II. BRASILLACH ou l'imposture (suite de la critique de l’article de J.-L. Douin)

publié le 26 juin 2013 à 12:22 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 févr. 2016 à 09:41 ]

Quels furent donc les "actes" de Brasillach ?

 

Adorateur de Darnand

En bon fasciste –je rappelle une fois pour toutes que Brasillach revendique en permanence cette identité- Brasillach n'a aucune notion de l'État de droit. 6-IX-41[1], article intitulé "Et les coupables ?" (sous-entendu : les coupables de la déclaration de la guerre à l'Allemagne) : "l'exécution officielle ou non des coupables français de la guerre ne ferait lever autour d'eux aucune émotion". On a bien lu : officielle ou non[2]. 13-IX-41 : "il faut frapper officiellement si l'on ne veut pas voir se généraliser les procédés de la justice officieuse"[3]. 7-II-42, à l'occasion d'une manifestation hostile au régime de Vichy : "croyez-vous que la jeunesse fasciste italienne de 1922 n'aurait pas fait une expédition punitive contre ce village, avec des gourdins et des purges ?". Il connaît parfaitement les méthodes des nervis. 24-VII-42 : "ceux qui aident le bolchevisme commettent un crime. (…). Devant ce crime, les hésitations deviennent incompréhensibles". 23-X-42 : "on ne se concilie pas les ennemis de la patrie avec des places, des sièges de conseillers, des décorations (…). On se les concilie avec un peu de plomb dans les muscles vitaux (ah! le poète) et dans la définitive et pacifique conciliation du cercueil". 22-I-44 : "l'exécution immédiate des assassins, - les Résistants- lorsqu'on s'empare d'eux, doit être approuvée, certes, sans réserves !".

Parenthèses : J.-L. Douin dans son article nous dit qu’il y eut "19 condamnations à mort suivies d'une exécution sous Vichy (à mettre en rapport) avec les 767 édictées à la Libération"…Mais, ainsi que nous le dit Brasillach -et ce fut la réalité du terrain, du maquis- les Résistants sont exécutés sur place, SANS PROCÈS !

L'adhésion de Brasillach au fascisme date de février 34. Avant la guerre, il était pacifiste convaincu et admirateur du régime hitlérien après sa visite à Nuremberg, en 1937. En 1941, il est au service de l'Allemagne, à la rédaction en chef de JSP. Lors de son procès, il répète plusieurs fois les Allemands ne me demandaient pas de faire une propagande allemande. On peut le croire : il suffisait de le laisser parler. J'ai déjà cité sa phrase célèbre : "ce que nous voulons, ce n'est pas la collaboration, c'est l'alliance"[4]. Le 2 mai 1941, il écrit : "c'est parce que nous sommes depuis toujours des nationaux-socialistes français que le 1er mai est notre fête". Mais la mollesse –toute relative- de la "pseudo" (sic) Révolution nationale le fait exiger toujours plus. C'est ainsi qu'il en vient à aduler Darnand, le chef de la Milice, dont les crimes ne se comptent pas. "J'ai rencontré deux ou trois fois" écrit-il le 23-X-1942 "Joseph Darnand, et je n'ai pu qu'être frappé de l'impression de force terrienne (sic, la terre ne ment pas…) de solidité, que donne ce combattant-né, ce combattant-type. On est heureux de se sentir d'accord avec lui". Il confirme cette impression positive, dans un article à Révolution nationale du 19 février 44 : "je pense que les opérations de "nettoyage" sont parfaitement justifiées, en principe,[5] (…). Je pense, comme Darnand l'a dit ces jours-ci, que tout réfractaire pris les armes à la main avoue par là-même être complice des bandits ou bandit lui-même". Depuis le 11-X-43, Darnand est membre des Waffen SS et a prêté serment à Hitler.

Brasillach, journaliste trop bien placé, ne peut ignorer tout cela et il écrit ses textes alors que les Cours martiales viennent d'être instituées à l'instigation de Darnand et de Laval.

Ce que furent ces soi-disant "Cours martiales" créées en janvier 44, Joseph Barthélemy, qui fut ministre de la justice de Vichy, le raconte dans ses Mémoires et dans ses réponses à l'interrogatoire auquel il a dû se soumettre étant prisonnier en 1945 : "Les justiciables des nouvelles Cours martiales étaient tous individus saisis en flagrant délit d'assassinat ou de meurtre (ou de tentative) par armes ou explosifs, pour favoriser une action terroriste (il faut traduire « terroriste » par Résistant, JPR). Les Cours martiales Darnand n'avaient aucune stabilité. Le secrétaire général au maintien de l'ordre[6] les créait quand besoin était pour la durée qu'il trouvait bonne. Il les composait à son gré. Cette composition n'était pas connue publiquement. Les Cours martiales n'étaient aucunement soumises aux lois sur l'instruction criminelle. Pratiquement, Darnand désignait trois personnes de sa suite pour juger une affaire ; les condamnés étaient exécutés. Personne ne savait qui avait formé la Cour martiale"[7]. Puis, J-Barthélemy donne deux exemples des méthodes dont il a eu connaissance. Il va de soi qu'il y en eu d'autres (cf. M. Ferro) et de pires, si j'ose dire. "Une grave sédition avait éclaté à la maison d'éducation pénitentiaire d'Eysses. Un inspecteur des services administratifs et le directeur étaient entre les mains des jeunes révoltés. Le préfet d'Agen, pour sauver ces deux personnalités, informe les révoltés que, s'ils se rendaient, ils auraient tous la vie sauve. Ils se rendent. Darnand arrive, transforme trois personnes de sa suite en Cour martiale, et fusille douze révoltés. Second exemple : Une mutinerie formidable éclatait à la Santé. Quand elle a été réduite, des miliciens ont pénétré de force dans cette prison, ont fusillé trente détenus et ont laissé une espèce de décharge signée : illisible".

Voilà qui explique, cher Mr Douin, la maigreur du nombre de « procès », en bonne et due forme, sous le régime de Vichy.

à suivre...

III. BRASILLACH, CE « POETE SACRIFIE », CE « DEFERLEMENT DE LUMIERE »…

voir aussi :

I. ET VOILA QUE L’ON NOUS RESSORT BRASILLACH…




 

[1] Sauf indication contraire, il s’agit de la date de l’article paru dans "Je Suis Partout" (JSP).

[2] Une exécution « non officielle » est encore plus expéditive que le procès Brasillach…

[3] Brasillach fait allusion a l’assassinat de Marx Dormoy, ancien ministre de l’intérieur du Front Populaire, qui avait démantelé la Cagoule. Il est tué par une bombe, dans son hôtel, en 1941, vraisemblablement par des bandits du P.P.F. de Doriot. Brasillach se félicite plus d’une fois de ce massacre. Les bandits arrêtés seront sortis de leur prison par les Allemands eux-mêmes.

[4] Voir mon article de Juin 2010 : Juin 40 : continuer le combat ?

[5] D’où l’absence de procès, Mr DOUIN…

[6] Appellation de la fonction de Darnand, à cette date.

[7] BARTHELEMY, page 251.

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