La guerre, l'horreur, Arras, ville martyre.

publié le 2 juil. 2011 à 02:44 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 févr. 2016 à 07:50 ]
  18/04/2011  

    Nous avons passé ce week-end à Arras, chef-lieu du Pas-de-Calais chanté par Fernand Reynaud et son ami Bidasse. Nous devions participer à l’assemblée générale constitutive de la société des Amis de Robespierre. Passons sur ce point.

  


   Par rapport à l’ami Bidasse, nous sommes à Arras sur l’une des terres de France qui a le plus souffert de la guerre de 1914-1918. C’est inconcevable. Pour le concevoir, il faut observer des photos et/ou des films d’époque. Nous autres à Lyon, sommes peut-être trop éloignés du Nord de la France, on connaît Verdun, pour sûr, on a vu des photos de la cathédrale de Reims terriblement endommagée, mais plus au nord, on ne sait pas trop ce qui s’est passé.

    Il faut d’abord savoir qu’Arras est une ville flamande, qui fit fortune dans l’industrie textile. Comme partout les corporations de métier avaient pignon sur rue ou plutôt sur place et cela donne, au plan urbanistique, ces fameuses Grand-Place, centre des affaires, cœur  sentimental de la ville, dominées par le beffroi, tour haute qui brave le donjon du seigneur auquel on vient d’arracher les libertés municipales. Mais à Arras, il y a deux places : le Grande et la Petite, appelée "place des héros"[1]. Arras fut aussi une ville religieuse avec cathédrale, églises, chapelle, monastères et couvents. Stratégique, elle fut fortifiée par Vauban. J’abrège. Mais on comprendra que le chef-lieu du Pas-de-Calais regorge d’un patrimoine très important.

    A la fin de 1918, tout cela est par terre. On pourrait dire un "champ de ruines" mais cette expression éculée est trop littéraire. C’est un tas de pierres. Les toits ont été effondrés et il ne reste que les pignons, si bien que l’on a une impression de hérissement, d’une forêt de cheminées de fée avec des pierres pour faîte, des pinacles fantomatiques posés côte à côte. C’est horrible. C’est - photo plus diffusée - Berlin en mai 45. Plus de Grand-Place, plus de beffroi, une cathédrale éventrée ; les cailloux ont remplacé les belles pierres de taille.

    En août 1914, les Allemands violent le territoire belge, passent par-dessus tout ce qui est en face d’eux, Arras est ville ouverte mais c’est à peine si les Allemands s’y arrêtent car leur objectif c’est Paris. Après la victoire française sur la Marne, les envahisseurs reculent et c’est "la course à la mer". La ville d’Arras restera non-occupée par l’ennemi mais le front passe à hauteur de sa gare ferroviaire. Les canonniers allemands ont tout loisir de bombarder la ville qu’ils voient de leurs yeux, sans jumelles. Arras est classée "ville-martyre" avec Reims et la ville belge d’Ypres. Voir la ligne de front qui jouxte les limites de la ville dans "LA PEUR", roman autobiographique de Gabriel CHEVALLIER


source du document : http://amnis.revues.org/1371?lang=es   

     La ville vient d’ouvrir (2008) un nouveau centre de commémoration de la mémoire des victimes de la guerre de 14-18. C’est extraordinaire. Il s’agit de la carrière Wellington. Wellington ? Comme le nom du vainqueur de Waterloo ? Oui, parce qu’il s’agit de célébrer les néo-zélandais. Que diable ces hommes courageux sont-ils venus faire sur le front franco-allemand ? Cela fait partie des mystères de cette guerre impérialiste, désastre de l’humanité, bête immonde d’où est sortie une autre bête immonde.

    Arras est construite sur le manteau calcaire de l’Artois. Vous allez voir l’intérêt de ce détail géologique. Dès le X°siècle, des carrières ont exploité ce matériau de construction. La ville est un peu assise sur une termitière, galeries d’exploitation de la craie. En 1917, les Français rassemblent leurs troupes pour une grande offensive - celle dite de Nivelle - et laisse le secteur d’Arras aux Britanniques. Ces derniers en auront la charge jusqu’à la fin de la guerre. Nivelle et les Anglais se concertent. Pour sa grande offensive aux Chemins des dames, le généralissime français a besoin d’un effet de diversion des Anglais au niveau d’Arras. Il leur demande d’attaquer afin de faire déplacer des divisons allemandes qui colmateront les brèches et, alors, Nivelle lancera toutes ses forces sur le front allemand affaibli. Tout cela c’est la théorie. L’offensive Nivelle sera un désastre.

  




























    Les Britanniques prennent la chose très au sérieux. Ils préparent leur offensive et pour ce faire utilisent le réseau souterrain de galeries. Ce sont des tunneliers néo-zélandais qui pendant plusieurs jours vont aménager les galeries, les connecter entre-elles, les prolonger jusqu’à arriver presque au niveau du front à quelques mètres des lignes allemandes. Tout cela souterrainement, on a bien compris, sans explosif mais à la pioche. Au jour J, les soldats jailliront par les trous aménagés à cet effet. Ils n’auront donc pas traversé le no man’s land balayé par les rafales ennemies des mitrailleuses dévastatrices. Le jour J, c’est le 9 avril 1917, 5h30 du matin. C’est la bataille d’Arras. Pendant près d’une semaine, 24.000 hommes ont attendu, terrés dans les galeries, prêts à bondir aux coups de sifflet des gradés.

    L’effet de surprise est total. Les Anglais prennent l’avantage, les Allemands reculent. Mais, hélas, au lieu de profiter de son avantage, le général Allenby décide un jour de repos. Un jour pendant lequel les Allemands reprennent leurs esprits, appellent les divisions de réserve, etc… La suite est une meurtrissure inracontable.

    L’historien S. Audouin-Rouzeau utilise ce « bon marqueur (sic) que constitue la moyenne des pertes journalières » pour apprécier la violence d’un conflit. On peut comparer : la guerre de Sécession a fait 480 morts par jour ; les États-Unis ont perdu 195 morts par jour de 1917 à 1918 (…) et 123/jour de 1941 à 1945. Pour la Grande-Bretagne, pour les deux guerres mondiales, les chiffres sont respectivement de 457/j et 147/j[1].

    A Arras, la bataille a duré 39 jours. Les Britanniques ont perdu 4.300 hommes par jour ! Quatre mille trois cents. Ils ont déplacé le front vers l’Est de 12 kilomètres.


[1] La visite de la carrière Wellington nous montre la vie quotidienne de ces hommes
Photos : office du tourisme d'Arras (sauf indication contraires).


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