III. BRASILLACH, ce "poëte sacrifié", ce "déferlement de lumière"..

publié le 26 juin 2013 à 12:20 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 févr. 2016 à 09:39 ]


cet article est la suite et fin de

I. ET VOILA QUE L’ON NOUS RESSORT BRASILLACH…

suivi de

II. BRASILLACH, ou L’IMPOSTURE (suite de la critique de l’article de J.-L. Douin)

Un "brillant" intellectuel

Sur l'intellectuel national-socialiste français qu'est Brasillach deux remarques. 20-XI-42 : "rien ne sera fait sans la révolution totalitaire" (c'est lui qui souligne) à associer à ce paragraphe extrait du "programme minimum pour la jeunesse" (19-II-43) "si un chef (…) dirige l'activité de ses jeunes dans un sens opposé à l'idéologie obligatoire (c'est lui qui souligne) de l’État, il doit être aussitôt mis hors d'état de nuire (…)".

Le nationalisme exacerbé de Brasillach s'exprime dans l'article du 25 septembre 42, intitulé "les sept Internationales contre la patrie". "Dressées nommément contre la patrie française" qui trouve-t-on ? Les grands classiques : l'Internationale communiste, la socialiste, la franc-maçonne, la juive. Rien de bien nouveau. A la F. Coty[1], Brasillach rajoute l'Internationale financière liée à la Juive, et je dis "à la Coty" parce que Brasillach reprend cette stupidité surprenante chez un homme qu'on dit si intelligent, "la liaison qu'elle entretient avec l'Internationale bolchevik, en principe opposée à elle". Mais Brasillach croit dur comme fer à la Synarchie mondialiste. Voilà qui ferme le "cercle infernal" avec les deux dernières que je n'ai pas encore citées : l'Internationale catholique et l'Internationale protestante. Après avoir exprimé sa sainte soumission "au dogme catholique", Brasillach fustige, les "quelques prélats (qui) s'attaquent d'une manière quasi ouverte à l'ordre nouveau, (…), les religieux démocrates-chrétiens de la pire espèce". Pire encore, "il y a des couvents de "passeurs d'hommes" pour de Gaulle, et l'on prétend que la collaboration franco-allemande a des adversaires dans un clergé guidé par des intérêts ultramontains qui déguisent un intérêt étranger". Brasillach laisse planer le mystère… Quant aux Protestants, "tournés historiquement vers Londres et Washington" –Brasillach a dénoncé "l'agression américaine" contre l'Europe- ils restent soumis à leurs éternelles tentations : "christianisme dévié, ponts jetés entre la Réforme et Rousseau, invasion des idées démocratiques". Dans la France de Brasillach, si on ajoute à ses proscrits, les Gaullistes et les Républicains, on constate "qu'il ne reste plus grand monde !" comme dira le Commissaire du gouvernement au procès.

C'est dans cet article que Brasillach atteint son sommet personnel de l'odieux. Évoquant les propos de l'archevêque de Toulouse qui "proteste contre les mesures prises envers les juifs apatrides, (…), qui parle de brutalités et de séparations", Brasillach dit que "nous sommes tout prêts à ne pas approuver (ces méthodes) car il faut se séparer des Juifs en bloc et ne PAS GARDER DE PETITS, l'humanité est ici d'accord avec la sagesse" (c'est moi qui souligne). Pas de "choix de Sophie" pour Brasillach, tous dans les camps ! Ah ! bien sûr, il peut dire à son procès "je n'ai jamais approuvé que l'on séparât les femmes des enfants", il a raison, il les envoie tous unis en Allemagne par souci humanitaire. Le Président du tribunal aurait dû le reprendre sur ce point, il n'en a rien fait. Mais l'interrogatoire au procès fut si mal mené que l'avocat de Brasillach - Isorni, futur député d'extrême-droite - y trouva la matière pour publier le livre du procès qui apparaît peu ou prou comme un procès bâclé. Surtout que Brasillach ment : "je n'ai jamais approuvé les mesures violentes qui ont pu être prises par les Allemands contre les juifs[2]"Cet article est écrit deux mois après la rafle du Vel' d'hiv, dont le journaliste parisien Brasillach n'a pas pu ne pas avoir entendu parler.

Je ne puis atteindre à l'exhaustivité. Quelques mots cependant encore.

Brasillach est un délateur. 7-VIII-42, Brasillach "cite" un article paru en zone non occupée qui n'est pas assez virulent, à son goût, sur les échecs militaires russes, "tel article récent de Bidou pour expliquer que Timochenko en a vu d'autres (est) un pur chef-d'œuvre de gaullisme déguisé. Nous remplissons ici notre devoir en le signalant…". Il y a, comme ça, de multiples exemples. On tremble quant on sait que la Gestapo lisait avidement les articles de Brasillach (c'était le journal le plus lu sur Paris occupé) et, comme le souligne le Commissaire du gouvernement au procès, "peut-on dire avec certitude si la Gestapo, après la lecture de (ces) articles, a négligé d'aller faire un tour en Sorbonne, ou dans ce village de l’Hérault ou au lycée Lakanal ?[3]" (Autres lieux cités par Brasillach comme repaires de "traîtres").

Les propos de Brasillach sont donc effarants. Et pourtant, lors de son procès, Brasillach s'offre le luxe de dire qu'il a quitté JSP pour Révolution nationale parce que la majorité des journalistes de JSP étaient devenus des "ultras". Brasillach avoue complaisamment avoir lui-même évolué : 19 février 44, "si l'on veut savoir mon opinion entière, je dirai que je n'étais pas germanophile avant la guerre, (il ment, il est revenu de Nuremberg en 1937 sous enchantement) ni même au début de la politique de «collaboration». Je cherchais simplement l'intérêt de la raison. Maintenant, les choses ont changé. J'ai contracté, me semble-t-il, une liaison avec le génie allemand, je ne l'oublierai jamais. Qu'on le veuille ou non, nous aurons cohabité ensemble. Les Français de quelque réflexion, durant ces années, auront plus ou moins couché avec l'Allemagne, non sans querelles, et le souvenir leur en restera doux". Puisque Brasillach évoque des coucheries, rappelons le mot d'Otto Abetz, ambassadeur d'Allemagne à Vichy à qui on demandait pourquoi les Allemands manifestaient une telle attirance envers Laval. "Vous savez, répondit Abetz, quand il y a mariage, il ne suffit pas que la fille dise "oui" à M. le maire. Il faut aussi qu'elle couche. Laval a couché". Brasillach également.

Voici, trop hâtivement brossé, le portrait du "poète sacrifié", de ce "déferlement de lumière que les forces obscures tentent toujours d'étouffer", de celui que "ses pauvres juges et jurés ont immortalisé, comme (…) Garcia Lorca ou Giordano Bruno"[4]… Deux comparaisons scandaleuses. Garcia Lorca a été assassiné par les Franquistes que Brasillach a vénérés, et Giordano Bruno, homme de la lumineuse Renaissance, est une victime de l'Inquisition, des Chevaliers "croisés", alors que Brasillach n'a que la passion des croisades, quelles qu'elles fussent. Et il faut rajouter les pleurs de Douin et de l’auteur du livre sur ce « romancier, spécialiste de Corneille et d'André Chénier, un esprit, une âme…».

Au prétexte que Brasillach avait du talent littéraire, il aurait fallu ne pas le condamner. Sans doute, pour ces laudateurs, un quelconque Lacombe Lucien aurait pu, lui, être exécuté. Selon que vous serez puissant ou misérable… Mais pour les traditionalistes, les hommes ne sont pas égaux. "L'inégalité des personnes est une donnée de la tradition, de la raison et du bon sens" affirme Maurras. L'avocat Isorni s'indigne que Brasillach soit assujetti au règlement du quartier des condamnés à mort : "c'est le règlement et le règlement s'applique à Landru comme à Robert Brasillach. Ainsi se manifeste le libéralisme de notre civilisation"[5]. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Me Isorni ne veut pas le savoir[6].

Je termine sur cette grossièreté de l’auteur reprise par le journaliste du Monde : en ne le graciant pas, De Gaulle a manqué de "grandeur d’âme". Moi je dis merci mon général. Sans vous, sans votre détermination, votre lucidité, l’Allemagne nazie eût été vainqueur, les Brasillach eussent proliféré et notre vie littéraire et culturelle eût été tout bonnement nationale-socialiste. Tout le reste aussi, bien sûr. « Totalitaire » cela dit bien ce que ça veut dire…

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II. BRASILLACH, ou L’IMPOSTURE (suite de la critique de l’article de J.-L. Douin)

[1] Lire le chapitre 14 (C14) le « couteau entre les dents »…

[2] Après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, qui le met hors de lui, Brasillach s'élève contre l' "immense farce" (sic) de la Révolution Nationale -il se place ainsi en critique de droite de Pétain et de Vichy- et s'insurge : "y aurait-il aujourd'hui un seul Français molesté à Alger si on avait fait savoir que pour un cheveu arraché à un nationaliste, dix juifs seraient abattus sur la Côte d'Azur ?" (13 novembre 42).

[3] Le procès de Brasillach, page 164.

[4] Deux comparaisons scandaleuses. Garcia Lorca a été assassiné par les Franquistes que Brasillach a vénérés, et Giordano Bruno, homme de la lumineuse Renaissance, est une victime de l'Inquisition, des Chevaliers "croisés", alors que Brasillach n'a que la passion des croisades, quelles qu'elles fussent.

[5] Le procès de Brasillach, page 15.

[6] On retrouve des traces de cette mentalité aujourd'hui encore. A l'occasion de la condamnation d'Alain Juppé (pour des faits, je m'empresse de prévenir toute polémique, qui n'ont strictement rien à voir avec ceux de Brasillach) le président du groupe UMP au Sénat, Josselin de Rohan, qui ne s'est pas débarrassé de ses oripeaux aristocratiques, s'est "indigné qu'on puisse traiter quelqu'un de cette qualité comme un malfaiteur" (février 2004)


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