1944 : Ne pas oublier l’histoire du Comité d’action militaire (COMAC)

publié le 30 août 2018 à 05:48 par Jean-Pierre Rissoan

Le 19 août 1944, la libération de Paris. Les vainqueurs d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Ce qu’on nous raconte aujourd’hui est bel et bien une réécriture de l’Histoire, et cela a permis d’effacer le rôle de la Résistance intérieure et en particulier celui des trois hommes qui ont décidé, organisé et imposé l’insurrection de Paris, les trois du COMAC. Le COMAC est le Comité d’action militaire clandestine, ministère de la Guerre à trois têtes (les 3 V), qui a dirigé et unifié toutes les Forces françaises de l’intérieur (notamment les FFI).

L’histoire des trois V n’a jamais été racontée. Villon, Valrimont-Kriegel et Vogüé comptent parmi les oubliés de l’Histoire. Si le rôle du COMAC a été en partie occulté, c’est pour que l’histoire officielle soit plus conforme à la volonté de certains.

Sous l’égide du Conseil national de la Résistance (CNR), les trois V ont mis en œuvre des comités départementaux de libération (CDL), constitués de représentants des mouvements, partis et syndicats, en fonction des situations locales.

Ces comités départementaux ont assuré provisoirement la représentation, c’est-à-dire la permanence de l’État républicain. Ce sont eux qui ont permis, avec les insurrections de Paris, au général de Gaulle d’affirmer l’indépendance de la France et d’éviter l’administration directe par les Américains (AMGOT, gouvernement militaire allié des territoires occupés ; en anglais, Allied Military Government of Occupied Territories).

Pendant la période décisive de l’insurrection parisienne, le COMAC sera présent dans les différents centres de commandement : parisien, Francilien… C’est d’ailleurs cette présence au plus près des combattants qui va lui permettre de jouer un rôle central dans l’épisode de la trêve, donc dans la libération de Paris.

LA TRÊVE

Il faut, pour comprendre cette période cruciale (la trêve), rappeler que les représentants (à Paris) du gouvernement provisoire décident d’une trêve (avec les Allemands) sans prévenir tous les membres du CNR, le COMAC et l’état-major des FFI.

Lors de la réunion qui entend les différents protagonistes, le 21 août 1944, au 8 avenue du Parc-Montsouris devenu aujourd’hui le 8 avenue René-Coty, la trêve est définitivement repoussée grâce au COMAC et non pas décidée par deux personnages douteux (Nordling et Von Choltitz) ou par les Alliés qui auraient aimé être les seuls libérateurs de Paris.

Car, le 22 août, juste après cette réunion décisive, les barricades s’installent partout, empêchant les chars de circuler dans la capitale et, par là, sauvent Paris de la destruction bel et bien programmée par Von Choltitz (le Boucher de Sébastopol, qui a, par ailleurs, tué autant de Français qu’il a pu).

Le général de Gaulle aurait-il pu prononcer son discours[1]"Paris martyrisé… mais Paris libéré par lui-même par son peuple…" – si la trêve avait été acceptée ?

En 1944, les Parisiennes et les Parisiens, notamment à l’appel du COMAC (cf. texte lu à la radio tous les quarts d’heure par Pierre Crénesse), n’attendirent pas l’arrivée des forces alliées pour se libérer de l’occupant nazi car, comme toujours, Paris s’unit quand l’essentiel est en jeu.

Si les trois V – Villon, “Vaillant” de Vogüe, Valrimont – se sont, les uns comme les autres, accommodés avec un minimum d’amertume d’être passés par pertes et profits, ce qu’ils sont parvenus à accomplir – le rassemblement de la population tout entière qui a mis en péril la machine de guerre nazie – doit être raconté à la jeunesse pour pouvoir affronter les problèmes à venir.

PARIS BRÛLE-T-IL ?

Le film Paris brûle-t-il ? présenté le 25 août sur grand écran sur les murs de l’Hôtel de Ville – cette fiction, dont le réalisateur René Clément disait : « Ce n’est pas un film, mais une intense partie diplomatique », où l’histoire de l’insurrection d’août 1944 à Paris avait été remodelée au profit des hommes au pouvoir – avait, à sa sortie en 1966, soulevé de vives protestations de la part de ceux (hommes et associations) qui avaient participé à la libération de la capitale et qui avaient dit : « Ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées… » Parmi bien d’autres, le chef des FTP à Paris, André Ouzoulias. Même si ce film exalte le courage des résistants.

Cette fiction de propagande porte un dessein politique (germano-américain) qui cherchait à dissocier, rétrospectivement, l’armée allemande du parti nazi, faisant de Von Choltitz un héros idéal, le général qui n’a pas brûlé Paris malgré les ordres d’Hitler.

Jusqu’ici, la position négationniste était tenue par l’esprit de Vichy, jamais éteint, toujours remis en lumière par les plus réactionnaires qui sont revenus à l’offensive à travers une sournoise et très efficace propagande (pièces de théâtre, films comme Diplomatie, livres souvent subventionnés celui de Raoul Nordling, Sauver Paris, etc.). Tout cela n’a jamais donné lieu à une contestation de la part des historiens. Pourquoi est-il si utile d’évoquer cette mémoire ? Sans doute parce que le but de toute cette propagande reste banal : l’argent et la politique.

C’est pour toutes ces raisons que les noms de Jean de Vogüé, qui a un rôle décisif dans le refus de la trêve pendant les combats de la libération de Paris, et de Pierre Villon, résistant de la première heure, architecte du programme du CNR, doivent être inscrits dans la mémoire parisienne comme ceux de Marie-Claude Vaillant-Couturier et de Maurice Kriegel-Valrimont.

 

Mardi, 21 Août, 2018

Pierre Mansat

ancien maire adjoint PCF de Paris




[1] En voici la teneur exacte (source : https://www.gouvernement.fr/partage/9406-discours-du-general-de-gaulle-place-de-l-hotel-de-ville ) « Reçu ensuite à l’Hôtel de Ville par Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance (CNR), le général de Gaulle apparaît pour la première fois devant la foule parisienne en liesse. Sa voix s’élève : "Nous sommes ici chez nous dans Paris levé […] Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière : c'est-à-dire de la France qui se bat. C'est-à-dire de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle." »

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