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Histoire de la Palestine contemporaine. (2ème partie : 1945-aujourd'hui).

publié le 12 oct. 2012 à 08:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 nov. 2015 à 09:49 ]

    Voici la seconde partie du texte de Mme Marie-Jo PARBOT de l'Association France-Palestine solidarité.
     lien pour la première partie :  Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945) 

SOMMAIRE DE L'ENSEMBLE :

     1. LA PALESTINE AVANT 1914

    A. Rappel : Description Physique de la Palestine

            B. Les Palestiniens à la fin du 19e siècle             

    C. Le Sionisme Politique en Europe

Le sionisme, force politique nouvelle

Vers l’émigration européenne en Asie

2. LA GUERRE DE 1914 ET SES SUITES

            A. La Déclaration Balfour

    B. L’Après-Première-Guerre-Mondiale            

Création de la S.D.N.

La Palestine mandataire

3. L’ENTRE-DEUX-GUERRES

    A. Les 3 Protagonistes en Palestine

    B. La Révolte Palestinienne de 1936-1939

        4. LE RÔLE DE L’O.N.U.

                            A. Le Plan de Partage

                 B. Le Conflit Judéo-Palestinien

        5.  LA RÉGIONALISATION DU CONFLIT

            A. La 1e Guerre Israélo-Arabe

            B. La Nakba

            C. Les Réfugiés

    CONCLUSION : ISRAËL VEUT-IL LA PAIX ?

 

4. LE RÔLE DE L’ O.N.U.

 

    Aux lendemains de la Deuxième guerre mondiale, l’O.N.U., nouvellement créée en remplacement de la S.D.N., donne une légitimité à la création de l’Etat d’Israël. Il s’en suit une guerre entre les deux parties : juifs et arabes palestiniens, préambule à une guerre plus vaste entre Israël et les Etats de la région. JPR.    

 

A. Le plan de partage de l’O.N.U.

    L’immigration juive en Palestine, qui a fait un bond en avant à compter de l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne, va connaître un nouvel essor lorsque les camps de concentration sont libérés. Souvent, la Palestine n’est pas le choix privilégié par les survivants du génocide européen. Les Etats-Unis attirent beaucoup plus mais des lois d’immigration strictes en régulent l’accès, si bien que c’est vers le Proche-Orient que de nombreux juifs se dirigent, à la fin de la 2e guerre mondiale. Or, l’occupant britannique ayant enfin décidé d’imposer des quotas d’immigration et le contrôle de l’achat de terres par l’Agence Juive, cela engendre des épisodes dramatiques. Celui de « l’Exodus » est emblématique. Bateau chargé de rescapés des camps de la mort, il est bloqué dans un port palestinien et obligé d’errer en Méditerranée, refusé par tous…[1]

    Sur place, les milices juives, armées et entraînées dés les années 30, instaurent un régime de terreur à l’encontre des forces d’occupation et de la population palestinienne. Ces bandes sont constituées de corps autonomes dirigés par de jeunes hommes que l’on retrouvera plus tard parmi les dirigeants de l’Etat d’Israël : l’Irgoun avec Menahem Begin, le Lehi avec Itzhak Shamir, la Haganah qui sera le noyau de la future armée israélienne. Les attentats sont leur mode de fonctionnement. L’un d’eux est particulièrement sanglant : en 1946, une bombe au King David Hôtel à Jérusalem fait 93 morts, Britanniques et Palestiniens.

 

    La Grande Bretagne ne tient plus et s’en réfère à l’Organisation des Nations Unies qui a remplacé la Société des Nations en 1945. Une commission pour la Palestine est nommée et se rend sur place. On est en 1947, l’année de l’Exodus, précisément. Elle va rencontrer l’Agence Juive mais ne croisera pas le Haut Comité Arabe qui refuse de la voir, considérant que les droits naturels des Arabes palestiniens sont évidents et que la Palestine tout entière est la leur. L’UNSCOP (c'est-à-dire le Comité spécial de l’ONU pour la Palestine) émet deux propositions : une fédération regroupant un Etat juif et un Etat arabe ou la séparation en deux états indépendants. Dans les 2 cas, les palestiniens ont perdu. Une partie de leur terre d’origine va être donnée à cette population qui vient d’ailleurs.

En 1947, la situation démographique en Palestine a bien changé. De 300.000 habitants vers 1900 avec 4% de juifs, il y a maintenant une population de 2 millions d’individus : les 2/3 sont arabes, le 1/3 restant est juif.

En ce qui concerne les terres, les Palestiniens en sont propriétaires pour 94 %, soit de façon privée, soit par leurs institutions religieuses, musulmanes ou chrétiennes ; les juifs n’en possèdent pas plus de 6 %.

Le 29 Novembre 1947, l’Assemblée Générale des Nations Unies tranche : ce sera le partage de la Palestine : pour les juifs, 56 % des terres, pour les arabes, 43 %. Une zone spéciale est délimitée autour de Jérusalem et de Bethlehem, c'est-à-dire les lieux saints : elle aura une gestion internationale. Pour l’état juif, le pourtour du lac de Tibériade au nord-est se prolongeant par la bande côtière entre Haïfa et Jaffa/Tel-Aviv et enfin une grande partie du Néguev. Pour l’état palestinien, la Galilée au nord avec Nazareth, le centre -excepté la côte- et une large bande à hauteur de Gaza et de la frontière égyptienne.

L’Union Soviétique a voté "pour" comme les Etats-Unis et la France.

Les Etats Arabes et quelques autres comme la Turquie et la Grèce ont voté "contre".

Le Royaume Uni s’est abstenu.

Toujours est-il que la majorité des 2/3 est atteinte et la Résolution 181 est adoptée.

Ce plan de partage est refusé en bloc par les Palestiniens. Les juifs nuancent : pour eux, ne pas rejeter leur semble politiquement plus habile mais attendre pour voir : « Bon début mais peut mieux faire ! »

 

B. Le conflit judéo-palestinien

    Dés le lendemain du vote de l’ONU, les hostilités éclatent.

    Véritable guerre civile entre décembre 47 et mai 48, elle oppose les forces armées des deux parties adverses : D’un côté, les forces militaires de ce qui est un état juif en gestation. Des hommes aguerris et bien entraînés. De l’autre côté, les résistants palestiniens sont peu expérimentés et mal coordonnés. Malgré l’aide de la Ligue Arabe qui envoie ce qui va s’appeler « l’Armée de Libération Arabe », les hommes engagés dans le conflit sont en nombre bien inférieur et ne feront pas le poids. Dés le mois de décembre 47, quelques grandes familles palestiniennes, grands propriétaires terriens et membres de la bourgeoisie quittent les grandes villes, déstabilisant un peu plus une population déjà bien éprouvée. Mais, c’est au printemps 48 que tout se précipite. Les forces sionistes dominent et prennent possession de grandes villes telles que Tibériade, Haïfa, Jaffa… De nombreux villages sont investis et souvent rayés de la carte. En avril 48, se déroulent des évènements dramatiques qui vont peser lourdement sur le devenir de la population palestinienne. A Deir Yassine, village palestinien sur la route de Jérusalem, les milices juives de l’Irgoun et du Lehi massacrent de très nombreux habitants. L’impact de cette tuerie est majeur. Dans les mois qui suivent, il suffira souvent, pour les forces armées juives, de pénétrer dans les villages et de menacer de « faire comme à Deir Yassine » et les populations terrorisées partiront sans résistance.

    Les objectifs des troupes juives sont clairs. Vider de leurs habitants arabes, autant que faire se peut, toutes les terres susceptibles d’intégrer le futur Etat juif. Et les résultats sont là, les populations partent en masse, fuyant combats et exactions.

    Le 14 Mai 1948 : la première étape de cette catastrophe pour les Palestiniens est accomplie.

 

    Par les luttes armées et la terreur, plus de 400.000 d’entre eux sont sur les routes. Ils ne retourneront jamais chez eux. Les Britanniques, qui ont renoncé à leur mandat sur la Palestine en confiant cette mission impossible à l’ONU[2], quittent le pays.

David Ben Gourion, le chef de l’Agence Juive, fort du plan de Partage des Nations Unis et des faits d’armes  sur le terrain, fait la déclaration suivante : "En vertu du droit naturel et historique du peuple juif et de la résolution des Nations Unies, nous proclamons par le présent acte la création de l’état juif de Palestine qui prendra le nom d’Israël". Cette déclaration est suivie d’une reconnaissance immédiate des Etats-Unis, les autres grandes puissances, parmi lesquelles l’Union Soviétique, leur emboîtent le pas rapidement.

C’est la fin de ce qu’on peut appeler la période de la "guerre judéo-palestinienne". La Haganah est devenue l’armée du tout jeune état d’Israël. Ce va être le début de la première guerre israélo-arabe.

 

5. LA RÉGIONALISATION DU CONFLIT

 

    Immédiatement, le conflit s’élargit aux pays arabes voisins et le conflit, de "local", devient régional, c’est-à-dire concerne toute une région du Monde. L’échec de la conférence de la paix à Lausanne, en 1949, laisse les problèmes en l’état. En 1956, lors de la crise de Suez, c’est un problème mondial. JPR.

 

A. La première guerre israélo-arabe

    Égypte, Transjordanie[3], Syrie, Irak et Liban se sont alliés pour s’opposer militairement à la situation engendrée par le Plan de Partage. Dans les heures qui suivent la déclaration d’indépendance de l’Etat juif, l’armée égyptienne bombarde Israël et entame les hostilités. Les combats changent de nature mais les dés sont pipés, une fois encore au détriment des Palestiniens.

    L’Histoire officielle, qui sera construite après le conflit, nous parlera de "David luttant contre Goliath": ce petit état, Israël, tout nouvellement créé et devant faire face à tous ces grands pays arabes qui l’entourent et qui veulent "rejeter les juifs à la mer", selon l’expression consacrée. Les archives de l’époque ont été rendues publiques dans les années 80. Ceux qu’on appelle "les nouveaux historiens" israéliens, tels que Benny Moris, Avi Slaïm, Ilan Pappe… et d’autres, s’en sont saisies et apportent les preuves que les rapports de force étaient, en fait, favorables à Israël. Le nouvel Etat est soutenu financièrement par les Etats-Unis et des armes sont livrées par l’URSS. Les troupes sont aguerries, l’encadrement est bien rôdé et les objectifs politiques des dirigeants sont clairs.

    Au contraire, les coalisés arabes sont militairement faibles. Le matériel et les armes sont vétustes, les troupes sont mal encadrées, mal entraînées. Seule l’armée transjordanienne, la Légion arabe, pourrait faire la différence. Mais, un frein politique majeur va jouer. Le roi Abdullah de Transjordanie veut annexer les territoires à l’ouest du Jourdain, destinés aux Palestiniens selon le plan de partage de l’ONU. Il a déjà évoqué cette possibilité avec les britanniques et, en novembre 47, il rencontre Golda Meir, représentante de la direction juive. Un accord est conclu entre eux. Le roi a promis de ne pas pénétrer sur ce qui va devenir l’Etat d’Israël. Il contiendra ses troupes dans ce qui sera la Cisjordanie.

    Les autres coalisés arabes sont plus préoccupés des prétentions territoriales du souverain hachémite que du sort de la population palestinienne. Et c’est donc vers un échec militaire des Arabes que l’on s’achemine tout au long de l’année 48.

    Du côté israélien par contre, aucune ambiguïté, pas d’état d’âme. La volonté d’expulser purement et simplement la population arabe de Palestine existe, de longue date, dans le projet sioniste. Bien sûr camouflée, on la retrouve cependant dans certains écrits. C’est ainsi qu’on peut citer Yosef Weitz, directeur du département foncier du Fonds National Juif. En décembre 1940, il écrit dans son journal : «Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays…et la seule solution, c’est la terre d’Israël sans arabes… Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les arabes d’ici vers les pays voisins… Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine»[4].

    Ce qui va se passer à Ramleh et à Lod (là où se situe maintenant l’aéroport International d’Israël) illustre parfaitement cette volonté d’éradiquer de façon drastique les Palestiniens du tout nouvel état juif. Les deux villes tombent en juillet 1948 entre les mains de l’armée israélienne. Igal Allon et Itzhak Rabin, officiers supérieurs, interrogent David Ben Gourion sur ce qui doit être fait des populations civiles. Il leur est répondu, sans aucun ordre écrit par contre, "Expulsez-les ! ". Ce qui fut fait : 70.000 habitants furent chassés en quelques heures, soit près de 10 % de la totalité des expulsés entre 1947 et 1949.

    Elias Sanbar, écrivain palestinien, mentionne les propos d’un de ses amis juifs qui lui a raconté que, gamin, il s’est trouvé dans un de ces camions remplis de familles juives qui attendaient aux portes de Ramleh. Cet ami raconte : "En un tour de main, la ville a été vidée ; une heure après, nous étions installés dans une maison et il  y avait dans la cuisine un repas qui cuisait ! La mère était partie en catastrophe".

    La guerre occupe donc la totalité de l’année 1948 et continue à apporter son lot de malheurs à la population palestinienne. Une trêve, en début d’été, permet à l’armée israélienne de reprendre souffle et c’est finalement à son avantage que les hostilités s’arrêtent, par cessez le feu, dans les premiers mois de 1949.

    Il ne reste plus qu’à faire l’état des lieux de la Nakba, la Catastrophe, maintenant arrivée à son terme et d’évoquer le jeu diplomatique de la conférence de Lausanne au printemps 1949, censée trouver une solution politique à une situation perdue pour les Palestiniens.

 

B. La NAKBA

    La Catastrophe est évidente pour les Palestiniens :

- Les terres : Le plan de partage leur accordait 43 % de la Palestine historique. Il leur en reste 22 % : la Cisjordanie, à l’ouest du Jourdain, qui ne dépasse pas 120 à 150 km nord/sud et 30 à 50 km est/ouest, et la Bande de Gaza, 40 km de long sur 6 à 10 km de large. Les Israéliens sont à Jérusalem-Ouest mais, par contre, la Vieille Ville et les lieux saints restent en territoire arabe.

- Les destructions sont majeures. Plus de 400 villages rasés et de nombreuses villes ravagées. Dans les années 60, les propos de Moshe Dayan, général israélien, avaient le mérite d’être clairs : « Des villages juifs ont été construits à la place de villages arabes. Vous ne connaissez même pas le nom de ces villages arabes, et vous n’êtes pas à blâmer parce que les livres de géographie n’existent plus. Non seulement ils n’existent plus, mais les villages arabes non plus… Il n’y a pas un seul endroit dans ce pays qui n’ait pas eu, auparavant, une population arabe ».

- Les réfugiés : Les chiffres varient selon les auteurs : entre 700.000 et 900.000 personnes sont parties et n’ont plus rien. Par contre, il semble y avoir consensus sur le nombre de Palestiniens qui se trouvent encore à l’intérieur des limites du nouvel Etat d’Israël, à la fin des hostilités : 150.000, alors qu’ils étaient de l’ordre du million avant la guerre. Ceux qui n’ont bougé que de quelques kilomètres sont devenus, aussi, des réfugiés. Ils sont en Israël mais n’obtiendront jamais l’autorisation de retourner chez eux. Au-delà des limites du cessez-le-feu, beaucoup se concentrent en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Sinon, ce sont les pays arabes périphériques, Liban, Syrie, Transjordanie… qui doivent faire face à ce flux énorme de familles complètement désemparées.

Sur le plan politique, c’est la Conférence de Lausanne, en avril/mai 49.

Les belligérants se retrouvent autour de la table sous les auspices du Comité de Conciliation pour la Palestine de l’ONU. Les questions qui fâchent : les réfugiés, Jérusalem, les frontières.

    Les pourparlers sont longs et difficiles. En pratique, pour les palestiniens : la promesse d’un Etat qui figure dans le plan de partage onusien de 1947 ne verra pas le jour. Les Etats arabes, d’ailleurs, voyaient cette proposition d’un très mauvais œil.

Le roi Abdullah de Transjordanie obtient satisfaction. Il étend son autorité sur le territoire de la rive ouest du Jourdain et l’ensemble de la Trans- et de la Cis-jordanie va dorénavant constituer le royaume hachémite de Jordanie. Quant à la Bande de Gaza, elle sera administrée par l’Égypte. (Voir carte)

    Mais, que faire des réfugiés ?

    La Syrie fait une proposition d’importance majeure : signature d’un traité de paix, reconnaissance de l’État d’Israël, intégration de la moitié des réfugiés sur son territoire à condition qu’Israël en accepte un petit nombre. Israël refuse catégoriquement : pas de réfugiés sur ce qui est maintenant "la terre d’Israël". Par ailleurs, apparaît, dés cette époque, la volonté de ne pas fixer de frontières définitives : simple ligne de cessez-le-feu susceptible de subir l’évolution d’emprises progressives sur le terrain au hasard de conquêtes, d’implantations de colonies, de barrières et autres murs dits de sécurité... Scénario au long cours et qui porte ses fruits.

La conférence de Lausanne se termine sur une impasse. Les Israéliens n’ont pas voulu signer.

Il n’y aura pas de traité de paix.

 C. Les réfugiés 

    Ils sont environ 800 000.

    Ils ont "inondé" toutes les régions du Proche Orient. Ils sont nombreux à n’avoir mis que la clé de leur maison dans leur poche et à partir, convaincus qu’il suffisait de patienter quelques semaines avant de réintégrer leur domicile. Cette masse immense de personnes déplacées crée une situation gravissime. La Croix Rouge Internationale (CICR) apporte les premiers secours : des camps de toile par centaines sortent de terre, des commodités rares que de nombreuses familles se partagent, quelques points d’eau… Ces Palestiniens ne dépendent plus que de l’aide humanitaire.

    Les premières années de la décennie 50 ont des hivers particulièrement rudes et dans les camps de toile, il y a des morts. Un réfugié raconte qu’un enfant étant sorti pour aller aux toilettes, une nuit, fut retrouvé mort de froid, le lendemain matin !

 

    L’Assemblée Générale de l’ONU a voté la résolution 194 en décembre 1948 :  « Les réfugiés qui le désirent doivent pouvoir rentrer dans leurs foyers. Des indemnités doivent être versées à ceux qui décident de ne pas le faire ». Ce sera lettre morte comme le seront toutes les résolutions futures concernant les obligations faites à Israël  par l’instance internationale. Pourtant, ce pays, qui sollicite son admission au sein des Nations Unies dés le printemps 1949, est accepté, sous réserve de mettre en application la résolution 194. Mais pour Israël, l’engagement fourni n’est qu’une tactique et ne sera jamais suivi d’effets. Israël refuse de reconnaitre sa responsabilité dans le drame des réfugiés. Ce n’est qu’en janvier 2001, à Taba, que la délégation israélienne semble prête à infléchir cette position mais les pourparlers de paix échouent et laissent la situation en l’état.

Faute de solution politique satisfaisante, l’ONU s’engage dans l’action humanitaire.

Elle prend la relève du CICR en 1951 et crée une agence spécifique pour les réfugiés palestiniens : l’Agence Mondiale des Nations Unies pour les Réfugiés (l’ UNWRA). Les camps se transforment. On construit en dur : une baraque de 10 m² par famille quelque soit le nombre d’enfants, 1 sanitaire pour 25 familles, l’eau à distance, pas d’électricité… mais, au début des années 60, il y a encore des tentes éparpillées au milieu des baraquements !

Et maintenant. Combien y a-t-il de réfugiés ? Où sont-ils ? Chiffres variables selon les sources : entre 4 et 5 millions (peut-être plus). Il y a ceux qui sont dans les camps : 1 million 300.000 recensés dans 59 camps des Nations Unis. Douze camps supplémentaires, issus de la croissance naturelle de la population, ne sont pas reconnus comme tels. Et, bien sûr, de nombreuses familles sont éparpillées dans des logements privés et n’ont pas le statut onusien.

94 % des réfugiés sont au Proche Orient :

La moitié en Jordanie : ils représentent 60 % de la population du pays.

¼ dans les Territoires Palestiniens : à Gaza, 75 % de la population est réfugiée.

     Puis viennent le Liban et la Syrie.

     4% sont en Israël.

     Les 6 % restant vivent dans les autres pays arabes, en Europe ou dans les Amériques.


Comment vivent-ils ?

Les camps : habitat fait d’immeubles en parpaing non crépis, des ruelles non pavées et certaines tellement étroites qu’on ne passe pas, à deux, de front.

A Dheisheh, en Cisjordanie, près de Bethléem, par exemple, en 2005 :

1 km² pour 11 000 habitants dont 6 000 enfants. Les classes sont insuffisantes en nombre, on fait deux rotations d’élèves par jour. Pas un terrain de jeu, pas un espace vert… Et, aux dires des habitants, les camps de Cisjordanie et de Gaza sont des « palaces » à côté de ceux du Liban !

L’enseignement des premiers cycles dépend de l’ UNWRA et le niveau d’étude est, en moyenne, très bon mais, une fois les diplômes obtenus, rien : chômage et petits boulots.

La situation des réfugiés dissous dans la population des pays d’accueil est probablement plus enviable et, comme partout, les conditions de vie vont dépendre aussi de facteurs sociaux, familiaux et personnels aboutissant à tous les cas de figures.

Mais, un point commun existe pour tous : c’est la revendication du Droit au Retour.

Et aucune paix viable ne pourra se faire sans que cette question ne soit résolue.

Or, bien entendu, Israël ne veut pas en entendre parler.

Le Droit au Retour des réfugiés palestiniens pose les questions :

     En premier lieu, de la reconnaissance de ce droit,

     Puis, des aménagements que l’on peut trouver, avec l’accord des palestiniens et leur acceptation pleine et entière.

Aucun règlement du conflit israélo palestinien ne pourra se faire sans que soit évacué cet abcès qui dure depuis 60 ans et qui bafoue toute idée de droits humains fondamentaux.

 

CONCLUSION : ISRAËL VEUT-IL LA PAIX ?

 

    En guise de conclusion, évoquons une question soulevée par un militant pacifiste juif israélien, Jeff Halper, coordinateur du « Comité israélien contre la démolition des maisons ». Dans un article intitulé « Le problème avec Israël », il s’interroge : « Israël veut-il la Paix ? ». Extérieurement, oui bien sûr. Il y a un consensus apparent entre une population juive lasse de tous ces drames et des gouvernements attachés, comme il se doit, « au bonheur de leurs concitoyens ». Mais, l’assertion devient plus fragile lorsqu’on analyse les déroulements diplomatiques des 60 ans qui viennent de s’écouler depuis la naissance de l’état d’Israël.  Il démarre fort :

"Le problème au Moyen Orient n’est pas le peuple palestinien, ni le Hamas, ni les Arabes, ni le Hezbollah ou les Iraniens ou le monde musulman dans son ensemble. C’est nous, les israéliens. (…). Le conflit israélo-palestinien, la seule cause majeure d’instabilité, d’extrémisme et de violence dans notre région, est peut-être le conflit le plus simple au monde à résoudre… Depuis presque 20 ans, chaque leader palestinien, …, a présenté à Israël une offre des plus généreuses : un Etat juif sur 78 % d’Israël/Palestine en échange d’un Etat palestinien sur seulement 22 %  - la Cisjordanie, Jérusalem Est et Gaza " - (Compromis historique proposé par le Conseil National Palestinien, Alger, Novembre 1988). Or, Israël continue à affirmer qu’il n’a pas d’interlocuteur et "refuse", écrit Jeff Halper, "de reconnaître l’existence nationale et les droits d’auto détermination du peuple palestinien".

Selon l’auteur, des ouvertures vers la paix n’ont pas manqué depuis 1949 :

Tant de la part des Etats arabes voisins, après la guerre de 1948, que de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) à partir des années 70.

Plus récemment, il évoque :

- En 2002, la Ligue Arabe qui propose la paix en même temps que la reconnaissance et l’intégration régionale d’Israël en réponse à l’abandon de l’occupation : c’est « la Paix contre les Territoires ». Proposition réitérée, quelques années plus tard, sans résultat !

- La Déclaration de Genève, fin 2003, qui ouvrait des voies vers une paix possible.

- Le Document des Prisonniers, qu’Ehud Olmert a déclaré "hors sujet", alors que toutes les factions palestiniennes, y compris le Hamas, s’accordaient sur un programme politique cherchant une solution à deux états.

Mais, pendant ce temps, sur le terrain, l’extension d’Israël se poursuit à bas bruit.

- Occupation des Territoires palestiniens en 1967.

- Colonisation effrénée représentant maintenant l’obstacle le plus sérieux à une résolution du conflit, avec plus de 500.000 colons implantés en Cisjordanie et à Jérusalem Est.

- Contrôle total des territoires palestiniens par des centaines de barrages militaires.

- Construction du Mur, soi-disant barrière de sécurité, mais permettant, en fait, de prendre des terres et de délimiter des cantons dans lesquels se trouvent emprisonnés les Palestiniens.

En ajoutant les annexions en cours de toute la région de Jérusalem-Est et de la Vallée du Jourdain, c’est la moitié de la Cisjordanie qui va être judaïsée à très brève échéance.

En mettant côte à côte les cartes de la Palestine reflétant l’évolution territoriale des 60 dernières années, tout s’éclaircit. :


A l’origine, la Palestine Historique, c’est le territoire de la rive ouest du Jourdain jusqu’à la Méditerranée, limité par Liban et Syrie au nord / Jordanie à l’est / Égypte au sud.

Avant 1947 : Palestiniens 94% / juifs 6% environ

Le Plan de Partage de l’ONU en 1947 :      Palestiniens 43 %    /    Juifs 56 %

Au décours des évènements de 47/48 :     Palestiniens 22 %    /     Israël 78 %

Par la guerre de Juin 67, dite « des 6 jours », les territoires palestiniens sont occupés. Ils disparaissent des cartes publiées par Israël ainsi que des livres de classe des écoliers israéliens.

 

Aujourd’hui : grâce aux colonies et lorsque le Mur et les annexions seront finis, la population palestinienne n’aura plus qu’à se contenter de 4 cantons sans contiguïté, sur 11 %  de ses terres d’origine.

Encerclés de toute part, les Palestiniens sont déjà incapables de bouger sans autorisation et contrôle des autorités israéliennes. La Bande de Gaza, soi-disant évacuée en 2005, connaît aussi cette situation de prison à ciel ouvert, subissant blocus et agressions au gré des dirigeants israéliens.

Ne reste plus qu’à réaliser peut-être ce dont on parle de plus en plus : ressortir un projet des cartons : le transfert des « arabes », "finir ce qui fut commencé en 48", disait Ariel Sharon dans les années 90, "vider la Palestine de tous les arabes", comme le préconisait Yosef Weitz en 1940.

 

Mais la Paix est-elle au bout du chemin dans ces conditions ?

En Israël, les pacifistes sont peu nombreux à lutter pour un dialogue constructif entre les deux peuples, leur coexistence et l’égalité des droits. Et le monde reste silencieux devant cette violation permanente du droit international. Pourtant, selon les règles que ce droit édicte, Israël est occupant, les Palestiniens sont sous occupation. De par ce droit, ils sont autorisés à résister !

Nous avons un rôle à jouer. Celui de faire pression sur nos dirigeants nationaux et européens pour que cesse l’inégalité de traitement de la part des puissances internationales dans la gestion de ce conflit entre l’un des États les mieux armés du monde et un peuple dispersé qui ne fait que revendiquer le droit de vivre sur sa Terre.

 

    Fin du texte de Marie-Jo PARBOT, actualisé en Août 2012.

 

    Le fichier informatique de ce document peut être fourni : impression et diffusion libres, en respectant signature et contenu. Des documents papier, minimum 18, vendus à prix coutant (0,72 € + le port), peuvent être envoyés. Contact : AFPS Ardèche-Drôme, 4 rue Chevalier, 26 100 Romans

mariejoparbot@gmail.com / bernard.gruffaz@free.fr

 

    Ce texte a été rédigé pour une émission radiophonique sur l’Histoire de la Nakba. Écouter : « Entre Méditerranée et Jourdain »,  site de l’AFPS : www.france-palestine.org/article10475.html

 

 

BIBLIOGRAPHIE par Marie-Jo PARBOT

- Sylvain Cypel, Les Emmurés, la Société Israélienne  dans l’impasse,  (La Citadelle)

-   Charles Enderlin, Paix ou guerres 1917 – 1995, (Fayard)

-   Rashid Khalidi, Palestine, Histoire d’un Etat introuvable, (Actes Sud)

-   Ilan Pappe, Une terre pour 2 peuples, (Fayard)

-   Elias Sanbar, Figures du Palestinien, (Gallimard)

          -  Les Palestiniens : Album de photos  (Editions Hazan)

-   Michel Warscharwski, Sur la Frontière, (Hachette)

-   Histoire de l’Autre, Écritures parallèles par des enseignants d’Histoire Palestiniens et Israéliens, (Liana Levi)

- Jeff Halper, Le Problème avec Israël, Article publié par le Comité Israélien contre la démolition de Maisons.

- Palestine et Palestiniens : Guide de Voyage du Groupe de Tourisme Alternatif  (ATG), Beit Sahour  Palestine   

-   Cahiers de Formation de l’AFPS : N° 1 / 4 / 8 / 13 / 14 / 15 , Écrits par Jean Paul Chagnollaud, Henri Laurens, Elias Sanbar, Denis Sieffert et Dominique Vidal.

    lire aussi mon cours : Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale  et la célèbre conférence de presse du général De Gaulle :
Pour les problèmes d'actualité, se reporter au chapitre "Actualités d'ailleurs".
    
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