7. Guerre, Occupation et Résistance

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1944 : Ne pas oublier l’histoire du Comité d’action militaire (COMAC)

publié le 30 août 2018 à 05:48 par Jean-Pierre Rissoan

Le 19 août 1944, la libération de Paris. Les vainqueurs d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Ce qu’on nous raconte aujourd’hui est bel et bien une réécriture de l’Histoire, et cela a permis d’effacer le rôle de la Résistance intérieure et en particulier celui des trois hommes qui ont décidé, organisé et imposé l’insurrection de Paris, les trois du COMAC. Le COMAC est le Comité d’action militaire clandestine, ministère de la Guerre à trois têtes (les 3 V), qui a dirigé et unifié toutes les Forces françaises de l’intérieur (notamment les FFI).

L’histoire des trois V n’a jamais été racontée. Villon, Valrimont-Kriegel et Vogüé comptent parmi les oubliés de l’Histoire. Si le rôle du COMAC a été en partie occulté, c’est pour que l’histoire officielle soit plus conforme à la volonté de certains.

Sous l’égide du Conseil national de la Résistance (CNR), les trois V ont mis en œuvre des comités départementaux de libération (CDL), constitués de représentants des mouvements, partis et syndicats, en fonction des situations locales.

Ces comités départementaux ont assuré provisoirement la représentation, c’est-à-dire la permanence de l’État républicain. Ce sont eux qui ont permis, avec les insurrections de Paris, au général de Gaulle d’affirmer l’indépendance de la France et d’éviter l’administration directe par les Américains (AMGOT, gouvernement militaire allié des territoires occupés ; en anglais, Allied Military Government of Occupied Territories).

Pendant la période décisive de l’insurrection parisienne, le COMAC sera présent dans les différents centres de commandement : parisien, Francilien… C’est d’ailleurs cette présence au plus près des combattants qui va lui permettre de jouer un rôle central dans l’épisode de la trêve, donc dans la libération de Paris.

LA TRÊVE

Il faut, pour comprendre cette période cruciale (la trêve), rappeler que les représentants (à Paris) du gouvernement provisoire décident d’une trêve (avec les Allemands) sans prévenir tous les membres du CNR, le COMAC et l’état-major des FFI.

Lors de la réunion qui entend les différents protagonistes, le 21 août 1944, au 8 avenue du Parc-Montsouris devenu aujourd’hui le 8 avenue René-Coty, la trêve est définitivement repoussée grâce au COMAC et non pas décidée par deux personnages douteux (Nordling et Von Choltitz) ou par les Alliés qui auraient aimé être les seuls libérateurs de Paris.

Car, le 22 août, juste après cette réunion décisive, les barricades s’installent partout, empêchant les chars de circuler dans la capitale et, par là, sauvent Paris de la destruction bel et bien programmée par Von Choltitz (le Boucher de Sébastopol, qui a, par ailleurs, tué autant de Français qu’il a pu).

Le général de Gaulle aurait-il pu prononcer son discours[1]"Paris martyrisé… mais Paris libéré par lui-même par son peuple…" – si la trêve avait été acceptée ?

En 1944, les Parisiennes et les Parisiens, notamment à l’appel du COMAC (cf. texte lu à la radio tous les quarts d’heure par Pierre Crénesse), n’attendirent pas l’arrivée des forces alliées pour se libérer de l’occupant nazi car, comme toujours, Paris s’unit quand l’essentiel est en jeu.

Si les trois V – Villon, “Vaillant” de Vogüe, Valrimont – se sont, les uns comme les autres, accommodés avec un minimum d’amertume d’être passés par pertes et profits, ce qu’ils sont parvenus à accomplir – le rassemblement de la population tout entière qui a mis en péril la machine de guerre nazie – doit être raconté à la jeunesse pour pouvoir affronter les problèmes à venir.

PARIS BRÛLE-T-IL ?

Le film Paris brûle-t-il ? présenté le 25 août sur grand écran sur les murs de l’Hôtel de Ville – cette fiction, dont le réalisateur René Clément disait : « Ce n’est pas un film, mais une intense partie diplomatique », où l’histoire de l’insurrection d’août 1944 à Paris avait été remodelée au profit des hommes au pouvoir – avait, à sa sortie en 1966, soulevé de vives protestations de la part de ceux (hommes et associations) qui avaient participé à la libération de la capitale et qui avaient dit : « Ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées… » Parmi bien d’autres, le chef des FTP à Paris, André Ouzoulias. Même si ce film exalte le courage des résistants.

Cette fiction de propagande porte un dessein politique (germano-américain) qui cherchait à dissocier, rétrospectivement, l’armée allemande du parti nazi, faisant de Von Choltitz un héros idéal, le général qui n’a pas brûlé Paris malgré les ordres d’Hitler.

Jusqu’ici, la position négationniste était tenue par l’esprit de Vichy, jamais éteint, toujours remis en lumière par les plus réactionnaires qui sont revenus à l’offensive à travers une sournoise et très efficace propagande (pièces de théâtre, films comme Diplomatie, livres souvent subventionnés celui de Raoul Nordling, Sauver Paris, etc.). Tout cela n’a jamais donné lieu à une contestation de la part des historiens. Pourquoi est-il si utile d’évoquer cette mémoire ? Sans doute parce que le but de toute cette propagande reste banal : l’argent et la politique.

C’est pour toutes ces raisons que les noms de Jean de Vogüé, qui a un rôle décisif dans le refus de la trêve pendant les combats de la libération de Paris, et de Pierre Villon, résistant de la première heure, architecte du programme du CNR, doivent être inscrits dans la mémoire parisienne comme ceux de Marie-Claude Vaillant-Couturier et de Maurice Kriegel-Valrimont.

 

Mardi, 21 Août, 2018

Pierre Mansat

ancien maire adjoint PCF de Paris




[1] En voici la teneur exacte (source : https://www.gouvernement.fr/partage/9406-discours-du-general-de-gaulle-place-de-l-hotel-de-ville ) « Reçu ensuite à l’Hôtel de Ville par Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance (CNR), le général de Gaulle apparaît pour la première fois devant la foule parisienne en liesse. Sa voix s’élève : "Nous sommes ici chez nous dans Paris levé […] Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière : c'est-à-dire de la France qui se bat. C'est-à-dire de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle." »

Un patriote : Jean-Melchior De VOGÜE, VAILLANT dans la Résistance

publié le 30 août 2018 à 02:14 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 sept. 2018 à 11:30 ]

    Voici une tentative de portrait d'un personnage éminent de la résistance, Compagnon de la Libération, et pourtant peu connu. Il a dirigé avec Villon et Kriegel-Valrimont, le COMAC , comité d'action militaire du CNR, le Conseil National de la Résistance.1944 : Ne pas oublier l’histoire du Comité d’action militaire (COMAC) Il appartient à l'aristocratie dans ce qu'elle a de meilleur : le sens de l'honneur et l'amour de la patrie. Malgré cela Jean de Vogüé n'était pas "gaulliste" au sens étroit du terme. Il relevait de la Résistance intérieure - chef de CDLR - et n'avait pas la même perception du réel que ceux de Londres. On verra qu'il agit toujours pour que "ça bouge", pour que les Français se mobilisent, arme au poing, pour bouter les Boches hors de France, en plein accord de ce point de vue avec le colonel Rol-Tanguy, Kriegel-Valrimont et Villon. Il se distingue en cela des "attentistes" qui pensent qu'il faut attendre l'arrivée des armées de la France Libre et celles des Alliés. Pour moi, il est clair que ces différences politiques expliquent, par exemple, le refus qui lui a été opposé de prendre le commandement d'une unité de fusiliers-marins dans la marine de la France libérée. De même, le colonel Rol-Tanguy sera intégré dans l'armée de la France combattante comme lieutenant-colonel, alors que son envergure -commandant des FFI de l'Ile-de-France- lui permettait d'accéder au grade de général de brigade. De Gaulle a tenté de réduire le rôle du COMAC  en nommant le général Koenig au poste de commandant en chef des FFI à Londres. Mais les organes parisiens de libération étaient nés sui generis, ils étaient ancrés dans la chair du peuple de Paris et de sa banlieue. Jean de Vogüé - VAILLANT  par son nom de résistance - l'avait bien senti malgré ses origines sociales qui l’éloignaient du Titi parisien. Mais c'est cela la RÉSISTANCE FRANÇAISE..
    J’utilise comme canevas le texte du site du Musée de la Résistance en ligne mais je l'ai modifié à ma guise selon ce qui me paraissait plus proche de la vérité, plus précis. J.-P. R.

Jean Alexandre Melchior de VOGÜÉ dit "VAILLANT"

(1898 - 1972)


    Né à Paris le 27 avril 1898, (Parents : Robert de VOGÜÉ -1870-1936-&  Lucie SOMMIER [1] 1874-1946) Jean de Vogüé s'engage dans la Marine à dix-neuf ans. Admis à l’École navale (promotion 1917), il en sort enseigne de vaisseau en décembre 1917. Embarqué sur un torpilleur, il prend part à la guerre navale en Méditerranée. Après l'armistice, Vogüé est envoyé à la flottille du Danube [2] pendant l'année 1919. En 1921, Toulon est son port d’affectation. Promu lieutenant de vaisseau en 1924, il quitte la Marine deux ans plus tard. Il rentre alors dans les affaires familiales (sucreries) et devient l'animateur du Comité de répartition des sucres[3]. Il s’est marié à Paris, le 15 septembre 1927, à 29 ans, avec Hélène JAUNEZ, fille de Maximilien JAUNEZ lequel était juriste de formation, industriel, député sous l’occupation allemande -1903/1907-. Hélène JAUNEZ (1908-2002) sera présidente de la société HAVILAND (Limoges). Ainsi que le dit Kriegel-Valrimont, syndicaliste et communiste, "c’était donc un ennemi de classe"…Et pourtant, ils vont travailler main dans la main !

Mobilisé fin août 1939, il est désigné comme officier de liaison à l'Amirauté britannique. Promu capitaine de corvette (le guide des anciens de l’École navale indique Capitaine de frégate) -équivalent au grade de colonel dans l'armée de terre -  en mai 1940, il prend part aux combats et à l'évacuation de Dunkerque, qu'il quitte le 4 juin au matin. Jean de Vogüé est alors promu chevalier de la Légion d'honneur. Retourné en Angleterre, il refuse de reconnaître l'armistice et décide de rentrer en France en juillet 40 où il est aussitôt démobilisé. En 1940 et 1941, son action se porte sur la propagande dans tous les milieux de la zone Nord (occupée), dans le but de préparer le climat pour les luttes futures et d'entraîner des couches de plus en plus importantes de la population dans la Résistance. Il participe alors à la diffusion de nombreux journaux clandestins.

A partir de novembre 1942, il travaille en étroite coordination avec le mouvement Combat zone Nord. Grâce à l'appui de Combat, il peut développer un groupe en zone Nord. En février-mars 1943, à la demande du BCRA (missions de Brossolette et Passy) (Bureau Central de Renseignements et d’Action, à Londres), il fusionne ses forces avec le mouvement CDLR (Ceux De La Résistance) dirigé par Lecompte-Boinet, dont il devient l'adjoint. Il s'applique d'abord à donner une structure régionale et départementale solide, à la fois hiérarchisée et décentralisée.

En mai 1943, CDLR étant bien organisé, Jean de Vogüé prend une part active aux travaux du Comité de coordination des mouvements de zone nord. Il est l'un des créateurs, en juin 1943, du Comité central de la Résistance. Après des conversations avec des dirigeants d'autres mouvements, en particulier ceux de l'OCM (Organisation Civile & Militaire), de Vogüé propose de créer une organisation de Résistance unique pour la Région parisienne. Il rédige une note complète, passant en revue toute l'activité de la Résistance dans la Région parisienne, tant militaire qu'administrative et politique. Il propose que tous les mouvements fusionnent leur organisation de la Région parisienne pour n'en former qu'une seule. Par suite de certaines négligences, de certaines hésitations et à cause de la politique de certains chefs de mouvements, ce projet d'unification n'a pas été réalisé.

Le mois suivant, la direction nationale du Noyautage des administrations publiques (NAP) lui est confiée. Toujours dans le but d'étendre l'action de la Résistance et d'y entraîner les masses populaires, Vogüé ("Madelin") entre en contact en juin 1943 avec l'union des syndicats de la Seine. Au cours de ces conversations, Vogüé et Tollet –ouvrier tapissier, syndicaliste CGT, du PCF) ont l'idée de constituer un Comité parisien de la Résistance, faisant appel à toutes les organisations et à tous les partis décidés à mobiliser leurs forces pour chasser l'ennemi. Mais ce projet ne fut pas mis à exécution immédiatement. Il fut repris en septembre et donna naissance au CPL (Comité Parisien de la Libération) le 23 octobre 1943, présidé par Tollet.

Jean de Vogüé rédige à l'attention des régions et départements des instructions complètes concernant la préparation de l'action insurrectionnelle et de la prise du pouvoir en faveur du général de Gaulle (instructions du 10/8/43). (Il y a là, en germe, la création des CDL = comités départementaux de la Libération, JPR).

En novembre 1943, en l'absence de Lecompte-Boinet parti pour Londres, et par suite des arrestations des dirigeants de CDLR, il prend seul la direction du mouvement jusqu'en avril 1944. Il réorganise entièrement le mouvement en l'orientant vers l'action immédiate (c’est une différence nette avec les "attentistes" et les Gaullistes –souvent les mêmes- JPR) avec comme adjoint le colonel Grandval. Sur sa proposition le Comité central constitue, le 1er février 1944, une commission d'action militaire (COMIDAC) composée de trois membres. De Vogüé soumet aussitôt un plan de constitution d'un état-major national. Le 12 avril, il rédige à l'attention du CNR, un mémoire destiné à fixer le rôle des FFI et de leur commandement. Le CNR reconnaît alors le COMIDAC comme organe supérieur de commandement des FFI. Il devient le COMAC et est dirigé par Villon pour le FN [4], Kriegel-Valrimont pour la zone Sud et Vogüé pour la zone Nord. (Ce sont les trois V). Vogüé prend dès lors le nom de résistant Vaillant. A partir du 6 juin 1944, Vogüé décide de donner une vigoureuse impulsion à l'action des formations militaires et des groupes francs de CDLR dans la Région parisienne. Il s'adjoint Massiet, dit "Dufresne", qui sera chargé du recrutement, et de l'organisation des forces militaires de CDLR dans la Seine, et Cocteau, dit "Gallois", qui représente CDLR à l'état-major de l'Ile-de-France.

Le 19 août à Paris, éclatent les premiers combats de la libération, combats qui font suite à l’affiche de Rol-Tanguy (18 août) appelant à la mobilisation générale. Vaillant-Vogüé représentant du COMAC auprès du commandant FFI de la Seine, le colonel Lizé, prend une part active à la conduite des opérations qui ont abouti à la libération de la capitale[5]. (Pourquoi ne pas citer le colonel Rol-Tanguy commandant FFI de la région Ile-de-France ?). Fait hautement significatif, lors du débat sur "la trêve" décidée avec les Allemands par les "attentistes" (en fin de journée du 19), Jean de Vogüé s’y opposa énergiquement et fut de ceux qui emportèrent la décision de l’annuler. "Il n’était pas génétiquement gaulliste (JPR)". Je parle ici du débat du CNR où cette question fut débattue, débat mis en scène par René Clément dans son film, et où la Trêve fut dénoncée à une voix de majorité (21 août).

Après la Libération, Vaillant s'occupe particulièrement de tout ce qui concerne l'intégration des FFI dans l'armée française. Nommé délégué à l'Assemblée consultative en octobre 1944, il est vice-président de la commission de la défense nationale. Il avait demandé à faire la guerre, comme commandant de marine, avec une unité de fusiliers-marins ; on ne le lui accorda pas mais on lui offrit un poste honorifique avec le grade d'amiral, qu'il refusa.

Il revient alors aux affaires et devient, en 1945, président directeur général de la Compagnie nouvelle de sucreries réunies, vice-président de la raffinerie Lebaudy-Sommier. En 1950, il est administrateur de la Compagnie de commerce et de gérance pour les colonies. Il est également membre du comité de rédaction du journal Volontés. A partir de 1968, il est président d'honneur de la Générale sucrière.

Jean de Vogüé est décédé en septembre 1972.

Le 20 septembre 1972, Maurice Kriegel-Valrimont, communiste, lui rend hommage en ces termes : "Pour moi Jean de Vogüé est toujours resté Vaillant, celui qui représentait la moitié nord de la France au COMAC : le commandement de la Résistance militaire sur le territoire national. Il dirigea un mouvement de résistance. Il était délégué du commandement militaire suprême sur le territoire national auprès du commandement des FFI de Paris pendant l'insurrection d'août 1944. Le simple rappel de ces faits suffit à rendre surprenant le silence fait depuis vingt ans autour de son action. Si Paris avait brûlé, il eût été un des hommes que l'on en eût accusés. Quand Paris fut libéré, on ne lui en sut aucun gré. (...). Oui ! Vaillant a contribué à ce qu'aucun frein n'entrave la libération de Paris et de la France. Il a été, sans aucune naïveté, en faveur de l'action libératrice du peuple. (...) Je lui rends hommage dû au patriotisme le plus pur."

      Hommage.

 

NB. la photographie - extraite de La Libération, les archives du COMAC, mai-août 1944, Éditions de Minuit, 1964 - est empruntée au Musée de la Résistance en ligne. Lien :     http://museedelaresistanceenligne.org/media3257-Jean-de-VogA


[1] Fille d’Alfred SOMMIER, raffineur de sucre, amateur d’art et propriétaire du château de Vaux-le-Vicomte, dont Jean de Vogüé héritera.

[2] Le traité de Versailles a créé la Commission du Danube promu "fleuve international" à l’instar du Rhin. La France est membre de la Commission, le français langue officielle, avec d’autres, et dispose d’une flotte battant pavillon national.

[3] Il s’agissait de répartir le sucre fourni par les Allemands au titre des réparations aux populations françaises sinistrées des départements saccagés par la guerre et l’ennemi en retraite. Voir "Les réparations allemandes et la France, tome III (avril 1924-1936) ", par Weill-Reynard, Nouvelles éditions latines, 1948. https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/le-coin-du-bachotage/les-relations-internationales/k-centenaire-de-la-guerre-1914-1918/laguerrelannee1917/destruction%20dune%20sucrerie.JPGIl s’agissait de répartir le sucre fourni par les Allemands au titre des réparations aux populations françaises sinistrées des départements saccagés par la guerre et l’ennemi en retraite. Voir "Les réparations allemandes et la France, tome III (avril 1924-1936) ", par Weill-Reynard, Nouvelles éditions latines, 1948. https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/le-coin-du-bachotage/les-relations-internationales/k-centenaire-de-la-guerre-1914-1918/laguerrelannee1917/destruction%20dune%20sucrerie.JPG

 [4] Il s’agit du Front National des patriotes, créé par le PCF mais au recrutement plus large.

[5] Les auteurs ne citent pas le colonel Rol-Tanguy car celui-ci commande le niveau supérieur : l’Ile-de-France.

25 août 1944 : Paris libéré par l’insurrection de son peuple ...

publié le 21 août 2018 à 06:49 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 21 août 2018 à 06:59 ]


   Chaque année, après le 15 août, une chaîne de Télé diffuse le film de René Clément "Paris brûle-t-il ?".  je publie un article qui met les choses au point sur l'essentiel. J.-P. R.

    Après quatre ans sous le joug allemand, la capitale sort de la nuit. L’action armée des résistants unis au sein des FFI, 
conjuguée avec le soulèvement de la population, 
parachevée par les blindés de Leclerc, chasse l’occupant.

    Samedi 26 août 1944, 15 heures. À l’Arc de triomphe, de Gaulle contemple le spectacle des Champs-Élysées, qu’il s’apprête à descendre. « Ah ! C’est la mer ! » relate-t-il, lyrique, dans ses Mémoires de guerre. « Une foule immense est massée de part et d’autre de la chaussée. Peut-être deux millions d’âmes. (...) Si loin que porte ma vue, ce n’est qu’une houle vivante, dans le soleil, sous le tricolore. Je vais donc, ému et tranquille au milieu de l’exultation indicible de la foule, sous la tempête des voix qui font retentir mon nom. (...) Il se passe, en ce moment, un de ces miracles de la conscience nationale, un de ces gestes de la France qui parfois, au long des siècles, viennent illuminer notre histoire. » Le peuple de Paris fête sa victoire, même si, chez beaucoup, le cœur n’y est pas vraiment, trop lourd encore des drames vécus. Le général de Gaulle, fort de l’auréole de celui qui a su dire non dès juin 1940 à l’asservissement du pays, ramasse les lauriers de la gloire.

    La veille, von Choltitz, commandant du Gross Paris, a signé la capitulation allemande. Épilogue de sept jours d’un soulèvement populaire fait de combats armés, de barricades, de grèves, et qui, avec le concours des armées alliées, aura raison de l’occupant. Sept jours qui ajoutent un chapitre de prestige à l’histoire des combats de Paris pour la liberté, de la Révolution française à la Commune de 1871. Sept jours d’une insurrection aujourd’hui unanimement célébrée – non sans la tentation chez certains de l’instrumentaliser –, mais dont le déclenchement et la conduite n’allèrent pourtant pas de soi. Le 19 août, dans une ville où seuls les journaux de la collaboration ont encore voix au chapitre, les Parisiens découvrent, placardé sur les murs, l’appel au soulèvement :

    « L’heure de l’insurrection a sonné. C’est Paris capitale de la liberté, c’est Paris fier de son passé de lutte et d’héroïsme, c’est Paris libéré par les Parisiens eux-mêmes qui accueillera les Alliés. Le Comité parisien de la libération vous appelle tous au combat. » Au Comité Parisien de Libération (C.P.L.) comme au Conseil national de la Résistance, qui lance un appel similaire, comme à l’état-major des Forces françaises de l’intérieur de l’Île-de- France – les FFI, regroupant l’ensemble des organisations de résistance –, sous le commandement du colonel Rol-Tanguy, la situation est jugée pré-insurrectionnelle.

    L’aspiration du peuple de Paris à la libération est d’autant plus forte que, outre la privation des libertés essentielles, il subit des conditions de vie de plus en plus insupportables. Nourriture, médicaments, gaz, électricité, tout manque. À peine la moitié des besoins de la capitale en farine et en lait sont couverts. Le feu de la révolte couve. Le 14 juillet, coup d’envoi de l’insurrection avant l’heure, des milliers de personnes participent à des défilés, à Paris et dans les communes de banlieue, sous la protection de combattants FTP. On chante la Marseillaise, on accroche le drapeau tricolore aux fenêtres, les mots d’ordre sont patriotiques mais portent aussi sur la distribution de nourriture.

Le 10 août, les cheminots ouvrent la voie, paralysant le trafic ferroviaire

    Et puis la classe ouvrière entre en scène. En grève le 10  août, à la suite de l’arrestation de plusieurs des leurs, "pour faire reculer le boche, faire aboutir les revendications, pour la libération totale du pays", les cheminots ouvrent la voie, paralysant le trafic ferroviaire. Ils sont suivis le 15 août par les 21.000 policiers qui, après avoir, pour beaucoup, traqué les résistants, mené la rafle du Vél-d’Hiv, répondent en masse à l’appel de leurs propres organisations de résistance, quittent leurs uniformes, et basculent, avec leurs armes, dans le camp des FFI.

    La grève, que la CGT décrétera générale le 18 août, s’étend aux PTT, au métro, à la métallurgie, aux imprimeries… Militairement, les 
Allemands sont affaiblis depuis le débarquement de Normandie et leurs défaites à l’Est. La décision d’appeler à l’insurrection suscitera pourtant des réticences. Jacques Chaban-Delmas et Alexandre Parodi, 
représentants de De Gaulle, la jugeront d’abord prématurée – avant de s’y rallier –, invoquant le risque de représailles ; ils préconisent d’attendre l’action et le feu vert des Alliés. Unies sur l’objectif de chasser l’occupant et rétablir l’indépendance nationale, les forces de la Résistance seront à plusieurs reprises traversées de vifs débats, opposant "attentistes" et partisans de l’action immédiate lire 2. La Résistance. (notamment le drame de Tulle, qui pose la problématique JPR).

    On le verra aussi lors de l’épisode de la trêve que quelques membres du C.P.L. négocient, le 20 août, par le biais du consul de Suède, avec von Choltitz : les FFI cesseraient les combats jusqu’à l’évacuation totale de Paris par les Allemands, qui s’engageaient, eux, à ne pas attaquer les édifices publics occupés… Certains ont-ils vu là "une occasion inespérée"  de "mettre à la marge les organisations FFI, de prévenir les risques de turbulences, de confier aux résistants modérés les rênes de la capitale ?", interroge l’historien Roger Bourderon.

    " Il est des gens, même dans la Résistance, qui sont inquiets de ce mouvement populaire qui triomphe. Ils savent pourtant que l’objectif du combat arrêté en commun est national et patriotique, mais quand même, ces barricades tenues par les ouvriers, les usines tenues par les prolétaires qui le défendent… cela dépasse leur entendement. L’ordre, pour eux, ne peut sortir de là", observera André Tollet, l’ouvrier tapissier, syndicaliste et communiste, qui préside le Comité parisien de libération. La tentative de trêve fera long feu; les instances du CNR et du CPL, sous l’impulsion des communistes, forts de l’autorité acquise par leur détermination, leurs sacrifices dans les combats, et Rol-Tanguy s’y opposèrent, au diapason des combattants qui voulaient en découdre et qui, malgré la confusion, n’ont jamais cessé leur action. Dès le 19 août, les Allemands – une garnison de 20 000 hommes, 50 chars –, retranchés dans quelques dizaines de points d’appui fortifiés, sont harcelés lors de leurs déplacements dans la capitale.

    Malgré les risques, la répression sauvage qui continue – chaque jour des patriotes sont fusillés, comme les 35 de la cascade du bois de Boulogne, le 17 août –, nombre de Parisiens font le coup de feu, jettent des bouteilles incendiaires sur les véhicules de la Wehrmacht. En dépit d’appels répétés aux Alliés, les résistants manquent cruellement d’armes. Mais Rol-Tanguy en est convaincu, "le succès est fonction du nombre" , répète-t-il, multipliant les appels à la population à rejoindre les FFI [1], à prendre les armes sur l’ennemi – appels amplifiés par la presse de la Résistance qui, le 21, sort de la clandestinité –, diffusant moult instructions précises sur la manière d’entraver les chars, d’édifier une barricade… Des barricades qu’on comptera bientôt par centaines, tandis que se multiplient les occupations de bâtiments publics, à commencer par celles, retentissantes, le 19, de la préfecture de police et de l’Hôtel de Ville, dont les derniers débris de l’appareil de Vichy sont chassés, mais aussi les usines, les gares, les centraux téléphoniques.

    Le 24 août, les FFI tiennent la rue, les Allemands sont confinés dans leurs retranchements, lorsque, dans la soirée, arrive à l’Hôtel de Ville un premier détachement de la 2e division blindée (2°DB) de Leclerc, celui du capitaine Dronne, composé de républicains espagnols. Suivront, le lendemain, guidés par les FFI, freinés par des foules en liesse tout au long de leur chemin, l’ensemble de la 2e DB ainsi que la 4e division d’infanterie américaine, qui, avec leur armement lourd, pourront "finir le travail", réduisant les derniers points fortifiés : le Palais Bourbon, le Luxembourg, la caserne de la République, l’École militaire, le central téléphonique Archives, l’hôtel Majestic, et enfin l’hôtel Meurice, QG de von Choltitz. Lequel signera l’acte de capitulation dans l’après-midi du 25 avec Leclerc et Rol-Tanguy. Il aura fallu la forte insistance des FFI auprès des généraux américains pour obtenir l’envoi de la 2e DB, encore placée sous leur commandement : leurs plans ne prévoyaient pas de passer par Paris, dépourvu à leurs yeux de "signification tactique", mais de le contourner. "Les FFI me forcèrent la main", reconnaîtra 
Eisenhower. L’insurrection populaire s’est imposée à lui, bousculant ses schémas. "Quand nous sommes arrivés, nous les troupes régulières, résumera le général américain, nous avons donné le coup de grâce à l’ennemi, mais Paris était déjà aux mains des Parisiens".

La Résistance montre que la France entend reprendre en main son destin

    En août 1944, alors que les armées allemandes refluent vers l’Est, l’enjeu militaire de Paris paraissait certes limité. Outre réprimer l’insurrection, von Choltitz avait mission d’assurer le passage des ponts sur la Seine pour les troupes de la Wehrmacht en retraite au sud. L’enjeu politique de la libération était, lui, considérable. En chassant l’occupant, la Résistance montre que la France entend reprendre en main son destin. Message de poids quand on sait que les Américains avaient envisagé de placer le pays – comme ils l’avaient fait en Italie – sous une administration militaire provisoire (l’AMGOT) et une monnaie idoine. Les fonctionnaires américains formés pour cela ne seront jamais mis en place. Aussitôt Paris libéré, le gouvernement provisoire de la République française, dirigé par de Gaulle, comprenant toutes les forces de la Résistance, s’installe. La libération totale du territoire ne sera pas obtenue avant mai 1945, mais la souveraineté nationale est d’ores et déjà rétablie. Peuvent s’engager les batailles de l’après-guerre : la reconstruction et l’application du programme de transformations sociales et économiques bâti par le C.N.R. 70° anniversaire de la création du COMITE NATIONAL de la RESISTANCE (CNR)..

    Yves Housson, journaliste à l’Humanité
    voir ausi son site Facebook

[1] il faut savoir qu'en Ile-de-France, donc à Paris aussi, les FFI et les FTP ont fusionné. C'est un communiste, le colonel Rol-Tanguy, qui dirige les FFI d'Ile-de-France.

jeunesse de France et résistance anti-nazie : Georges Séguy

publié le 17 août 2016 à 03:13 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 janv. 2017 à 04:06 ]

    Résistant à 15 ans, Georges Séguy rendait hommage à Guy Môquet et soulignait le rôle des Jeunes communistes dès les premières heures de la Résistance. Dans l’Humanité du 22 octobre 2007 (propos recueillis par J.P. Piérot qui rédige l’article qui suit en hommage à G. Séguy).

    ci-dessous : G. Séguy rencontre des élèves d'un C.E.T. pour préparer la "journée" du 23 octobre 1976, consacrée à l'emploi des jeunes.

En 2004, treize figures de la Résistance lançaient un appel .à célébrer le 60e anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance adopté en pleine clandestinité le 15 mars 1944. Elles exhortaient les jeunes générations à porter les valeurs du programme du CNR, « pour que la flamme  de la Résistance ne s'éteigne jamais ». « Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire et à retransmettre l'héritage de la Résistance et les idéaux toujours actuels de démocratie sociale, économique et culturelle ». Ses signataires s'appelaient Lucie et Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimomt, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

Aussi longtemps que ses forces le lui permirent, Georges Séguy accomplit avec passion ce travail de militant, de pédagogue auprès des jeunes dans les collèges et les lycées. Il fit entendre sa voix notamment lors de la rentrée scolaire 2007, qui suivit l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Le nouveau chef de l'État avait décidé que serait lue dans toutes les classes la lettre d'adieux de Guy Môquet avant son exécution par les nazis avec les vingt-six autres otages de Châteaubriant, le 22 octobre1941. Cet hommage au jeune martyr de 17 ans, militant de la Jeunesse communiste, pour légitime qu'il fût, n'était pas dénué de préoccupations politiciennes - il ne fut d'ailleurs jamais renouvelé- de la part d'un président qui ne devait guère se révéler comme un continuateur du programme du Conseil national de la Résistance. Georges Séguy, que l'engagement de jeune communiste toulousain rapprochait tant du lycéen parisien Guy Môquet, participa au débat suscité par l'initiative présidentielle, en particulier dans un entretien accordé à l'Humanité pour l'anniversaire du crime de Châteaubriant. L'ancien résistant de 15 ans, qui avait imprimé clandestinement journaux et tracts antinazis, faux papiers et certificats de baptême pour Mgr Salliège, archevêque de Toulouse et antifasciste, y rappelait le rôle des Jeunes communistes dans les premières actions de résistance. « Toulouse était dans la zone prétendument libre, mais en fait sous la tutelle des fascistes français. Nous n’obéissions pas à une organisation puisque tout était dissous, explique-t-il. Les Jeunes communistes ont bénéficié d'une sorte de prolongation de Iégalité. L'affaire n'est pas très connue. La Jeunesse communiste toulousaine se réunissait chaque dimanche matin sous couvert des Amis de l'Union soviétique, qui était une association autorisée jusqu'à l'entrée en guerre de Hitler contre l'URSS (juin 41, JPR). C'est au cours de l'une de ces réunions que les Jeunes communistes ont préparé la visite de Pétain à Toulouse, le 6 novembre 1940. Nous avons lancé depuis plusieurs fenêtres de la rue d'Alsace des tracts anti-vichystes et antinazis. Cela a eu un écho formidable. Une foule immense attendait Pétain. Quand les tracts sont tombés sur le sol, beaucoup de gens les ont ramassés et glissés dans leurs poches. Il n'y avait pas de directives précises. L'idée était venue de nous-mêmes entre copains de la J.C. (jeunesse communiste, JPR). Nous nous sommes dit : "On ne peut pas laisser venir Putain sans rien faire". Puis l'engagement s'est poursuivi selon les affinités de chacun».

« Notre désobéissance nous a valu d'être persécutés, emprisonnés, déportés dans les camps de la mort »

L'hommage à Guy Môquet était l'occasion de « balayer cette calomnie selon laquelle les communistes ne seraient entrés dans la Résistance qu'à partir du moment où l’URSS a été attaquée ». «Les Jeunes communistes de notre génération, comme Guy Môquet » insistait-il, « se sont engagés par amour de la liberté et pour défendre leur pays. Ils sont entrés dans l'action de leur proche chef».

Tout était désorganisé. L’information parvenait de manière chaotique. Le jeune Georges Séguy avait participé à des actions visant à permettre l'évasion de républicains espagnols des camps français. « Les Jeunes communistes étaient présents aux premières heures de la Résistance. Par la suite, ils furent rejoints par d'autres jeunes, beaucoup de catholiques qui avaient milité à la JOC (jeunesse ouvrière chrétienne, JPR) et qui ne trouvaient pas d'organisation au sein de laquelle ils voulaient manifester leur volonté de lutte. Petit à petit, cette résistance est devenue militaire avec les FTP (francs-tireurs et partisans) qui ont su capter l'énergie de la jeunesse ».

Un regret: « Les élèves me posent beaucoup de questions sur nos conditions d'existence dans l'univers concentrationnaire, mais pas assez sur les raisons de notre déportation. Parmi les missions qui nous ont poussés à entrer dans la Résistance », soulignait celui qui fut à moins de 17 ans le plus jeune déporté français de Mauthausen « je voudrais en mentionner une qui prend de nos jours une signification particulière: notre refus de nous incliner devant les lois du gouvernement de l’État français légalement constitué (c’est erroné, Le coup du 10 juillet 1940 : la République abattue…….JPR, Vichy était un État de fait, pas un État de droit) à Vichy en juillet 1940. Notre volonté de nous insurger contre la politique de trahison de ce pouvoir maudit. » Une colère que le temps n'avait pas émoussée : « Cette désobéissance nous a valu d'être calomniés, persécutés, emprisonnés, déportés dans les camps de la mort, et même, comme Guy Môquet et ses camarades de Châteaubriant, d'être fusillés. Puis, après la Libération, d'être félicités, montrés en exemple, souvent décorés. » Mais, poursuivait Georges Séguy, « cet aspect de notre engagement dans la Résistance est de plus en plus occulté, cela vise à permettre à l'actuel gouvernement de I’État français de détruire systématiquement les avancées sociales et démocratiques de la Résistance ».

lire absolument : Georges Séguy, une vie française dédiée à la liberté...

Au Panthéon, un hommage incomplet à la Résistance (28 mai 2015)

publié le 29 mai 2015 à 02:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 29 mai 2015 à 03:03 ]

http://www.humanite.fr/mot-cle/germaine-tillion

Au Panthéon, un hommage incomplet à la Résistance

Jean-Paul Piérot

Mercredi, 27 Mai, 2015

L'Humanité

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    « Faudra-t-il maintenant parler de la défaite militaire du nazisme sans Stalingrad, de la prise de Berlin sans Joukov, de la Yougoslavie libérée sans Tito, de la victoire sur le Japon sans Mao Zedong, de la Libération française sans les FTP, de la reddition de von Choltitz à Paris sans Maurice Kriegel-Valrimont et sans Henri Rol-Tanguy ? Évoquera-t-on la composition du CNR sans Pierre Villon et André Mercier, celle du Comité français de Libération nationale sans François Billoux et Fernand Grenier ? (…) Le stalinisme effaçait les dirigeants réprouvés des photographies officielles. La République française ne doit pas en faire de même avec une composante à part entière de l’histoire populaire et de la gauche de ce pays. » Texte de l'historien R. Martelli.


    Le combat contre la barbarie nazie célébré aujourd’hui. Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay reposeront dans la crypte qui reste close aux résistants communistes, ainsi en a décidé François Hollande. Le PCF rend hommage à tous les combattants de l’ombre.

Les lourdes portes de bronze du Panthéon s’ouvriront aujourd’hui pour une cérémonie exceptionnelle : quatre cercueils seront portés ensemble dans la crypte. Quatre figures de la Résistance feront ainsi symboliquement leur entrée en ce mémorial, qui exprime «aux grands hommes» la reconnaissance de la nation. En l’occurrence, deux femmes, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, et deux hommes, Pierre Brossolette et Jean Zay. Jusqu’à aujourd’hui, seul Jean Moulin représentait sous la coupole du Panthéon ce «terrible cortège d’ombres», selon l’expression d’André Malraux. Le ministre de la Culture du général de Gaulle saluait en 1964, dans un discours resté célèbre, l’entrée de l’artisan de l’unification de la Résistance : «Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi, et même, ce qui peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration ; avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de “Nuit et Brouillard” enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes ; avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres.»

L’hommage rendu aujourd’hui aux quatre résistants devrait être l’occasion de réaffirmer l’importance des valeurs d’humanité, de solidarité, du refus de la barbarie et du racisme sur lesquelles la Résistance sut se rassembler dans toute la diversité des courants politiques qui la traversaient. Cela est nécessaire dans une période où l’extrême droite occupe une trop large place du débat politique. Mais en décidant d’exclure les communistes de cet hommage national, François Hollande ignore une composante essentielle du combat contre les nazis et le régime de Vichy, il gomme la part prise par le monde du travail, par les immigrés. Il affaiblit gravement le message de cette journée nationale de la Résistance.

La date du 27mai est entrée récemment dans l’agenda officiel des célébrations. En 2013, l’Assemblée nationale a choisi, pour honorer la Résistance, ce jour qui nous rappelle que, le 27mai 1943, dans Paris occupé, le Conseil national de la Résistance tint sa première réunion rue du Four. En pleine clandestinité, à la barbe des flics de Vichy et de la Gestapo, la Résistance scellait son unification et ébauchait le programme de renouveau démocratique et social de la Libération. L’an dernier, le 21février, la France commémorait l’exécution par les nazis, en 1944, des vingt-deux résistants FTP-MOI du groupe dirigé par Missak Manouchian, un militant communiste issu de l’immigration arménienne installée en France à la suite du génocide de 1915. C’est à cette occasion que le président de la République avait annoncé qu’en 2015 Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay entreraient au Panthéon. «Deux femmes et deux hommes qui ont incarné les valeurs de la France quand elle était à terre, deux femmes et deux hommes qui se sont dressés à leur façon, chacun à sa manière, face à la collaboration, à l’abandon, à la barbarie, au nazisme», précisait alors François Hollande.



Parmi les oubliés, figure notamment Missak Manouchian (ci-dessus, le troisième en partant de la gauche) arrêté en novembre 1943 avec les membres de son groupe. ils furent fusillés le 21 février 1944.

Photo : Archives l'Humanité



La lourde absence de ceux qui furent les premiers à engager la lutte armée

    Nièce du général de Gaulle, Geneviève est étudiante quand elle est arrêtée en juillet1943 par les voyous français de la Gestapo. Déportée au camp de Ravensbrück en février1944, elle sera, en octobre, mise à l’isolement pour servir d’éventuelle monnaie d’échange en raison de son nom. Elle sera finalement libérée par l’Armée rouge en février1945. Après guerre, après un passage dans les rangs du parti gaulliste, le RPF, puis dans le cabinet d’André Malraux au ministère de la Culture, Geneviève de Gaulle-Anthonioz s’engage dans la lutte contre la misère à la tête d’ATD Quart Monde.

Germaine Tillion, brillante ethnologue ayant effectué de nombreux séjours en Algérie avant guerre, participe à la création du réseau du musée de l’Homme, en juin1940. Dénoncée par un indicateur infiltré, elle sera déportée sous la mention «Nacht und Nebel» (nuit et brouillard) à Ravensbrück. Dans les années 1950, exerçant des missions sur place pendant la guerre d’Algérie, Germaine Tillion s’éleva contre la torture. Au début des années 2000, elle fut l’une des premières signataires d’un appel, lancé par l’Humanité, de personnalités exigeant que toute la lumière soit faite sur les responsabilités de l’État dans les crimes de guerre commis pendant la guerre coloniale.

Pierre Brossolette, journaliste, membre du Parti socialiste, fut une des voix de la Résistance sur les ondes de la BBC. Tombé dans les griffes de la Gestapo au cours d’une mission en France en février1944, il se suicida en se défenestrant pour ne pas risquer de parler sous la torture.

Jean Zay, élu député radical-socialiste du Loiret en 1936, est nommé à 31 ans ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire. Arrêté au Maroc en août1940, il est emprisonné par le gouvernement de Vichy et sera assassiné par la milice, le 20juin 1944.

Au-delà des personnalités et de leur comportement exemplaire, on aura compris que c’est toute la Résistance que la France est invitée à honorer. Le caractère incomplet de la liste saute alors aux yeux, sa composition souligne lourdement l’absence des communistes. François Hollande réunit dans un hommage national plusieurs familles politiques de la Résistance – les gaullistes, les socialistes et les radicaux –, à l’exception des communistes, qui furent pourtant une aile marchante de lutte contre la barbarie nazie, les premiers à engager la lutte armée des Francs-tireurs et partisans. Dans toutes les villes de France, des noms de rues rappellent le nom des résistants communistes fusillés ou morts en déportation. Au sein de la MOI, des étrangers – juifs d’Europe centrale, antifascistes italiens, républicains espagnols, Allemands anti-hitlériens et d’autres – ont participé à la libération de la France.


Il ne s’agit pas de se livrer à une concurrence de héros


Pour ne prendre qu’un seul exemple particulièrement frappant, comment peut-on séparer Geneviève de Gaulle et Germaine Tillion de Marie-Claude Vaillant-Couturier, leur compagne de déportation de Ravensbrück, où la jeune militante communiste avait été transférée après l’évacuation d’Auschwitz ? Marie-Claude Vaillant-Couturier, qui allait témoigner en 1946 sur l’horreur des camps au procès de Nuremberg, avait été déportée à Auschwitz-Birkenau en janvier1943. Geneviève de Gaulle et Germaine Tillion entrent au Panthéon, Marie-Claude Vaillant-Couturier reste à la porte. Quel sens donner à cette ségrégation politique qui, outre son iniquité, déforme grossièrement l’histoire ? Veut-on par là désigner les communistes comme intrinsèquement indignes de reposer au Panthéon ?

Du côté présidentiel, aucune explication avouable ne peut être opposée à l’incompréhension devant ce que le Parti communiste qualifie d’«ostracisme». Dans son discours du 21février2014, le chef de l’État se contentait, en peine d’arguments, de choisir la dérobade : «Je sais bien que d’autres figures auraient pu entrer également dans ce grand monument de la mémoire nationale. Des femmes ou des hommes célèbres ou des anonymes qui, par leurs engagements, leur courage, leurs sacrifices, leurs idées ont sauvé l’honneur du pays.» Évidemment, la question n’est pas là, mais de savoir si les cérémonies d’aujourd’hui expriment un hommage à toute la Résistance. À l’évidence, ce n’est malheureusement pas le cas.

Ne pas diviser la Résistance. Tel est le message que veut faire passer le Parti communiste. Il n’est pas question pour ce parti de se livrer à une concurrence de héros. Pierre Laurent participera aux cérémonies en hommage aux quatre résistants qui entrent au Panthéon. Mais, en avançant trois noms de figures de la Résistance qui pourraient également y entrer (Marie-Claude Vaillant-Couturier, Martha Desrumaux et Missak Manouchian), le PCF appelle à faire vivre les valeurs de la Résistance rassemblée.


Une pièce de théâtre sur Marie-Claude Vaillant-Couturier est présentée à l’espace Niemeyer.
Le PCF organise  un hommage à toute la Résistance avec notamment la présentation du dictionnaire des fusillés (Éditions de l’Atelier), et les prises de paroles de Pierre Laurent et Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire. Marie-Claude Vaillant-Couturier, pièce de Jean-Pierre Thiercelin, mise en scène par Isabelle Starkier et jouée par Céline Larrigaldie y sera donnée, avant d’être présentée en Avignon tous les jours au Théâtre de la Bourse
du travail CGT. À partir de 19 h 30, espace Niemeyer, place du Colonel-Fabien, à Paris.

  • Lire aussi :

Roland Leroy : « Les communistes, parmi les premiers et les plus actifs combattants

« Panthéon 2015, la photo retouchée » par Roger Martelli

 

 

Août 1944 : Provence, l’autre débarquement

publié le 17 août 2014 à 10:28 par Jean-Pierre Rissoan

    par Philippe Jérôme

 

    Le 15 août 1944, l’armée B du général de Lattre débarque avec succès, aux côtés des Anglo-Américains, sur les plages du Var.

  

    Il est deux heures du matin, ce 15 août 1944, lorsqu’un commando de la Roméo Force escalade la falaise du cap Nègre, près de Bormes-les-Mimosas dans le Var, pour y détruire une batterie ennemie. Comme l’adjudant-chef Noël Texier, premier mort de la bataille de Provence qui s’engage alors, tous les soldats de cette force spéciale sont français. Ce geste fait par les Américains, qui n’avaient permis qu’à 177 Français de débarquer, le 6 juin précédent, en Normandie, récompense l’opiniâtreté politique du général de Gaulle, enfin reconnu comme le véritable chef de la France combattante.



S’ENGOUFFRER DANS LA VALLÉE DU RHÔNE POUR CISAILLER LA WEHRMACHT

    De février 1943, qui marque le tournant de la guerre en Europe avec la victoire soviétique de Stalingrad, jusqu’en avril 1944, où il va pouvoir donner l’ordre au général De Lattre "d’assumer en temps utile le commandement des troupes françaises appelées à débarquer sur les côtes Sud de la France", l’homme du 18 juin va ferrailler pour que la "France libre" soit l’un des artisans importants de la victoire attendue sur le fascisme, prélude à une recomposition géopolitique de la planète. Elle s’esquisse à la conférence de Téhéran (novembre-décembre 1943), durant laquelle Staline obtient l’ouverture d’un second front à l’Ouest. Les stratèges américains qui, depuis la conférence de Québec (août 1943), ont dans leurs cartons un projet "d’invasion" du nord de l’Europe (l’opération Overlord en Normandie) proposent de le compléter par l’opération "Anvil" (Enclume). Il s’agirait, pendant que se déroule "Overlord", de fixer des forces ennemies dans le sud de la France avant de s’engouffrer dans la vallée du Rhône pour cisailler la Wehrmacht. De Gaulle approuve et propose que l’armée d’Afrique soit aux avant-postes de cet autre débarquement. Churchill, au contraire, va combattre ce plan, le qualifiant de "lourde erreur stratégique". En fait, l’objectif principal du premier ministre britannique est de prendre de vitesse les Soviétiques dans la dernière ligne droite vers la victoire finale et de contrer les mouvements de résistance communiste en Grèce et en Yougoslavie. C’est pourquoi il préconisera, jusqu’à début d’août 1944, un renforcement de l’offensive alliée en Italie afin d’atteindre au plus vite, d’une part, Berlin en passant par l’Autriche, d’autre part, le cœur des Balkans. Mais, après le choix de la Normandie pour Overlord, c’est le président Roosevelt, dans l’intérêt bien compris du capitalisme américain conjugué à d’impérieuses nécessités militaires, qui tranchera pour un second débarquement en France, au plus près des ports stratégiques de Toulon et de Marseille. Dès lors, le projet Anvil devient l’opération "Dragoon" (Harcèlement).

    Qui paye, notamment, les équipements de l’armée "gaulliste" commande : c’est le général américain Patch qui est chargé des opérations terrestres. Elles sont précédées de nombreuses missions de reconnaissance aérienne (Saint-Exupéry y trouvera la mort, le 31 juillet 1944) et d’intenses bombardements anglo-américains qui affaiblissent l’ennemi mais, de Nice à Avignon, atteignent cruellement les civils. C’est ainsi, par exemple, qu’à Marseille on relève 1.400 morts et on compte 15.000 sinistrés suite aux passages, du 25 au 27 mai 1944, des "forteresses volantes"[1]. La propagande pétainiste tente d’exploiter ces drames. En vain, car la population provençale, qui manque de tout, jusqu’au pain quotidien, est à bout. Depuis le 6 juin, elle n’a qu’une hâte, être libérée à son tour. Les maquis se renforcent et se mobilisent à fond durant les semaines précédant le débarquement, annoncé, le 14 août, par ce message de la BBC à la Résistance : "Le chef est affamé !" Les 100.000 Américains, Anglais, Canadiens et Français qui, transportés par les 1.300 péniches utilisées en Normandie, débarquent le lendemain matin sur 18 plages entre Saint-Raphaël et Hyères, les 5.600 parachutistes alliés, largués près de Draguignan, ont aussi faim de victoires. 


Les plus revanchards sont sans doute ceux de la 1ère DFL (division française libre) qui ont eu l’honneur d’engager en premier les combats dans le golfe de Saint-Tropez (qui feront 370 morts dans leur camp) et qui veulent, coûte que coûte, effacer l’humiliation de mai 1940. Ils constituent le fer de lance de l’armée B, qui comprend également deux divisons blindées, deux divisions d’infanterie marocaine (2e et 4e DIM), une division d’infanterie algérienne (3e DIA), une division de tirailleurs sénégalais (9e DIC) ainsi que des forces spéciales (notamment commandos de France et tabors marocains). Au total, 260.000 hommes qui, après le succès foudroyant du débarquement, vont irrésistiblement bouter l’Allemand hors du Sud, libérant, avec l’apport décisif de la Résistance, Toulon et Marseille, dès le 28 août, avant d’aller vers le nord "tendre la main", selon l’expression du général Eisenhower, à leurs camarades d’Overlord. Près d’un an plus tard, cette réussite de l’opération "Anvil-Dragoon" est une raison de plus qui permet à la France, représentée par le général de Lattre, de siéger à part entière à la table des vainqueurs face aux nazis défaits, le 8 mai 1945. Mais, en ce jour de fête pour les peuples libérés, la répression s’abat, à Sétif, sur une manifestation pacifique d’Algériens. Parmi eux, sans doute se trouvait-il des proches de ces tirailleurs du 7e RTA qui se sont battus au corps-à-corps pour rendre, intacte, la "bonne mère" aux Marseillais…

 

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[1] Surnom donné aux gros bombardiers américains, B17. Au Viêt-Nam ce seront les B52 qui séviront. Air Force est un film de 1943 dirigé par Howard Hawks dont le titre français est Forteresse volante. Il relate l'histoire de l'équipage du Boeing B-17 Flying Fortress Mary'Ann au début de la guerre du Pacifique de la Deuxième Guerre mondiale. Sorti pendant la guerre, c'est un des premiers films patriotiques destinés à soutenir l'effort de guerre, à la limite du film de propagande (Wiki).

Juin 40 : continuer le combat ?

publié le 26 juin 2013 à 12:28 par Jean-Pierre Rissoan

05/06/2010  

    Il y a 70 ans la France connaissait le malheur. Ce fut la débâcle puis l’exode. L’envahisseur nazi pénétrait chaque jour plus vite dans les profondeurs de notre pays. Fallait-il continuer la lutte au risque de voir les Allemands atteindre les Pyrénées et les côtes méditerranéennes et voir l’armée française se débander toujours davantage ? ou bien fallait-il cesser de se battre et sauver ce qui pouvait l’être ?

    Cette réflexion est faite dans tous les milieux d’extrême-droite. Robert Brasillach, fasciste auto-proclamé, avance à cet égard des formules brillantes. Ainsi dans Je suis partout - journal collaborationniste s’il en est - du 21 mars 1942, écrivait-il : "il faut connaître l'Histoire, qui nous offre quelques constantes. Je connais quelqu’un qui, au mois de mai 1940, quand il fut évident pour les plus obtus que tout était joué, écrivait à ses amis : « Plutôt Talleyrand que Bourbaki »". Avec cette phrase nous avons-là trois strates historiques qui se superposent : 1814-1815, 1870 et 1940.

    Les Pétain et autres Weygand, les Brasillach, ont une solide culture historique. Ils savent tout ce qui s'est passé aux moments cruciaux de notre période contemporaine et face à la Révolution en général, et au communisme en particulier, ils avaient fourbi leurs armes. C’est que dans la problématique évoquée plus haut, il y a un non-dit « présent partout », si j’ose dire, c’est celui de la révolution.

1.    Talleyrand ? qu’est-ce à dire ?

    "Nous avons cent fois répété qu'en adhérant à l'Europe de la Sainte-Alliance, Louis XVIII et Talleyrand alignaient la France d'alors sur l'Europe d'alors, de même qu'il faut aujourd'hui une France fasciste dans une Europe fasciste" écrit Brasillach le 28 août 1942. Autrement dit, plutôt que de rejoindre le combat des Bonapartistes qui voyaient se rallier les patriotes et -pire - les Jacobins, au lieu de lutter contre l’invasion des coalisés venus de toute l’Europe, il eût fallu collaborer avec l’Europe de l’Ancien Régime et l’Angleterre contre-révolutionnaire des Burke et consorts. Et c’est ce qui sera. Louis XVIII rentera à Paris dans « les fourgons de l’étranger ».

    On relèvera au passage ce coup de chapeau à la Restauration contre-révolutionnaire. Mais auparavant, Brasillach avait écrit ces paroles qui lui seront tant reprochées : "répétons, sans nous lasser, ce que nous avons déjà dit. Une politique digne de la Restauration prendrait connaissance de ce qu'est l'Europe vivante d'aujourd'hui, et alignerait la France sur cette Europe. La collaboration ? C'est trop peu de dire que nous voulons d'elle, et le mot, si beau qu'il soit, puisqu'il signifie le travail en commun, est peut-être trop usé avant d'avoir servi, faute d'avoir été bien défini. Ce que nous voulons, autant que cela dépend de nous, ce n'est pas la collaboration, c'est l'alliance. Comme la voulait Talleyrand"[1].

    Cette Restauration qui avait, au nom de la Sainte Alliance chrétienne, instiguée par l’illuminé tsar de Russie, écrasé les troupes des Libéraux espagnols. Voilà, mutatis mutandis, le programme des amis de Brasillach en 1940 : alliance avec les nazis et établir une Europe nouvelle. 

2.    Bourbaki ? Mais qui est-ce ?

    Le général Bourbaki, il est vrai, à la tête d’une armée de bric et de broc constituée par le gouvernement de la Défense nationale, en 1870, a donné son nom à une expression qui fut un temps célèbre ; pour évoquer un groupe humain inorganisé, dispersé, à l’armement hétéroclite on disait "mais c’est l’armée de Bourbaki !". Certes. Au moins, ces hommes eurent-ils le mérite de se battre jusqu’au bout, sauvant l’honneur du pays[2]. A eux s’ajoutent les premiers francs-tireurs dont l’existence-même surprit tant les Prussiens habitués à marcher au pas de l’oie.

    Après le désastre de Sedan, Lyon puis Paris et beaucoup d’autres firent la révolution républicaine du 4 septembre. Un gouvernement provisoire s’installe. Il continue la lutte avec une détermination qu’illustra pour l’éternité l’envol de Gambetta dans une Montgolfière, quittant Paris, d’ores et déjà assiégé par les Allemands, pour continuer et organiser le combat en province. 

    Mais Brasillach, et en cela il incarne toute l’extrême-droite de son temps[3], condamne tout esprit de résistance. Il repousse tout ce qui évoque les figures françaises de Résistance : "parmi ces gloires, c’est tout juste si l'on ne nous cite pas le Juif Gambetta (sic), le "gaulliste" avant la lettre, qui a prêché une criminelle résistance (re-sic) après la défaite et aggravé ainsi les conditions du traité (de Francfort), (…), Bismarck l'a dit. Ce sont les "hommes de gauche", les jusqu'au-boutistes, les "gaullistes" d'alors - Gambetta pour tout dire - qui ont prolongé la guerre et les conséquences de l'échec militaire de 1870"[4].

    Il fallait donc se mettre à plat ventre. C’est la fierté fasciste de Brasillach. Je rappelle que si la guerre de 1870 est largement imputable aux responsables du second empire, ce conflit changea de caractère par les exigences prussiennes qui en firent une guerre impérialiste, l’amputation de la France par la prise de l’Alsace et de la Lorraine, au nom du droit du sang, le montre assez. La résistance aux prétentions de Bismarck était donc légitime.

    Mais le général Bazaine, anticipe sur le Pétain de 1940. Bazaine dirigeait encore une armée sur pied de guerre et depuis Metz pouvait jeter toutes ces/ses forces dans la bataille. Au lieu de cela, il prend langue avec Bismarck ! "L’action d'une armée française encore toute constituée et ayant bon moral rétablirait l'ordre et protégerait la société (…)" dit-il et il capitule "pour quitter Metz, avec le consentement prussien pour aller rétablir l'ordre en France".

    Summum, le jusqu’au-boutisme des Républicains va jusqu’à l’insurrection de la Commune de Paris, mouvement social révolutionnaire mais aussi mouvement patriotique de libération nationale. Voilà ce qui reste au travers de la gorge de l’extrême-droite de 1940.

3.    1940 : sauver l’armée pour sauver l’ordre !

"Dès que nous subissons un échec à Charleroi, nos ennemis annoncent la révolution à Paris. C’est un rite" écrivait en 1933 un ‘historien’ royaliste[5]. Une défaite sur le front de l'Est et c’est la révolution à Paris. Les hommes de 1940, les Pétain et Weygand, savent tout cela par cœur. Dans la débâcle, la lutte contre l’ennemi intérieur prend vite le pas sur la lutte contre les panzers divisions de l’armée nazie.

C’est pourquoi leur décision est vite prise : armistice ! pour sauver l’essentiel : l’ordre, en évitant une révolution communiste à Paris ou ailleurs.

Le 25 mai 1940 -c’est déjà la déroute- Pétain livre le fond de sa pensée "Je suis partisan de ne plus poursuivre la lutte à outrance. (…), il faut sauver une partie de l'armée car sans une armée groupée autour de quelques chefs pour maintenir l'ordre, une vraie paix ne sera pas possible et la reconstruction de la France n'aura pas de point de départ"[6]. D’autres attribuent la formule "Sauver l’armée pour sauver l’ordre" à Weygand[7]. La stratégie des pétainistes est limpide : l’ennemi est celui de l’intérieur (alors que Daladier a interdit le P.C.F. et poursuivi tous les responsables de ce parti[8]) et il faut en finir avec la République et reconstruire une nouvelle France avec ce qui restera de l’armée. Le 10 juillet 1940 se prépare dès le 25 mai.

Mais d’ici-là une voix s’élèvera, presque imperceptible mais combien prometteuse, le 18 juin 1940.



[1] Je suis partout, 11 avril 1942. C’est moi qui souligne.

[2] "On pouvait rire ou pleurer, comme on voudra, raconte un témoin, en voyant que, faute de bêtes de somme, nous chargions nos bagages sur des moutons, des chèvres, des porcs et des chiens. On vit maint cavalier réduit à monter un bœuf en guise de cheval de bataille". L’armée de Bourbaki ? Non pas. Ce sont les glorieux croisés de la 1ère croisade… Avant qu’ils massacrent et pillent ! Mais ceux-là, Brasillach les admire ! D’après Foucher de Chartres (La conquête de Jérusalem) et Guillaume de Tyr (Histoire des Croisades III, 16), Malet et Isaac, p255.

[3] Pas exactement, car, par exemple, des extrémistes de la Cagoule rejoindront le général de Gaulle, à Londres.

[4] Je suis partout, 15 mai 1942 et 21 mai 1943. Il y a toujours respect et considération pour Bismarck dans l‘extrême-droite française.

[5] Jacques ROUJON, "Louvois et son maître", page 8. On voit comment une biographie de Louvois permet à ce maurrassien de régler ses comptes avec l’ennemi intérieur de 1933. Il utilise tous les moyens…

[6] Cité par Marc FERRO, page 34. Les mots en gras sont soulignés par Marc FERRO qui veut montrer que dès ce jour, Pétain envisageait la "révolution nationale". Je rappelle ce que dit Bazaine, lors de sa trahison à Metz, en 1870, "l'action d'une armée française encore toute constituée et ayant bon moral rétablirait l'ordre et protégerait la société (…)".

[7] C’est le cas d’Albert BAYET, page 37.

[8] Je crois que nous sommes ici en plein délire. D’une part, les dirigeants du PCF en juin 1940 étaient en majorité acquis à la thèse de la guerre « impérialiste » et suivaient les thèses de Staline et rejetaient aussi bien l’Allemagne que l’Angleterre, d’autre part, comment ce parti clandestin, plus ou moins décapité, aurait-il pu lancer un mot d’ordre de prise du pouvoir avec les divisons blindées allemandes répandues sur (presque) tout le sol national ? En réalité, pour les pétainistes, c’est un argument de propagande pour justifier la destruction de la République. 

Le coup du 10 juillet 1940 : la République abattue…….

publié le 26 juin 2013 à 12:26 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 févr. 2017 à 04:51 ]

08/07/2010  

Il y a soixante-dix ans, le 10 juillet 1940, à Vichy, les chambres (députés et sénateurs) réunies en Assemblée nationale, se donnent à Pétain qui en profite pour évincer la République et mettre en place « l’ État français ».

Quelques mots sur la mise en place "juridique" du régime de Vichy sont nécessaires car ceux qui seront jugés par la Résistance ou au moment de la Libération auront tôt fait de mettre au point leur système de défense. Ils n’ont agi que sur ordre du Maréchal, ‘régulièrement’ –selon eux – installé au pouvoir. Ainsi, le 17 février 1944, lors de son procès à Alger, Pucheu, encore ministre, il y a peu, à Vichy, l’homme des Sections spéciales et du massacre des otages de Châteaubriant, met en avant le point suivant : "ma responsabilité personnelle doit nécessairement être pesée en fonction des conditions très particulières de délégation d’autorité et de signature donnée au seul Maréchal Pétain par la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940" [1]. L’avocat Isorni, défenseur de Brasillach coupable d’intelligence avec l’ennemi, avancera la même idée au procès de ce dernier, le 19 janvier 1945. Il oppose dès le début du procès une sorte de question préalable :

"Plaise à la cour de justice (…) « Attendu que cette politique dite de collaboration a été annoncée officiellement par le Maréchal Pétain, alors chef de l'État Français, dans un message radiodiffusé, à la Nation Française, le 30 octobre 1940, (…) ; « Attendu qu'il n'est pas douteux que l'Assemblée Nationale, réunie le 10 juillet 1940 sous la présidence de M. Jules Jeanneney avait régulièrement donné au Maréchal Pétain tous pouvoirs, même constitutionnels (…) ; « Attendu que Robert Brasillach n'a fait que suivre la politique voulue par le chef de l'État, qu'il n'a donc été que l'exécutant des consignes du gouvernement légal diffusées par la radio et par la presse ; (…) ; « attendu que, dès lors, il y a lieu de surseoir à statuer en ce qui concerne Robert Brasillach jusqu'à ce qu'une décision de justice définitive soit intervenue en ce qui concerne le Maréchal Pétain et les membres du gouvernement ;

« Par ces motifs

Surseoir à statuer sur les faits reprochés à Robert Brasillach, jusqu'au moment où sera intervenue une décision de justice définitive à l'égard du Maréchal Pétain et des membres du gouvernement" [2].

Il est cocasse de voir ces hommes en appeler à la légitimité républicaine… Il faut rappeler, d’une part, que les décisions de l’Assemblée Nationale de Vichy, le 10 juillet 1940, ne sont pas libres : l’ennemi est à la porte, il en a même franchi le seuil. D’autre part, selon le droit public créé par la tradition révolutionnaire de 1789, le pouvoir constituant (originel, disent les juristes constitutionnalistes) appartient au peuple souverain (art. 3 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen), pouvoir qui peut être délégué à une assemblée qui possède dès lors un pouvoir constituant dérivé. Et c’est tout. L’assemblée en question ne peut pas déléguer à un autre délégué, car de fil en aiguille le peuple est démuni de son pouvoir et on aboutit au pouvoir personnel. En droit, l’Assemblée Nationale (députés et sénateurs) n’était pas habilitée à voter le fameux article unique de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 "qui donne tout pouvoir au gouvernement de la république, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer (…) une nouvelle constitution de l’État français". De plus, le lendemain matin, sans perdre de temps, Pétain se débarrasse de la République et s’autoproclame chef de l’État français : 

"ACTE CONSTITUTIONNEL N° 1. Nous, Philippe Pétain, Maréchal de France, vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940, déclarons assumer les fonctions de chef de l'État français. En conséquence, nous décrétons : l'article 2 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875 est abrogé".

    Or, cet article précise :

"Art. 2. — Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et par la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible".

    C’est donc bien la mise à mort de la République, alors que la loi constitutionnelle du 14 août 1884, partie intégrante de ce qu’on appelle par erreur "la" constitution de 1875 (elle est en réalité formée d’un corpus de six lois constitutionnelles) précise à la lettre :

"Art. 2. - Le paragraphe 3 de l'article 8 de la même loi du 25 février 1875 est complété ainsi qu'il suit : — « La forme républicaine du gouvernement ne peut faire l'objet d'une proposition de révision ». (…)".

Personne ne peut sérieusement prétendre que les chambres élues en 1936 avaient compétence pour violer la forme républicaine du gouvernement. Les manipulations machiavéliques de Laval et la peur des élus ont fait voter ce texte parfaitement infondé en droit. Comment ces hommes de la Collaboration qui ont insulté "la Gueuse" avec les outrages que l’on sait peuvent-ils se réclamer de la légitimité républicaine ? Eux qui pensent que la République n’est qu’un "gouvernement de fait"[3], donc non fondé en droit, eux qui pensent que le "nombre" (comprendre : le peuple) est un incapable, que la légitimité ne peut venir que de Dieu ou des épigones capétiens ou d’une force transcendante hétéronomique, d’un "Chef" choisi on ne sait trop par qui...

"En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumée qu'exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vérolée, fleurant le patchouli et la perte blanche, la République toujours debout sur son trottoir ? Elle est toujours là, la mal blanchie, elle est toujours là, la craquelée, la lézardée, sur le pas de sa porte, entourée de ses miches et de ses petits jeunots, aussi acharnés que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapporté de billets dans ses jarretelles ; comment auraient-ils le cœur de l'abandonner, malgré les blennorragies et les chancres ? Ils en sont pourris jusqu'à l'os"[4]. Mais Brasillach, ce sont ces "pourris" qui ont voté pour Pétain, le 10 juillet, le légitimant, et donc légitimant vos propos ! Pourquoi, dès lors, se réclamer de la légitimité de « pourris » ?

Non, tout cela n’est pas sérieux. C’est criminel.

 Cette usurpation de pouvoir fit que De Gaulle ne reconnut jamais quelque acte de Vichy dans quelque domaine que ce fût. Ce qui posa un autre problème : à qui imputer les conséquences des crimes commis par ce gouvernement de fait infondé en droit ?

C’est un grave problème. J. Chirac, président de la République, admit la responsabilité de la France dans la déportation et la spoliation des Juifs, par exemple.

Mais cela nécessiterait un autre article.   

N.B. : pour prolonger : chapitre 17 de mon livre Traditionalisme et Révolution. (les onglets, en haut de cette page)


[1] Le procès Pucheu, Paul BUTTIN, Paris, 1947, page 75.

[2] Le procès de Robert Brasillach, J. ISORNI, Paris, 1946, pp. 45-48.

[3] Marquis de ROUX, "Charles Maurras et le nationalisme de l'Action Française", Grasset, Paris, 20° édition, 1927, page 57.

[4] Je suis partout, 7 février 1942.

I. Et voilà que l'on nous ressort BRASILLACH…

publié le 26 juin 2013 à 12:24 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 avr. 2018 à 01:16 ]

    Oui, je m’indigne comme nous le demande Jean-Luc Douin à la fin de son compte-rendu de lecture du livre intitulé « Brasillach : le procès expédié »[1]. Je m’indigne que l’on nous ressorte toujours les mêmes histoires.

1) que le procès fût "expédié", il n’y a pas de doute là-dessus. Je l’avais écrit dans mon livre dès sa première édition. Chapitre 17 "la divine surprise". C’est regrettable, mais bon, les faits étaient suffisamment établis.

 

2) Drouin nous dit « ce livre ne fait pas mystère de son hostilité à la peine de mort ». La belle affaire ! Nous sommes en janvier 45, Brasillach est exécuté en février. C’est-à-dire EN PLEINE GUERRE. Yalta ne s’est pas encore tenue. Nul ne sait quand la guerre finira. Quel est le sens de l’interdiction de la peine de mort en pleine guerre ? C’est stupide. Point. Le compte-rendu de Douin est tendancieux quand il nous dit que "l’auteur du livre compare le nombre des condamnations à mort suivies d'une exécution sous Vichy (19) avec les 767 édictées à la Libération". Le procès Brasillach ne s’est pas tenu à la Libération mais alors que la France était encore en GUERRE. Et puis ce clin d’œil à la soi-disant clémence de Vichy est irritant. La milice de Vichy avec Darnand, les sections spéciales de Pucheu  n’organisaient pas de procès !!

 

3) autre antienne : "Rappelant qu'il fut jugé sur ses écrits plus que sur des actes, et que survécurent les "profiteurs de l'Occupation, les trafiquants" ou les marchands de canons". Quel méli-mélo. Comme si le marché noir était au niveau de gravité de ce qu’a commis Brasillach. Et l’auteur cité par Douin répète après beaucoup d’autres[2] : « il fut jugé sur ses écrits plus que sur des actes ». Mais Brasillach était journaliste ! On ne lui demandait pas d’assassiner les Résistants mais de mobiliser les esprits derrière la France allemande. C’est d’ailleurs un des premiers chefs d’accusation :

« Avant la guerre, Brasillach était rédacteur en chef de Je suis partout, (JSP) journal d'extrême-droite bien connu pour ses excès, dont Marc Ferro dit qu'il "était financé par l'argent allemand" (p.170). Joseph Barthélemy, homme politique de droite qui s'est compromis avec le régime de Vichy dont il fut ministre de la justice –et que Brasillach n’a eu de cesse de critiquer parce qu'il le trouvait trop "modéré"-, parle d'un "journal allemand d'expression française". Brasillach est redevenu rédacteur en chef en mai 1941, après sa libération des camps de prisonniers, et surtout après avoir publié un article qui est une véritable profession de foi pro-allemande mais, dans l'acte d'accusation du procès, il apparaît que ce fut un deal : vous (Brasillach) annoncez la couleur, on (nous Allemands) vous libère, et vous reprenez la direction de JSP. Ce qui fut fait ».

Concernant cette distinction sotte entre "écrits" et "actes", je ne puis que citer des extraits de mon chapitre 17 :

« Il importe de bien spécifier la différence entre une opinion et un acte. C'est la clé du problème. Les articles de Brasillach ne sont pas de simples supports de sa réflexion d'intellectuel tourmenté, à un moment donné. Ils s'inscrivent dans un processus de propagande en pleine guerre. Faut-il insister sur le rôle de la propagande en régime nazi ? Faut-il expliquer pourquoi Vichy a créé un secrétariat d'État à l'information ? La guerre fut une guerre totale : de la division blindée au cinéma en passant par les stukas et les campagnes d'affiches murales, tous les moyens ont été utilisés –des deux côtés- pour remporter la victoire. Dans ces conditions, les articles de Brasillach dans JSP sont des actes de guerre.

Voyons justement quelle est la conception du métier de journaliste que Brasillach énonce lui-même ? 23 juin 1941, anniversaire de l'arrivée de Pétain au pouvoir : "Il est le chef. (…). Efforçons-nous de le comprendre et de le faire comprendre". 14 juillet 1941 : "l'affaire du public et de la presse, c'est d'appuyer (l')action du gouvernement, c'est de créer une opinion qui la soutienne, car la France a besoin à la fois de ses chefs et de son opinion". 24-I-42 : "les militants de base les journalistes, JPR- font leur métier et traduisent en actes les paroles du chef de l'État"[3]. 23-IV-42 : "Il faut que les chefs de la France puissent dire qu'ils s'appuient sur le peuple, et c'est pour cela que nous écrivons". 3-VII-42 : "notre tâche doit être seulement de présenter (au gouvernement) des suggestions, de former l'opinion conformément aux directives de Montoire". 22-I-44 : "il faut saisir toute occasion –afin de consolider le front contre le désordre- d'apporter notre appui à la besogne de bâtisseur de digue dont l'essentiel revient aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, à l'armée allemande (…)". C'est clair : pour Brasillach les journalistes, en ce temps de guerre, font des actes, et n'expriment pas simplement leurs opinions. Il le sait très bien d'ailleurs. Voici ce qu'il dit d'une conférence de Darlan, chef du gouvernement de Vichy: (29-XI-41) "l'amiral Darlan a expliqué aux Français le rôle néfaste de l'Angleterre (…) il a fait un discours remarquable, acte autant que parole". Acte autant que parole : les mots sont des armes. Tout cela est confirmé par Maurras, longtemps maître-penseur de Brasillach : évoquant la censure dont fut l'objet son journal L'Action française, avant-guerre, Maurras écrit : "ainsi nous était arraché l'instrument même de l'action"[4]. Même l’ineffable Bardoux écrit que, dans les dictatures, « le journal est une arme »[5]. Tout est dit. ».

Quels furent donc les "actes" de Brasillach ?

A suivre…

II. BRASILLACH, ou L’IMPOSTURE (suite de la critique de l’article de J.-L. Douin)

III. BRASILLACH, CE « POETE SACRIFIE », CE « DEFERLEMENT DE LUMIERE »…


 

[1] Le Monde daté du 8 février 2011.

[2] « L'argument utilisé pour exprimer son regret et même sa condamnation de l'exécution de Brasillach est qu'il a été victime d'un procès politique. Il est mort à cause des ses "opinions". Son éditeur de 1941 qui réédite une des œuvres en 1981, écrit en quatrième de couverture "il fut condamné à mort en raison des opinions politiques qu'il avait soutenues" ». Extrait de mon chapitre 17 « divine surprise ».

[3] C’est moi qui souligne.

[4] La contre-révolution spontanée, page 227.

[5] « L’Ordre nouveau face au communisme et au racisme », page 202.

II. BRASILLACH ou l'imposture (suite de la critique de l’article de J.-L. Douin)

publié le 26 juin 2013 à 12:22 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 févr. 2016 à 09:41 ]

Quels furent donc les "actes" de Brasillach ?

 

Adorateur de Darnand

En bon fasciste –je rappelle une fois pour toutes que Brasillach revendique en permanence cette identité- Brasillach n'a aucune notion de l'État de droit. 6-IX-41[1], article intitulé "Et les coupables ?" (sous-entendu : les coupables de la déclaration de la guerre à l'Allemagne) : "l'exécution officielle ou non des coupables français de la guerre ne ferait lever autour d'eux aucune émotion". On a bien lu : officielle ou non[2]. 13-IX-41 : "il faut frapper officiellement si l'on ne veut pas voir se généraliser les procédés de la justice officieuse"[3]. 7-II-42, à l'occasion d'une manifestation hostile au régime de Vichy : "croyez-vous que la jeunesse fasciste italienne de 1922 n'aurait pas fait une expédition punitive contre ce village, avec des gourdins et des purges ?". Il connaît parfaitement les méthodes des nervis. 24-VII-42 : "ceux qui aident le bolchevisme commettent un crime. (…). Devant ce crime, les hésitations deviennent incompréhensibles". 23-X-42 : "on ne se concilie pas les ennemis de la patrie avec des places, des sièges de conseillers, des décorations (…). On se les concilie avec un peu de plomb dans les muscles vitaux (ah! le poète) et dans la définitive et pacifique conciliation du cercueil". 22-I-44 : "l'exécution immédiate des assassins, - les Résistants- lorsqu'on s'empare d'eux, doit être approuvée, certes, sans réserves !".

Parenthèses : J.-L. Douin dans son article nous dit qu’il y eut "19 condamnations à mort suivies d'une exécution sous Vichy (à mettre en rapport) avec les 767 édictées à la Libération"…Mais, ainsi que nous le dit Brasillach -et ce fut la réalité du terrain, du maquis- les Résistants sont exécutés sur place, SANS PROCÈS !

L'adhésion de Brasillach au fascisme date de février 34. Avant la guerre, il était pacifiste convaincu et admirateur du régime hitlérien après sa visite à Nuremberg, en 1937. En 1941, il est au service de l'Allemagne, à la rédaction en chef de JSP. Lors de son procès, il répète plusieurs fois les Allemands ne me demandaient pas de faire une propagande allemande. On peut le croire : il suffisait de le laisser parler. J'ai déjà cité sa phrase célèbre : "ce que nous voulons, ce n'est pas la collaboration, c'est l'alliance"[4]. Le 2 mai 1941, il écrit : "c'est parce que nous sommes depuis toujours des nationaux-socialistes français que le 1er mai est notre fête". Mais la mollesse –toute relative- de la "pseudo" (sic) Révolution nationale le fait exiger toujours plus. C'est ainsi qu'il en vient à aduler Darnand, le chef de la Milice, dont les crimes ne se comptent pas. "J'ai rencontré deux ou trois fois" écrit-il le 23-X-1942 "Joseph Darnand, et je n'ai pu qu'être frappé de l'impression de force terrienne (sic, la terre ne ment pas…) de solidité, que donne ce combattant-né, ce combattant-type. On est heureux de se sentir d'accord avec lui". Il confirme cette impression positive, dans un article à Révolution nationale du 19 février 44 : "je pense que les opérations de "nettoyage" sont parfaitement justifiées, en principe,[5] (…). Je pense, comme Darnand l'a dit ces jours-ci, que tout réfractaire pris les armes à la main avoue par là-même être complice des bandits ou bandit lui-même". Depuis le 11-X-43, Darnand est membre des Waffen SS et a prêté serment à Hitler.

Brasillach, journaliste trop bien placé, ne peut ignorer tout cela et il écrit ses textes alors que les Cours martiales viennent d'être instituées à l'instigation de Darnand et de Laval.

Ce que furent ces soi-disant "Cours martiales" créées en janvier 44, Joseph Barthélemy, qui fut ministre de la justice de Vichy, le raconte dans ses Mémoires et dans ses réponses à l'interrogatoire auquel il a dû se soumettre étant prisonnier en 1945 : "Les justiciables des nouvelles Cours martiales étaient tous individus saisis en flagrant délit d'assassinat ou de meurtre (ou de tentative) par armes ou explosifs, pour favoriser une action terroriste (il faut traduire « terroriste » par Résistant, JPR). Les Cours martiales Darnand n'avaient aucune stabilité. Le secrétaire général au maintien de l'ordre[6] les créait quand besoin était pour la durée qu'il trouvait bonne. Il les composait à son gré. Cette composition n'était pas connue publiquement. Les Cours martiales n'étaient aucunement soumises aux lois sur l'instruction criminelle. Pratiquement, Darnand désignait trois personnes de sa suite pour juger une affaire ; les condamnés étaient exécutés. Personne ne savait qui avait formé la Cour martiale"[7]. Puis, J-Barthélemy donne deux exemples des méthodes dont il a eu connaissance. Il va de soi qu'il y en eu d'autres (cf. M. Ferro) et de pires, si j'ose dire. "Une grave sédition avait éclaté à la maison d'éducation pénitentiaire d'Eysses. Un inspecteur des services administratifs et le directeur étaient entre les mains des jeunes révoltés. Le préfet d'Agen, pour sauver ces deux personnalités, informe les révoltés que, s'ils se rendaient, ils auraient tous la vie sauve. Ils se rendent. Darnand arrive, transforme trois personnes de sa suite en Cour martiale, et fusille douze révoltés. Second exemple : Une mutinerie formidable éclatait à la Santé. Quand elle a été réduite, des miliciens ont pénétré de force dans cette prison, ont fusillé trente détenus et ont laissé une espèce de décharge signée : illisible".

Voilà qui explique, cher Mr Douin, la maigreur du nombre de « procès », en bonne et due forme, sous le régime de Vichy.

à suivre...

III. BRASILLACH, CE « POETE SACRIFIE », CE « DEFERLEMENT DE LUMIERE »…

voir aussi :

I. ET VOILA QUE L’ON NOUS RESSORT BRASILLACH…




 

[1] Sauf indication contraire, il s’agit de la date de l’article paru dans "Je Suis Partout" (JSP).

[2] Une exécution « non officielle » est encore plus expéditive que le procès Brasillach…

[3] Brasillach fait allusion a l’assassinat de Marx Dormoy, ancien ministre de l’intérieur du Front Populaire, qui avait démantelé la Cagoule. Il est tué par une bombe, dans son hôtel, en 1941, vraisemblablement par des bandits du P.P.F. de Doriot. Brasillach se félicite plus d’une fois de ce massacre. Les bandits arrêtés seront sortis de leur prison par les Allemands eux-mêmes.

[4] Voir mon article de Juin 2010 : Juin 40 : continuer le combat ?

[5] D’où l’absence de procès, Mr DOUIN…

[6] Appellation de la fonction de Darnand, à cette date.

[7] BARTHELEMY, page 251.

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