Commémoration. 8 mai 1945, le jour « V »

publié le 7 mai 2020 à 15:22 par Jean-Pierre Rissoan
    "V" comme victoire, bien sûr, V comme les deux doigts de Churchill, V avec un trait long suivi de trois points comme les premières notes de le V° symphonie de Beethoven... En ce jour anniversaire, l'Humanité publie un article de l'historien Édouard Sill ainsi que cette très belle photo du 8 mai 1945 à Paris, on remarquera la belle robe de l'Union soviétique qu'à cette date personne ne pouvait oublier... pas comme aujourd'hui, hélas.
        J.-P. R.

    Il y a 75 ans, la barbarie nazie, ce système politique et idéologique basé sur la négation de l’humanité, était vaincue. Ce fut au prix du sacrifice de dizaines de millions de vies, résistants, combattants antifascistes et alliés.

    Mai 1945, les armées soviétiques assiègent Berlin tandis qu’Adolf Hitler s’est suicidé dans son bunker, le 30 avril. À l’ouest, les alliés pénètrent en Allemagne, recevant les capitulations locales des armées nazies. La découverte de l’horreur concentrationnaire a achevé de convaincre de la nécessité d’éradiquer un système, au-delà du fait de défaire son armée. 23 h01, le 8 mai (01 h01, le 9 mai, heure de Moscou), les combats cessent à Berlin, comme partout en Europe. Les armées allemandes se rendent sans conditions aux forces alliées, anglo-américaines et soviétiques. Bien plus qu’un acte juridique mettant fin aux opérations militaires, c’est l’aboutissement d’une lutte menée par le monde pour sa propre survie, l’éradication d’un fléau mortel surgi en ­Europe vingt ans plus tôt.

    Une capitulation «sans conditions»

    Pour la presse française du 8 mai 1945, c’est le jour « V », celui de la victoire, signée symboliquement à Reims la veille, une localisation due à la situation du quartier général allié. C’est en effet le 7 mai, à 2 h 41 du matin, à Reims, qu’est signé l’acte de reddition militaire. Une seconde version, similaire, est signée à Berlin-Karl­shorst, dans la nuit du 8 au 9 mai, devant les Soviétiques. Le fait était assez nouveau à cette échelle. Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, de la Première Guerre mondiale ou en juin 1940, les combats avaient été interrompus par un armistice. Lors de la conférence de Casablanca, en janvier 1943, les alliés s’étaient entendus pour repousser tout compromis avec l’ennemi, en exigeant une capitulation « sans conditions », signifiant la remise totale du vaincu entre les mains du vainqueur, sans contrepartie. Ainsi, le 4e point de l’acte signé en mai 1945 stipulait qu’il pouvait être remplacé par tout autre imposé par les Nations unies. Au-delà de l’Allemagne étaient visés un système et une idéologie.

    «Donner aux pays européens des institutions démocratiques»

    Car l’acte militaire qui rayait d’un trait ce Reich annoncé pour mille ans sonnait également la victoire de celles et ceux qui, depuis vingt ans, dans l’ombre des prisons italiennes ou au sommet des collines d’Espagne, avaient initié le combat antifasciste. Ce combat était devenu mondial dès 1933, et les premiers champs de bataille étaient à Vienne en 1934, à Madrid en 1936, sur l’ Ebre en 1938, avant d’être portés en France l’année suivante. Ils avaient annoncé aux démocraties libérales qu’elles seraient les prochaines victimes.

    Tandis que l’Allemagne nazie était à genoux et ratifiait sa défaite, 50 États coalisés se réunissaient au même moment à San Francisco pour former les Nations unies et réaffirmer la primauté des droits fondamentaux de l’homme, dans « l’égalité de droits des hommes et des femmes et des nations ». Quelques mois plus tôt, à Yalta, les alliés s’entendaient pour « effacer les derniers vestiges du nazisme et du fascisme » et permettre aux pays européens de «  se donner des institutions démocratiques de leur propre choix ». Cette intention, imparfaitement appliquée, puisait aux mêmes eaux et suivait les principes mêmes pour lesquels s’étaient levés avant le jour tant d’hommes et de femmes depuis vingt ans, réunis autour de l’antifascisme, avant de l’être en continuation dans les rangs de la Résistance et des armées alliées.

 
    Édouard Sill est chercheur associé au Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, université Paris-I la Sorbonne/CNRS

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