FN, CGT, MOSELLE… débats…

publié le 27 juin 2011 à 02:36 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 à 08:21 ]

Suite à mon article sur la Moselle traitant du cas de ce syndicaliste qui se présente aux cantonales sous l’étiquette F.N., je me dois de donner suite aux interrogations qui percent à travers le nombre de demandes de lectures sur ce thème (notamment un lecteur qui s’interroge sur "les valeurs de la C.G.T."). Voici un article de l’Humanité qui rend compte de débats au sein de la CGT-Moselle sur cette irritante question.

L’OPA du Front national sur la détresse sociale (jeudi 3 mars 2011)

L’exclusion de la CGT d’un militant encarté au FN révèle la tentative de détournement des aspirations sociales par l’extrême droite. Metz (Moselle), 
envoyé spécial.

Les digues tiendront-elles, alors que «chez nous, les trois quarts ne se cachent plus de voter Le Pen ou Sarkozy», lâche un responsable cégétiste mosellan ? Sans doute pas sans réaction vigoureuse, et c’est de cela dont il fut question, lundi, à Metz, où la CGT a voulu marquer l’incompatibilité fondamentale entre l’organisation syndicale et l’extrême droite. Trois heures durant, 150 adhérents et responsables de la CGT en Lorraine ont échangé autour du cas de Fabien Engelmann (lire l’Humanité du 23 février 2011), écarté de la CGT lorsqu’il a révélé son appartenance au FN et sa candidature aux cantonales. Le préambule des statuts de la confédération, qui stipule que la CGT «agit […] contre les discriminations de toutes sortes, le racisme, la xénophobie et toutes les exclusions», ne suffit pas à lui seul, entre malaise palpable et volonté de regagner le terrain perdu dans un salariat lorrain fracassé par la crise. Denis Pesce, responsable départemental, rappellera que la CGT a «vocation à défendre les salariés quelle que soit leur origine. Les seuls droits des salariés sont collectifs et existent à partir du moment où tous en bénéficient. Ceux d’Arcelor-Mittal ont-ils le sentiment d’avoir perdu leur emploi à cause des immigrés ou à cause des patrons ?»

Baptiste Talbot, secrétaire de la fédération des services publics, est convaincu d’une opération concertée. L’irruption d’un ténor du barreau, 
Me Gilbert Collard, pour défendre la réintégration d’Engelmann, pris sous son aile par Louis Aliot, le numéro deux du FN, montre que «les masques tombent, s’il en était besoin». Sans compter «la déclaration d’amour soudaine à l’égard des fonctionnaires dans une lettre publique de 3 pages, alors que le FN veut supprimer 20.000 postes» ; tout laisse à penser que le FN est en mission.

Les motifs d’affaiblissement de la conscience politique des salariés sont connus : «Le salariat éclaté, souligne Jacques Maréchal, de l’union locale de Metz, induit un autre rapport au collectif». «On a abandonné la lutte des classes», suggère l’un. Pour un autre cégétiste, «dans cette Lorraine construite avec la sueur et le sang des immigrés, il est temps de parler à nos membres de liberté et pas seulement de casse-croûte». «Cela tient sans doute aussi à la difficulté que nous avons à construire des luttes interprofessionnelles, qui injecteraient plus de collectif entre nous», relève un métallo. La crise, aussi, complique la tâche. «Après un plan social, comment voulez-vous que l’on reprenne l’initiative dans une boîte ?» «En 2009, souligne un syndicaliste de Florange, les salariés commençaient à prendre conscience du poids de la finance et des choix gouvernementaux dans la crise. En montrant du doigt les immigrés, le FN au fond protège ceux qui sont la cause de notre malheur : les capitalistes».

Alors, Fabien Engelmann, cas isolé ou tête de pont ? «Des militants CGT qui votent FN, sans aucun doute. Qu’ils soient adhérents du FN en même temps, je suis plus circonspect», tempère Jacques Maréchal, sans se voiler la face. La CGT est, avec Sud, la formation syndicale la moins perméable à l’extrême droite, selon les études d’opinion. Tandis que la CFTC tolère dans ses rangs le conseiller régional FN Thierry Gourlot, «la CGT n’a pas le monopole de la lutte contre le FN», grince Jacques Maréchal. Chacun sent le moment crucial sur une terre où, rappela un militant de Saint-Avold, «les mineurs ressortent tous noirs du puits».

Lionel Venturini

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