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B. Claude Mazauric, P.C.F., Mélenchon, la matière et l’anti-matière…

publié le 27 juin 2011 à 03:41 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 juil. 2011 à 01:37 ]
  27/04/2011  
Parlons maintenant de Jean-Luc Mélenchon.

Je tiens que Jean-Luc Mélenchon est notre meilleure figure de proue commune dans la première partie, "présidentielle ",  de cette bataille. Quand je dis "notre" j’entends d’abord celle du Parti communiste français, comme composante quantitativement principale du Front de gauche. Pourquoi cela ? Parce que ce choix avancé par Pierre Laurent, résume en lui symboliquement un acte politique fort : celui de démontrer que le choix de la stratégie de rassemblement autour du Front de gauche n’est pas une simple opération tactique émanée du Pcf pour d’étroites raisons de boutique, mais exprime une volonté durable et déterminée de rassembler un nombre croissant de citoyens autour d’un projet élaboré en commun, amendé au terme de longues approches et finalement  approprié par ceux-là même qui seront appelés à devenir acteurs et soutiens de ce programme partagé. Imposer un candidat "communiste", si valeureux serait-il, conduirait au contraire à accréditer l’idée, ne le voudrait-on pas, que le Front de gauche n’est que manipulation politicienne destinée à circonvenir les naïfs.

J’ajoute que rien ne blesse tant le vieux communiste, membre de ce parti depuis 59 ans, que la médisance que celles et ceux qui rejettent sa candidature, essaient de répandre sur la figure de Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon est certes ce qu’il est, et il m’arrive de regretter telle ou telle de ses prises de positions récentes, énoncées un peu à l’emporte-pièces, sans tenir toujours compte de la sensibilité ou de la conviction, d’ailleurs quelquefois incertaine, de ses alliés. Mais je me souviens surtout que son engagement décisif, avec le nôtre, dans la bataille commune contre le projet de Constitution européenne n’a pas peu contribué au seul succès stratégique et politique de grande portée que nous ayons remporté depuis plus de dix ans ! Et je me souviens aussi qu’en 2006-2007, quand d’aucuns, devenus de vilains manipulateurs, croyant enfin venue l’heure si attendue par eux de la disparition à leurs yeux "programmée" du PCF, s’abandonnèrent à l’une des pires manœuvres anti-communistes qu’on ait vues depuis cinquante ans. Mélenchon s’en est résolument tenu à l’écart, contribuant au contraire, peu après l’élection de Sarkozy, par des actes politiques de grande portée, à la relance enthousiaste de la  relation unitaire qui a abouti à la constitution de ce Front de gauche qui nous rassemble aujourd’hui. Souvenez-vous, camarades, de ce temps-là quand l’égolâtrie de quelques-un(e)s, doublée de la mégalomanie politicienne de plusieurs autres, visait explicitement à profiter du contexte pour tenter de jeter bas l’organisation communiste : n’oublions pas Saint-Ouen en décembre 2006 ! Tous ceux qui (comme moi-même) avaient espéré, dès 2006, la désignation d’une candidature "unitaire" pour court-circuiter le risque de la catastrophe prévisible à la présidentielle de 2007, ont dû rapidement ressaisir toutes leurs forces pour couper court à la manœuvre. Notre résistance finalement fut gagnante : mais il a fallu toute l’intelligente énergie et l’abnégation de Marie-George Buffet pour que, rassemblés comme nous le pouvions alors, nous sortions de cette mauvaise passe, non pas victorieux mais indemnes comme parti. Dans cette configuration, Jean-Luc Mélenchon s’est comporté en homme d’honneur : je ne l’oublie pas.

Enfin (et cela est le constat d’un fait, non un jugement), je remarque que lorsqu’il évoque l’histoire particulière du "communisme" au vingtième siècle, ou plus simplement l’histoire des mouvements révolutionnaires contemporains dont les communistes du monde entier ont été, tantôt  les protagonistes, tantôt les vecteurs, il sait en saisir la signification profonde et la portée, avec un esprit critique, un sens du contexte géo-stratégique du moment, et finalement une intelligence qu’on ne trouve pas toujours aussi richement illustrée dans le discours officiel de nombre de porte-parole communistes, dont la parole est si souvent tellement gênée aux entournures qu’elle en devient insignifiante. La droite et les bien-pensants, tout comme récemment le journaliste crypto-lepéniste Ménard, ne le lui pardonnent pas ! Pour cela aussi je déclare que Mélenchon est un allié honorable et un ami respectable parce qu’il n’envisage pas de nous considérer autrement que ce que nous sommes.

Ai-je tout dit de ce que je pense ? Non.

Il arrive que ceux qui refusent l’idée qu’il puisse devenir le candidat commun du Front de gauche à l’élection présidentielle de 2012, comparent la situation où nous sommes à celle que nous avons connue en 1973/1974 quand le PCF se rallia à la candidature "unitaire" de François Mitterrand. Alors là, vraiment, l’ignorance et la manipulation des faits et des dates, frisent l’indécence.  Comparaison (abusive) n’est pas raison même quand on est décidé à faire flèche de tout bois ! En 1974, alors que le PS "ré-unifié" depuis son congrès d’Epinay, sentait les ailes pousser sous lui tandis que stagnait l’influence du PCF (qu’on faisait encore semblant chez nous de croire "hégémonique" !), la signature du Programme commun de gouvernement de 1972, fruit d’un laborieux compromis de sommet venu de loin, nous contraignit à prendre une décision qui s’avéra après coup malencontreuse. Quoique nous n’ayons jamais pensé que l’union pouvait n’être pas "un combat" comme devait le rappeler un texte célèbre, pouvions-nous agir autrement dans le contexte du moment ? Mitterrand n’avait d’ailleurs pas caché son objectif : affaiblir durablement le PCF en s’alliant avec lui pour mieux lui tirer le tapis sous les pieds en débauchant la plus grande partie possible de son électorat populaire ("deux millions de suffrages"). Chacun sait comment il sut se donner les moyens de parvenir à ses fins, d’abord en devenant sans coup férir, le premier secrétaire du parti socialiste auquel il venait d’adhérer, et ensuite, en s’appuyant résolument sur le modèle européen et l’entente avec les forces réactionnaires de l’Allemagne fédérale, pour ruiner les aspirations révolutionnaires de la classe ouvrière française, en mettant résolument à profit les effets idéologiques, produits en occident, de la décomposition accélérée du modèle socialiste de type soviétique. Quel rapport cela peut-il avoir avec la situation présente ? Quelle similitude trouver entre le Parti socialiste d’alors, en pleine mutation et croissance, et le modeste Parti de gauche actuel, uni à nous au sein d’un Front de gauche en construction, parti que Mélenchon a eu précisément l’audace de constituer au détriment du PS (en renonçant par conséquent et de surcroît à la tranquille assurance de finir ses jours comme sénateur à vie dans l’Essonne !) ? Comment établir une quelconque identification entre la vaste entreprise mitterrandienne, laquelle répondait en partie à l’ambitieux programme contre-révolutionnaire élaborée par la Trilatérale de ce temps, et l’action commune de résistance aux effets de la contre-révolution capitaliste à laquelle nous résistons présentement, ici, en France et en Europe, précisément avec Mélenchon, ses amis et ses alliés ? En essayant de donner force et capacité politique au Front de gauche, nous réalisons exactement ce que nous n’avons pu entreprendre il y a quarante années. Non, Mélenchon n’"incarne" pas aujourd’hui une nouvelle mouture du piratage mitterrandien d’autrefois dont les effets pervers se sont montrés si durables, mais il aide au contraire à en saisir toute la perfidie: prétendre le contraire est non seulement une calembredaine mais plus encore une manœuvre qui discrédite ceux qui la profèrent.

Concluons : attendons la suite des débats mais je ne doute pas un seul instant qu’au terme de la procédure démocratique en cours, les adhérents du PCF, les anciens et les nouveaux, les communistes de toujours et ceux qui les rejoignent, soutiendront très majoritairement le cadrage d’ensemble et le choix émis par le secrétaire national du PCF le 8 avril 2011, date qui deviendra importante dans l’histoire si riche du PCF. D’abord parce que ce cadrage et ce choix répondent aux exigences politiques du moment, ensuite et surtout parce qu’ils sont le gage de futurs succès s’inscrivant dans la ligne de ceux, encore trop modestes mais prometteurs, que nous enregistrons depuis la constitution du Front de gauche. Succès notables pour cela aussi qu’ils ont invalidé les prétendues "alternatives" que quelques hiérarques fatigués, prétendaient opposer hier (notamment lors des élections régionales) à cette stratégie efficace et convaincante, destinée à rassembler toute la gauche autour d’une vraie volonté transformatrice de l’ordre canonique de la société.

(20 avril 2011)

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