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L'Ukraine et la mer Noire

publié le 28 avr. 2014 à 13:04 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 22 juin 2017 à 15:22 ]

                                                                                                                        

"L'origine réelle des évènements actuels, je la vois dans l'interruption de la Perestroïka, dans la dissolution insensée de l'Union Soviétique".

 
"                                                                                                                                                   
                                                                                                                                 Mikhaïl GORBATCHEV
                                                                                                                                ancien président de l'U.R.S.S..          






   
L'Ukraine est au-devant de la scène. le retour de la Crimée à la Russie fait hurler ceux qui auraient voulu voir les troupes de l'OTAN se baigner dans la Mer Noire au nez et à la barbe des Russes.
    Une modeste rétrospective s'impose.

    La carte ci-dessous ( http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fb/Kievan_Rus_en.jpg) montre l'assise territoriale de la "Russie de Kiev" : on observe qu'elle s'appuie sur le plateau de la Table russe et qu'elle n'a pratiquement aucun accès à la mer. Ce sera d'ailleurs la problématique majeure de l’État russe : se donner un accès maritimement exploitable à la Mer Blanche (ce sera assez vite fait), à la Mer Caspienne et donc à l'empire perse, à la Mer Noire et à la Baltique.


File:Kievan Rus en.jpg
    Entre ce cœur continental et les mers méridionales, se trouve une zone naturelle, la steppe. Celle-ci (en violet sur la carte) est bien circonscrite sur la carte suivante : (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Steppe_pontique). Il faut savoir que cette zone est, à l'origine, déserte. C’est le terrain de choix des herbivores, des nomades, des cavaliers, c'est la route des invasions venues de l'Est asiatique; notamment les invasions tataro-mongoles du XIII° siècle.


File:Ecoregion PA0814.png

    "L’État russe ancien" s'est développé de la manière suivante, avec Kiev pour capitale, Kiev qui est toujours restée dans le cœur des Slaves orientaux (Russes, Biélorusses, Ukrainiens).  source : Histoire de l'U.R.S.S., Académie des sciences de l'U.R.S.S., 1967.


    Sur cette carte peu lisible, il faut bien le dire, on observe cependant l'extension du domaine des Slaves occidentaux (hachures verticales regroupées deux à deux) soit : Polonais; Tchèques, Moraves... Ils se distinguent des Slaves orientaux (hachures inclinées NO-SE) dont la colonne vertébrale est l'axe Kiev-Smolensk-Novgorod. Les Hongrois sont dans la Steppe : ils n'ont pas encore atteint la grande plaine du Danube.
    Si l’on utilise la langue de bois de la carte, « le territoire des Slaves orientaux où le développement de la féodalité a engendré la nationalité russe ancienne » est centré au cœur de ce que les géologues appellent « la Table russe ». C’est la Russie de Kiev, un embryon d’État entièrement continental, compris entre Kiev et Novgorod. Au XII° siècle, Kiev perd de sa superbe (querelles dynastiques, insécurité sur la voie du Dniepr) et la centre du pouvoir politique russe devient Vladimir, (localité au nord-est de Moscou). En 1283, la primauté passe à Moscou. (Cf. article Wiki : liste des monarques de Russie).
    Autre carte consultable : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Principalities_of_Kievan_Rus%27_%281054-1132%29.jpg
  
     
La carte suivante ci-dessous montre les grands raids effectués par les Tataro-Mongols au XIII° siècle, le plus terrible n'étant pas celui de Gengis Khan mais celui de son petit-fils : Batou Khan.
NB. carte supprimée à cause du manque de place...


    Kiev est quasi détruite par le raid des Mongols-Tatars (1240) menés par le Khan Batou (1205-1255). Les Mongols dominent tout le sud de l’Europe orientale, aucune perspective n’est ouverte vers la Mer Noire. Kiev est alors rattachée par les puissances du nord : Lituanie et Pologne catholiques intégristes, alors qu’à son âge d’or, Kiev avait adopté religion et rites byzantins, orthodoxie, alphabet et civilisation orthodoxes (cf. Frontières PECO 2ème partie. Pologne ou la République des Deux Nations. Disparition & renaissance.).  

    Le XIII° siècle eût pu être dénommé "siècle de la grande catastrophe" car l’Europe orientale et, surtout, le cœur de la Table russe subissent au moins trois raids dévastateurs de la part des Tataro-Mongols. Après la campagne de 1223 (en vert) qui commença par le sud, le seconde expédition (en rouge sur la carte) d’une brutalité inouïe fut menée par Batou, petit-fils de Gengis-Khan, et attaqua par la ville de Bulgar, éponyme du peuple bien connu. Ville par ville, Batou arriva à proximité de Novgorod mais il rebroussa chemin à cause de la résistance des peuples de la région et aussi à cause du dégel et fonte des neiges qui transforment chaque chemin en fleuve de boue. Lors du troisième raid, (en rouge sur la carte), l’objectif est plein ouest et, après la destruction de Kiev, Batou et ses troupes arrivent jusqu’en Galicie - Volhynie et même Cracovie ! Une autre colonne, direction sud-est, arriva jusqu’à Budapest et poussant toujours plus loin, ces asiatiques purent voir de leurs yeux les charmes de la mer Adriatique (cf. carte). Finalement, Batou rentre d’urgence sur ses bases et les Mongolo-Tatars se fixèrent dans les steppes de la Volga inférieure et formèrent l’État de la Horde d’Or avec Saraï pour capitale (1243). (NB. D’après Jules Isaac, l’expression vient de l’Orda qui signifie tente -tous ces gens sont des nomades-, tente qui était brodée d’or). Autour de l’orde du chef s’établit le quartier général de son armée et, progressivement, une ville, Saraï (à l'amont du delta de la Volga). 

    L’empire de la Horde d’or devait durer jusqu’au XV° siècle et la Russie, cantonnée dans la zone de la taïga, bloquée au sud par la zone de la steppe domaine des cavaliers mongolo-tatars, la Russie donc fut coupée du reste de l’Europe. Chaque principauté russe devait payer au khan de la Horde d’or un tribut financier qui obérait chaque année le développement économique de leur région. L’État lituanien était, au contraire, plus vigoureux et c'est le Grand-duc de Lituanie qui arrêta et vainquit les Tataro-Mongols, en 1363. Grâce à cette victoire, les Lituaniens s'emparèrent de Kiev, de la ligne de partage des eaux entre Baltique et Mer Noire et contrôlèrent la navigation sur le Dniepr. Pour arriver jusqu'aux rives de la Mer Noire en 1412 (région de Yedisan). Malgré tout, les Lituaniens ne purent coloniser ces régions (Podolie et Yedisan -ou Dykra-), trop éloignées de leur base et qui restèrent des marches-frontières, marche-frontière qui se dit oukraïna en langue russe.

    Jules Isaac publie cette excellente carte au grand intérêt géopolitique. Elle s'intitule : "l'Europe orientale à la fin du XV° siècle".

  
     
Le Grand-duché de Moscovie, principale puissance "centrale", est coupé de l'Occident par l' Union de Krevo, union passée entre la Pologne et la Lituanie, union formalisée en 1385. Il y a aussi les ordres de moines-soldats allemands à prendre au sérieux. Au sud, depuis la prise de Constantinople en 1453, l'empire turc ottoman est un nouvel grand acteur régional. Le Khanat de Crimée est un protectorat du Sultan. L'occupation du rivage de la Mer Noire (le Yesidan, future circonscription d'Odessa) par les Lituaniens est éphémère : les Turcs les remplacent dès la fin du XV°siècle.

    La carte montre l'ampleur du travail qui attend les tsars de Russie pour obtenir l'accès à la mer, aux mers.

    Pour notre réflexion, on retiendra que la future Ukraine est coupée en deux par le Dniepr. L'Ukraine de rive droite est sous influence polono-lituanienne alors que la Rive gauche passera de l’influence du Khanat de Crimée à celle de la Moscovie : racines du problème actuel. L'Ukraine n'a alors aucune réalité diplomatique.

    Sera continué. L'Ukraine et la Mer Noire (2ème partie).



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