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30 décembre 1922 : Naissance de l’URSS

publié le 9 févr. 2013 à 07:28 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 janv. 2017 à 03:23 ]

    Contre l’avis de Lénine qui combattait le chauvinisme grand-russien, Staline impose la fusion entre la Russie et les autres Républiques. Le sort du pays est alors lié à celui du Parti communiste. Il ne survivra pas à la disparition de ce dernier.

 

Par Jean-Paul Scot,

Historien[1]

 

    L'URSS (Union des Républiques socialistes soviétiques) est née de l'éclatement de l’empire multinational tsariste en application du droit à l'autodétermination, mais aussi de la recomposition forcée par le pouvoir bolchevik d'une fédération de Républiques théoriquement indépendantes ou autonomes, et de la volonté centralisatrice d'un Parti communiste déjà stalinien.

    La guerre joue un rôle décisif dans la désagrégation de la "prison des peuples" qu’est l'empire russe. Dès mars 1917, dans les pays baltes, en Finlande, Ukraine, Géorgie, Arménie et au Turkestan, des congrès nationaux prennent le pouvoir parallèlement à des soviets peu représentatifs. Le 15 novembre 1917, le nouveau pouvoir bolchevik proclame l'égalité des droits de tous les peuples, le droit à l'autodétermination pouvant aller jusqu'à l'indépendance, ainsi que les libertés politiques, culturelles et religieuses pour toutes les minorités. Cependant "une union volontaire des peuples de Russie" est jugée nécessaire et le terme russe Soiuz (Soïouz) est ambigu, car il peut désigner aussi bien une union d'États fédérés qu'une alliance entre États indépendants. Ce décret reçoit néanmoins un accueil enthousiaste parmi les non-Russes. La Finlande, la Pologne, les pays Baltes, l'Ukraine, la Géorgie et l'Arménie proclament aussitôt leur indépendance, bientôt reconnues par la Société des nations (SDN).


    Indépendances éphémères

    Mais la guerre civile aggrave encore les menaces de démembrement d'une Russie soviétique subissant les assauts des armées blanches (tsaristes, contre-révolutionnaires, JPR) et les interventions des grandes puissances qui entendent lui arracher les richesses de l'Ukraine et de la Transcaucasie, ou, à défaut, contenir la contagion révolutionnaire derrière "un cordon sanitaire". En repoussant les armées étrangères et en écrasant les forces nationalistes, l’Armée rouge restaure une République soviétique d'Ukraine qui signe en juillet 1920 un traité d'union ouvrière et paysanne avec la Russie soviétique. En se présentant en libératrice face aux ambitions territoriales de la Turquie, l'Armée rouge instaure des Républiques soviétiques à l'indépendance formelle en Azerbaïdjan, en Arménie et en Géorgie. En s'appuyant sur les bolcheviks locaux, souvent minoritaires, le pouvoir soviétique opère une véritable reconquête.

    La solution fédérale n'en sera que plus ambivalente : faut-il intégrer les Républiques et régions autonomes dans la République socialiste fédérative des soviets de Russie (RSFSR) ou multiplier les alliances bilatérales entre des Républiques indépendantes et la RSFSR ? Si Lénine prône "l’union volontaire de nations libres dans une fédération de Républiques nationales soviétiques", le commissaire aux Nationalités, Staline, subordonne les questions nationales aux intérêts de la révolution soviétique, ou plutôt de la Russie.

    Le projet de grande République musulmane autonome du Tatar Sultan Galiev est condamné dès 1920. Les minorités de Sibérie et du Caucase sont organisées dans de petites Républiques ou régions autonomes intégrées dans la RSFSR. Des traites bilatéraux unissent à la RSFSR, les Républiques d'Ukraine et de Biélorussie, qui conservent leur propre diplomatie mais perdent leur souveraineté dans les domaines militaire, économique, financier et alimentaire. Alors que Lénine conseillait de passer des "compromis acceptables" avec les mencheviks géorgiens, Staline impose de force la fusion des trois Républiques caucasiennes dans une Transcaucasie unie à la RSFSR.

    Deux conceptions de la fédération s'affrontent ouvertement en 1922. Staline fait adopter par le Comité central du Parti l'absorption par la RSFSR de toutes les Républiques indépendantes réduites à une simple autonomie. Lénine, malade mais scandalisé, y oppose une "fédération de Républiques possédant des droits égaux", y compris celui de sécession, et nommée "Union des Républiques socialistes soviétiques" sans aucune référence à la Russie. "Je déclare la guerre, écrit-il, non pas une petite guerre, mais une guerre à la vie à la mort au chauvinisme grand-russien". Le Comité central approuve ce nouveau projet, mais rejette la demande des communistes géorgiens d'adhésion directe à l'URSS. Lénine, frappé d'hémiplégie, demande alors à Trotski "de prendre vigoureusement la défense de la Géorgie" lequel n'en fait rien !

    Le 30 décembre 1922, le 1er Congrès des soviets proclame la création de l'URSS. Lénine l’emporte formellement, mais Staline triomphe politiquement. Le 2ème Congrès adoptera la Constitution de l'URSS, le 31 janvier 1924. La fusion entre la Russie et la fédération que Staline prônait pour l'État est réalisée dans le Parti communiste doté du pouvoir dirigeant et d'un rôle centralisateur.

    Le sort de l'URSS était lié à celui du Parti : elle implosera en 1991 moins par la dissidence des Républiques fédérées que sous la pression du nationalisme russe et de la déliquescence du Parti communiste.

 

 

LA CONSTITUTION DE L'URSS

L’URSS est définie comme l'association volontaire de Républiques fédérées ou autonomes. Toutes délèguent à l'État fédéral les compétences essentielles : relations internationales, défense, sécurité, planification, monnaie, crédit, brait commerce extérieur, transports et télécommunications.

L'URSS est dirigée par des organes fédérés : le Congrès des soviets de l'Union formé de délégués élus au suffrage restreint et indirect, à quatre degrés. Convoqué tous les deux ans, il délègue ses pouvoirs au Comité exécutif central formé de deux assemblées législatives : le soviet de l'Union (400 membres représentent les populations des Républiques fédérées) et le soviet des nationalités (5 délégués par République fédérée et autonome pour compenser la prépondérance de la Russie). Réuni trois fois par an, le Comité exécutif délègue ses pouvoirs à un organe exécutif et administratif avec compétence législative, le Conseil des commissaires du peuple.

 Article paru dans L’Humanité des débats (28-29-30 décembre 2012).

***

NB. contrairement à ce qu'écrit J.-P. Scot,  le sort de l'URSS n'était pas lié au nationalisme russe ou à la déliquescence du PCUS. Il y eut un authentique coup d’État par Eltsine, le président biélorusse et l'Ukrainien (tous soutenus par les Occidentaux) pour ne pas respecter la volonté du peuple soviétique exprimée lors du referendum de mars 1991, organisé par M. Gorbatchev. Voici une citation extraite de Wikipédia :

Le référendum soviétique de 1991 est un référendum ayant eu lieu le 17 mars 1991 en Union soviétique. C'est le seul référendum qu'a connu l'Union soviétique. Il porte sur la préservation de l'Union soviétique sous la forme d'une fédération d'États souverains nommée l'Union des États souverains. La question exacte était la suivante : « Pensez-vous qu'il est essentiel de préserver l'URSS sous forme d'une fédération renouvelée de républiques souveraines et égales où les droits et les libertés de chacun, quelle que soit la nationalité, seront pleinement garanties ? ». Il eut une participation de 80,03 % et fut approuvé à 77,8 %. Il a été boycotté par les autorités politiques de l'Arménie, de la Géorgie, de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie et de la Moldavie. fin de citation.

            J.-P. R.



[1] Auteur de la Russie de Pierre le Grand à nos jours, Éditions Armand Colin,  2000 et reéd., 253 pages, 34,10 euros.

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