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Stalingrad : le grand tournant de la seconde guerre mondiale (2ème partie)

publié le 9 févr. 2013 à 07:34 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 29 mars 2017 à 02:49 ]
SOMMAIRE GÉNÉRAL

LES BUTS DE GUERRE DES ALLEMANDS.      Première partie ; lien :STALINGRAD, le grand tournant de la seconde guerre mondiale (1ère partie)

LE SITE DE STALINGRAD-VOLGOGRAD

LA DEUXIÈME GRANDE OFFENSIVE DE PRINTEMPS : 1942

LA BATAILLE DE RUE : 13 SEPTEMBRE 42 - 19 NOVEMBRE 42.   (deuxième partie)

1.       le recul jusqu’à la dernière limite

2.       le combat maison par maison

3.       "la ligne de vie" : la Volga

4.       la détermination du combattant soviétique

LA CONTRE-OFFENSIVE DU 19 NOVEMBRE : OPÉRATION URANUS   (troisième partie) STALINGRAD : le grand tournant de la 2ème guerre mondiale (suite et fin).

LA VIE DANS LE « CHAUDRON »…

BILAN

RÉFÉRENCES VIDÉO ET BIBLIO

 

 

LA BATAILLE DE RUE : 13 SEPTEMBRE 42 - 19 NOVEMBRE 42

***


    Témoignage du général Erémenko, chef du Front de Stalingrad :

"La bataille dans la ville devait durer deux mois, du 13 septembre au 19 novembre. Des combats ininterrompus et violents se déroulèrent au centre de la ville et dans les faubourgs... La lutte fut particulièrement opiniâtre pour le faubourg «Octobre rouge». Tout le faubourg était en feu et recouvert de fumée. La défense avait le caractère de combat de rues rapproché ; elle mettait en œuvre grenades à main et antitanks, mines, bouteilles à explosifs, et autres moyens anti-chars et anti-fantassins. La lutte allait jusqu'au corps à corps... Le salut de la ville ruinée et coupée presque de ses arrières fut le maintien des liaisons. A aucun moment les troupes défendant la ville ne furent coupées des autres unités du secteur".

    A l’aube du 13 septembre, la VI° armée de Paulus lança sa grande offensive sur la ville intra-muros. La 295° division d’infanterie allemande s’attaqua au point coté 102, le Kourgane Mamaïev, là où précisément, le général Tchouïkov, qui venait à peine d’être investi du commandement de la 62° armée du Front de Stalingrad, avait installé son Q.G.. Averti, Staline donna l’ordre que l’on envoie immédiatement en renfort la 13° division de la Garde du général Rodimtsev qui se trouve alors sur la rive gauche/orientale. Le Q.G. de la 62° doit évacuer les lieux. Le doute s’installe :

"Quand nous avons abandonné le point 102, nous avons bien senti que le pire était l’incertitude, nous ne savions pas comment tout cela allait finir" [1].

    A partir de maintenant,

"Les combats ressortissaient à une guerre de positions ou de "forteresse". C’en était fini des vastes opérations [...] A présent, il fallait se battre sur les hauteurs de la Volga, que coupaient des ravins (les torrents qui dévalent la falaise pour tomber dans la Volga, comme la Tsaritsa, JPR) ; cette zone industrielle de Stalingrad, édifiée sur un terrain accidenté, et composés de bâtiments en pierre, en fer ou en béton, présentait des difficultés nouvelles"[2].

A.      Le recul jusqu’à la dernière limite

"11 sept. = Notre bataillon se bat dans un faubourg de Stalingrad. Les canons et les mitrailleuses ennemis tirent de la ville en feu. 22 oct. = Notre régiment n'a pas réussi à pénétrer dans l'usine que nous attaquons depuis trois semaines. Nous avons perdu beaucoup d'hommes. On se heurte à chaque pas à des cadavres. 27 oct. = Nos troupes se sont emparées de l'usine".

    Ce témoignage extrait du journal d’un soldat allemand anonyme confirme les propos du général Dorr ci-dessus.

1.L’assaut allemand sur Stalingrad :



    La carte de droite est une simplification pédagogique de la carte de gauche pleine de bonne volonté mais parfaitement illisible. Elle montre la progression du front vers la Volga. Au nord et au sud de la ville les Allemands sont arrivés sur la rive. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est le contrôle des embarcadères/débarcadères qui permettent la traversée du fleuve. La 62° armée de Tchouïkov ne cesse de reculer. Après des combats indescriptibles à la cote 102 (lettre m sur la carte de droite), à la gare ferroviaire centrale -qui changea de mains plusieurs fois dans la seule journée du 14 septembre-, dans les usines, les hommes de Tchouïkov sont acculés contre la Volga qui n’est parfois qu’à une centaine de mètres derrière eux. Des combats épiques eurent lieu dans les grandes usines Octobre rouge, Barricades et surtout l’usine de Tracteurs qui, en réalité, fabrique des T34. Le char qui sortait de la chaîne de fabrication passait la porte de l’usine pour tirer son premier obus. Les Allemands attaquèrent le sud de l’usine Octobre rouge cependant que les ouvriers soviétiques continuaient leur travail à l’autre extrémité, au nord. Au mois de Novembre, tout était perdu et l’on pouvait craindre le pire. Mais le lien avec l’autre rive est toujours maintenu. L’étroitesse de la bande de terrains urbains tenus par la 62° armée a cependant un aspect non négatif : l’artillerie lourde soviétique, installée sur la rive gauche/orientale de la Volga, peut lancer ses obus sur la ville : elle passe par-dessus les positions de Tchouïkov et frappe les Allemands…

2 Kourgane Mamaïev

    Cette colline qui domine la Volga et la ville, d’où tout peut être observé et tout peut être bombardé, fut un enjeu formidable. Le combat s’engagea, on l’a vu, le 13 septembre. C’est là que se distinguèrent les hommes de Rodimtsev (ancien des Brigades internationales). Le 14, la 13e Division de fusiliers de la Garde sous le commandement d'Alexandre Rodimtsev arriva dans la ville après avoir traversé la Volga sous le feu nourri de l'artillerie allemande (1er exploit) en plein jour, à 17h et après avoir escaladé au plus vite (2ème exploit) la rive escarpée de la Volga. Tchouïkov avait dit à Rodimtsev, arrivé quelques heures avant le gros de sa division, que ses hommes devaient abandonner les armes lourdes et n’utiliser que des grenades et autres armes personnelles. Les 10.000 hommes de la division furent immédiatement jetés dans la mêlée. Le 16 septembre 1942, ils reprirent la colline (exploit qui laisse sans voix) 48 heures après leur arrivée et continuèrent le combat pour la gare, subissant de lourdes pertes. Le jour suivant, presque tous ces soldats avaient été tués.

    "Un soldat qui reste trois jours se considère comme un ancien. Les gens ici ne vivaient qu'un jour". Tchouïkov rapporté par Grossman.

    Les Soviétiques continuèrent à renforcer leurs unités dans la ville aussi rapidement qu'ils le pouvaient. Les Allemands montèrent à l'assaut jusqu'à douze fois par jour, les Soviétiques répondant par de féroces contre-attaques. La colline changea plusieurs fois de mains. Le 27 septembre 1942, les Allemands avaient de nouveau pris la colline.

    Les Soviétiques de la 284e Division de fusiliers tinrent leurs positions sur les flancs de la colline, jusqu'au 26 janvier 1943, lorsque les Russes reprennent d'assaut la ville aux forces allemandes encerclées dans la ville depuis le 24 novembre 1942 suite à l'opération Uranus.

    À la fin de la bataille, le sol gorgé de sang de la colline avait tellement été bouleversé par les tirs d'artillerie et les éclats d'obus qu'il contenait entre cinq cents et mille deux cent cinquante éclats métalliques au mètre carré. Le sol de la colline était resté noir tout l'hiver, la neige fondant sous les explosions et les feux. Au printemps suivant, la colline resta noire car aucune végétation ne put repousser sur le sol dévasté. Les flancs autrefois abrupts de la colline avait été aplatis par des mois d'intenses bombardements. Aujourd'hui encore, il est possible de trouver des fragments d'os et de métal enfouis dans le sol (article wiki : Kourgane Mamaïev).

B. Le combat maison par maison

    Témoignage du général allemand H. DORR :

"Comme mesure de longueur, le mètre remplaçait désormais le kilomètre. Il fallait engager de violentes actions pour une maison, un atelier, un château d'eau, un mur, une table… La Première Guerre mondiale n'offre pas d’exemples d'une telle consommation de munitions. Entre nous et les Russes, le no man's land était réduit au strict minimum, et, malgré l’intense activité de nos bombardiers et de notre artillerie, il n'y avait pas moyen d'élargir la zone de "close-combat". Les Russes se montraient supérieurs aux Allemands pour le camouflage et pour les combats de barricades ; leurs lignes de défenses étaient très solides... "

    Tous les autres témoignages confirment ce passage  au mètre comme unité de mesure. Vassili Grossman :

"Il n’y a qu’ici que l’on sait ce qu’est un kilomètre. C’est mille mètres, c’est cent mille centimètres" et, plus loin, "Ici, où toutes les notions sont bouleversées, où une avance de quelques mètres équivaut à des mouvements de plusieurs kilomètres dans des conditions [normales] de campagne, où il arrive que la distance qui sépare de l'adversaire installé dans la maison voisine se mesure par deux dizaines de pas, les positions respectives des points de commandement de la division se trouvent, elles aussi, très naturellement bouleversées. L'état-major de la division se trouve à deux cent cinquante mètres de l'ennemi (…)".

    En revanche, le général Dorr semble ignorer que la réduction au minimum du no man’s land - qu’il regrette - est une tactique soviétique, une consigne, c’est-à-dire un ordre, de Tchouïkov. Si les lignes soviétiques et allemandes se touchent, où peut frapper la Luftwaffe ? Tchouïkov dit à Grossman, le correspondant de "l’Étoile rouge" : "Faire donner l’aviation sur la première ligne était impossible pour les Allemands. A l’usine Octobre rouge, ils ont mis en pièces l’une de leurs divisions toute fraîche". Ce texte est annoncé de la manière suivante par celui qui présente les carnets de Grossman : Tchouïkov voulait que les Allemands soient toujours le plus près possible et avait ordonné à ses hommes de rapprocher au maximum leurs tranchées de l’ennemi pour rendre plus difficile le travail de la Luftwaffe qui, malgré sa suprématie, se montrait incapable de faire la distinction entre les deux forces en présence. Tout cela est cohérent avec la consigne de n’avoir que des armes individuelles :


"Une règle essentielle : ayez vos coudées franches Comment, alors qu’à chaque pas le danger vous guette ? Ce n'est pas difficile. Vous entrez dans une pièce ? Une grenade dans chaque coin, et en avant ! Une rafale de mitraillette pour le cas où il resterait encore quelque chose ! Vous avancez un peu loin, une grenade ! Vous entrez dans une autre pièce, une autre grenade ! Un tournant, encore une autre grenade ! Toujours le coup de balai avec votre mitraillette ! Et l’on continue comme ça (…). Une fois votre objectif conquis, il est possible que l’ennemi contre-attaque. Ne soyez pas effrayé ! C'est vous qui aviez pris l'initiative; elle est dans vos mains : gardez-la ; et réagissez brutalement : à la grenade, à la mitraillette, à la baïonnette, ou si vous n'en avez pas, au poignard et au couteau ! Un combat à l'intérieur d'un bâtiment, ce n'est jamais du billard, ça se mène tambour battant. Soyez toujours sur vos gardes ; et allez-y ! " [3]

    Ainsi qu’on le voit, ce texte montre un nouveau champ de bataille : la chambre, le couloir, l’escalier d’une maison.

"Nous occupons une maison : nous sommes vingt, pour une combat à la grenade, un combat pour chaque étage, pour chaque marche, pour les couloirs, pour le moindre mètres des pièces ". Gourtiev rapporté par Grossman. "C’est ainsi qu’un petit groupe de 23 soldats de la garde soviétique, commandé par le sergent Pavlov, tint près de deux mois -56 jours exactement- un immeuble de trois étages qui se transforma pour l’ennemi en forteresse inexpugnable". Académie des sciences de l’URSS.

"Prise d'une maison. Groupe d'assaut de dix hommes, bouteilles. Suivi plus tard par un groupe de renforcement, munitions, provisions pour six jours. Tranchées pour le cas ou ils seraient encerclés". Grossman. "La division est logée dans différentes maisons, selon une disposition en damier avec les Allemands. Les hommes vivent dans des sous-sols, des appartements, des tranchées... Quatre soldats tenaient quatorze jours durant, deux venaient au ravitaillement, deux restaient pour garder la maison... " Rodimtsev transmis par Grossman.

"Les nôtres sont en haut. Les Allemands, en bas, ont mis en marche un phonographe, les nôtres ont percé un trou dans le plancher et ont tiré au lance-flammes Tchouïkov retransmis par Grossman.

    Les Allemands donnaient le nom de Rattenkrieg (mot à mot : guerre de rats) à ces affrontements sauvages dans les caves, les égouts et les ruines des immeubles d'habitation. Évidemment quant on est habitué à défiler au pas de l’oie…

    "Stalingrad, c'est le triomphe de l'infanterie russe. L'infanterie a vaincu tout l'arsenal de la technique allemande [les véhicules]. Nous ne nous sommes pas contentés de repousser les attaques, nous avons été amenés à attaquer nous aussi. Nulle part on ne s'est ainsi servi des armes de combat rapproché... [et nos hommes] ont cessé d’avoir peur des chars. Nos soldats sont devenus si rusés, comme un seul professeur n'en aurait l'idée. Ils sont capables de se construire un abri tel qu'on lui marche sur la tête sans même s'en apercevoir" Tchouïkov rapporté par Grossman. "Je crois bien que j’ai déjà tout vu. Une fois mon poste de commandement a été "repassé" par un blindé allemand et ensuite, (on y) a lancé une grenade. Cette grenade, je l’ai rejetée à l’extérieur". Rodimtsev transmis par Grossman. Les Russes employaient l’expression "être repassé - au sens du fer à repasser -" pour dire qu’un char allemand était passé sur leur camouflage provisoire.

C. "La ligne de vie" : la Volga…

    Qu’est-ce que maîtriser -militairement parlant- une rivière, un fleuve, une mer ? Si vous maîtrisez la rive droite d’un cours d’eau et l’ennemi la rive gauche, le cours d’eau n’est à personne et les bateaux qui veulent y circuler sont sur le menace de la rive ennemie. En 1944, la Manche n’est pas anglaise : les Allemands sont sur l’autre rive. Pour pouvoir la traverser, il a fallu construire une tête-de-pont : créer des ports artificiels en Normandie jusqu’à la libération de Cherbourg. Le débarquement fut une tâche ardue : 55 jours au lieu des 5 prévus. La Volga est restée russe/soviétique jusqu’au bout parce que les nazis n’ont jamais réussi à les éjecter entièrement de la rive droite. Il s’en est fallu de quelques centaines de mètres, parfois d’une centaine de mètres ; mais les soldats de l’Armée rouge ont toujours tenu les deux rives du fleuve.

    Et ils ont toujours tenu, cause et conséquence, parce que le lien avec l’autre rive n’a jamais été rompu. Passer chaque jour, soldats de la relève, ravitaillement et munitions, était une tâche vitale et, d’ailleurs, ce lien fut appelé LA LIGNE DE VIE.

"On ne peut pas reculer au-delà. Chaque pas en arrière est un malheur terrible et peut-être irréparable. La population des villages proches de la Volga est pénétrée de ce sentiment, qui habite également les armées qui défendent la Volga et Stalingrad. Regarder le plus beau des fleuves procurait à la fois joie et amertume. Des bateaux repeints en gris-vert et camouflés par des branches mortes étaient amarrés aux appontements. Une fumée légère s'élevait discrètement au-dessus de leurs cheminées... Partout, jusqu'à la rive même, étaient creusés des tranchées, des case- 1ates, des fossés antichars. La guerre est arrivée jusqu'à la Volga". Grossman, Krasnaïa Zvezda, organe officiel de l’Armée rouge. 

    Grossman est autorisé à franchir la Volga pour se rendre dans la zone de combat : la ville est en rive droite/occidentale.

"Traversée terrible. Peur intense. Le bac est plein de voitures, de charrettes, de gens par centaines, serrés les uns contre les autres, et il reste coincé; de très haut, un Ju-88 a largué une bombe. Une énorme colonne d'eau, toute droite, blanc bleuté. Sentiment de terreur. Dans le bac, il n'y a pas une seule mitrailleuse, pas un canon antiaérien. La tranquille et claire Volga paraît effrayante, comme un échafaud (…) La traversée pour Stalingrad. Au-dessus de la Volga hurlent des Messer. (Messerschmitt, JPR). La Volga est dans le brouillard et la fumée, on fait brûler sans cesse des fumigènes pour camoufler la traversée.".

"Les gens se sont très vite habitués à la guerre. Sur le bac qui transporte les troupes vers la ville s'abattent à tout moment des chasseurs et des bombardiers ennemis. Les salves de mitrailleuses grondent, les défenses antiaériennes frappent, et les matelots, tout en gardant l’œil sur le ciel, mangent des morceaux de pastèque juteuse, (…), une femme d’un certain âge, assise sur un banc, tricote un bas".

"L'emploi du temps allemand: jusqu'à minuit, feu d'artillerie. De minuit à deux heures du matin, calme. De deux heures à cinq heures, ça recommence. De cinq heures à midi, calme. A partir de neuf heures du matin, l'aviation est très précisément au rendez- vous, jusqu'à cinq heures du soir. L'aviation frappe la berge, elle ne frappe pas le fleuve. La traversée (soviétique, JPR) se fait depuis six heures du soir jusqu'à quatre heures et demie du matin... Nous camouflons les barges, nous les amenons sous le couvert de la rive et de la forêt. Le vapeur Donbass se glisse à l'intérieur d'une des barges détruites et se dissimule derrière les autres".  

    Évidemment, les bateliers de la Volga, organisés en bataillons (42° brigade de fusiliers-marins du Lt-Colonel Batrakov) ont payé un lourd tribut à cette tâche vitale consistant à unir les deux rives du fleuve sous le déversement continu des bombes allemandes. Leur rôle a été essentiel dans ce qui fut l’essentiel : renforcer en permanence la 62° armée de Tchouïkov qui se battaient, peau de chagrin, dans les ruines et reculait de jour en jour. Extrait de l’article wiki « 62° armée » :

    Pour tenir face à la VIe armée allemande, la 62e armée est régulièrement renforcée par des passages de troupes de nuit à travers la Volga. Les pertes subies dans Stalingrad sont énormes ; ces unités ne compteront pas plus de quelques centaines de survivants à la fin de la bataille. (La date donnée correspond au matin de l'arrivée).

13e division de la garde (général Rodimtsev) à partir du 15 septembre 

92e brigade de fusiliers marins à partir du 17 septembre 

137e brigade blindée à partir du 17 septembre 

95e division à partir du 20 septembre 

284e division (Lieutenant colonel N.F. Batiouk) à partir du 23 septembre (75% de pertes le 1er jour)

193e division à partir du 28 septembre 

115e brigade renforcée à partir du 4 octobre 

39e division de la garde (major-général Gouriev) à partir du 30 septembre 

92e brigade de fusiliers marins 'reconstituée' à partir du 30 septembre 

42e brigade d'infanterie 'reconstituée' à partir du 30 septembre 

308e division (colonel L.N. Gourtiev) à partir du 1er octobre (75% de pertes le 1er jour)

84e brigade blindée à partir du 4 octobre 

37e division de la garde à partir du 3 octobre 

524e régiment 'reconstitué, 15 octobre 

138e division, colonel I.I. Lioudnikov, 15 octobre

45e division, arrivée du 26 au 30 octobre

92e brigade d'infanterie le 1er novembre 1942.

D. La détermination

    Vivre ou mourir. Tuer pour vivre. Le soviétique de Stalingrad n’avait pas été préparé aux thèses racistes d’extermination comme l’avait été le soldat de la Wehrmacht. Certes, était-il sans doute soumis au culte de la personnalité de Staline mais cela n’avait rien à voir avec l’idée de génocide que la propagande nazie avait semé dans chaque cerveau de la race des seigneurs. Combat inégal, là aussi. Même si les nazis se sont vite fait détestés même par les vieux russes religieux qui en étaient  restés au culte du tsar : Grossman cite "cet Hitler-là est un véritable antéchrist. Et nous qui disions avant que les communistes étaient des antéchrists"... 1°partie. INTRO : les caractères de la 2ème guerre mondiale

    Tchouïkov, né dans une famille paysanne pauvre, avait rejoint l’Armée rouge à 18 ans (en 1918). Son dynamisme est extraordinaire. Il n’a peur de rien sans être pour autant un irréfléchi. C’est un chef naturel. Il est nommé commandant de la 62° armée chargée de la défense de Stalingrad intra-muros. Selon Tchouïkov, l'entretien avec Erémenko et Khrouchtchev se déroula ainsi :


« Erémenko et Khrouchtchev m'ont dit: "II faut défendre Stalingrad jusqu'au bout. Qu'en penses-tu ?

- A vos ordres, j'obéis.

- Non, obéir ne suffit pas, qu'en penses-tu ?

- Cela veut dire mourir. Nous mourrons." ».

Grossman rapporte ces propos de Tchouïkov : 

"Un officier qui commande doit savoir qu'il vaut mieux y laisser sa peau plutôt que de se coucher à terre devant un obus allemand. Ce genre de choses n'échappe pas aux soldats. La première chose à faire: il faut convaincre ceux qui commandent que le diable n'est pas aussi terrible qu'on le dépeint. Les paniquards le savaient : il n'y aurait pas de pitié. C'est encore mille fois plus redoutable que les Allemands. Les soldats le savaient : tu es arrivé ici, tu n'en sortiras pas. Ou tu y perdras ta tête, ou tu resteras sans jambes. Et puis, il y a aussi l'esprit de bravade russe. Nous pratiquions le combat de contre-attaque. Quand l'ennemi était fatigué d'attaquer, nous, nous attaquions".

    Toutefois la bravoure et la détermination du combattant soviétique apparaît peut-être encore mieux dans ce rapport du commandant de la 3°Cie, 1er bataillon, 13° division de fusiliers de la garde Rodimtsev : Kolaganov. Le rapport est écrit au plus fort de la crise, au paroxysme de la bataille : le 19 septembre 1942. (NB. le commandant Kolaganov parle souvent de lui à la troisième personne).


"11 h 30, 20.9.42. Au lieutenant de la garde Fedosseev (commandant le 1er bataillon).

Je rapporte que la situation est la suivante : l'adversaire cherche à encercler ma compagnie, à envoyer sur l'arrière de ma compagnie des tireurs de pistolet-mitrailleur, mais toutes ses tentatives ont échoué. En dépit des forces supérieures de l'adversaire, nos soldats font preuve de bravoure et d'héroïsme face aux chacals fascistes.

Tant qu'ils ne marcheront pas en travers de mon cadavre, les Fritz ne réussiront pas. Les hommes de la garde ne reculent pas. Que tombent, de la mort des braves, les combattants officiers, mais l'adversaire ne doit pas franchir notre défense. Que tout le pays connaisse la 13° division de la garde, la 3° compagnie de fusiliers. Tant que le commandant de la compagnie vivra, pas une seule de ces putes ne passera. Ils ne pourront passer que lorsque le commandant de la compagnie sera tué ou grièvement blessé. Le commandant de la 3° compagnie se trouve dans une situation très tendue et il est lui-même, à titre personnel, en mauvaise santé physique, rendu sourd et affaibli. Il souffre de vertiges et il tombe, il souffre de saignements du nez, mais malgré toutes ces difficultés, les hommes de la garde, nommément la 3e compagnie et la 2°, ne reculeront pas, nous mourrons en héros pour la ville de Staline, que la terre soviétique soit notre sépulture. Le commandant de la 3°, Kolaganov, a tué personnellement deux Frisés mitrailleurs et leur a pris la mitrailleuse ainsi que des documents qu'il a transmis à l'état-major du bataillon.

Je compte sur mes soldats et mes officiers. En attendant, pas une ordure fasciste ne marchera en travers de mon cadavre. Les hommes de la garde ne reculeront devant rien, jusqu'à la victoire complète. Nous serons les héros de la libération de Stalingrad. Kolaganov. 19.9.42"

    Ce rapport demandé par Grossman à Rodimtsev sera publié dans Krasnaïa Zvezda

AUTRE ASPECT de cette détermination :

    Staline n'a cessé d’exalter la « guerre sacrée » et d’inviter tout le peuple soviétique au sacrifice commun. La guerre est sacrée parce qu’elle est une guerre juste de défense de la patrie et de libération de la terre des ancêtres. Le 22 décembre 1942, un nouvel hymne national remplace l’Internationale. La guerre est sacrée aussi parce qu’elle permet la réconciliation de l’Église orthodoxe et de l’État soviétique. Le 7 novembre 1942, le métropolite Serge s’adresse à Staline : « Au nom du clergé et de tous les fidèles de l’Église orthodoxe, fidèles enfants de notre patrie, je salue en votre personne le chef choisi par Dieu de toutes nos forces civiles et militaires, qui nous conduit à la victoire sur les envahisseurs barbares, à la prospérité dans la paix de notre pays, et à l’avenir radieux de ses peuples. » La guerre est certes encore présentée comme une guerre du droit contre le « fascisme », pour la démocratie et le socialisme, mais, par une série de glissements progressifs, la guerre est vécue comme la communion des patriotes russes, des citoyens des autres peuples soviétiques et des communistes de toutes générations, tous « frères et sœurs » aux yeux de Staline depuis son premier discours à la radio le 3 juillet 1941. Jamais le peuple soviétique n’a été aussi uni derrière son chef charismatique. (Jean-Paul SCOT).


 ci-dessous : la race harassée des seigneurs obligée de calmer le jeu face aux "serfs asiatiques". 



    Et les Soviétiques ont tenu. 90% de la surface de la ville sont aux mains des Allemands, ils tiennent les 10 derniers. Attendant, dans l’action, l’inévitable : la rupture et la prise des embarcadères par les nazis. La victoire allemande était à ce point certaine que Hitler tint meeting à Munich dès le 9 novembre. Des affiches étaient publiées annonçant la victoire. Une médaille commémorative fut frappée. "Nous avons pris Stalingrad ! " s’écrit-il devant un parterre d’officiers généraux et supérieurs. "Aucun bateau ne remontera plus la Volga !".

    Pourtant, Tchouïkov a entendu plusieurs fois Staline dire à la radio « les Soviétiques aussi pourront bientôt danser dans la rue ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

 

Fin de la seconde partie. Troisième et dernière partie : STALINGRAD : le grand tournant de la 2ème guerre mondiale (suite et fin)..



[1] Propos du commissaire politique auprès de Tchouïkov et recueilli par Vassili Grossman, correspondant de guerre de "L'Étoile rouge" organe officiel de l’Armée rouge.

[2] Général de la Wehrmacht H. DORR, cité par A. WERTH, La Russie en guerre, T. 1, Stock, 1964.

[3] Maréchal Vassili Ivanovitch TCHOUÏKOV, cité dans A. CLARK, La Guerre à l'Est, Laffont, 1966.

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