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LES RICHES VEULENT PAYER ?

publié le 24 août 2011 à 08:00 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 sept. 2011 à 09:37 ]

Pour la sociologue Monique Pinçon-Charlot, la campagne sur les déficits publics est une arme idéologique des néolibéraux pour balayer les droits sociaux sur la planète. 

Parmi les arbitrages budgétaires discutés demain en conseil des ministres figure la proposition de taxer les revenus « extravagants ». Une telle mesure vous paraît-elle crédible de la part du « président des riches ? »

Monique Pinçon-Charlot. C’est un écran de fumée. Le PDG de Publicis, Maurice Levy, a effectivement proposé une petite contribution exceptionnelle des riches mais il l’accompagne de contreparties très violentes pour les peuples : supprimer les dernières poches de 
solidarité qui existent (sécurité sociale, fonction publique), livrer les services au secteur privé, faire tomber au plus bas le coût du travail. Il le dit très clairement : nous, les riches, on fait une opération de communication qui va peut-être nous décharger de 300 millions d’euros, et vous le peuple, vous payez le prix fort ! Les 300 millions correspondent à peu près à la somme votée par les députés UMP quand ils ont décidé de fiscaliser les indemnités des accidentés du travail. Cela montre l’hypocrisie du système.

Vous dites qu’il n’y a pas de problème d’argent mais un manque de volonté politique pour aller le chercher là où il se trouve. Allez-vous jusqu’à penser que la résorption des déficits publics est un faux problème  ?

Monique Pinçon-Charlot. Oui, ce débat est totalement faussé. Le déficit et la dette sont des armes économiques et idéologiques. Les néolibéraux s’en servent pour accélérer leur agenda politique et balayer les droits sociaux sur la planète. Tous les bénéfices de la planète finance reviennent aux trois quarts aux financiers, mais c’est au contribuable qu’on demande de rembourser. Avec eux, c’est « face je gagne, pile tu perds ! ». Le système est fait par l’oligarchie financière, il fonctionne pour elle et nous sommes arrivés à un point où la question se pose de soigner l’addiction à l’argent des plus riches.

Que préconisez-vous pour retrouver un cercle plus vertueux dans le partage de la richesse ?

Monique Pinçon-Charlot. Déjà, que les riches payent leurs impôts. Le système fiscal doit être revu pour être, non pas dégressif comme aujourd’hui, mais profondément progressif. Le travail est de loin le revenu le plus taxé en France, bien plus que le patrimoine ou le capital. Nous pensons qui faudrait imposer tous les types de revenus, avec un prélèvement à la source, du plus bas, au plus haut. Dans notre système, la TVA serait supprimée et la dernière tranche serait taxée à 95 %.

Le débat s’accélère aussi sur les niches fiscales. Les supprimer ferait rentrer de l’argent dans les caisses…

Monique Pinçon-Charlot. Il faut mettre fin à toutes les stratégies d’optimisation fiscales que nous, sociologues, appelons du vol légal. Pour ramener le déficit public de la France à 3 % en 2013, si tant est que ce soit la principale question posée au pays, ce dont je doute, il faut trouver 95 milliards d’euros. Parmi les enveloppes disponibles, il est possible de piocher dans les 500 niches fiscales qui représentent 75 milliards d’euros. C’est la partie connue du débat. Ce qui l’est moins, et cela fait partie des petites surprises que nous réservons dans la version réactualisée de notre livre[1], concerne par exemple les 80 milliards d’euros comptabilisés dans les modalités  particulières de calcul de l’impôt (MDPCI). Le bouclier fiscal est une niche fiscale qui n’a jamais été classée comme telle. Il est rangé dans les MDPCI. On peut faire passer beaucoup de sommes d’une ligne à l’autre. Il y a aussi beaucoup d’argent disponible dans les paradis fiscaux. Une société financière estimait en 2007 que les avoirs non déclarés de Français en Suisse se chiffrent à 80 milliards d’euros (seuls 2 milliards sont déclarés). Sans compter la boîte noire des paradis fiscaux… Les sommes en jeu sont astronomiques.

À la fête de l’huma 

Une version réactualisée du « Président des riches » sort en librairie le 15 septembre. Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon seront présents au village du livre de la Fête de l’Humanité dès vendredi après-midi jusqu’à dimanche soir. Ils seront aussi parmi les invités d’honneur des Amis de l’Humanité, samedi à 15 heures.
 
 
sur ce thème, ce qui me semble aller de soi, je prolonge avec le message que mon ami Denis LAMOUR, homme de lettres, homme d'Esprit, a bien voulu me transmettre.
 
M. CHATEL, un pas grand chose ou un rien du tout ? (clin d'oeil à Mme Angot).
Par DENIS LAMOUR -
Club de Mediapart

Il va réinstaurer la morale : bien mal acquis ne profite jamais (à qui ?), qui vole un oeuf vole un boeuf (sur la langue), Mme B. le vaut bien, elle. Le seuil de pauvreté, c'est peut-être de ne plus pouvoir se permettre le petit oeuf du comptoir à la Prévert. Il y a des gens en France qui ne peuvent même pas se permettre ça. Alors évidemment, quand de très riches demandent qu'on les taxe, on se prend à rêver. Au XVIIe, mais pas seulement, on avait ses pauvres : regardez Tartuffe (des aumônes que j'ai partager les deniers : eh oui, les deniers seulement). Je prie toujours, disait le pauvre du Dom Juan, pour les gens de bien qui me donnent quelque chose. Merveilleuse circulation de l'argent qui ne profite qu'aux gens de bien et ne court pas le risque d'être employé à des oeuvres non pies. C'est ce qu'on appelle la charité bien ordonnée.

Cette année, M. Chatel (du petit château) n'aura pas eu besoin d'organiser une fausse opération de marketing pour prouver que les fournitures scolaires ont baissé. De toute façon, le projet du petit Nicolas est passé dans les actes : ceux qui veulent faire des études n'ont qu'à se les payer, les autres iront à l'Education Nationale, dont la principale activité devrait être, comme chacun sait, de garder les enfants les jours de grève.

Sombre rentrée s'il en fut. Vraiment, on se prend à rêver : qu'ils s'en aillent. Il paraît que ça se dit assez bien en Espagnol, surtout quand on est Indigné. 



Liens:
[1] http://blogs.mediapart.fr/blog/denis-lamour/310811/m-chatel-un-pas-grand-chose-ou-un-rien-du-tout-clin-doeil-mme-angot#comments
[2] http://www.mediapart.fr/vote/node/134059
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[4] http://www.mediapart.fr/contact?category=34&link=http%3A%2F%2Fblogs.mediapart.fr%2Fblog%2Fdenis-lamour%2F310811%2Fm-chatel-un-pas-grand-chose-ou-un-rien-du-tout-clin-doeil-mme-angot&destination=%2Fprintmail%2F134059%3Fdestination%3Dclub%2Fblog%2FDENIS%2520LAMOUR
[5] http://blogs.mediapart.fr/blog/denis-lamour/310811/m-chatel-un-pas-grand-chose-ou-un-rien-du-tout-clin-doeil-mme-angot?onglet=
[6] http://www.mediapart.fr/printmail/134059?destination=club/printmail/134059
[7] http://www.mediapart.fr/print/134059
[8] http://blogs.mediapart.fr/blog/denis-lamour/310811/m-chatel-un-pas-grand-chose-ou-un-rien-du-tout-clin-doeil-mme-angot
[9] http://blogs.mediapart.fr/mot-cle/chatel
[10] http://blogs.mediapart.fr/mot-cle/education
[11] http://blogs.mediapart.fr/mot-cle/morale
[12] http://blogs.mediapart.fr/mot-cle/rentree



[1] 1) Le président des riches, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. Édition Poche La Découverte, 9,50 euros. En librairie le 15 septembre.

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