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Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945)

publié le 12 oct. 2012 à 08:20 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 juil. 2017 à 06:43 ]
   Je publie ce travail important de Marie-Jo PARBOT de l’association France-Palestine Solidarité. Texte et cartes sont de son fait. Je me suis contenté de mettre en forme pédagogique son texte en créant des titres et paragraphes dont j’assume la responsabilité, j’espère que Mme Parbot ne m’en voudra pas, c’est le vieux réflexe d’un enseignant que le virus du métier n’a pas quitté.

    Les notes infrapaginales sont toutes de moi-même, là encore souci d’apporter telle ou telle précision pour le lecteur qui découvrirait ce dossier.

 

SOMMAIRE :

 1. LA PALESTINE AVANT 1914

    A. Rappel : Description Physique de la Palestine

            B. Les Palestiniens à la fin du 19e siècle             

    C. Le Sionisme Politique en Europe

Le sionisme, force politique nouvelle

Vers l’émigration européenne en Asie

       2. LA GUERRE DE 1914 ET SES SUITES

            A. La Déclaration Balfour

    B. L’Après-Première-Guerre-Mondiale            

Création de la S.D.N.

La Palestine mandataire

3. L’ENTRE-DEUX-GUERRES

    A. Les 3 Protagonistes en Palestine

    B. La Révolte Palestinienne de 1936-1939

        4. LE RÔLE DE L’O.N.U.  Histoire de la Palestine contemporaine. (2ème partie : 1945-aujourd'hui).

            A. Le Plan de Partage

            B. Le Conflit Judéo-Palestinien

       5.  LA RÉGIONALISATION DU CONFLIT

            A. La 1e Guerre Israélo-Arabe

            B. La Nakba

            C. Les Réfugiés

    CONCLUSION : ISRAËL VEUT-IL LA PAIX ?

 

LES ORIGINES DU CONFLIT ISRAELO– PALESTINIEN : COMPRENDRE SON ÉPOQUE PAR L’HISTOIRE


    par Marie-Jo PARBOT, Association France Palestine Solidarité (AFPS)


Pourquoi revenir sur l’Histoire ?

    Énoncer les origines du conflit israélo-palestinien, c’est permettre une meilleure compréhension de la situation actuelle et une vision plus équilibrée entre les deux protagonistes.

    Ce conflit, aux conséquences majeures pour les deux peuples concernés, palestinien et israélien, représente aussi une des étincelles importantes pouvant embraser le Proche et le Moyen Orient et donc un facteur non négligeable de déstabilisation mondiale.

    Partant de la fin du 19e siècle, ce texte évoque 50 ans d’Histoire, pour aboutir à ce que les Palestiniens appellent la Nakba, la Catastrophe. La création de l’Etat d’Israël en 1948 correspond, pour ceux-ci, à la perte de 78 % de leur terre d’origine et à l’expulsion de 800.000 d’entre eux, transformés en réfugiés.

1. LA PALESTINE AVANT 1914

    Cette période est caractérisée par la naissance du sionisme et des toutes premières installations juives en Palestine alors possession turque, colonie attardée. (JPR).


    A. Rappel : quelques aspects physiques de la Palestine

    Un tout petit bout de terre : moins de 25 000 km² (= une région française ?) : Nord/Sud : 400 km, Est/Ouest : 120 km à hauteur de Gaza, 60 km au niveau de Haïfa.

A l’ouest, la Méditerranée / Au nord, Liban et Syrie

A l’est : Jordanie / Au sud : Egypte

    Ce petit bout de terre est peuplé depuis des millénaires car il a des atouts naturels certains :

- Zone de communications : en bordure de la Méditerranée et porte ouvrant sur l’Orient (les ports étaient points de départ ou d’arrivée des caravanes d’Asie, JPR).

- La chaîne montagneuse, à l’est[1] : domaine de l’olivier au nord, elle devient aride dans la région de Jérusalem et se termine par le désert du Néguev, au sud.

- La bande côtière est irriguée par une nappe phréatique importante, donc chaleur + eau = tout pousse si on peut creuser des puits et amener l’eau à bon escient.

- Enfin, dépression de la Vallée du Jourdain[2] (zone agricole importante) et de la Mer Morte.

    Le décor physique est planté : Un mouchoir de poche en bord de mer, aux confluences de l’Orient et de l’Occident.


    B. La Palestine à la fin du 19e siècle

    1. La Palestine n’a pas de réalité étatique à la fin du 19e siècle : intégrée à l’Empire Ottoman, c’est une des nombreuses provinces arabes sous domination turque depuis plusieurs siècles.

Sa population est multiculturelle : au recensement de 1850, on compte 85 % de musulmans, 11 % de chrétiens, 4 % de juifs… Car la Palestine est terre sainte pour les trois religions monothéistes dites du « Livre ». Ce sont 300 000 habitants, parmi lesquels 12 à 15 000 juifs et la cohabitation se fait sans gros problèmes. Cependant, en même temps qu’apparaissent les toutes premières colonies juives,  un mouvement national palestinien se constitue. Il est islamo chrétien.

     2. L'Organisation Sociale repose sur la famille élargie.

Le pouvoir local et la représentation au sein de l’Empire Ottoman sont entre les mains de quelques grandes familles depuis des siècles. Grands propriétaires terriens, leur influence est certaine, les rivalités aussi. Leur pouvoir repose beaucoup sur ce qu’on appelle le "clientélisme" : privilèges et facilités accordés à tel groupe, telle famille pour en faire des alliés…

Le reste de la population se compose d’une classe moyenne urbanisée, commerçants, artisans, professions libérales …, d’une couche paysanne importante qui vit des produits d’une terre que, souvent, elle ne possède pas. Il y a enfin les bédouins, éleveurs semi-nomades.

     3. L’influence des institutions religieuses est grande tant chez les musulmans que chez les chrétiens. Par leur impact moral évidemment mais également par leur poids politique et matériel car leur patrimoine foncier est très important.

Il faut signaler enfin la présence non négligeable des Eglises étrangères, notamment à Jérusalem. Elles ont ouvert de nombreux établissements, particulièrement d’enseignement, et jouent ainsi un rôle déterminant dans la formation des élites.


    C. L’émergence du sionisme politique en Europe

   1. le sionisme, force politique nouvelle

    Les communautés juives sont nombreuses en Europe depuis des siècles, ballottées au gré des alternances de calme et de persécutions. Le 19e siècle est marqué par la poussée des nationalismes, dans tous les pays. De nombreux juifs sont favorables à une intégration voire à une assimilation au sein de ces sociétés modernes dans lesquelles ils vivent. Ces aspirations sont favorisées par certaines législations qui créent l’ouverture. Ainsi, en France, les juifs sont citoyens depuis la révolution de 1789[3].

Par ailleurs, les théories socialistes qui se structurent sont internationalistes, ce qui facilite l’intégration des minorités. Et de très nombreux juifs vont participer à la lutte pour la réalisation de ces idéaux.

Mais tous ces mouvements vont se révéler incapables de résoudre « la question juive ». Il n’y a pas de place pour les juifs ! Et l’antisémitisme sévit partout : à l’Est, des pogroms : pillages et massacres se multiplient en Russie, Biélorussie, Pologne, Ukraine… ; en France, c’est l’Affaire Dreyfus (1894/1906) : un officier de l’armée française est accusé d’espionnage. Il est juif. Condamné aux travaux forcés, Alfred Dreyfus apparaît vite comme victime d’une machination. Faut-il revoir son procès mais mettre à jour l’antisémitisme et "salir l’Armée Française" ou privilégier "l’Honneur de la France" aux dépens du droit et de la justice ?

Un journaliste juif hongrois, Théodore Herzl, assiste aux évènements. Il y voit la preuve des persécutions dont son peuple est éternellement victime. En publiant son livre, « L’État des Juifs », en 1896, il se fait le théoricien du Sionisme politique : il faut un Etat dans lequel les juifs seront majoritaires, faute de quoi ils seront toujours persécutés. 

Cette option politique ne fait pas l’unanimité au sein des communautés juives de l’époque. Cependant, le 1e Congrès Mondial Sioniste qui se tient à Bâle en 1897 retient le principe d’œuvrer pour un état juif. Il faut "trouver une Terre sans peuple pour un Peuple sans terre". Amérique du Sud, Ouganda… Finalement, ce sera la Palestine, référence biblique du Judaïsme. Le Sionisme Politique est né : son objectif est d’implanter les juifs en Palestine qui n’est cependant pas une « terre sans peuple » !

 

2. Vers l’émigration européenne en Asie

Pour démarrer l’émigration des juifs vers la Palestine.

Il faut de l’argent : le Fonds National Juif est créé en 1901. Il collecte les sommes nécessaires à l’achat de terres. Les communautés juives sont sollicitées, partout où elles se trouvent.

Il faut convaincre les familles d’émigrer. Elles seront peu nombreuses au début du 20e siècle. Quelques milliers. Elles seront laïcs, souvent socialistes : les kibboutz, ces colonies de peuplement qui apparaissent peu à peu sur le terrain, ont une organisation basée sur le collectivisme des tâches et du mode de vie.

Sur le plan démographique, malgré tout, à l’aube de la guerre de 14, on note déjà une évolution en faveur de la population juive : sur les 700 000 habitants que compte maintenant la Palestine, 8% sont juifs, numériquement quatre fois plus qu’il y a 20 ou 30 ans.

Mais, les dirigeants sionistes ont une certitude : il faut des appuis politiques forts si on veut voir décoller un projet aussi ambitieux. L’entreprise parait irréaliste ! Des représentants sionistes envoyés dans le pays au début du siècle pour étudier la faisabilité d’une implantation de masse dans ce qui est pour eux « Eretz Israël », la Terre d’Israël, envoient un télégramme rédigé ainsi : « La fiancée est belle mais elle est déjà mariée ! ». S’implanter à la place d’un autre peuple suppose des soutiens politiques sérieux et efficaces.

(La guerre de 1914-1918 va ouvrir ces perspectives JPR).


2. LA GUERRE DE 1914 ET SES SUITES

 

Le Proche-Orient est un front de la 1ère guerre mondiale (voir les cartes dans le commentaire sur Lawrence d’Arabie). La déclaration Balfour a une importance grandissime et pose carrément le problème israélo-palestinien d’aujourd’hui. JPR.

 

A. La déclaration Balfour 

    (NB. sur cette question voir aussi mon cours : Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale JPR).

Les Grandes Puissances de l’époque : Il s’agit de la France et de la Grande Bretagne. Éternelles rivales, elles ont les deux grands empires coloniaux du moment.

    Le Proche et le Moyen Orient les intéressent car ce sont des voies de communication vers les Indes et l’Extrême Orient, par voie de terre mais aussi par voie maritime grâce au tout proche Canal de Suez, accès essentiels pour les colonies lointaines de ces 2 pays. Pétrole et Gaz sont maintenant connus, convoités, exploités et le Moyen Orient en regorge.

    Les Accords Sykes-Picot [4], signés en 1916 entre la France et la Grande Bretagne, concrétisent les appétits des deux partenaires. La guerre de 1914 est en cours, l’Empire Ottoman est l’allié de l’Allemagne. Prévoyant un effondrement des Turcs en cas de victoire des alliés occidentaux, la France et la Grande Bretagne s’entendent pour se partager les provinces arabes qui s’en trouveraient libérées.

    La Grande Bretagne jette son dévolu sur la Palestine : Son électorat juif n’est pas négligeable et le groupe de pression sioniste qui agit sur le gouvernement britannique compte, parmi ses membres, un personnage influent : Walter de Rothschild. La revendication que font les sionistes d’implanter un « foyer national juif » en Palestine retient donc toute l’attention de la Grande Bretagne, ce d’autant que ce pays, comme la France d’ailleurs, ne veut surtout pas qu’émerge, de l’éclatement de l’empire ottoman, un grand Etat arabe unifié. C’est pourtant bien cela  qui a été promis aux dirigeants arabes dont les troupes luttent aux côtés des britanniques pendant la Grande Guerre.

    Le 2 novembre 1917, c’est la Déclaration Balfour, nommée ainsi du nom du ministre britannique des affaires étrangères qui écrit à Lord Rothschild : "Le gouvernement de sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif". Étape politique fondamentale pour le devenir du projet sioniste. Cette déclaration va peser de tout son poids sur les décennies futures et va trouver une concrétisation dés la fin des hostilités de la 1e guerre mondiale.

 

B. L’après-première-guerre-mondiale

    La Déclaration Balfour  représente un succès énorme pour les sionistes qui ont réussi, en moins de 20 ans, à, non seulement exister sur le plan international, mais encore à remporter le soutien d’une des deux plus grandes puissances mondiales de l’époque.

 

1. Création de la S.D.N.

    La guerre de 14-18 se termine par la défaite allemande et de son allié, l’empire ottoman. Celui-ci, déjà effrité par les assauts des puissances européennes au 19e siècle (la France dans le Maghreb, l’Italie en Libye, la Grande Bretagne en Egypte), ne résiste pas plus longtemps. Toutes les provinces arabes de l’Empire, c'est-à-dire ce que l’on nomme le Croissant Fertile, depuis le sud de l’Irak actuel jusqu’à la Palestine, se trouvent libérées de la domination turque.

La période des conférences de la paix et des traités commence : Paris, San Remo, Versailles, Sèvres,…  autant de lieux de signature d’accords entre vainqueurs qui se partagent le butin !

    La Société des Nations vient tout juste d’être créée et va être la puissance tutélaire présidant à la distribution de « mandats » sur toutes ces régions du Proche et du Moyen Orient dont l’intérêt politique et économique n’a échappé à personne. La France et la Grande Bretagne obtiennent tous les pouvoirs sur ces territoires et on s’aperçoit, en analysant la distribution des responsabilités, que les accords de Sykes-Picot, signés entre ces 2 pays en 1916, sont suivis presque à la lettre. Bien que les représentants des différentes populations directement concernées, arabes, arméniennes, kurdes, sionistes… aient été auditionnés par les commissions préparant les futures décisions, ce sont les intérêts de la France et de la Grande Bretagne qui vont l’emporter. Des états sont créés pour les seuls besoins des pays colonisateurs. Des politiciens dessinent artificiellement des frontières sans tenir le moindre compte des réalités ethniques et culturelles des régions sur lesquelles ils prennent le pouvoir. Ils préparent ainsi les conflits dramatiques et récurrents des décennies suivantes.

    Les puissances mandataires sur ces territoires arabes anciennement ottomans sont la France pour le Liban et  la Syrie, la Grande Bretagne pour l’Irak, la Transjordanie et la Palestine.

 

2. La Palestine mandataire : quelles responsabilités sous-tend ce terme de mandat ?

    Le Traité de Sèvres[5], en 1922, officialise tout ce qui suit et qui marque le démarrage de ce qui va s’appeler la période de la Palestine mandataire.  Que doit faire la puissance mandataire à qui on accorde les pleins pouvoirs de législation, d’administration et de police ? Il va y avoir deux cas de figures :

- Pour tous les territoires excepté la Palestine : il s’agit d’amener, de façon progressive, le pays sous mandat à l’indépendance politique, administrative et économique. Et c’est ce qui sera fait plus ou moins rapidement, entre les années 20 et 40.

- Par contre, pour la Palestine, les termes du mandat donné aux britanniques diffèrent en tout point car la déclaration Balfour est reprise à la lettre : Art. 2 : "…instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif,..., ". Avec cependant des précautions oratoires qui précisent qu’il faut sauvegarder les "droits civils et religieux de tous les habitants de la Palestine, à quelque race ou religion qu’ils appartiennent". Les juifs sont les seuls à être nommés. Le mot « palestiniens » n’est pas même mentionné et pour eux, il ne s’agit que de droits civils et religieux, il n’est pas question de droits politiques.

    L’avenir d’écrasement progressif de la population autochtone palestinienne s’inscrit déjà dans les lignes du mandat accordé à la Grande Bretagne pour la Palestine.

 

    La machine est en marche pour l’implantation inexorable d’une population venue d’ailleurs au détriment de la population d’origine. Un processus qui aura son paroxysme lors des conflits entre 1947 et 49 et auquel nous continuons d’assister de nos jours.

 

3. L’ENTRE-DEUX-GUERRES

 

    Période marquée par l’activisme de l’Agence juive, la multiplication de la présence juive ce qui provoque le soulèvement palestinien de la fin des années trente. Les Anglais sont toujours la puissance coloniale présente. JPR.

 

A. Les trois protagonistes en Palestine

    1)       L’occupant, la Grande Bretagne.

    Son intérêt à la création d’une "structure" juive en Palestine est manifeste et sa volonté d’y parvenir a été clamée haut et fort lors de la Déclaration Balfour de 1917. Sa culture est européenne comme l’est celle des juifs qui arrivent d’Europe, fuyant l’antisémitisme qui ne fait que monter dans leurs pays d’origine.

    Il est des fonctionnaires britanniques qui sont d’origine juive. Ils ne sont pas obligatoirement sionistes mais certains, parfois très haut placés, le seront, ce qui bien entendu représente un avantage évident pour les tractations futures entre les administrateurs du pays et les représentations juives.

    A contrario, le refus de collaboration, voire l’ostracisme, de la part des Britanniques à l’égard des populations palestiniennes va vite apparaître évident.

2)       Les immigrants juifs.

    En 1925, le foyer juif de Palestine, le Yishouv,  représente 17 % de la population totale du pays.

    Des dirigeants déterminés et compétents ont défini un objectif précis : s’implanter dans le pays afin d’aboutir à la création d’un Etat juif comportant le moins « d’arabes » possibles. Des terres continuent à être achetées grâce aux sommes collectées par le Fonds National Juif. La répartition des colonies de peuplement qui se construisent peu à peu répond à une stratégie réfléchie : trois kibboutz délimitent un territoire. Quand viendra le moment de passer à l’action violente d’expulsion des autochtones, ce bout de terre ainsi circonscrit sera plus facilement contrôlable et sa population mieux maîtrisée.

    Les zones d’implantation sont également bien étudiées et sont choisies en fonction de leur situation géographique, là aussi, pour "plus tard".

    Des milices sont constituées, armées, entraînées pour assurer la protection des colonies. Elles participeront activement aux évènements qui marqueront la fin du Mandat.

3)       Les Palestiniens.

    Les notables qui constituent la structure dirigeante de la société s’opposent souvent les uns aux autres. Le principe du "diviser pour régner" ayant de tout temps été pratiqué par les pouvoirs en place, il est certain que les Britanniques ne vont qu’aggraver un état de fait déjà précaire. Les dirigeants palestiniens auront parfois à choisir entre s’opposer à l’occupant ou préserver leurs positions privilégiées. Leurs choix n’iront pas toujours dans le sens de l’intérêt de leur communauté.

    Par ailleurs, les tentatives palestiniennes d’organiser des structures parallèles qui auraient pu compenser l’absence d’accès à la gestion de leur propre pays seront toujours contrecarrées par la puissance mandataire.

    Tous les gouvernements britanniques posèrent le même préalable aux populations arabes : "Reconnaissez d’abord l’objectif du mandat, c'est-à-dire le principe de l’implantation d’un foyer juif en Palestine, sinon aucune revendication ne peut être acceptée". Et tel fut le cas. Les dés sont donc pipés dés le départ. La Palestine est occupée,

    L’immigration juive est régulière et s’amplifie au fil des années. Un régime déséquilibré est mis en place par l’occupant : ne concédant rien aux palestiniens, il accepte, au contraire, que la communauté juive de Palestine mette sur pied, petit à petit, grâce à l’Agence Juive qui la représente, des structures sociales qui auront le temps de se consolider et de s’aguerrir et qui serviront de base aux services étatiques dont aura besoin l’état d’Israël, dés ses premières heures d’existence.

    Sur le terrain, les troubles éclatent avant même le début du mandat.

    La population palestinienne subit très tôt les conséquences de l’opération sioniste. Les terres vendues le sont vides de populations et les paysans sans terre qui les exploitaient depuis des générations doivent partir. S’agglutinant autour des grandes villes, ils constituent peu à peu un prolétariat, subissant chômage et précarité.

    Par ailleurs, la concurrence entre les productions arabes et juives aggrave les difficultés économiques et sociales de la société palestinienne. Les techniques modernes, apportées par les immigrants juifs qui viennent d’Europe, jouent en défaveur de l’agriculture traditionnelle des Palestiniens, moins compétitive.

    Dés 1920, des heurts intercommunautaires font des morts de chaque côté. L’armée britannique qui occupe militairement la Palestine depuis 1917 réprime violemment l’insurrection.

 

B. La révolte palestinienne

    Le mouvement sioniste poursuit l’achat de terres et l’immigration prend de l’ampleur si bien que les troubles ne font que s’amplifier au fil des années 20 et 30.

    La progression des pourcentages de juifs dans la population de Palestine est significative :

Date

% juifs

Fin XIX°

4

1914

8

1925

17

1936

29

    1929 est marquée par de nouveaux affrontements à Jérusalem et à Hébron. Une fois encore : morts et blessés palestiniens et juifs, répression britannique. Mais le pire reste à venir.

    En Europe, Hitler arrive au pouvoir et cela transparaît dans les chiffres de l’immigration juive vers la Palestine : Entre 1924 et 1930 : 82 000 immigrants ; Entre 1932 et 1938 : 217 000, venant essentiellement de Pologne et d’Allemagne. Beaucoup de ces immigrants sont diplômés et ont des compétences techniques et intellectuelles élevées, ce qui représente un potentiel de développement économique énorme pour la communauté juive du pays.

1936/ 1939 : C’est la révolte palestinienne.

    La mort d’un militant palestinien, Azzedine al Qassam, met le feu aux poudres.

    Tout commence par une grève générale de six mois. Mouvement populaire de masse non violent, il s’exprime par des débrayages et le boycott des secteurs de l’économie contrôlés par les Britanniques et la communauté juive.

Mais, vient ensuite une révolte armée très dure qui se généralise à tout le pays.  Elle cible tant l’occupant que les juifs. Certaines régions sont momentanément entre les mains des insurgés palestiniens et les forces britanniques doivent quitter la Vieille Ville de Jérusalem, Jaffa, Jéricho, Acre, Beersheva !

La répression est féroce. Tout est utilisé : emprisonnements, exécutions sommaires, assassinats ciblés, détentions administratives, exils, couvre-feu, destructions de maisons voire d’un quartier entier de Jaffa, récoltes détruites dans les campagnes… Cette période, qui se termine par un écrasement de la résistance palestinienne, est lourde de conséquences. Pour les Palestiniens, en tout premier lieu : ils ont perdu la majeure partie de leurs résistants et de leurs dirigeants nationaux. L’échec de cette fin de décennie aura des répercussions, 10 ans plus tard, lors de la constitution de la Nakba.

Conséquences aussi pour l’immigration juive qui marque un temps d’arrêt provisoire ; conséquences enfin sur la politique de la Grande Bretagne : la commission « Peel », créée pour réfléchir aux solutions possibles en Palestine, propose le partage du territoire entre les deux communautés ennemies. Nous sommes en 1937, c’est la première publication d’un plan de partage. Les Palestiniens rejettent en bloc un tel projet qui signe la spoliation pure et simple de terres qui sont les leurs. La communauté juive n’accepte pas le détail du partage et fait une contre-proposition à son avantage mais, cependant, voit l’idée comme allant dans le bon sens pour aboutir à l’objectif sioniste de base : la création d’un Etat juif.

    Devant la gravité des troubles qui se poursuivent, le gouvernement britannique comprend qu’il doit lâcher du lest au bénéfice de la population palestinienne. Et c’est la publication du "Livre Blanc" de 1939 : Promesses de limiter le nombre annuel d’immigrants juifs, de contrôler l’achat des terres, d’aller, dans les dix ans à venir, vers un État indépendant dont la nature et la constitution seront à définir avec la population palestinienne, la communauté juive de Palestine et les pays arabes voisins.

    Depuis le début du mandat, c’est la première fois que la population palestinienne se trouve mentionnée dans une perspective d’avenir. Trop tard ! La 2e guerre mondiale approche et la persécution nazie des juifs, en Europe, a déjà commencé.

Elle s’invite dans cette Histoire qui était déjà bien compliquée.

 

(à suivre)Histoire de la Palestine contemporaine. (2ème partie : 1945-aujourd'hui).




[1] Cette chaîne côtière est un château d’eau. Elle reçoit énormément de précipitations (plateau du Golan) et l’eau est dispersée par de nombreux cours d’eau -dont le Jourdain-. C’est cette eau qui alimente la nappe phréatique de la Cisjordanie palestinienne. JPR

[2] Le Jourdain nait dans les montagnes libanaises, sur le flanc occidental du mont Hermon (mot qui signifie « mont enneigé ») montagne de l'Anti-Liban, culminant à 2.814 mètres d'altitude. Il traverse les lacs Houlé et de Tibériade puis se jette dans la mer Morte. C'est le seul cours d'eau notable de cette région. Le Jourdain mesure 360 km de long. Le mont Hermon est à la frontière entre la Syrie et le Liban et il est, avec les faces ouest et sud de la montagne, sous occupation israélienne depuis sa conquête en 1967. Selon la version israélienne des évènements, cet objectif ne fut fixé qu'à la fin du conflit afin de mettre un terme aux salves de roquettes lancées régulièrement depuis la Syrie ; alors qu'il est largement admis que l'occupation israélienne de cette montagne a pour but d'assurer le contrôle de ce lieu stratégique qui est aussi très riche en sources d'eau potable. Source : Wikipaedia. Note de JPR.

[3] Lire le discours de Robespierre sur les juifs prononcé le 23 décembre 1789 (JPR)

[4]Du nom des deux négociateurs anglais et français qui mirent au point ces accords SECRETS. JPR.

[5]Ce traité est signé entre les vainqueurs et la Turquie vaincue. A Trianon, est signé le traité avec la Hongrie, à Versailles le traité avec l’Allemagne… etc. Le traité de Sèvres provoque une révolte nationaliste en Turquie (Kemal Atatürk) au point que de nouvelles négociations auront lieu et seront conclues à Lausanne (traité de 1923). JPR.

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