Marine LePen ou l'extrême-droite toujours recommencée...

publié le 11 déc. 2011 à 08:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 12 déc. 2011 à 09:17 ]

    Dans son entretien avec le JDD de ce 11 décembre, Marine Le Pen (MLP) développe un discours ouvriériste, démago et très « fille de son père ». Elle déclare vouloir, je cite pêle-mêle, "la révolution", la "fin des privilèges", "une nouvelle nuit du 4 août" ; elle dénonce "une élite cupide et égoïste", ceux du "Fouquet’s" ; elle prétend représentée "la majorité silencieuse", "ceux qui ne manifeste pas"…

    Tout cela est nauséabond. Le FN appartient à une lignée contre-révolutionnaire qui a toujours dénoncé la révolution de 1789, qui a approuvé et aimé le régime de Vichy, et avant-lui l’idéologie de Charles Maurras. Une nouvelle nuit du 4 août ? Mais qu’en pensent la famille de la duchesse de Magenta et celle du comte Olivier Lefèvre d’Ormesson qui furent tous deux candidats sur la première liste du FN ? Et la famille de Hervé de Penfentenyo, de petite noblesse, candidat FN en 2004 ? Et la famille de Thibault de la Tocnaye fils d’Alain de Bougrenet de la Tocnaye, de Vendée, fils de croisés et de chouans (sic)[1], candidat FN en 2010 ? Mais en parlant aujourd’hui d’une élite cupide et égoïste, MLP oriente ses lecteurs vers les privilèges de l’argent, or, Le FN a toujours fait de très gros scores dans les bureaux de vote des ghettos du Gotha. Je renvoie mes lecteurs à mon article 1. Le F.N. ? c’est d’abord les riches… oui, « le FN c’est d’abord les riches »…


    Il y a là une escroquerie intellectuelle manifeste. Mais çà passe…

    Ça passe, parce que les médias n’ont jamais souligné ce phénomène du vote des riches, du vote des villas en faveur du FN. Ils étaient trop préoccupés à nous faire accroire que c’était les ouvriers communistes qui étaient passés du rouge au brun. Ce que contredisent toutes les analyses électorales un peu sérieuses et que l’on peut trouver sur ce site.

    Ça passe aussi parce que MLP s’adresse "à ceux qui ne manifestent pas". Mais que penser des salariés qui n’ont pas manifesté contre le démantèlement de notre système des retraites alors que le FN propose un système de retraites par capitalisation ? Sont-ils d’accord avec cette proposition qui fera des retraités riches et des retraités pauvres -dont eux- ? S’ils sont d’accord avec cela, ils sont soit des imbéciles, soit des ignorants, soit des racistes pour qui le thème de l’immigration passe avant toute chose. Loin de cela, le Front de Gauche propose un programme bien plus ambitieux et s’adresse à l’intelligence des travailleurs et leur demande d’abord de RÉSISTER ! pas de rester silencieux. A l’occasion de son 140° anniversaire on peut rappeler que la Commune de Paris, aux antipodes du FN, s’adressait au peuple en ces termes :   

« Travailleurs, ne vous y trompez pas; c'est le parasitisme et le travail, l'exploitation et la production, qui sont aux prises. Si vous êtes las de végéter dans l'ignorance et de croupir dans la misère ; Si vous voulez que vos enfants soient des hommes ayant le bénéfice de leur travail et non des sortes d'animaux dressés pour l'atelier ou pour le combat, fécondant de leurs sueurs la fortune d'un exploiteur, ou répandant leur sang pour un despote ; (…) ; si vous ne voulez plus que la débauche et la misère poussent les hommes dans la police et les femmes à la prostitution; si vous voulez, enfin, le règne de la justice, travailleurs, soyez intelligents, debout ! »[2].

C’est le peuple qui fait l’histoire, ni Marine Le Pen, ni ceux qui restent chez eux en attendant le sauveur suprême et en haïssant son voisin.  

    Mais de façon maligne -comme on parle d’une tumeur maligne-, MLP exploite le vocabulaire généré par notre grande Révolution laquelle n’est plus guère connue par la masse des silencieux, sauf quelques éléments par-ci, par-là. Et ces mots font tilt, évidemment, "nuit du 4 août", "abolition des privilèges", ça pète, ça résonne, ça peut servir. Mais comme le dit un élu de Moselle dans Le Monde daté de ce même dimanche 11 décembre : « autrefois[3], le FN était représenté (dans ma circonscription) par un vieux notable avec qui l’ont pouvait discuter. Aujourd’hui, ce sont des jeunes avec qui le débat de fond est impossible. Je dois affronter l’inculture ». L’inculture, terre de culture des voix FN…

    Je cite, ici, Jean-Luc Mélenchon : "La bataille est engagée entre elle et nous.  Nous allons rendre visible aussi son déguisement. Car ses gesticulations ne suffisent pas à cacher de qui elle est le garde-chiourme ! L’augmentation du SMIC ? Une « mesurette » selon elle. Le blocage des loyers ? « Une idée communiste » selon l’habitante du château de Montretout. La taxation des revenus du capital ? Cela la toucherait de trop près ! Et ainsi de suite. Tout ce qui intéresse la vie quotidienne des travailleurs ne la concerne pas. Les tenants du système ont bien compris son utilité : ils font donc la promotion d’une Le Pen qui serait devenue la représentante des classes populaires. Cette nouvelle assignation injurieuse du peuple est un sorte de ressucée de la vieille antienne « plutôt Hitler que le Front populaire ». Plutôt le Front National que le Front de Gauche".

    Mais je voudrais montrer aussi que cette technique oratoire qui consiste à utiliser un vocabulaire révolutionnaire pour mieux dissimuler ses objectifs CONTRE-révolutionnaires est une vieille méthode de notre extrême-droite.

A suivre…

(2°partie) Marine Le Pen ou l’extrême-droite toujours recommencée…

[1] Et complice du colonel Bastien-Thiry dans l'attentat du Petit-Clamart qui faillit coûter la vie au général De Gaulle.

[2] Par « intelligents », il faut comprendre « soyez lucides ».

[3] Le FN a fait irruption/éruption en 1984. Cela fait donc 27 ans !

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