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FRONT DE GAUCHE : 118 – F.N. : 2

publié le 27 juin 2011 à 03:38 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 juil. 2011 à 01:38 ]
  31/03/2011  

Il est très difficile de savoir encore exactement, à l’unité près, combien le Front de gauche a obtenu de conseillers généraux à l’issue de ce second tour. Cela parce que le ministère de l’intérieur classe en "divers gauche" des élus qui n’ont ni l’étiquette PCF ni PG mais ont pourtant été soutenus par le Front de Gauche. Le journal L’Humanité donne le chiffre de 118 (113 PCF et 5 PG).

A l’exception de huit cantons, le Front de Gauche a donc gagné son duel de second tour dans 118 cantons. Il n’a perdu qu’un canton dans un duel PCF-FN, celui de Brignoles (Var)[1].

En revanche, le FN perdu tous ses duels sauf deux : Carpentras-N et Brignoles. On sait qu’il était en duel dans plus de quatre-cents cantons. Tous perdus (ou presque). Dans le Nord-Pas de Calais, en Languedoc-Roussillon, il perd tout alors que son score du 1er tour en pourcentage des voix exprimées pouvait laisser croire à des résultats désastreux pour la démocratie. Certains gens pointilleux peuvent geindre et dire qu’il n’est pas "normal" qu’autant de voix ne soient pas représentées dans les Conseils généraux : il n’y a pas trente-six solutions, il faut appliquer le régime de la représentation proportionnelle. En attendant, il faut, pour être élu dans un scrutin majoritaire, obtenir la majorité absolue des voix. Le Front de Gauche et ses candidats communistes a su le faire. Pas le FN. Ce parti est rejeté par l’électorat : lisez l’article sur la belle victoire républicaine du canton de Sens (sud-est) dans l’Yonne.

J’insiste sur ce point pour dire et répéter que le PCF est inscrit dans la vie politique de notre pays et que les Français sont d’accord pour le voir représenter plusieurs centaines de cantons (sur l’ensemble des cantons, ceux de 2011 et ceux de 2008), ils sont d’accord pour le voir présider deux départements, ils sont d’accord pour lui donner un groupe parlementaire à la chambre des députés. Les élections sénatoriales de septembre -dont les électeurs sont pour l’essentiel des maires et des conseillers municipaux délégués par leurs collègues - montreront encore mieux l’implantation de ce parti dans les villes et villages de France alors que le FN n’obtiendra qu’un tout petit nombre de voix car il n’a pratiquement pas d’élus locaux. Le PCF a lui, déjà, un groupe parlementaire, au Sénat "le grand conseil des communes de France"[2].

Alors que J. Chirac refusa un débat avec J.-M. Le Pen en 2002, il reçut plusieurs fois M.-G. Buffet à l’Elysée pour la consulter de même qu’il consultait les dirigeants des autres partis politiques représentés à l’Assemblée.

Aujourd’hui, certains Ump ont osé mettre en balance le "flirt" de certains adhérents de leur parti avec le FN et l’alliance du PS avec "l’extrême-gauche" et ils laissaient entendre que le PCF faisait partie de cette extrême-gauche. Mais ces UMP ont la mémoire courte et oublient que le Général de Gaulle gouverna avec des ministres communistes de juin 44 (formation du G.P.R.F.) à janvier 1946. En 1947, Jean Monnet regretta le départ de ces ministres du gouvernement car leur présence et leur influence facilitaient grandement le travail de reconstruction du pays, Maurice Thorez ayant demandé aux ouvriers de "se retrousser les manches".

Mais c’est la France pétainiste, dont Le Pen avait la nostalgie, qui ressuscite sous nos yeux, qui enfante le FN ou flirte avec lui. Elle considère donc le PCF comme un corps étranger. Heureusement, il existe une Droite républicaine franco-française qui n’a pas oublié et qui fait barrage au FN en votant pour le candidat Front de gauche-PCF.

A ceux qui glorifient, bien imprudemment, la "percée" du F.N. -percée sans élu- il faut rappeler que le PCF, durant la Guerre froide, s’est trouvé dans une situation d’ostracisme. C’était en 1958, avec l’élection de la première assemblée de la V° république, et le retour au scrutin majoritaire[3]. A cette date, le PS-SFIO était "la figure de proue de la V° république", l’UNR -nouveau parti gaulliste- appelait à voter pour Guy Mollet, secrétaire général du PS-SFIO, "ministre du général de Gaulle" en le qualifiant de "collaborateur fidèle du général de Gaulle"[4]. Aucun socialiste ne vota pour un candidat communiste surtout que nous sortions de l’année 1956, avec les chars soviétiques à Budapest et les militants de gauche assaillant le siège du PCF place Kossuth….

Malgré ces conditions politiques très difficiles, seul contre tous, la PCF obtient 10 députés. C'est-à-dire que dans dix circonscriptions de France, il obtint seul plus de 50% des suffrages exprimés. En 1959, toutes ses municipalités de la banlieue parisienne étaient réélues. Et, en 1965, dans moult communes, il n’y eut qu’une seule liste aux municipales : celle du PCF et de ses "compagnons de route".

Par conséquent, il faut bien constater que le FN est bien incapable de rassembler derrière lui, une majorité de Français. Son histoire n’est pas du tout la même que celle du PCF. Seuls des ignorants ou des malhonnêtes peuvent faire croire à une similitude entre ces deux partis.


[1] A cinq voix près, sur 8809 exprimées…

[2] Il y aurait beaucoup à dire sur le mode d’élection des sénateurs mais ce n’est pas l’objet de cet article.

[3] Sous la IV° c’était le régime de la proportionnelle.

[4] Voir le MONDE du 29 novembre 1958.

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