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L'Ukraine et la Mer Noire (3ème partie)

publié le 14 mai 2014 à 09:45 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 nov. 2015 à 02:38 ]

 cet article est la suite de    L'Ukraine et la Mer Noire (2ème partie).


HISTOIRE DE L’UKRAINE RIVE GAUCHE.

     Je choisis ce titre pour faire équilibre au précédent, mais en fait je vais parler aussi de la Russie centrale -la Moscovie-, de sa "descente" vers le sud, la Caspienne, et vers le sud-ouest : la Crimée et sa conquête du littoral de la Mer Noire jusqu’aux régions tenues par ce qui sera plus tard la Roumanie. Mon dessein est de rappeler que l’Ukraine n’est pour rien - le pouvait-elle ? - dans la conquête du littoral de la Mer Noire - Crimée comprise - ni dans la colonisation de l’immédiat arrière-pays de ce littoral : la steppe (qui est plutôt une prairie d’ailleurs).

    La Russie centrale, le "Centre" comme disent les Russes, est constitué en unité politique homogène par plusieurs Grands-ducs puis Tsars : Ivan III le Grand, Basile III (1505-1533), Ivan IV le Terrible…






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    A partir de là, le grand programme d’action - sur le long terme - des dirigeants moscovites est de reconstituer l’unité des Slaves de l’Est (Russes, Biélorusses, Ukrainiens) soumis à des gouvernements fort divers mais aussi de développer le commerce avec l’Ouest par des ouvertures sur la Baltique et la Mer Noire. La trêve d’Androusovo est un pas important dans ce sens : la rive gauche du Dniepr ainsi que Kiev [1] en rive droite est attribuée à la Russie. Mais, au sud, la steppe reste aux mains des Cosaques du Don et des Cosaques Zaporogues, plus ou moins maîtrisables, et à l’Ouest, la R2N, autrement dit l’association Pologne-Lituanie est un bastion qui connaît même au XVI° siècle son apogée et campe sur la rive droite du Dniepr. On ne saurait oublier le jeu des Turcs présents sur la rive nord de la Mer Noire et qui s’allient avec qui bon leur semble en fonction des rapports de forces du moment.

    Je vais donc aborder la question sous ces deux aspects : A) la lutte des Russes pour la conquête d’un accès à la mer et

B) la colonisation des terres conquises, au sud, sur la steppe, pour la mise en valeur ce ces territoires.

                                           


A. L’ACCÈS A LA MER

"Si actif que fût au milieu du XVIe siècle le commerce extérieur de l’État russe, la position internationale du pays lui ôtait presque toute perspective de développement. Trop d'obstacles se dressaient sur son chemin. A l'est, Kazan tenait en mains la route commerciale de la Volga. Au sud, le khanat de Crimée verrouillait les accès de la mer Noire. A l'ouest, le royaume de Lituanie-Pologne, les Porte Glaive, la Ligue hanséatique, la Suède entravaient opiniâtrement le progrès des relations commerciales directes avec l'Europe occidentale". (Académie des sciences de l'URSS).

    Cet aspect stratégique était connu des ennemis de la Russie. Le roi de Suède, Gustave-Adolphe, avait déclaré "La Russie est privée d’accès à la mer et, grâce à Dieu, il lui sera désormais difficile de franchir tous les obstacles qui l’en séparent". C’était l’époque où la Baltique était qualifiée de "lac suédois". Les choses vont lentement évoluer et le rapport des forces s’inverser.

        La Caspienne

    Un des turning points décisifs est marqué par la prise de Riazan suivie, quelques décennies plus tard, par la prise de la ville de Kazan (1552) et la fin du Khanat de Kazan. Dès lors, les Russes descendent la Volga, arrivent à Astrakhan (1556), qu’ils soumettent, et la liaison nord-sud Moscou-Mer Caspienne est définitivement maîtrisée. Le commerce avec la Perse est libre. De plus, cela a l’intérêt de couper cette voie ouest-est, zone de la steppe (voir la carte dans la 1ère partie de ce travail), que les Tataro-Mogols parcouraient sans cesse, sans retenue ni opposition militaire. C’est ce que veut représenter la carte ci-dessus.(Repérer la tracé de la Volga et le delta d'Astrakhan).

        La Baltique

    Nul n’ignore que la fondation de Saint-Pétersbourg/Petrograd/Leningrad est le grand œuvre de Pierre-le-Grand.

"La liaison de Pierre avec les Européens depuis Moscou fut le fait déterminant de sa vie politique. Plein d'admiration pour la civilisation occidentale, il résolut de l'imposer à son empire semi-asiatique. Mais pour cela, il fallait briser la barrière qui séparait la Russie de l'Occident : à travers la muraille suédoise, polonaise, turque qui lui fermait la vue de l'Europe, il fallait, selon sa propre expression, "percer une fenêtre". Il y avait donc une double tâche à accomplir : transformer intérieurement la Russie, modifier sa situation extérieure en lui donnant accès sur la mer Baltique et la mer Noire". (J. Isaac)

    Je ne vais pas décrire les aléas de ce conflit multiséculaire entre la Russie et ses voisins baltiques.

    La fondation de Saint-Pétersbourg, "capitale nouvelle de la Russie nouvelle" fut entreprise dès 1703, alors même que la guerre ne fût officiellement close qu’en 1721, au traité de Nystad par lequel la Russie acquérait la Livonie, l’Estonie, l’Ingrie, la Carélie et une parcelle de Finlande autour du lac Ladoga.

L'emplacement choisi par le tsar pour sa capitale future, qui sera sa véritable "fenêtre sur la Baltique" était à la lisière de la Baltique, route de l'Europe, en territoire pris de la veille à l'ennemi, un groupe d’îles basses, formant le delta de la Neva. II n'y avait là que des marécages, quelques bois et des landes maussades. Tout était à créer et l'on n'avait même pas d'outils. Les premiers ouvriers -40.000 paysans amenés de force- creusaient avec des bâtons, fouillaient le sol avec leurs mains, transportaient les déblais dans un pan de leur manteau. Ils couchaient en plein air, manquaient de vivres, mouraient par milliers, sans cesse remplacés. Les travaux commencèrent en mai 1703 : ils ne furent plus interrompus jusqu'à la mort de Pierre (1725). La ville s'éleva "à coups d'oukases". Les constructions au début étaient toutes en bois et c’était une maison en bois, copiée des maisons hollandaises que le tsar s'était d'abord construite lui-même. Mais bientôt il fut interdit sous peine d'exil de bâtir en pierre ailleurs qu'à Saint-Pétersbourg. Tout propriétaire riche dut y faire construire une maison de deux étages. Aucun navire ne put aborder, s'il n'apportait un certain nombre de moellons. La volonté du tsar qui surveillait les travaux, payant souvent de sa personne, surmonta tous les obstacles. (J. Isaac).

La Crimée & la mer Noire

    Voici d’abord un texte de la revue HISTOIRE -en ligne- qui montre combien les habitants de la presqu’île ont été des troublions dans l’histoire russe

Au cours des XIe-XIIe siècles, la Crimée échappe peu à peu aux Grecs, mais ne tombe pas aux mains des Rous’. Les Génois s’installent dans le port de Caffa qu’ils conserveront entre leurs mains jusqu’en 1475. Cependant, le reste de la Crimée est intégré, à partir dès années 1240, dans la Horde d’Or, la partie occidentale de l’Empire mongol. Parmi les formations qui sont issues de l’éclatement de la Horde d’Or, on voit se former, vers 1430-1440, le puissant khanat tatar de Crimée. Tenu par la dynastie des Giray, il prospère grâce au commerce et au trafic d’esclaves. Il jouit aussi de la protection de l’Empire ottoman dont il est vassal. Caffa est devenue Kefe, place-forte turque. Azov couvre le flanc est de la Crimée, interdisant aux Russes l’accès à l’embouchure du Don. La Crimée est un adversaire redoutable de la Moscovie. Les cavaliers de Crimée lancent des raids jusque sous les murs de Moscou et la pillent de fond en comble en 1571, infligeant à Ivan le Terrible la pire défaite de son règne. Si les Russes parviennent à conquérir Kazan et Astrakhan dès les années 1552-1556, ils mettent deux siècles de plus à soumettre la Crimée.


    Les deux campagnes de Crimée -entre 1687 et 1689- ont été de lourds échecs pour les Russes[2]. On peut lire la liste des conflits Russo-turcs à l’article "Catégorie : Khanat de Crimée". Mais, mieux qu’une succession de batailles sans lendemain, où la suivante annule les dispositions de la précédente, R. Portal nous propose le travail de lente infiltration des Russes vers les rivages de la Mer Noire.

    "Cependant à partir de la région de Kiev, apparaissent les Turcs (traité de 1686). Aussitôt après l’invasion mongole du XIII° siècle, les princes de Moscou avaient engagé une lutte continue contre leur puissant voisin musulman ; après 1480, ils pratiquent d'abord une politique strictement défensive vis-à-vis de la Horde d'Or, puis, lorsque la Horde d'Or se décompose, l'État moscovite se trouve en face de trois groupes d'États : les Tatars Nogaïs, 1es tatars de Kazan, les Tatars de Crimée vassaux de l’Empire ottoman, au sud. Dans ces trois directions, la poussée slave a pris deux formes, démographique (et spontanée), politique (et consciente). On assiste en effet à une lente colonisation partie de l'État moscovite et s’implantant aux limites des régions parcourues et dominées par les Tatars. Si, à l’Est de la Volga, l'État moscovite, à la fin du XVII°siècle, n'est plus en contact qu'avec des tribus nomades de la steppe et du désert, inorganisées, il n'en est pas de même au sud où, par l'intermédiaire du khanat de Crimée, se pose le problème des relations de la Russie avec l'Empire ottoman à partir du XVIIe siècle, c'est-à-dire après le traité de 1686.

Ukraine-Dyke Pole.pngPour comprendre l'importance essentielle de l'âpre lutte des Russes contre les Turcs dans ces régions méridionales, il faut en marquer le point de départ qui est l'établissement, (1505-1533), d'une première ligne fortifiée qui s'appuyait sur les forteresses de Toula et de Kalouga, à moins de 200 km de Moscou. Et le gouvernement moscovite, soutenant cette colonisation, grignote lentement les territoires dépendant des tribus tatares, établissant, pour protéger ses colons et les défendre contre les raids de pillage ces lignes de fortifications toujours plus avancées. Au-delà s'étendait une zone incertaine, plus qu'une frontière, où des colons de toute origine (serfs fugitifs, paysans trop nombreux sur leur terre, éléments turcs sédentarisés) s'installent à leurs risques et périls, constamment menacés par les raids tatars ; c'est le "champ sauvage" (dikoié poilé). http://en.wikipedia.org/wiki/Wild_Fields : carte des « Terres désertes » = entre Russie et Mer Noire (c'est une partie de la steppe visible sur la carte de la 1ère partie).

   

Au XVII° siècle, le recul des Turcs est déjà considérable et la nouvelle ligne fortifiée passe beaucoup plus au sud ; c’est la ligne de Bielgorod (Donetz supérieur) au-devant de laquelle la Petite Russie forme, le long du Dniepr comme un glacis de protection". (Texte adapté de Roger Portal).

    Une première étape de la conquête criméenne est constituée par la création d’Azov (1696), au fond de l’estuaire du Don puis de celui de Taganrog, sur la rive Nord, donc en Russie. Pierre le Grand est le premier à créer une flotte fluviale sur le Don, flotte qui permet l’acheminement des troupes et de l’approvisionnement depuis le Nord. Il doit cependant restituer Azov après des échecs ultérieurs. Néanmoins, Azov et Taganrog seront plus tard, les deux grands chantiers de construction navale de la Russie.

   Seconde étape : la guerre de 1768-1774, provoquée par la France qui soutient l’empire Ottoman, et cela afin d’obliger la Russie à retirer ses troupes de… Pologne ! Les affaires polonaises et les affaires turques sont en effet imbriquées. Mais ne nous égarons pas. La Russie est victorieuse et la paix est signée à Kaïnardji. Le traité accorde l’indépendance au Khanat de Crimée où le sultan ne conserve qu’une ascendance religieuse sur les populations musulmanes (en majorité tatares). Les navires marchands battant pavillon russe obtiennent la libre circulation à travers les détroits des Dardanelles et du Bosphore et dans tous les ports ottomans du Levant. Les Russes s’emparent de différentes places fortes ottomanes, dont Azov. L’Empire ottoman reconnaît aussi le partage de la Pologne.  Carte wiki : Modifications territoriales issues du traité : en rose la Russie, en jaune le Khanat de Crimée (hachuré vert), en vert l'Empire ottoman (états chrétiens vassaux en vert pâle).

    La grande étape est celle de Potemkine quoique Souvorov eût mérité de lui donner son nom grâce à ses victoires sur les Turcs que d’aucuns croyaient impossibles. "La Crimée, pas sa situation, coupe nos frontières. Que nous ayons à affronter les Turcs sur le Boug ou du côté du Kouban, il y a toujours la Crimée sur notre route. (…). Maintenant, imaginez que la Crimée soit à vous alors, d’un seul coup, la position sur les frontières devient admirable" (Lettre de Potemkine à Catherine II, non datée). La guerre est donc engagée et le khanat de Crimée passe à la Russie (1783). Il faudra cependant une autre campagne pour que le Sultan admette le fait.

   Le traité d'Iaşi a été signé le 9 janvier 1792. Il s’agissait de mettre fin à la septième guerre russo-turque (!) déclarée par les Ottomans à la Russie en 1787 parce que cette dernière avait occupé le khanat de Crimée et le littoral septentrional de la mer Noire. La Turquie reconnaissait par ce traité l'annexion en 1783, par l'impératrice Catherine II, du khanat de Crimée et de la province turque du Yesidan (Edisan sur la carte), ainsi que la fondation par le prince Potemkine de la ville et de la base navale de Sébastopol en 1784. La Russie obtenait ainsi la forteresse d’Ostachkov, située à l'embouchure et sur la rive droite du Dniepr, à environ 90 km à l'ouest de Kherson, et le littoral de la mer Noire entre le Boug méridional et l'embouchure du Dniestr. La frontière caucasienne entre les deux empires demeurait la rivière Kouban.

NB. Hadjibey est le nom turc d'Odessa.

    Reste à voir comment ont été peuplés ces quasi-déserts. 


B. LA COLONISATION

 

    La colonisation de terres vierges est connue : les Hohenzollern de Prusse en offrent un bon exemple à Pierre le Grand, comme à Catherine II et aux autres tsars. Nous avons vu, supra, les politiques tsaristes menées avec leurs lignes fortifiées.

    "Le plus intéressant dans le gouvernement intérieur de Catherine, ce furent les efforts pour coloniser selon le procédé prussien, en attirant des étrangers, les provinces méridionales de la Russie, les régions de l’Ukraine et de la Volga. Admirablement fertiles, ces régions étaient presque vides d'habitants. Des agents à demeure en Allemagne recrutèrent des milliers d'émigrants, cultivateurs et gens de métier. Conduits en Russie aux frais du gouvernement, ces émigrants reçurent des maisons avec jardin, dont ils devenaient propriétaires au bout de dix ans, du bétail, des instruments de travail et, pendant la première année de leur séjour une indemnité quotidienne qui leur assurait le vivre. Il fut ainsi créé près de 200 villes ou bourgades dans la Russie méridionale. L’œuvre fut dirigée par Potemkine. Il fut nommé gouverneur de Tauride. Il créa l’arsenal de Kherson sur le Dniepr et commença la construction de Sébastopol en Crimée. Il fonde également Nikolaïev (Mykolaev) à l’embouchure du fleuve Boug". (J. Isaac).

    Ces propos sont certainement étayés par la lecture des Mémoires de L.P. Ségur, ambassadeur de France en Russie de 1785 à 1789 :

    "D'immenses troupeaux animaient les prairies" écrit Ségur "des groupes de paysans vivifiaient les plages ; une foule innombrable de bateaux, portant des jeunes garçons et des jeunes filles qui chantaient des airs rustiques de leur pays, nous environnaient sans cesse; rien n'était oublié... Cependant, en retranchant tout ce qu'il y avait d'artifice dans ces créations, on y reconnaissait aussi quelques réalités. Lorsqu'il (Potemkine) avait pris possession de son immense gouvernement, on n'y comptait que deux cent quatre mille habitants et, sous son administration, la population, en très peu d'années, s'était élevée à huit cent mille".

    Ultérieurement, des géographes de métier en ont fait leur objet d’études. Ainsi, dans un article des Annales de Géographie de 1895 :

    "De toutes ces entreprises de colonisation celle qui malgré des mécomptes partiels et locaux a donné les plus brillants résultats et aussi les plus connus à l’étranger est la colonisation de la Nouvelle-Russie, des provinces du sud, où la steppe se transforme à vue d’œil en terres cultivées où sont nées de grandes villes en moins un siècle, où la population s’est accrue dans des proportions qu’on ne retrouve guère dans le reste de la Russie. La ville d’Odessa [3], qui célébrait l’an dernier le premier centenaire de sa fondation, est déjà la quatrième ville de l’empire (russe, JPR) par sa population qui a dépassé 340.000 habitants (recensement municipal de 1892). Nikolaïev (Mykolaev) ne date que de 1789 et en compte déjà 76.000. Rostov-sur-le-Don, née en 1761, en renferme 67.000. Kherson (Jerson sur la carte) un peu postérieure (1778) 65.000. Iékatérinoslav ("Gloire de Catherine", aujourd’hui Dniepropetrovsk, JPR), de l’année 1787, en a 50.000. Ces chiffres sont éloquents si l’on songe que les villes populeuses sont relative ment rares en Russie et que la population rurale est de beaucoup la plus nombreuse. Le gouvernement de Kherson comprend dix villes dont la population dépasse 10 000 habitants ; celui de Tauride huit ; celui d’Iékatérinoslav sept ainsi que celui de Bessarabie. De 1858 à 1878, la population rurale de la Bessarabie et de presque toute la Tauride est accrue de plus de 40%, celle du gouvernement de Kherson de 30 à 40%". [4] 

    Sans doute, en 1894, la France vient-elle de signer l’alliance avec la Russie et faut-il présenter le nouvel allié sous un jour favorable mais d’autres sources montrent que les chiffres des Annales de 1895 ne sont pas exagérés. Un fait notable est l’apparition dans le vocabulaire de l’expression Nouvelle Russie. Au hasard du surf sur le net, on peut tomber sur les phrases comme celle-ci : "La ville d’Odessa, capitale de la Nouvelle Russie, province dont la Crimée fait partie, se développait rapidement. Du point de vue culturel, Odessa jouait -toute proportion gardée- le même rôle que Saint-Pétersbourg pour la partie septentrionale et centrale de l’Empire" [5] . Mieux même, il existe des cartes de cette nouvelle entité du XVIII°s. http://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_Russie

  

    

 

    Au total, il y a là une région totalement transformée après le départ des Tatars et des Turcs. En tant que région ouverte sur le mer qui pourra exporter ses céréales par voie maritime, la Nouvelle Russie est une création entièrement russe. Ce n’est pas un hasard si les districts ukrainiens d’aujourd’hui où la langue russe est majoritaire correspondent à ces espaces de colonisation russe. Tout le littoral septentrional de la Mer Noire est russophone.Voir la carte du partage linguistique de l'Ukraine ici-même : La crise ukrainienne point par point, par B. Frederick, ancien correspondant permanent de L'Humanité à Moscou (1ère partie) et surtout : La crise ukrainienne point par point, par B. Frederick, ancien correspondant permanent de L'Humanité à Moscou (2ème partie)

     Alors pourquoi ce stupide Khrouchtchev a-t-il donné la Crimée à l’Ukraine ? Il était Ukrainien et en tant que nouveau dirigeant de l’URSS, après la mort de Staline, il voulait, comme disent les enfants "se faire bien voir". Surtout, on trouve la réponse -je l’avais dans la tête mais se citer soi-même ne se fait pas - on trouve la réponse dans la Géographie Universelle de R. Brunet, publiée chez COLIN-RECLUS en 1996. Brunet écrit que Khrouchtchev a fait cette donation "à une époque où cela n’avait rigoureusement aucune espèce d’importance" ? Vous avez bien lu "aucune espèce d’importance". En 1955, l’URSS était un bloc indestructible. Et aujourd’hui, pourquoi cela a-t-il pris tant d’importance ? Parce que la Crimée à l’Ukraine, c’est autre chose. L’Ukraine gouvernée par des crypto-fascistes, copains-copains avec les Américains, ce sont plein de missiles bourrés de têtes nucléaires dirigées vers la Russie à quelques km. C’est le heartland mondial (MacKinder) enfin aux mains de ceux qui possèdent déjà l’anneau maritime mondial défini par Spykman. L’OTAN enfin maître du monde… 



BIBLIOGRAPHIE

- Jules ISAAC, XVII-XVIII° siècles, Hachette, 1923, 650 pages.

- Académie des sciences de l’URSS, Histoire de l’URSS des origines à nos jours, Moscou, 1967.

- Roger BRUNET, Géographie universelle, volume Europes orientales, Russie, 1996.

- Roger PORTAL, Pierre le Grand, Club français du livre, 1961, 312 p., Un classique. Remarquable.

- Henri TROYAT, Catherine la Grande, Flammarion, 1977. Début de l’histoire pipole. Tout savoir sur les amants de Catherine II.

- Camena d'Almeida P. « La colonisation russe contemporaine le long de la Volga principalement dans le gouvernement de Samara ». In: Annales de Géographie. 1895, t. 4, n°19. pp. 50-58. En ligne.

- Gérard Chaliand & Jean-Pierre Rageau, Atlas stratégique, géopolitique des rapports de forces dans le monde, Fayard, 1983.

- GHERVAS, Stella. Odessa et les confins de l’Europe : un éclairage historique In : Lieux d’Europe : Mythes et limites [en ligne]. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2008

- http://jean.dif.free.fr/Images/Russie/Histoire.html : une bonne chronologie de l’histoire de la Russie






[1] "Capitale du premier État russe - antérieur à l’invasion mongole - et restée pour cette raison particulièrement chère au cœur des Moscovites", Roger PORTAL.


[2] Lire l’article Wiki par lequel on apprend que les Tatars, comme outil de guerre, ont mis le feu à la steppe. Feu gigantesque qui obligea les Cosaques - alors du côté des Russes - à faire demi-tour. Ce détail montre bien qu’il s’agit d’une prairie (formation végétale continue) et non pas d’une steppe (où la terre apparaît entre deux touffes d’herbes). Ce sont des terres d’une fabuleuse fertilité (tchernoziom), curieusement désertes depuis les lustres.

[3] GHERVAS, Stella. Odessa et les confins de l’Europe : un éclairage historique In : Lieux d’Europe : Mythes et limites [en ligne]. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2008 (généré le 03 mai 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/editionsmsh/784>. ISBN : 9782735116645.

[4] Camena d'Almeida P. « La colonisation russe contemporaine le long de la Volga principalement dans le gouvernement de Samara ». In: Annales de Géographie. 1895, t. 4, n°19. pp. 50-58.

[5] Le karaïsme: ses doctrines et son histoire par Simon Szyszman

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