et était très vite devenu responsable du syndicat CGT des cheminots de Toulouse. Il s’élevait également avec rapidité dans la hiérarchie du Parti communiste. En mai 1964, il accéda au Bureau politique du PC, lors de son XVIIe congrès ; il en était le membre le plus jeune. L’année suivante, il entra au Bureau confédéral de la CGT et en 1967, il accéda à sa responsabilité majeure, Benoit Frachon, figure historique et emblématique, devenant « président ».

    Il faut dire, ici, que Georges Séguy savait de qui tenir. Son père André était cheminot et ami de Pierre Sémard. Militant exemplaire, son père avait le titre de « ancien gréviste de 1920 ». Membre du parti socialiste SFIO, André milita pour l’adhésion à la III° internationale c’est-à-dire à la création du Parti communiste français. La grève des cheminots de 1920 fut un acte fondateur dans le mouvement ouvrier français. Elle contribua à faire le départ entre une attitude réformiste et un comportement révolutionnaire. Souvenir personnel : dans les années 50’, je lisais la revue du syndicat CGT de la SNCF, que ma mère recevait toujours malgré le décès de mon père cheminot et il y avait toujours une galerie de portraits de nouveaux retraités et sous la photo de chacun, après les nom et prénom, l’indication de la région ferroviaire, et, immanquablement, l’indication « ancien gréviste de 1920 »…

    Malgré la présence de Benoit Frachon, qui dirigea la délégation de la CGT réunifiée, en 1936, à Matignon, c’est sur Georges Séguy que reposa la responsabilité de conduire la négociation, à Grenelle, en mai 68. 

MAI 1968


    Georges Séguy conduisit la délégation de la CGT aux négociations de Grenelle et mena les discussions avec le patronat en face de lui et le gouvernement sur sa droite. On reconnait G. Pompidou, premier ministre, J.-M. Jeanneney, ministre des affaires sociales et J. Chirac, sous-secrétaire d’État à l'emploi. G. Séguy avait un solide certificat d'études primaires  et ce qu'il avait appris aux écoles du parti face au normalien Pompidou, ancien D.G. de la Banque Rothschild, face à l'énarque Chirac et face à Jeanneney, fils de l'ancien président du sénat sous la III° république. Face également à six conseillers techniques. et je ne parle là que de la délégation gouvernementale. Il y a en vis-à-vis celle du patronat qui comptait en son sein, un membre de la famille Peugeot. Autrement dit, Séguy avait affaire à forte partie. C'est l'immense mérite de la CGT et du PCF d'avoir formé des militants issus du peuple, capables de négocier avec la technostructure. C'est en cela que le PCF est un authentique parti OUVRIER. Ce que le FN ne saurait être. A propos de J. Chirac, âgé de  36 ans, alors petit paltoquet -il qualifia ainsi le jeune L. Fabius nommé premier ministre par F. Mitterrand - G. Séguy en parle ainsi dans son livre publié en 1972 :

Sur le coup de quatre heures du matin, le ministre Chirac me demande un entretien. J'accepte. Il commence à me parler de la politique extérieure du général qu'il faut sauver à tout prix par la reprise du travail. La façon dont ce ministre s'adresse à moi et le ton condescendant qu'il utilise me choquent profondément. Pour qui prend-il les militants ouvriers ? Manifestement, il a tout à apprendre. Je lui fais comprendre correctement mais catégoriquement qu'il perd son temps et que, s'il n'a rien d'autre à me dire, l'entretien a assez duré (1)


LA VIE QUOTIDIENNE D'UN SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CGT

    Avec les travailleuses - travailleurs en grève, Georges Séguy était comme un poisson dans l'eau...
    Rien ne faisait plus plaisir à Georges Séguy que le contact direct avec les travailleurs.

    Le patronat utilise tous les moyens pour détruire la CGT. Mais à côté de ce qu'il a subi à Mauthausen, ces petits combats juridiques étaient peu de chose pour G. Séguy ; surtout avec un défenseur comme Me Lederman.

LE RETRAITE ACTIF

    Après son départ du secrétariat général de la CGT, Georges Séguy continua de militer : il resta à la Commission exécutive de la CGT de 1982 à 1992 et fut le principal animateur de l’Appel des Cent pour la paix et le désarmement, rassemblement de personnalités issues de divers horizons. Par ailleurs, il s’impliqua profondément dans la démarche qu’entreprit alors la CGT pour rechercher son histoire. Ce fut en effet en 1982 que la CGT constitua un Service confédéral d’archives : une première tentative de ce type, qui avait eu lieu en 1937, cassée nette par la Seconde Guerre mondiale, était restée sans lendemain. C’est également en 1982 que fut mis sur pied l’Institut CGT d’histoire sociale, sous la présidence de Georges Séguy, ainsi que plusieurs Instituts régionaux : toutes ces structures organisèrent et impulsèrent de nombreuses recherches sur l’histoire de la Confédération. Georges Séguy participa activement à cette démarche et contribua à ce que la CGT prenne en charge son histoire. 
 
    
En juin 2016, Georges Séguy  arborait dans sa maison de retraite un T-shirt Info'Com-CGT sur lequel figurait un dessin de Babouse et ce slogan : "Pas de retrait, pas de trêve !" en soutien aux manifestants qui exigeaient le retrait de la ‪Loi El Khomri "..
Ici, on le voit avec un tee-shirt à l'effigie de Charb le si regretté redac'chef de Charlie-hebdo.




(1) G. Séguy, le Mai de la CGT, Julliard éditeur, 1972, page 108.


Voir aussi : 7. Guerre, Occupation et Résistance : jeunesse de France et résistance anti-nazie : Georges Séguy

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