Les Identitaires, le derby et le localisme …

publié le 27 juin 2011 à 02:24 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 à 08:24 ]
  30/09/2010  

Dimanche soir eut lieu le derby Lyon - Saint-Etienne. Folklore habituel. Les lecteurs de ce blog sont vraisemblablement dans l’ignorance de ce qui peut se dire à propos d’un tel match et d’autres matches de foot-ball en général. Ce peut être stupéfiant.

Ainsi j’ai bondi à la lecture de ce propos tenu sur un forum de foot. Le forumer s’étonne qu’une tribune du stade de Gerland ait trop applaudi les « Verts » au moment du but :

« Une vague de joie frénétiquement verte (couleur stéphanoise, JPR) s'est alors emparée de la tribune...J'ai cru un instant être à Geoffroy Guichard...et une haine rageuse et vivifiante a aussitôt pris le contrôle de mon corps. Déjà lors des confrontations face à l'ennemi marseillais, j'avais trouvé la tribune relativement colorée façon ciel et blanc, mais ce 100ème Derby de l'Histoire a mis en exergue l'indéniable face de notre "public". Il n'est pas exclusivement lyonnais et encore moins lors de la venue de l'ennemi régional... ».

Ce qui m’a fait sursauter c’est ce passage « une haine rageuse et vivifiante a aussitôt pris le contrôle de mon corps ».On notera au passage que l’on n’a pas affaire, ici, à un analphabète.

Vivifiante ? Une haine vivifiante ! Oxymore. La haine, c’est potentiellement la mort, pas la vie. On retrouve les propos des « jeunes gens de 1912-1913 » relevés par AGATHON. Voici un extrait de Traditionalisme & Révolution.

« La force, la force physique s'entend, les jeunes de l'aujourd'hui de 1912 n'ont que ce mot à la bouche. L'un va jusqu'à écrire : "la boxe, reine incontestée des sports nous redonna le goût du sang" (souligné par l'auteur, présenté comme un jeune écrivain sportif). On a vu plus haut un étudiant en Sorbonne- Sciences-Po accepter de jouer du poing dans le débat d'idées… et Georges Valois -créateur du premier mouvement fasciste après la guerre de 14-18- recommande à ceux qui reprochent à l'Action française -dont il était alors membre- de ne pas soulever les forces profondes, irrationnelles de l'être humain, "entrez dans une réunion nationaliste, mêlez-vous aux camelots du roi, un jour de manifestation, restez au milieu d'une bagarre, un jour de réunion houleuse, et vous m'en direz des nouvelles". Mais il y avait une revanche à prendre sur les vainqueurs de l'Affaire Dreyfus et elle a été prise si on veut bien croire celui qui a commis les lignes suivantes : "Il est vrai de dire aujourd'hui que la patrie n'a jamais été plus aimée, l'armée plus populaire, l'ordre plus souhaité, et même la force physique, la force brutale qu'ils –les Dreyfusards - incarnaient dans les "brutes galonnées" et dénonçaient avec toute la rancune d'êtres chétifs et rabougris, la force n'a jamais été plus honorée. Cette revanche est juste". Et le même de s'esbaudir devant cette nouvelle jeunesse : "ils voient la vie comme un combat, un beau combat à coups de poings, où ils apportent, avec une loyauté réelle et une endurance digne d'éloges, la férocité allègre d'un boxeur désireux de vaincre". Là également, inquiétude et lucidité comme chez ce professeur de philosophie du lycée Condorcet qui écrit à Agathon : "Il paraît bien que la jeunesse d'hier était cérébrale, tandis que celle d'aujourd'hui est manifestement musculaire. L'une s'est perdue par le culte de l'idée ; prenez garde que l'autre ne se laisse gagner par l'idolâtrie de la force". »

Le thème de la guerre et/ou de la mort est fréquemment présent.

« En perdant ce derby, je me rends compte que la haine contre les Verts est plus présente que jamais.

 « La guerre civile si on ne remporte pas ce derby la semaine prochaine...

« J'ai ressentis la même émotion que toi à commettre un meurtre devant ma télé !

« Et si on perds, on organise un petit suicide collectif.

« Le seul truc qu'on fera, c'est humilier leurs supporters à Gerland. Sportivement, c'est mort par contre.

La déspécification de « l’ennemi » (comme dirait le professeur Losurdo) est tout aussi présente :

« On (n’) est plus en position de négocier face à la Vertmine.

« L'union sacrée pour battre la vert-mine!

« Un derby ca se joue sur le terrain et dans les tribunes! Et il est hors de question de laisser mon stade aux chiens verts!

« Ville de merde, club de merde, supporters de merde, il n'y a vraiment rien à sauvé dans le Forez.

Les Stéphanois sont très souvent comparés à des « Roumains » ou à des « Albanais », ce qui est toléré par les webmasters.

La violence sur les boucs-émissaires est ouverte :

« Si on perd, je pense qu'il va y avoir des agressions sur Puel.

« et qu'on le marque au fer rouge avec un beau "INCAPABLE" sur les fesses

Les Identitaires lyonnais sont présents sur le forum et, parfois, se présentent comme tels. La lyonnitude est présentée comme le summum et le supporter de l’Olympique Lyonnais qui habite à Strasbourg, à Châteauroux ou ailleurs n’est pas reconnu comme tel. A ce titre, l’Equipe de France est rejetée, seul compte le club local. C’est aspect est généralisé. J’ai vu dans d’autres circonstances des slogans tels que « Marseille indépendant » ou encore « ni Italiens, ni Français, Niçois ! ».

Il ne s’agit pas d’un discours politique très élaboré. Mais pour ce qui me concerne, j’y vois la bête immonde en germe. On sait que le F.N. aussi fait de l’entrisme dans les associations de supporters. Il y défend « ses couleurs ».

Lorsque j’étais enfant, lors de la présentation des équipes, l’équipe visiteuse se présentait la première et seule, elle était applaudie successivement par les différentes tribunes. Brutalement, les applaudissements ont été remplacés par les insultes les plus grossières et il a fallu faire entrer les deux équipes simultanément afin que les encouragements pour l’équipe locale couvrent les insultes pour les autres.

On ne voit pas où est le progrès.

[1] Je rappelle que AGATHON est un pseudonyme sous lequel se cachent deux écrivains nationalistes : H. Massis et A. de Tarde. Les deux hommes ont fait une "enquête" sur les "jeunes gens d'aujourd'hui" -1912- publiée dans un journal périodique. Puis les articles ont été rassemblés dans un livre avec les réponses de personnalités à cette enquête et les réponses d'Agathon à ces réponses. J'utiliserai le livre paru en 1913 : "les jeunes gens d'aujourd'hui".

[2] Henry du Roure, ancien collaborateur de Marc Sangnier. Comme on le voit, la condamnation du Sillon n'a pas été sans effets…

[3] Chapitre XIII, Vive la tombe !

[4] L’entraineur lyonnais.

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