Raymonde Tillon, une vie communiste au XX° siècle

publié le 22 oct. 2015 à 06:03 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 juil. 2016 à 15:58 ]

    à l'heure où tombe la nouvelle de sa mort, on ne peut que s'incliner devant cette femme héroïque. Hommage et respect.
    17 juillet 2016. 

    Voici une brève biographie d’une femme communiste dont on célèbre en ce moment le centenaire. C’est une vie à tous égards exemplaire qui montre la richesse historique du 20° siècle et la richesse biographique de ces militants du courant communiste dont la vivacité fonde l’originalité de notre pays.

    Raymonde Tillon a connu l’avant-guerre avec un époux syndicaliste CGT, puis elle "entre en résistance", bien avant l’invasion de l’URSS par les Nazis, est déportée en Allemagne où son courage extrême lui permet de survivre. Elle réussit même à s'évader. A la Libération, elle incarne l’émancipation des femmes en devenant, non seulement électrice, mais députée. Son époux, Charles Tillon, communiste, est ministre du général De Gaulle. Dans les années cinquante, elle lutte avec son nouveau compagnon, contre le stalinisme, est exclue du parti mais reste fidèle à son idéal émancipateur.

    Une "méconnue de l’histoire" comme écrit C.-L. Foulon mais qui a fait l’Histoire.

    J.-P. R.

    la note 2 a été conçue par mes soins.

 

Raymonde Tillon a cent ans aujourd’hui (22-X-2015)

 

    Charles-Louis FOULON [1], historien.

  

 

        Résistante, déportée à Ravensbrück, elle fut la première femme députée, communiste, de Marseille en 1945.

Née à Puteaux, Raymonde Barbé perd ses parents à 5 ans et est élevée dans un orphelinat religieux avant de s’en enfuir, avant sa majorité, pour rejoindre son frère près d’Arles. C’est dans les Bouches-du-Rhône qu’elle est employée de commerce et qu’elle épouse Charles Nédelec, militant syndical cégétiste qui, devenu clandestin sous l’Occupation, devait mourir d’épuisement au printemps 1944.

        Une méconnue de l’Histoire, mais une militante exemplaire

Afficher l'image d'origineRaymonde Nédelec, arrêtée dès mars 1941, est condamnée à vingt ans de travaux forcés par une section spéciale de Vichy prononçant des peines rétroactives ("SECTIONS SPÉCIALES", le film, l'histoire...). Après la prison de Rennes, livrée aux nazis par le gouvernement de Vichy, elle est déportée à Ravensbrück. Durant toute sa détention, elle garde dans sa poche son insigne de jeune communiste, risquant pour ça la pendaison. Elle la risque aussi en sabotant les obus qu’elle et ses camarades de kommandos devaient «chemiser» pour les armées du III°Reich. Elle risque sa vie enfin en échappant aux gardes SS lors des marches de la mort (2). Sa bravoure lui valut la médaille militaire et la croix de guerre, puis la croix de chevalier de la Légion d’honneur. À la Libération, elle se marie avec Charles Tillon, commandant en chef des FTP sous l’Occupation, puis ministre du général de Gaulle. Raymonde eut la joie d’être élue, en octobre 1945, parmi les premières femmes électrices et éligibles, députée communiste à Marseille. Comme élue communiste, elle a défendu les valeurs de justice et de liberté. Elle est aujourd’hui la seule survivante parmi les députées de la Constituante. Nous fêtons donc aujourd’hui son centenaire et le 70e anniversaire de son élection.

C’est sa passion de la liberté qui lui fit rejeter le stalinisme et lier son sort à celui de Charles Tillon. Elle connut avec lui une terrible période d’isolement de 1952 à 1956. Écartée, puis exclue du PCF, refusant les diktats staliniens, Raymonde Tillon est une méconnue de l’Histoire. Pourtant, elle fut une militante exemplaire. Les mots du président de la République devant le Panthéon le 27 mai dernier Au Panthéon, un hommage incomplet à la Résistance (28 mai 2015) valent pour elle : Raymonde Tillon est admirable sans avoir voulu qu’on l’admire. Elle demeure un des nobles visages de la République.

Aujourd’hui, elle est accablée par les maladies du grand âge, et nous lui devons un salut reconnaissant.

        L'Humanité, Jeudi, 22 Octobre, 2015






[1] Auteur de la postface des Mémoires de Raymonde Tillon, J’écris ton nom, Liberté. Éditions du Félin. 2002, 220 pages, 19,70 euros

(2) extrait de l'encyclopédie multimédia de la Shoah :
    Fin mars 1945, les SS évacuaient Ravensbrück, imposant à plus de 20 000 prisonniers une marche de la mort vers le nord du Mecklembourg. Les troupes soviétiques dans leur avance croisèrent la route de la marche et libérèrent les prisonniers. Peu avant l’évacuation, les Allemands remirent plusieurs centaines de prisonnières, essentiellement des Françaises, aux représentants des Croix Rouge suédoise et danoise. Lorsque les troupes soviétiques libérèrent Ravensbrück, les 29 et 30 avril 1945, ils y trouvèrent 3 500 détenues malades et affaiblies.

    Entre 1939 et 1945, plus de 130 000 prisonnières sont passées par le réseau de camps de Ravensbrück, et seules 40 000 y ont survécu. Les détenues venaient de tous les pays de l’Europe occupée par les Allemands, dont un quart de Pologne. Presque 15% des internées étaient juives, 20% étaient allemandes, 7% françaises et près de 5% Tsiganes.

    (...)

    Le terme marche de la mort fut probablement inventé par les prisonniers des camps de concentration. Il fait référence aux marches forcées de prisonniers sur de longues distances et sous stricte surveillance, dans des conditions hivernales extrêmement dures. Pendant ces marches de la mort, les gardes SS maltraitèrent brutalement les prisonniers. Obéissant aux ordres explicites qui étaient d'abattre les prisonniers qui ne pouvaient plus marcher, les gardes SS abattirent en route des centaines de prisonniers. Des milliers de prisonniers moururent également de froid, de faim et d'épuisement. Les marches de la mort furent particulièrement nombreuses fin 1944 et en 1945, alors que les nazis tentaient de transférer les prisonniers vers l'intérieur de l'Allemagne


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