C.G.T., Engelmann, ALGRANGE : la réponse démocratique

publié le 27 juin 2011 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 à 08:18 ]
  avril 2011  

Le candidat FN du canton d’Algrange a bénéficié, c’est le moins que l’on puisse dire, d’une large couverture médiatique pour sa campagne des cantonales. Il a défrayé la chronique en se portant candidat d’extrême-droite alors qu’il était secrétaire du syndicat CGT des agents territoriaux de la mairie de Nilvange[1].

Il est évident que la communauté ouvrière a été ébranlée par cette usurpation. Syndicats et partis ouvriers (PCF et PS) avaient à réagir. Je vais exposer les résultats en ne citant que ceux des trois partis concernés : PS, PCF et FN, les autres jouant un rôle secondaire.

Le canton d’Algrange appartient à la Moselle sidérurgique et je renvoie à ma série d’articles sur le département de la Moselle. Il y a une tradition d’accueil des migrants y compris des étrangers dans cette partie du département (arrondissement de Thionville) ce qui est moins le cas dans la Moselle du charbon (arrondissement de Forbach) le recrutement ayant été ici plus local. L’arrondissement de Metz présentait les mêmes caractéristiques que l’espace de la Sidérurgie avec la nuance supplémentaire qu’à Metz, il y a une tradition réformée (calviniste) qui a subi les persécutions louis-quatorziennes et a donc une tradition libérale de tolérance. Tout cela est très succinct et mériterait d’être affiné, mais restons dans le cadre restreint d’un article de blog.

Les calculs que j’ai effectués apportent les éléments suivants :

-          Dans l’arrondissement de Thionville, l’ensemble des cantons soumis à renouvellement donnent 6,4% des inscrits (2011) contre 5,9 en 2004. Stabilité.

-          Dans l’arrondissement de Forbach, les cantons concernés par l’élection passent -globalement- de 8,8 à 9,8% des inscrits entre 2004 et 2011. Aggravation.

-          Dans l’arrondissement de Metz, les chiffres sont de 7,1 en 2004 et de 8,9% en 2011. "Percée médiatique".

Les résultats du canton.

Le canton d’Algrange, qui relève de Thionville, donne 7,4% des inscrits au FN sur-médiatisé au lieu de 7,2% en 2004 avec un autre candidat plus obscur. Même stabilité que dans le bassin sidérurgique. Le coefficient personnel de l’individu concerné en 2011 n’a pas été d’un poids très lourd. Avec 23,4% des suffrages exprimés (945 voix), il fait simplement un score mosellan (23,3% pour l’ensemble des cantons du département soumis à renouvellement). Il rétrograde de la 2° à la 3° place. "Contre toute attente" écrit le Républicain lorrain, "il n’a pas pu se qualifier pour le second tour, malgré une campagne portée par le buzz de sa conversion de l’extrême-gauche au parti frontiste"[2].

Mais le plus intéressant est le score obtenu par les deux partis ouvriers PS et PCF[3]. Le plus émouvant est le renfort/réconfort apporté au Parti communiste français. En 2004, sur l’ensemble du canton d’Algrange, le candidat de ce parti arrivait en 5° position avec 4,4% des inscrits et 9,6% des exprimés. Loin derrière le candidat PS qui obtenait 2219 voix, 17,6% des inscrits et 38% des exprimés. En 2011, si l’on utilise le vocabulaire des médias, le communiste Patrick Péron, fait une véritable "percée" : il arrive second de tous les candidats, dépassant le très médiatique FN avec 27,5% des suffrages exprimés (multiplication par trois), 8,7% des inscrits (multiplication par deux) et 1110 voix (x 2)[4]. Le candidat socialiste recule : 31,5% et 10% des inscrits (1273 voix). Le FN est éliminé du second tour. Le communiste effectue le désistement républicain et le socialiste obtient 100% des exprimés au second tour. Exit le FN. 

Voilà la meilleure réponse que l’on pouvait apporter à l’usurpateur.

Et à Nilvange ? °

Comme le candidat du FN était employé à la mairie de Nilvange, il est évidemment intéressant d’y scruter les résultats. Petite présentation : "Nilvange : ville de résidence ouvrière, au cœur de l'ancien bassin sidérurgique, qui a culminé à 9.300 hab. en 1962 ; elle poursuit sa décroissance, perdant 240 hab. de 1999 à 2005. 5.300 hab. aujourd’hui". La baisse de la population est toujours le signe d’une crise économique grave. Inutile d’insister.

A Nilvange, le candidat socialiste reste largement en tête (43,9%). Le candidat du FN passe de 12,2 à 22,2% des exprimés mais cela correspond à un gain en voix faible : 226 v. en 2004 ; 278 en 2011. Le candidat P. Péron, PCF, passe de 6,6 à 17,2% des exprimés -quasi triplement- avec 215 voix au lieu de 123 en 2004. Gagnant 92 voix il fait mieux que le FN qui n’en récupère que 52.

Conclusion ; la manœuvre politicienne du FN a échoué. La réaction des électeurs a était saine et, espérons-le, salutaire. La CGT sort confortée du scrutin.  


[1] Syndicat qui vient d’être dissous par la fédération CGT des services publics.

[2] Numéro du lundi 21 mars 2011.

[3] En Moselle, qualifier le PS de parti ouvrier a plus de sens qu’à Paris…

[4] Cela dans le cadre d’une abstention très forte comme partout ailleurs en Moselle et en France. 

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