I. les Identitaires, « nouvelle » extrême-droite ? 1ère partie

publié le 27 juin 2011 à 02:14 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 22 oct. 2012 à 10:39 ]
  24/06/2010  

Dans son édition du 23 juin, LE PROGRÈS de Lyon nous présente une « nouvelle » extrême-droite, celle des « identitaires lyonnais ». Avec, je cite, « des jeunes intégrés dans une vie sociale et familiale, issus pour la plupart des classes moyennes », qui ont « des références politiques », mais « pas de références religieuses», comme martèlent les militants qui « respecte(nt) l'héritage chrétien, car s'attaquer à l'Eglise, c'est s'attaquer à notre culture», «Moi, je ne suis pas croyant », raconte Danien, « mais ça ne m'empêche pas de me trouver bien dans une église ».

On relèvera d’abord la catégorie sociale : « des jeunes intégrés dans une vie sociale et familiale, issus pour la plupart des classes moyennes » : on a là, l’archétype de la base sociale des mouvements d’extrême-droite d’aujourd’hui et du fascisme de naguère.

Cette extrême-droite n’est pas DU TOUT nouvelle. On l’a rencontre déjà dès avant 1914. Je me permets de citer mon livre « Traditionalisme et Révolution ».

« L'analyse du pré-fascisme serait incomplète sans présentation de l'évolution du sentiment catholique avant 1914. (…). Les contemporains ont rapidement vu deux tendances se faire jour. Pour simplifier : foi intérieure/adhésion extérieure. Pour certains, l'adhésion au catholicisme est une question de vie intérieure, une affaire personnelle, un problème intime qu'ils résolvent grâce à leur rencontre avec Dieu ce qui leur donne joie et force pour aller, ensuite, vers l'autre et partager avec lui. "Les autres" je cite un (vrai) catholique contemporain "ont de l'action, de la discipline, une conception tout extérieure : ils procèdent d'une doctrine qui est une sorte de soumission à la constitution religieuse de leur pays et se fondent sur ce raisonnement : «Le catholicisme est la forme religieuse de la société où je suis né. Considérant, d'une part, que la religion est un élément nécessaire de toute société ; d'autre part, que la religion ne se conçoit pas pour un peuple sans une forme particulière et que le catholicisme est cette forme, je suis amené à me dire catholique»"[1]. Bref, "ces jeunes gens sont catholiques comme ils sont Français". Exit les juifs, les huguenots et les francs-maçons qui ne sont pas de vrais Français (J. Soury)….

…Aujourd’hui, en 2010, on peut rajouter exit les Musulmans, pour ces Identitaires dont parle Le Progrès.

Ce courant est directement lié au monarchiste Charles Maurras. « Maurras lui-même n'a pas la foi, il est agnostique, mais en bon Français, il se dit catholique. "Maurras avait imaginé que, si on lui avait présenté une feuille de recensement où n'aurait pas été déjà supprimée la colonne religion, il eût eu le droit d'écrire en face de son nom : catholique, pour exprimer, non la foi (c’est moi qui souligne, JPR), mais la piété et la forte attache à la tradition de tous les siens »[2]. Et J. Soury, professeur à l’E.P.H.E., inspirateur de Maurras, carrément athée pour ce qui le concerne, disait « "Ce qu'il y a de bon dans la dévotion religieuse, ce n'est pas une foi métaphysique à tel ou tel dogme, incompréhensible de nature, (je souligne à nouveau) c'est le geste ancestral, c'est l'attitude de l'adoration, l'agenouillement sur les dalles du sanctuaire, le signe de la croix, la tiédeur de l'eau du bénitier banal, les mots du rituel prononcés sans songer au sens, le murmure berçant des prières du rosaire, des prières où s'unissent et communient des âmes sœurs".

Des gestes. Une coquille vide.

Bref, cette extrême-droite d’aujourd’hui, comme son aïeule d’hier, se sert de la religion, de l’Eglise, comme un outil pour ses objectifs uniquement politiques.

à suivre : Les Identitaires, « Nouvelle » Extrême-droite ? 2ème partie


PS. Pour prolonger cet article, je renvoie à la lecture du chapitre XIII, « Vive la tombe ! ».


[1] AGATHON, page 87. La citation suivante se trouve page 71. AGATHON est un pseudonyme sous lequel se cachent deux écrivains nationalistes : H. Massis et A. de Tarde. Les deux hommes ont fait une "enquête" sur les "jeunes gens d'aujourd'hui" -1912- publiée dans un journal périodique. Puis les articles ont été rassemblés dans un livre avec les réponses de personnalités à cette enquête et les réponses d'Agathon à ces réponses. J'utilise le livre paru en 1913 : "les jeunes gens d'aujourd'hui".

[2] Cité par le Marquis de ROUX, « Charles Maurras et le nationalisme de l’Action française », page 149. Grasset, 1927, 20° édition… 

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