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Proche-Orient

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    Publié à 23 mars 2017 à 09:21 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le drame arménien de 1915, avant et après… REPÈRES CHRONOLOGIQUES  1894-1896 : Massacres hamidiens [1]. 3 novembre 1896 : Jean Jaurès dénonce 
les massacres d’Arménie à la Chambre des députés. Avril 1909 : Massacres d’Adana [2]. 1915-1916 ...
    Publié à 8 août 2016 à 00:39 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 6 nov. 2012 à 08:29 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA PAIX AU RABAIS : comment l'Union Européenne renforce les colonies Israéliennes Vous trouverez l'intégralité du rapport à l'adresse suivante:http://www.fidh.org/IMG/pdf/la_paix_au_rabais_rapport_sur_les_produits_des_colonies_octobre_2012.pdf                                                    TABLE ...
    Publié à 6 nov. 2012 à 09:52 par Jean-Pierre Rissoan
  • Histoire de la Palestine contemporaine. (2ème partie : 1945-aujourd'hui).     Voici la seconde partie du texte de Mme Marie-Jo PARBOT de l'Association France-Palestine solidarité.     lien pour la première partie :  Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant ...
    Publié à 19 nov. 2015 à 09:49 par Jean-Pierre Rissoan
  • Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945)    Je publie ce travail important de Marie-Jo PARBOT de l’association France-Palestine Solidarité. Texte et cartes sont de son fait. Je me suis contenté de mettre en ...
    Publié à 7 juil. 2017 à 06:43 par Jean-Pierre Rissoan
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26 juillet 1956, nationalisation du canal de Suez par Nasser

publié le 6 août 2016 à 01:48 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 mars 2017 à 09:21 ]

mise en perspective :   https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/le-coin-du-bachotage/les-relations-internationales/la-stabilisation-1954-1955-1962
 
 Le 26 juillet 1956, devant une foule d’Égyptiens réunis à Alexandrie pour fêter le quatrième anniversaire de l’abdication du roi Farouk, Nasser prononce un discours retentissant, qui affirme la pleine indépendance de L’Égypte par rapport aux puissances occidentales : il annonce la nationalisation du canal de Suez. Après l’indépendance politique, obtenue en deux temps, en 1922 puis en 1936, c’est l’indépendance économique qu’il proclame ainsi.





Chloé Maurel,
Historienne,
Mardi, 2 Août, 2016,

Humanite.fr


























    Le canal de Suez, long de près de 200 km, relie la ville portuaire de Port-Saïd, sur la mer Méditerranée, à la ville de Suez sur la mer Rouge, permettant donc un trafic de bateaux entre ces deux mers. Il est d’une importante stratégique et économique majeure pour le pays, et même pour le commerce mondial. Percé au milieu du XIXe siècle sous l’impulsion du Français Ferdinand de Lesseps, il permet aux navires d’aller d’Europe en Asie sans avoir à contourner l’Afrique. Le trafic sur le canal génère beaucoup de recettes. Or, depuis 1882, ces recettes étaient confisquées en grande partie par les Britanniques qui avaient pris le contrôle de l’Égypte.
    Le colonel Nasser, qui, à la tête du mouvement des officiers libres, a renversé le roi Farouk en 1952 et dirige désormais l’Égypte, entend positionner son pays comme un des leaders du « f », ce mouvement qui rassemble des pays qui, à l’instar de l’Inde ou de la Yougoslavie, se veulent indépendants des deux blocs, en cette période de guerre froide. Nasser avait d’ailleurs participé l’année précédente en 1955 à la conférence de Bandoeng réunissant 29 pays afro-asiatiques. Et, le 19 juillet 1956, quelques jours avant la nationalisation du canal de Suez, il a rencontré à Brioni en Yougoslavie Nehru et Tito pour consolider cette politique du non-alignement. 
Nasser veut aussi, pour stimuler la transformation économique et agricole de son pays, faire construire un haut-barrage à Assouan. Ce barrage permettrait de réguler les crues, de constituer un réservoir d'eau pour l'agriculture, de produire de l'électricité pour le pays, et d’améliorer la navigation sur le fleuve.
    Les États-Unis ayant refusé de financer la construction du barrage d’Assouan, car le puissant lobby américain du coton craint la concurrence du coton égyptien irrigué, le leader égyptien décide alors de nationaliser le canal de Suez, ce qui permettra de financer la construction du barrage. 
    Son discours est éloquent : «  Nous luttons et nous sentons que nous triompherons toujours pour consolider nos principes de dignité, de liberté et de grandeur, pour l'établissement d'un État indépendant d'une indépendance véritable, d'une indépendance politique et économique. » En effet, pour Nasser, l’indépendance politique n’est rien sans l’indépendance économique. L’Égypte ne pourrait pas être pleinement indépendante si elle continuait à rester sous la dépendance économique de la France et du Royaume-Uni. 
En outre, Nasser est un des pères du panarabisme, cette idéologie qui vise à renforcer le peuple arabe et à l’unir. Son discours illustre cette volonté : « Depuis que l’Égypte a proclamé sa politique libre et indépendante, le monde tout entier a les yeux braqués sur l’Égypte. Tout le monde tient compte de l’Égypte et des Arabes. (…) La voix de l’Égypte est devenue plus forte dans le domaine international et la valeur des Arabes est devenue plus grande. » C’est ce panarabisme qui l’incite à unir son pays avec la Syrie, ce qu’il annonce également dans son discours : « Aujourd'hui, je proclame que vos frères en Syrie ont annoncé leur union avec vous, d'une union digne pour la consolidation des principes de dignité et d'amour-propre et les bases du nationalisme arabe. (...) Et moi, aujourd'hui, je dis à vos frères de Syrie, soyez les bienvenus; nous sommes une partie de la nation arabe. Nous irons de l'avant, unis, formant un seul bloc, un seul cœur ». Cette union, qui sera effective en 1958, ne sera cependant pas un succès et s’arrêtera dès 1961.
Face à la nationalisation du canal de Suez, les représailles ne tardent pas : les Britanniques et les Français, principaux actionnaires du canal, protestent et gèlent les avoirs égyptiens, et suppriment leur aide alimentaire. Quelques mois plus tard, en octobre 1956, la France et le Royaume-Uni lanceront même l’ « expédition de Suez » contre l’Égypte, qui finira par échouer, car l’ONU ainsi que les deux Grands (États-Unis et URSS) décideront de ne pas cautionner cette agression franco-britannique. De sorte que le corps expéditionnaire franco-anglais devra se retirer d’Égypte. C'est l'ONU qui prendra en charge la remise en état du canal qui sera rouvert à la navigation en avril 1957. 
    La nationalisation du canal de Suez par Nasser reste un grand moment de l’affirmation du tiers monde, du non-alignement, et de la volonté de réappropriation par les peuples des richesses de leurs pays. A l’heure où, aujourd’hui, la tendance est aux privatisations effrénées, cet exemple de nationalisation apparaît comme un modèle.  
 
 
Nasser, un leader non-aligné pragmatique
Nasser, qui entend rester indépendant de l’URSS comme des États-Unis, est aussi un pragmatique qui veut armer son pays pour lui donner les moyens de ses ambitions. Ayant demandé en vain au Royaume-Uni de lui vendre des armes, il se tourne alors vers l’URSS et accepte d’acheter des armes soviétiques. Il s’en explique dans son discours : « Nous avons demandé des armes à la Grande-Bretagne. On nous a répondu : Nous vous donnons des armes à deux conditions. D'abord que Gamal Abdel Nasser qui va à Bandoeng n’ouvre pas la bouche et la seconde condition est de cesser nos attaques à l'encontre de la politique des alliances et des pactes. Nous avons répondu que nous voulions des armes pour consolider notre souveraineté et notre indépendance et notre entité et non pour nous plier à certaines conditions. Nous avons pris les armes en Russie. (…) Après cela, quelle histoire ! On a dit : Ce sont des armes communistes. Je me demande : Y a-t-il des armes communistes, et des armes non communistes ? Les armes, dès qu'elles arrivent en Égypte, elles s'appellent des armes égyptiennes. »

Le drame arménien de 1915, avant et après…

publié le 28 avr. 2015 à 08:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 8 août 2016 à 00:39 ]

REPÈRES CHRONOLOGIQUES 

1894-1896 : Massacres hamidiens [1].

3 novembre 1896 : Jean Jaurès dénonce les massacres d’Arménie à la Chambre des députés.

Avril 1909 : Massacres d’Adana [2].

1915-1916 : Génocide des Arméniens.

Janvier-Février 1920 : Massacre de Marash [3].

10 août 1920 : Traité de Sèvres reconnaissant la République d’Arménie

24 juillet 1923 :  Le Traité de Lausanne remet en cause le traité de Sèvres et l'annule.

 

    Voici un article, parmi de nombreux autres, consacré au génocide arménien. Celui-ci a ceci de particulier qu’il fait une analyse matérialiste du drame. Sans mésestimer la dimension humanitaire, disons tout simplement humaine, Jérôme Skalski montre comment les Jeunes Turcs, nationalistes à tout crin, ont voulu asseoir leur domination et bâtir leur nouveau pays. Les Arméniens par la force des choses et du fait de la place qui leur était faite sous l’empire ottoman, ont trusté les professions d’intelligence, à savoir les professions libérales, ainsi que tout ce qui touchait au commerce et au négoce. Les Turcs ottomans occupaient les fonctions plus parasitaires du commandement : fonctions politiques, administratives, militaires. En éliminant les Arméniens, les Turcs faisaient main basse sur leur Capital et maîtrisaient, de ce fait, l’économie du pays. Naissance d’une nation, donc, mais à quel prix !

    Les mots soulignés en gras ainsi que les références aux articles Wikipaedia sont de moi-même.

    J.-P. R.  

 

    Le 24 avril 1915 marque le déclenchement du génocide des Arméniens de Turquie. Un événement sanglant qui préfigura par sa planification, ses méthodes et sa brutalité le génocide des Roms et des juifs d’Europe par l’Allemagne nazie.


 

CENTENAIRE DU GÉNOCIDE DES ARMÉNIENS DE TURQUIE

 

par Jérôme SKALSKI

 

    "Nous étions en paix comme nos montagnes, vous êtes venus comme des vents fous", écrivait le poète arménien Hovhannès Chiraz. Sur ordre du gouvernement du Comité union et progrès, dit jeunes-turcs, à la tête de l’Empire ottoman depuis 1908, c’est le 24 avril 1915 qu’est déclenché le processus d’extermination systématique des Arméniens de Turquie. À cette date, deux millions d’Arméniens résident dans l’espace turc. Les deux tiers d’entre eux sont paysans et vivent sur les territoires de l’Anatolie et de l’Arménie occidentale, le tiers restant à Constantinople, la future Istanbul. En tant que minorité chrétienne, cette population est spécialisée dans les tâches productives et le commerce dans le cadre de la division du travail propre à la société ottomane d’ancien régime réservant les champs politiques, administratifs et militaires aux groupes musulmans turcs dominants.

 

    DES CENTAINES DE MILITANTS POLITIQUES, DES JOURNALISTES, DES MÉDECINS SONT DÉPORTÉS

    Avec l’entrée de l’Empire ottoman dans l’espace capitaliste, un renversement s’opère qui confère aux populations chrétiennes de statut subalterne une puissance économique grandissante que cherchent à contrecarrer le pouvoir et les classes dominantes de l’Empire ottoman. Dès la deuxième partie du XIX° siècle, la pression fiscale vise les groupes ruraux grecs et arméniens victimes d’actes répétés de violence et de spoliation.

    Précédés par les massacres d’Adana (1909) perpétrés sur ordre du gouvernement des jeunes-turcs ainsi que par des déportations, des enlèvements en masse, des conversions forcées et des massacres ponctuels sous le règne du sultan Abdul Hamid II entre 1894 et 1896, les massacres des années 1915 et 1916 auxquels succéderont ceux des années 1920 et 1923 sous le gouvernement du fondateur de la république de Turquie, Mustapha Kemal, furent non seulement un génocide qui coûtera la vie à un million cinq cent mille Arméniens et videra l’Anatolie et l’Arménie occidentale de ses populations arméniennes mais un moment clé dans l’histoire de l’"accumulation primitive" du capital turc.

    À cette occasion des milliers d’hectares de terres agricoles, des capitaux ainsi que de nombreux biens sont appropriés par les secteurs dominants de la société turque. Cinq millions de livres-or seront déposés en 1916 par le gouvernement des Jeunes-Turcs à la Reichsbank de Berlin (allié militaire, JPR). On estime la valeur des biens spoliés aux Arméniens de Turquie à plus de 100 milliards de dollars courants sur la période 1915-1923. À rattacher à ce processus, le massacre des Assyriens de Turquie ainsi que les massacres et l’expulsion des Grecs de Turquie -en 1923, un million et demi de Grecs d’Anatolie et de Thrace orientale auront été chassés du territoire turc-.

  

 Le processus est planifié au début de l’année 1915. Le 24 avril, ce sont les élites culturelles, sociales et économiques arméniennes d’Istanbul qui sont visées. Des centaines de militants politiques, des journalistes, des médecins, des avocats, des ecclésiastiques ou des entrepreneurs arméniens sont raflés et déportés. Ils seront assassinés quelques semaines plus tard. Les différentes phases du plan d’élimination de la population arménienne s’enchaînent. Certains massacres sont effectués sur place, à la sortie des villages ou des villes. D’autres, à la faveur de longues marches de la mort ( Raymonde Tillon, une vie communiste au XX° siècle ) dans les déserts ou sur les sentiers de montagne. D’autres encore s’ensuivent au cours et au terme de transferts de convois par voie ferroviaire. Privés d’eau et de nourriture, les déportés arméniens, hommes, femmes, enfants, subissent humiliations, assassinats et viols. Les survivants sont parqués dans des camps de concentration dans le désert avant de mourir d’inanition ou encore d’être exterminés.

 <= ci-contre : Constantinople, 24 avril 2015. (photo HD)

   




ILS SONT ENVIRON 350.000 A AVOIR PU FUIR EN ARMÉNIE RUSSE, EN PERSE, EN SYRIE

    À la fin de 1916, les deux tiers des Arméniens de Turquie sont morts. Tous les Arméniens des provinces orientales ont disparu du territoire qui était le cœur de l’Arménie historique. Seuls survivent quelques milliers d’Arméniens réfugiés à Constantinople. Ils sont environ 350.000 à avoir pu fuir en Arménie russe, en Perse, en Syrie, ou à se cacher dans les montagnes. Dans ses Mémoires, l’ambassadeur des États-Unis à Constantinople Henry Morgenthau Senior écrit : "La mort dans toutes ses formes – massacres, famines, épuisement – détruisit la grande partie des réfugiés. La politique turque était l’extermination sous couvert de déportation".

    À la suite de la défaite militaire de la Turquie alliée de l’Allemagne, des procès visant les principaux responsables du génocide des Arméniens sont organisés en 1919. Condamnés à mort par contumace, la plupart d’entre eux ont pris la fuite en 1918 après avoir détruit les documents compromettant les autorités et l’armée turque.

  

 Parmi les derniers actes du processus génocidaire des Arméniens de Turquie, le massacre de 30.000 Arméniens réfugiés en Syrie le 11 février 1920 (massacre dit de Marash) par les troupes de Mustapha Kemal à la suite de l’évacuation de la Cilicie par les troupes françaises mandataires de la Syrie après la Grande Guerre.

 http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Marash#/media/File:Osmanu-vilajeti-haleba.svg

 carte (d'avant 1912)  permettant la localisation de la Cilicie et de Marash.


    Texte de la photo : "les Arméniens ont été tués comme des moutons. Nous avons été persécutés de diverses manières" rappelait un survivant. "Les Turcs nous traitaient de traîtres, d'infidèles. Qu'avions-nous fait ? Quelles fautes avions-nous commises ?"



BIBLIOGRAPHIE

- Comprendre le génocide des Arméniens : 1915 à nos jours, d’Hamit Bozarslan, Vincent Duclert, et Raymond Haroutiun Kévorkian. Éditions Tallandier, 2015.

- La France face au génocide des Arméniens du milieu du XIXe siècle à nos jours : une nation impériale et le devoir d’humanité, de Vincent Duclert. Éditions Fayard, 2015.

- Détruire les Arméniens : histoire d’un génocide, de Mikaël Nichanian. PUF, 2014.

- Mémorial du génocide des Arméniens, de Raymond H. Kévorkian et Yves Ternon. Éditions du Seuil, 2014.

- 1915, le génocide des Arméniens, d’Yves Ternon et Gérard Chaliand. Éditions Complexe, 2006.

- 100 réponses sur le génocide des Arméniens, de Claire Mouradian et Anne Dastakian. Éditions Tournon, 2005.

- Le Cri du silence : traces d’une mémoire arménienne, d’Antoine Agoudjian et Simon Abkarian. Actes Sud, 2015. 

 

    L’Humanité du vendredi 24 avril 2015 (et aussi L'Humanité-Dimanche HD du 15 au 22 avril 2015)



[3] http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Marash (article en anglais) à ne pas confondre avec le massacre de 1978 (article en français)

Mustapha Kemal et la Turquie laïque

publié le 10 juin 2013 à 01:25 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 10 juin 2013 à 01:49 ]

    En ce moment où se déroulent des choses intéressantes en Turquie - avec des Musulmans qui lancent des slogans anticapitalistes ! - je publie ce document que j’avais exploité avec mes lycéens. Il est daté : 1998. Mais il s’agit de lire quels sont les apports de Mustapha Kemal, c’est un point d’histoire et une biographie courte sur le personnage central de la Turquie du XX° siècle. Dans l’Humanité-dimanche de ce 9 juin[1], un révolutionnaire tunisien dit ceci quant aux évènements turcs : "l’élément qui nous rassemble est la bataille de la république laïque". Fin de citation.

    Les Turcs braderont-ils l’héritage de Mustapha Kemal ?

    C’est à suivre, c’est le moins que l’on puise écrire.

    J.-P. R.

 

 

Atatürk: le loup gris d'Angora

 

par Françoise GERMAIN-ROBIN

journaliste, orientaliste.

        MUSTAPHA KEMAL est un personnage fascinant. A preuve, le culte que l'on continue de lui vouer soixante ans après sa mort, en 1938. Né en 1881 à Salonique, en Macédoine, il a eu une formation totalement militaire et sort capitaine de l'Académie de guerre en 1905. Il consacrera à la guerre une bonne part de sa vie, participant pendant la Première Guerre mondiale à plusieurs campagnes : Gallipoli, Caucase, Dardanelles, Palestine, Arménie, dont la population est massivement déportée et victime d'un génocide en 1915. Il termine la guerre en général... démissionnaire. Refusant la reddition du sultan Mehmet VI, il organise la résistance à l'occupation alliée. Il réussira en moins de quatre ans, en mobilisant le peuple et en galvanisant les énergies, à reconquérir le pays[2]. Nationaliste farouche, Mustapha Kemal a une vision révolutionnaire de l'avenir. Au point que sa devise eût pu être: du passé faisons table rase. Son premier acte, se débarrasser de "la monarchie et de l'islam aux mains moites qui infusent le danger mortel de l'apathie, de l'ignorance et de la corruption". Bien qu'entièrement tourné vers l'Europe et son modernisme, il transfère la capitale d'Istanbul à Ankara, ce qui lui vaut le surnom de "loup gris d'Angora". Il impose la mode occidentale, interdisant le port du voile pour les femmes et du fez pour les hommes, impose l'alphabet latin et le calendrier chrétien. Des réformes qui heurtent une partie de la population. Elle sera réprimée sans faiblesse. Car Atatürk est un père sévère qui n'a jamais hésité à utiliser la manière forte, voire à se débarrasser de ses anciens amis et compagnons d'armes pour arriver à ses fins. Au plan extérieur, tout en embrassant l'occident, il opère un spectaculaire renversement d'alliance en se rapprochant de la Russie, ennemi héréditaire de l'empire ottoman.

Bilan à la veille du XXI° siècle

    La prééminence des militaires empêche une évolution démocratique décisive du régime laïc et musclé fondé par Mustapha Kemal sur les cendres de l'empire ottoman. La République turque fête aujourd'hui ses soixante-quinze ans (article écrit en octobre 1998). C'est le 29 octobre 1923 que Mustapha Kemal, qui prendra quelques années plus tard le surnom d'Atatürk - le père des Turcs- est élu à l'unanimité président de la République par la deuxième Grande Assemblée nationale. Une Assemblée toute neuve (élue en août) où le nouveau président ne risque pas de trouver la moindre opposition : tous les députés appartiennent à l'ADDAR (Association pour la défense des droits de l'Anatolie et de la Roumélie), créée en 1919 à Sivas, alors qu'il entamait la reconquête militaire de son pays occupé et démantelé par les Alliés après la Première Guerre mondiale (traité de Sèvres, JPR) : la Turquie des Jeunes-Turcs payait d'avoir choisi le camp des puissances de l'Axe.

    En septembre 1923, l'ADDAR était transformée en parti unique, le Parti républicain du peuple, entièrement dévoué au nouveau président. Aucune opposition n'était tolérée, même les partis créés en 1920 par Mustapha Kemal lui-même pour donner à la première Grande Assemblée un petit air démocratique devenaient hors la loi. Désormais, Mustapha Kemal avait les mains libres pour mettre en œuvre son vaste programme de réformes et réaliser son rêve de faire passer son pays dans le XXe siècle, fût-ce à marche forcée. Ses maîtres : modernité, laïcité, nationalisme. Sur le plan économique, cela passe par la création d'un vaste secteur d’État industriel et bancaire, l'agriculture restant aux mains des grands propriétaires fonciers : ils appuieront sa politique et l'aideront à réprimer les révoltes des paysans contre ses attaques aux traditions religieuses et celle des Kurdes contre la turquisation forcée. Car c'est bien une révolution que vit alors la Turquie: mort de l'empire ottoman, abolition du sultanat puis du califat, des écoles et des lois religieuses, interdiction des sectes, laïcisation de toute la vie publique et administrative.

    Trois quarts de siècles plus tard, que reste-t-il de l’œuvre de Mustapha Kemal, le "père des Turcs" ? Le culte de la personnalité qui lui est voué est toujours aussi vivant. Ses statues ornent les plus grandes avenues des villes et les places des plus petits villages. Son portrait trône dans tous les lieux officiels et beaucoup de lieux privés. Les défilés populaires qui ont eu lieu dimanche dans toute la Turquie, rassemblant plusieurs millions de personnes, drapeau turc rouge frappé du croissant et portrait du "gazi" en tête, témoignent de la vivacité du culte voué à celui qui fit naître la Turquie des cendres de l'empire ottoman et rendit sa dignité à son peuple. Mais, du point de vue politique, l'un des principaux acquis de la Turquie moderne, le régime laïque, est de plus en plus ouvertement attaqué. Les partis islamistes ont refait surface avec vigueur, notamment le Refah de Necmettin Erbakan qui a réussi à devenir le premier parti du pays, à participer à un gouvernement de coalition, fût-ce brièvement (de 1996 à 1997) et à conquérir les grandes villes - Ankara et Istanbul - dont il dirige les municipalités.

    Si l'expérience islamiste a été aussi brève, c'est que l'armée y a mis bon ordre et contraint le gouvernement d'Erbakan à démissionner. L'armée, pilier du régime mis en place par Mustapha Kemal - qui fut général et maréchal avant d'être président - se présente toujours comme le principal garant du respect des principes fondateurs, notamment la laïcité. En fait, dans le régime politique turc, les militaires ne sont jamais bien loin et surveillent de très près les politiques, n'hésitant pas à intervenir dès qu'ils le jugent nécessaire. L'histoire de la Turquie moderne est aussi celle d'une longue succession de coups d’État militaires (1960-1971-1980). Depuis le dernier en date, cela se fait à travers le Conseil de sécurité nationale, où siègent les chefs d'état-major. Mais la tradition est ancienne : sous l'empire ottoman, déjà, les janissaires faisaient et défaisaient les sultans, le plus souvent à coup d'assassinats ou de révolutions de palais. La perpétuation de ce système est d'autant plus grave qu'elle bloque toute évolution démocratique du pays. Même si la Turquie dispose d'institutions apparemment démocratiques et du multipartisme, les blocages dus à l'emprise des militaires sont nombreux et particulièrement graves : la liberté de la presse et les libertés syndicales sont entravées, la liberté d'opinion connaît des limites que prouvent les interdictions à répétition de certains partis - de gauche, mais aussi islamistes - régulièrement dissous par les tribunaux militaires et contraints de renaître sous un autre nom. C'est que certains problèmes, comme la guerre au Kurdistan ou l'occupation du nord de Chypre, sont tabous car totalement gérés par les seuls militaires. Ils empêchent l'avancée démocratique décisive qui ouvrirait à la Turquie les portes de l'Europe, réalisant enfin le rêve d'Atatürk.

 

FRANÇOISE GERMAIN-ROBIN.

 

- Sur Atatürk, il faut lire le grand classique de Benoist-Méchin, "Mustapha Kemal", éditions Albin Michel.

- Vient de sortir (1998), dans les Chroniques de l'Histoire, un "Atatürk" hagiographique mais disposant d'une bonne chronologie et de belles illustrations (éditions Chroniques). F. G.-R

 



[1] Avec un quatre-pages sur l’actualité turque.

[2] F.G.-R. fait allusion à la lutte des Kémalistes pour l’annulation du traité de Sèvres, lutte qui aboutira au nouveau traité signé à Lausanne, en 1923. Voir l’article sur les traités de Versailles.

1953 : MOSSADEGH TOMBE SOUS LES COUPS DE LA CIA par Dominique BARI

publié le 9 juin 2013 à 05:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 28 août 2015 à 08:18 ]

    En cette année anniversaire (1953-2013), je publie cet article de Dominique Bari sur la fin dramatique de l’expérience politique du Dr Mossa Degh. Les Américains ont, une nouvelle fois, joué les apparents sorciers en mettant fin de façon violemment contraire au droit international, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à cette expérience laïque, moderniste. A la place, ils ont mis le Shah qui va ouvrir grand les portes à l’impérialisme yankee, comme on disait à l’époque - qui est celle de la Guerre froide -, violant ainsi la conscience nationale iranienne, le sentiment national pluri-millénaire. Les Iraniens réagiront par la «révolution» de 1979, celle des Ayatollahs qui n’a évidemment rien à voir avec ce qu’espérait, pour son peuple et son pays, Mohammad Mossa Degh.

    J.-P. R.     

MOSSADEGH TOMBE SOUS LES COUPS DE LA CIA

 

    par Dominique BARI

 

                                    Mohammad Mossadegh, alors premier ministre et symbole des revendications nationales, s’adresse à la foule devant le Parlement de Téhéran, en octobre 1951.

    Premier ministre de l’Iran, il avait osé nationaliser les gisements pétroliers du pays. En 1953, les puissances occidentales décident de punir l’affront par un coup d’État. La CIA lance l’opération « Ajax ». Une réussite qui va permettre aux États-Unis de s’implanter durablement dans la région.

"En 1953, les États-Unis ont joué un rôle capital pour orchestrer le renversement du populaire premier ministre iranien, Mohammad Mossadegh".

    Le 19 mars 2000, devant les membres de l’American Iranian Council, Washington reconnaît pour la première fois par la voix de sa secrétaire d’État de l’époque, Madeleine Albright, son "implication" directe dans le coup d’État contre le gouvernement nationaliste iranien. Quelques jours plus tard, le rapport de la CIA déclassé et en partie publié par le New York Times révèle les dessous de l’opération "Ajax" (cf. infra) consacrant l’échec de la première tentative d’un pays du tiers-monde d’acquérir la maîtrise de ses richesses naturelles. Pour la vieille Perse, dont les Britanniques ont fait leur chasse gardée, sa richesse est l’or noir. L’Iran en est alors le plus ancien et principal producteur au Moyen-Orient, mais la toute puissante Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) en a le contrôle depuis 1914. Elle extrait chaque année 33 millions de tonnes de pétrole, mais ne reverse aux Iraniens que 10 % de ses bénéfices.

    L’homme qui en Iran symbolise les revendications nationales est un frêle vieillard, Mohammad Mossadegh, député de Téhéran. En 1947, suite à une grève sans précédent des ouvriers du centre pétrolier d’Abadan, il fait voter une loi interdisant l’octroi de toute nouvelle concession à l’AIOC sans approbation du Parlement. Le conflit est ouvert. Il va s’envenimer avec l’élection de Mossadegh au poste de premier ministre, le 29 avril 1951. Son gouvernement de Front national, laïque, est soutenu par une coalition allant des religieux chiites aux communistes du Toudeh, mais qui appuie son programme : nationaliser l’Anglo-Iranian Oil Company. Ce qui est fait le 1er mai 1951. Insupportable pour les puissances occidentales ! Londres porte l’affaire devant la Cour internationale de justice et l’ONU. Mossadegh intervient devant le Conseil de sécurité en octobre 1951 et tient les Britanniques en échec : l’ONU et La Haye se déclarent incompétents. Mossadegh remporte un premier succès, ce qui lui vaut d’être désigné "l’homme de l’année 1951" par l’hebdomadaire américain Time. La Grande-Bretagne impose un embargo économique et concocte une intervention militaire pour s’emparer des champs pétrolifères, mais sans obtenir un appui officiel des États-Unis. À Téhéran, c’est l’union sacrée autour de Mossadegh.

    Le vent tourne en 1953. À Londres, Winston Churchill est revenu au pouvoir et trouve une écoute à la Maison-Blanche où vient de s’installer Dwight Eisenhower. La répression maccarthyste fait rage et l’Iran devient un enjeu de la guerre froide. "Ike" -surnom d’Eisenhower- donne son feu vert pour renverser Mossadegh. L’opération menée par la CIA est intitulée "Ajax". Kermit Roosevelt, petit-fils de l’ex-président Theodore Roosevelt [1], en sera le maître d’oeuvre. En attendant, via le Département d’État, l’ARAMCO et les compagnies américaines reçoivent pour instruction d’inonder le marché de pétrole afin de maintenir les prix à leur bas niveau et de sanctionner tout acheteur de pétrole iranien.

En 1953, la répression maccarthyste fait rage et l’Iran devient un enjeu de la guerre froide.

     Le coup d’État est en marche. L’antenne iranienne de la CIA et le plus important réseau de renseignements britannique en Iran, dirigé par les frères Rashidian, ont pour mission de déstabiliser le gouvernement par le biais de la propagande et d’autres activités politiques clandestines. En quelques semaines, des millions de dollars changent de main. Tout y est : corruption d’officiers de l’armée, diffusion de fausses nouvelles dans les journaux, emprise sur la radio nationale, agents provocateurs dans des manifestations. Le premier putsch prévu dans la nuit du 15 au 16 août 1953 est un échec. Le shah s’enfuit à Rome. Épaulé par le général américain Schwarzkopf, conseiller militaire du shah[2], Kermit Roosevelt organise les 19 et 20 août des manifestations à Téhéran, préparant une mutinerie militaire qui écrase les partisans de Mossadegh. Le 21, la CIA assure le retour triomphal du shah. Le 24, Mossadegh est arrêté et condamné à mort en décembre 1953. Sa peine est réduite à trois ans de prison et il sera détenu en résidence surveillée jusqu’à sa mort, en mars 1967.

    C’est une victoire des États-Unis. Ils s’installent durablement dans une région où ils n’étaient pas et assoient leur mainmise sur l’Iran via Reza Pahlavi. L’épisode démocratique est clos. Les partis d’opposition sont décrétés illégaux et la Savak, police politique, est mise en place avec l’aide des services secrets américains et du Mossad. La répression qui frappe toutes les forces laïques et nationalistes laisse un désert politique dans lequel les prêches de Khomeiny vont s’enraciner. "En contrecarrant le nationalisme iranien, le conflit pétrolier des années cinquante a semé le germe de la révolution islamique", analyse Mary Ann Heiss, professeure à l’université d’État de Kent dans son livre "Empire and Nationhood : The United States, Great Britain, and Iranian Oil, 1950-1954".

"Mon seul crime, avait déclaré Mossadegh à ses juges, est d’avoir nationalisé l’industrie pétrolière et libéré mon pays de l’étreinte du colonialisme".  

« Ajax », un cas d’école

    L’opération « Ajax » reste pour la CIA un modèle de subversion qui inaugure une longue série de coups d’État entièrement gérés par l’agence américaine. La CIA imagine un scénario qui donne l’impression d’un soulèvement populaire alors qu’il s’agit d’une opération secrète. Le succès remporté en Iran l’encourage à opérer de façon similaire au Guatemala un an plus tard. Le président élu, Jacobo Arbenz Guzman, est contraint à la démission face à l’avance d’une poignée de miliciens organisés par Washington. Il s’agit de sauver les intérêts de la United Fruit Company. Si les États-Unis enregistrent un échec cuisant à Cuba (1961), leur victoire est totale en Indonésie en 1965. Après une campagne de propagande minutieusement orchestrée et des faux enlèvements attribués aux communistes, s’enchaîne une méthodique et sanglante chasse aux "athées". On avance aujourd’hui des chiffres allant de 500.000 à 2 millions de tués. Il en fut de même au Chili en 1973, et l’actualité internationale nous conforte dans l’idée que la CIA se réfère encore à l’opération "Ajax".

    Dominique BARI

 

 



[1] Ne pas confondre avec Franklin D. Roosevelt. JPR

[2] Père du futur commandant en chef des troupes américaines lors de la 1ère guerre du Golfe (1990-1991). DB.

Après la visite de Netanyahou: lettre à Mr le Président

publié le 6 nov. 2012 à 08:29 par Jean-Pierre Rissoan

samedi 3 novembre 2012, par Rudolf Bkouche


Monsieur le Président


Vous avez reçu récemment le Premier Ministre de l’Etat d’Israël, Benjamin Netanyahou. Cela fait partie des échanges internationaux et je ne vous le reprocherai pas.

Mais, si Monsieur Benjamin Netanyahou est le représentant de l’Etat d’Israël, il n’est en rien le représentant des Juifs du monde à supposer qu’il existe un représentant des Juifs du monde, et il me semble important de le rappeler.

Monsieur Benjamin Netanyahou se permet d’appeler les Juifs de France à rejoindre leur "vrai" pays, l’Etat d’Israël. C’est indécent, et pour vous qui êtes le Président de la République Française, et pour les Juifs de France à qui il dénie le droit de vivre dans leur pays.

Mais ce qui est encore le plus indécent, c’est cette visite dans une école juive, Ozar Hatorah, de Toulouse sous prétexte de commémorer un attentat sanglant dont elle a été victime. Que le crime de Merah soit odieux et condamnable, cela ne justifie pas que le représentant d’un Etat étranger vienne, sous prétexte de commémoration, marquer son territoire et rappeler que tout ce qui est juif lui appartient.

Encore plus indécent le fait que vous l’accompagniez pour participer avec lui à ce qui n’est qu’une opération de marquage de territoire. Si Monsieur Netanyahou veut rencontrer les parents et les proches des victimes de l’assassinat de Toulouse, cela ne peut être qu’une visite privée. En l’accompagnant, vous acceptez le sens que Monsieur Netanyahou veut donner à cette visite : "cette école juive, parce qu’elle est juive, est une partie de l’Etat d’Israël" ; comme si c’était Monsieur Netanyahou qui vous recevez chez lui.

Et vous ajoutez à l’indécence en vous engageant, au nom de la France, à protéger la communauté juive de France, oubliant que le rôle de la France est de protéger ses ressortissants, tous ses ressortissants.

Votre philosémitisme, aussi sincère soit-il, a des relents délétères.

Et en reconnaissant le droit, pour le représentant de l’Etat d’Israël, de se présenter comme le représentant des Juifs du monde, vous confortez l’amalgame qui veut faire des Juifs des complices des crimes commis par l’Etat d’Israël contre les Palestiniens.

Je vous prie de recevoir Monsieur le Président de la République Français l’expression de ma colère et de mon amertume.

Lille 2 novembre 2012,
Rudolf Bkouche,
membre de l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) et de IJAN (International Jewish AntiZionist Nerwork)

LA PAIX AU RABAIS : comment l'Union Européenne renforce les colonies Israéliennes

publié le 6 nov. 2012 à 08:17 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 6 nov. 2012 à 09:52 ]

Vous trouverez l'intégralité du rapport à l'adresse suivante:
http://www.fidh.org/IMG/pdf/la_paix_au_rabais_rapport_sur_les_produits_des_colonies_octobre_2012.pdf



                                                    TABLE DES MATIERES:
AVANT-PROPOS
RESUME
INTRODUCTION
CARTES DES COLONIES
CHAPITRE 1/ LES COLONIES ISRAELIENNES ET LEUR IMPACT
CHAPITRE 2/ LES 2 ECONOMIES DE LA CISJORDANIE
CHAPITRE 3/ RELATIONS ECONOMIQUES DE L'EUROPE AVEC LES COLONIES
CHAPITRE 4/ POLITIQUE EUROPEENNE A L' EGARD DES COLONIES
CHAPITRE 5/ MESURES RECOMMANDEES AUX GOUVERNEMENTS EUROPEENS ET A L' UE
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

                                                


Histoire de la Palestine contemporaine. (2ème partie : 1945-aujourd'hui).

publié le 12 oct. 2012 à 08:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 nov. 2015 à 09:49 ]


    Voici la seconde partie du texte de Mme Marie-Jo PARBOT de l'Association France-Palestine solidarité.
     lien pour la première partie :  Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945) 

SOMMAIRE DE L'ENSEMBLE :

     1. LA PALESTINE AVANT 1914

    A. Rappel : Description Physique de la Palestine

            B. Les Palestiniens à la fin du 19e siècle             

    C. Le Sionisme Politique en Europe

Le sionisme, force politique nouvelle

Vers l’émigration européenne en Asie

2. LA GUERRE DE 1914 ET SES SUITES

            A. La Déclaration Balfour

    B. L’Après-Première-Guerre-Mondiale            

Création de la S.D.N.

La Palestine mandataire

3. L’ENTRE-DEUX-GUERRES

    A. Les 3 Protagonistes en Palestine

    B. La Révolte Palestinienne de 1936-1939

        4. LE RÔLE DE L’O.N.U.

                            A. Le Plan de Partage

                 B. Le Conflit Judéo-Palestinien

        5.  LA RÉGIONALISATION DU CONFLIT

            A. La 1e Guerre Israélo-Arabe

            B. La Nakba

            C. Les Réfugiés

    CONCLUSION : ISRAËL VEUT-IL LA PAIX ?

 

4. LE RÔLE DE L’ O.N.U.

 

    Aux lendemains de la Deuxième guerre mondiale, l’O.N.U., nouvellement créée en remplacement de la S.D.N., donne une légitimité à la création de l’Etat d’Israël. Il s’en suit une guerre entre les deux parties : juifs et arabes palestiniens, préambule à une guerre plus vaste entre Israël et les Etats de la région. JPR.    

 

A. Le plan de partage de l’O.N.U.

    L’immigration juive en Palestine, qui a fait un bond en avant à compter de l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne, va connaître un nouvel essor lorsque les camps de concentration sont libérés. Souvent, la Palestine n’est pas le choix privilégié par les survivants du génocide européen. Les Etats-Unis attirent beaucoup plus mais des lois d’immigration strictes en régulent l’accès, si bien que c’est vers le Proche-Orient que de nombreux juifs se dirigent, à la fin de la 2e guerre mondiale. Or, l’occupant britannique ayant enfin décidé d’imposer des quotas d’immigration et le contrôle de l’achat de terres par l’Agence Juive, cela engendre des épisodes dramatiques. Celui de « l’Exodus » est emblématique. Bateau chargé de rescapés des camps de la mort, il est bloqué dans un port palestinien et obligé d’errer en Méditerranée, refusé par tous…[1]

    Sur place, les milices juives, armées et entraînées dés les années 30, instaurent un régime de terreur à l’encontre des forces d’occupation et de la population palestinienne. Ces bandes sont constituées de corps autonomes dirigés par de jeunes hommes que l’on retrouvera plus tard parmi les dirigeants de l’Etat d’Israël : l’Irgoun avec Menahem Begin, le Lehi avec Itzhak Shamir, la Haganah qui sera le noyau de la future armée israélienne. Les attentats sont leur mode de fonctionnement. L’un d’eux est particulièrement sanglant : en 1946, une bombe au King David Hôtel à Jérusalem fait 93 morts, Britanniques et Palestiniens.

 

    La Grande Bretagne ne tient plus et s’en réfère à l’Organisation des Nations Unies qui a remplacé la Société des Nations en 1945. Une commission pour la Palestine est nommée et se rend sur place. On est en 1947, l’année de l’Exodus, précisément. Elle va rencontrer l’Agence Juive mais ne croisera pas le Haut Comité Arabe qui refuse de la voir, considérant que les droits naturels des Arabes palestiniens sont évidents et que la Palestine tout entière est la leur. L’UNSCOP (c'est-à-dire le Comité spécial de l’ONU pour la Palestine) émet deux propositions : une fédération regroupant un Etat juif et un Etat arabe ou la séparation en deux états indépendants. Dans les 2 cas, les palestiniens ont perdu. Une partie de leur terre d’origine va être donnée à cette population qui vient d’ailleurs.

En 1947, la situation démographique en Palestine a bien changé. De 300.000 habitants vers 1900 avec 4% de juifs, il y a maintenant une population de 2 millions d’individus : les 2/3 sont arabes, le 1/3 restant est juif.

En ce qui concerne les terres, les Palestiniens en sont propriétaires pour 94 %, soit de façon privée, soit par leurs institutions religieuses, musulmanes ou chrétiennes ; les juifs n’en possèdent pas plus de 6 %.

Le 29 Novembre 1947, l’Assemblée Générale des Nations Unies tranche : ce sera le partage de la Palestine : pour les juifs, 56 % des terres, pour les arabes, 43 %. Une zone spéciale est délimitée autour de Jérusalem et de Bethlehem, c'est-à-dire les lieux saints : elle aura une gestion internationale. Pour l’état juif, le pourtour du lac de Tibériade au nord-est se prolongeant par la bande côtière entre Haïfa et Jaffa/Tel-Aviv et enfin une grande partie du Néguev. Pour l’état palestinien, la Galilée au nord avec Nazareth, le centre -excepté la côte- et une large bande à hauteur de Gaza et de la frontière égyptienne.

L’Union Soviétique a voté "pour" comme les Etats-Unis et la France.

Les Etats Arabes et quelques autres comme la Turquie et la Grèce ont voté "contre".

Le Royaume Uni s’est abstenu.

Toujours est-il que la majorité des 2/3 est atteinte et la Résolution 181 est adoptée.

Ce plan de partage est refusé en bloc par les Palestiniens. Les juifs nuancent : pour eux, ne pas rejeter leur semble politiquement plus habile mais attendre pour voir : « Bon début mais peut mieux faire ! »

 

B. Le conflit judéo-palestinien

    Dés le lendemain du vote de l’ONU, les hostilités éclatent.

    Véritable guerre civile entre décembre 47 et mai 48, elle oppose les forces armées des deux parties adverses : D’un côté, les forces militaires de ce qui est un état juif en gestation. Des hommes aguerris et bien entraînés. De l’autre côté, les résistants palestiniens sont peu expérimentés et mal coordonnés. Malgré l’aide de la Ligue Arabe qui envoie ce qui va s’appeler « l’Armée de Libération Arabe », les hommes engagés dans le conflit sont en nombre bien inférieur et ne feront pas le poids. Dés le mois de décembre 47, quelques grandes familles palestiniennes, grands propriétaires terriens et membres de la bourgeoisie quittent les grandes villes, déstabilisant un peu plus une population déjà bien éprouvée. Mais, c’est au printemps 48 que tout se précipite. Les forces sionistes dominent et prennent possession de grandes villes telles que Tibériade, Haïfa, Jaffa… De nombreux villages sont investis et souvent rayés de la carte. En avril 48, se déroulent des évènements dramatiques qui vont peser lourdement sur le devenir de la population palestinienne. A Deir Yassine, village palestinien sur la route de Jérusalem, les milices juives de l’Irgoun et du Lehi massacrent de très nombreux habitants. L’impact de cette tuerie est majeur. Dans les mois qui suivent, il suffira souvent, pour les forces armées juives, de pénétrer dans les villages et de menacer de « faire comme à Deir Yassine » et les populations terrorisées partiront sans résistance.

    Les objectifs des troupes juives sont clairs. Vider de leurs habitants arabes, autant que faire se peut, toutes les terres susceptibles d’intégrer le futur Etat juif. Et les résultats sont là, les populations partent en masse, fuyant combats et exactions.

    Le 14 Mai 1948 : la première étape de cette catastrophe pour les Palestiniens est accomplie.

 

    Par les luttes armées et la terreur, plus de 400.000 d’entre eux sont sur les routes. Ils ne retourneront jamais chez eux. Les Britanniques, qui ont renoncé à leur mandat sur la Palestine en confiant cette mission impossible à l’ONU[2], quittent le pays.

David Ben Gourion, le chef de l’Agence Juive, fort du plan de Partage des Nations Unis et des faits d’armes  sur le terrain, fait la déclaration suivante : "En vertu du droit naturel et historique du peuple juif et de la résolution des Nations Unies, nous proclamons par le présent acte la création de l’état juif de Palestine qui prendra le nom d’Israël". Cette déclaration est suivie d’une reconnaissance immédiate des Etats-Unis, les autres grandes puissances, parmi lesquelles l’Union Soviétique, leur emboîtent le pas rapidement.

C’est la fin de ce qu’on peut appeler la période de la "guerre judéo-palestinienne". La Haganah est devenue l’armée du tout jeune état d’Israël. Ce va être le début de la première guerre israélo-arabe.

 

5. LA RÉGIONALISATION DU CONFLIT

 

    Immédiatement, le conflit s’élargit aux pays arabes voisins et le conflit, de "local", devient régional, c’est-à-dire concerne toute une région du Monde. L’échec de la conférence de la paix à Lausanne, en 1949, laisse les problèmes en l’état. En 1956, lors de la crise de Suez, c’est un problème mondial. JPR.

 

A. La première guerre israélo-arabe

    Égypte, Transjordanie[3], Syrie, Irak et Liban se sont alliés pour s’opposer militairement à la situation engendrée par le Plan de Partage. Dans les heures qui suivent la déclaration d’indépendance de l’Etat juif, l’armée égyptienne bombarde Israël et entame les hostilités. Les combats changent de nature mais les dés sont pipés, une fois encore au détriment des Palestiniens.

    L’Histoire officielle, qui sera construite après le conflit, nous parlera de "David luttant contre Goliath": ce petit état, Israël, tout nouvellement créé et devant faire face à tous ces grands pays arabes qui l’entourent et qui veulent "rejeter les juifs à la mer", selon l’expression consacrée. Les archives de l’époque ont été rendues publiques dans les années 80. Ceux qu’on appelle "les nouveaux historiens" israéliens, tels que Benny Moris, Avi Slaïm, Ilan Pappe… et d’autres, s’en sont saisies et apportent les preuves que les rapports de force étaient, en fait, favorables à Israël. Le nouvel Etat est soutenu financièrement par les Etats-Unis et des armes sont livrées par l’URSS. Les troupes sont aguerries, l’encadrement est bien rôdé et les objectifs politiques des dirigeants sont clairs.

    Au contraire, les coalisés arabes sont militairement faibles. Le matériel et les armes sont vétustes, les troupes sont mal encadrées, mal entraînées. Seule l’armée transjordanienne, la Légion arabe, pourrait faire la différence. Mais, un frein politique majeur va jouer. Le roi Abdullah de Transjordanie veut annexer les territoires à l’ouest du Jourdain, destinés aux Palestiniens selon le plan de partage de l’ONU. Il a déjà évoqué cette possibilité avec les britanniques et, en novembre 47, il rencontre Golda Meir, représentante de la direction juive. Un accord est conclu entre eux. Le roi a promis de ne pas pénétrer sur ce qui va devenir l’Etat d’Israël. Il contiendra ses troupes dans ce qui sera la Cisjordanie.

    Les autres coalisés arabes sont plus préoccupés des prétentions territoriales du souverain hachémite que du sort de la population palestinienne. Et c’est donc vers un échec militaire des Arabes que l’on s’achemine tout au long de l’année 48.

    Du côté israélien par contre, aucune ambiguïté, pas d’état d’âme. La volonté d’expulser purement et simplement la population arabe de Palestine existe, de longue date, dans le projet sioniste. Bien sûr camouflée, on la retrouve cependant dans certains écrits. C’est ainsi qu’on peut citer Yosef Weitz, directeur du département foncier du Fonds National Juif. En décembre 1940, il écrit dans son journal : «Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays…et la seule solution, c’est la terre d’Israël sans arabes… Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les arabes d’ici vers les pays voisins… Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine»[4].

    Ce qui va se passer à Ramleh et à Lod (là où se situe maintenant l’aéroport International d’Israël) illustre parfaitement cette volonté d’éradiquer de façon drastique les Palestiniens du tout nouvel état juif. Les deux villes tombent en juillet 1948 entre les mains de l’armée israélienne. Igal Allon et Itzhak Rabin, officiers supérieurs, interrogent David Ben Gourion sur ce qui doit être fait des populations civiles. Il leur est répondu, sans aucun ordre écrit par contre, "Expulsez-les ! ". Ce qui fut fait : 70.000 habitants furent chassés en quelques heures, soit près de 10 % de la totalité des expulsés entre 1947 et 1949.

    Elias Sanbar, écrivain palestinien, mentionne les propos d’un de ses amis juifs qui lui a raconté que, gamin, il s’est trouvé dans un de ces camions remplis de familles juives qui attendaient aux portes de Ramleh. Cet ami raconte : "En un tour de main, la ville a été vidée ; une heure après, nous étions installés dans une maison et il  y avait dans la cuisine un repas qui cuisait ! La mère était partie en catastrophe".

    La guerre occupe donc la totalité de l’année 1948 et continue à apporter son lot de malheurs à la population palestinienne. Une trêve, en début d’été, permet à l’armée israélienne de reprendre souffle et c’est finalement à son avantage que les hostilités s’arrêtent, par cessez le feu, dans les premiers mois de 1949.

    Il ne reste plus qu’à faire l’état des lieux de la Nakba, la Catastrophe, maintenant arrivée à son terme et d’évoquer le jeu diplomatique de la conférence de Lausanne au printemps 1949, censée trouver une solution politique à une situation perdue pour les Palestiniens.

 

B. La NAKBA

    La Catastrophe est évidente pour les Palestiniens :

- Les terres : Le plan de partage leur accordait 43 % de la Palestine historique. Il leur en reste 22 % : la Cisjordanie, à l’ouest du Jourdain, qui ne dépasse pas 120 à 150 km nord/sud et 30 à 50 km est/ouest, et la Bande de Gaza, 40 km de long sur 6 à 10 km de large. Les Israéliens sont à Jérusalem-Ouest mais, par contre, la Vieille Ville et les lieux saints restent en territoire arabe.

- Les destructions sont majeures. Plus de 400 villages rasés et de nombreuses villes ravagées. Dans les années 60, les propos de Moshe Dayan, général israélien, avaient le mérite d’être clairs : « Des villages juifs ont été construits à la place de villages arabes. Vous ne connaissez même pas le nom de ces villages arabes, et vous n’êtes pas à blâmer parce que les livres de géographie n’existent plus. Non seulement ils n’existent plus, mais les villages arabes non plus… Il n’y a pas un seul endroit dans ce pays qui n’ait pas eu, auparavant, une population arabe ».

- Les réfugiés : Les chiffres varient selon les auteurs : entre 700.000 et 900.000 personnes sont parties et n’ont plus rien. Par contre, il semble y avoir consensus sur le nombre de Palestiniens qui se trouvent encore à l’intérieur des limites du nouvel Etat d’Israël, à la fin des hostilités : 150.000, alors qu’ils étaient de l’ordre du million avant la guerre. Ceux qui n’ont bougé que de quelques kilomètres sont devenus, aussi, des réfugiés. Ils sont en Israël mais n’obtiendront jamais l’autorisation de retourner chez eux. Au-delà des limites du cessez-le-feu, beaucoup se concentrent en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Sinon, ce sont les pays arabes périphériques, Liban, Syrie, Transjordanie… qui doivent faire face à ce flux énorme de familles complètement désemparées.

Sur le plan politique, c’est la Conférence de Lausanne, en avril/mai 49.

Les belligérants se retrouvent autour de la table sous les auspices du Comité de Conciliation pour la Palestine de l’ONU. Les questions qui fâchent : les réfugiés, Jérusalem, les frontières.

    Les pourparlers sont longs et difficiles. En pratique, pour les palestiniens : la promesse d’un Etat qui figure dans le plan de partage onusien de 1947 ne verra pas le jour. Les Etats arabes, d’ailleurs, voyaient cette proposition d’un très mauvais œil.

Le roi Abdullah de Transjordanie obtient satisfaction. Il étend son autorité sur le territoire de la rive ouest du Jourdain et l’ensemble de la Trans- et de la Cis-jordanie va dorénavant constituer le royaume hachémite de Jordanie. Quant à la Bande de Gaza, elle sera administrée par l’Égypte. (Voir carte)

    Mais, que faire des réfugiés ?

    La Syrie fait une proposition d’importance majeure : signature d’un traité de paix, reconnaissance de l’État d’Israël, intégration de la moitié des réfugiés sur son territoire à condition qu’Israël en accepte un petit nombre. Israël refuse catégoriquement : pas de réfugiés sur ce qui est maintenant "la terre d’Israël". Par ailleurs, apparaît, dés cette époque, la volonté de ne pas fixer de frontières définitives : simple ligne de cessez-le-feu susceptible de subir l’évolution d’emprises progressives sur le terrain au hasard de conquêtes, d’implantations de colonies, de barrières et autres murs dits de sécurité... Scénario au long cours et qui porte ses fruits.

La conférence de Lausanne se termine sur une impasse. Les Israéliens n’ont pas voulu signer.

Il n’y aura pas de traité de paix.

 C. Les réfugiés 

    Ils sont environ 800 000.

    Ils ont "inondé" toutes les régions du Proche Orient. Ils sont nombreux à n’avoir mis que la clé de leur maison dans leur poche et à partir, convaincus qu’il suffisait de patienter quelques semaines avant de réintégrer leur domicile. Cette masse immense de personnes déplacées crée une situation gravissime. La Croix Rouge Internationale (CICR) apporte les premiers secours : des camps de toile par centaines sortent de terre, des commodités rares que de nombreuses familles se partagent, quelques points d’eau… Ces Palestiniens ne dépendent plus que de l’aide humanitaire.

    Les premières années de la décennie 50 ont des hivers particulièrement rudes et dans les camps de toile, il y a des morts. Un réfugié raconte qu’un enfant étant sorti pour aller aux toilettes, une nuit, fut retrouvé mort de froid, le lendemain matin !

 

    L’Assemblée Générale de l’ONU a voté la résolution 194 en décembre 1948 :  « Les réfugiés qui le désirent doivent pouvoir rentrer dans leurs foyers. Des indemnités doivent être versées à ceux qui décident de ne pas le faire ». Ce sera lettre morte comme le seront toutes les résolutions futures concernant les obligations faites à Israël  par l’instance internationale. Pourtant, ce pays, qui sollicite son admission au sein des Nations Unies dés le printemps 1949, est accepté, sous réserve de mettre en application la résolution 194. Mais pour Israël, l’engagement fourni n’est qu’une tactique et ne sera jamais suivi d’effets. Israël refuse de reconnaitre sa responsabilité dans le drame des réfugiés. Ce n’est qu’en janvier 2001, à Taba, que la délégation israélienne semble prête à infléchir cette position mais les pourparlers de paix échouent et laissent la situation en l’état.

Faute de solution politique satisfaisante, l’ONU s’engage dans l’action humanitaire.

Elle prend la relève du CICR en 1951 et crée une agence spécifique pour les réfugiés palestiniens : l’Agence Mondiale des Nations Unies pour les Réfugiés (l’ UNWRA). Les camps se transforment. On construit en dur : une baraque de 10 m² par famille quelque soit le nombre d’enfants, 1 sanitaire pour 25 familles, l’eau à distance, pas d’électricité… mais, au début des années 60, il y a encore des tentes éparpillées au milieu des baraquements !

Et maintenant. Combien y a-t-il de réfugiés ? Où sont-ils ? Chiffres variables selon les sources : entre 4 et 5 millions (peut-être plus). Il y a ceux qui sont dans les camps : 1 million 300.000 recensés dans 59 camps des Nations Unis. Douze camps supplémentaires, issus de la croissance naturelle de la population, ne sont pas reconnus comme tels. Et, bien sûr, de nombreuses familles sont éparpillées dans des logements privés et n’ont pas le statut onusien.

94 % des réfugiés sont au Proche Orient :

La moitié en Jordanie : ils représentent 60 % de la population du pays.

¼ dans les Territoires Palestiniens : à Gaza, 75 % de la population est réfugiée.

     Puis viennent le Liban et la Syrie.

     4% sont en Israël.

     Les 6 % restant vivent dans les autres pays arabes, en Europe ou dans les Amériques.


Comment vivent-ils ?

Les camps : habitat fait d’immeubles en parpaing non crépis, des ruelles non pavées et certaines tellement étroites qu’on ne passe pas, à deux, de front.

A Dheisheh, en Cisjordanie, près de Bethléem, par exemple, en 2005 :

1 km² pour 11 000 habitants dont 6 000 enfants. Les classes sont insuffisantes en nombre, on fait deux rotations d’élèves par jour. Pas un terrain de jeu, pas un espace vert… Et, aux dires des habitants, les camps de Cisjordanie et de Gaza sont des « palaces » à côté de ceux du Liban !

L’enseignement des premiers cycles dépend de l’ UNWRA et le niveau d’étude est, en moyenne, très bon mais, une fois les diplômes obtenus, rien : chômage et petits boulots.

La situation des réfugiés dissous dans la population des pays d’accueil est probablement plus enviable et, comme partout, les conditions de vie vont dépendre aussi de facteurs sociaux, familiaux et personnels aboutissant à tous les cas de figures.

Mais, un point commun existe pour tous : c’est la revendication du Droit au Retour.

Et aucune paix viable ne pourra se faire sans que cette question ne soit résolue.

Or, bien entendu, Israël ne veut pas en entendre parler.

Le Droit au Retour des réfugiés palestiniens pose les questions :

     En premier lieu, de la reconnaissance de ce droit,

     Puis, des aménagements que l’on peut trouver, avec l’accord des palestiniens et leur acceptation pleine et entière.

Aucun règlement du conflit israélo palestinien ne pourra se faire sans que soit évacué cet abcès qui dure depuis 60 ans et qui bafoue toute idée de droits humains fondamentaux.

 

CONCLUSION : ISRAËL VEUT-IL LA PAIX ?

 

    En guise de conclusion, évoquons une question soulevée par un militant pacifiste juif israélien, Jeff Halper, coordinateur du « Comité israélien contre la démolition des maisons ». Dans un article intitulé « Le problème avec Israël », il s’interroge : « Israël veut-il la Paix ? ». Extérieurement, oui bien sûr. Il y a un consensus apparent entre une population juive lasse de tous ces drames et des gouvernements attachés, comme il se doit, « au bonheur de leurs concitoyens ». Mais, l’assertion devient plus fragile lorsqu’on analyse les déroulements diplomatiques des 60 ans qui viennent de s’écouler depuis la naissance de l’état d’Israël.  Il démarre fort :

"Le problème au Moyen Orient n’est pas le peuple palestinien, ni le Hamas, ni les Arabes, ni le Hezbollah ou les Iraniens ou le monde musulman dans son ensemble. C’est nous, les israéliens. (…). Le conflit israélo-palestinien, la seule cause majeure d’instabilité, d’extrémisme et de violence dans notre région, est peut-être le conflit le plus simple au monde à résoudre… Depuis presque 20 ans, chaque leader palestinien, …, a présenté à Israël une offre des plus généreuses : un Etat juif sur 78 % d’Israël/Palestine en échange d’un Etat palestinien sur seulement 22 %  - la Cisjordanie, Jérusalem Est et Gaza " - (Compromis historique proposé par le Conseil National Palestinien, Alger, Novembre 1988). Or, Israël continue à affirmer qu’il n’a pas d’interlocuteur et "refuse", écrit Jeff Halper, "de reconnaître l’existence nationale et les droits d’auto détermination du peuple palestinien".

Selon l’auteur, des ouvertures vers la paix n’ont pas manqué depuis 1949 :

Tant de la part des Etats arabes voisins, après la guerre de 1948, que de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) à partir des années 70.

Plus récemment, il évoque :

- En 2002, la Ligue Arabe qui propose la paix en même temps que la reconnaissance et l’intégration régionale d’Israël en réponse à l’abandon de l’occupation : c’est « la Paix contre les Territoires ». Proposition réitérée, quelques années plus tard, sans résultat !

- La Déclaration de Genève, fin 2003, qui ouvrait des voies vers une paix possible.

- Le Document des Prisonniers, qu’Ehud Olmert a déclaré "hors sujet", alors que toutes les factions palestiniennes, y compris le Hamas, s’accordaient sur un programme politique cherchant une solution à deux états.

Mais, pendant ce temps, sur le terrain, l’extension d’Israël se poursuit à bas bruit.

- Occupation des Territoires palestiniens en 1967.

- Colonisation effrénée représentant maintenant l’obstacle le plus sérieux à une résolution du conflit, avec plus de 500.000 colons implantés en Cisjordanie et à Jérusalem Est.

- Contrôle total des territoires palestiniens par des centaines de barrages militaires.

- Construction du Mur, soi-disant barrière de sécurité, mais permettant, en fait, de prendre des terres et de délimiter des cantons dans lesquels se trouvent emprisonnés les Palestiniens.

En ajoutant les annexions en cours de toute la région de Jérusalem-Est et de la Vallée du Jourdain, c’est la moitié de la Cisjordanie qui va être judaïsée à très brève échéance.

En mettant côte à côte les cartes de la Palestine reflétant l’évolution territoriale des 60 dernières années, tout s’éclaircit. :


A l’origine, la Palestine Historique, c’est le territoire de la rive ouest du Jourdain jusqu’à la Méditerranée, limité par Liban et Syrie au nord / Jordanie à l’est / Égypte au sud.

Avant 1947 : Palestiniens 94% / juifs 6% environ

Le Plan de Partage de l’ONU en 1947 :      Palestiniens 43 %    /    Juifs 56 %

Au décours des évènements de 47/48 :     Palestiniens 22 %    /     Israël 78 %

Par la guerre de Juin 67, dite « des 6 jours », les territoires palestiniens sont occupés. Ils disparaissent des cartes publiées par Israël ainsi que des livres de classe des écoliers israéliens.

 

Aujourd’hui : grâce aux colonies et lorsque le Mur et les annexions seront finis, la population palestinienne n’aura plus qu’à se contenter de 4 cantons sans contiguïté, sur 11 %  de ses terres d’origine.

Encerclés de toute part, les Palestiniens sont déjà incapables de bouger sans autorisation et contrôle des autorités israéliennes. La Bande de Gaza, soi-disant évacuée en 2005, connaît aussi cette situation de prison à ciel ouvert, subissant blocus et agressions au gré des dirigeants israéliens.

Ne reste plus qu’à réaliser peut-être ce dont on parle de plus en plus : ressortir un projet des cartons : le transfert des « arabes », "finir ce qui fut commencé en 48", disait Ariel Sharon dans les années 90, "vider la Palestine de tous les arabes", comme le préconisait Yosef Weitz en 1940.

 

Mais la Paix est-elle au bout du chemin dans ces conditions ?

En Israël, les pacifistes sont peu nombreux à lutter pour un dialogue constructif entre les deux peuples, leur coexistence et l’égalité des droits. Et le monde reste silencieux devant cette violation permanente du droit international. Pourtant, selon les règles que ce droit édicte, Israël est occupant, les Palestiniens sont sous occupation. De par ce droit, ils sont autorisés à résister !

Nous avons un rôle à jouer. Celui de faire pression sur nos dirigeants nationaux et européens pour que cesse l’inégalité de traitement de la part des puissances internationales dans la gestion de ce conflit entre l’un des États les mieux armés du monde et un peuple dispersé qui ne fait que revendiquer le droit de vivre sur sa Terre.

 

    Fin du texte de Marie-Jo PARBOT, actualisé en Août 2012.

 

    Le fichier informatique de ce document peut être fourni : impression et diffusion libres, en respectant signature et contenu. Des documents papier, minimum 18, vendus à prix coutant (0,72 € + le port), peuvent être envoyés. Contact : AFPS Ardèche-Drôme, 4 rue Chevalier, 26 100 Romans

mariejoparbot@gmail.com / bernard.gruffaz@free.fr

 

    Ce texte a été rédigé pour une émission radiophonique sur l’Histoire de la Nakba. Écouter : « Entre Méditerranée et Jourdain »,  site de l’AFPS : www.france-palestine.org/article10475.html

 

 

BIBLIOGRAPHIE par Marie-Jo PARBOT

- Sylvain Cypel, Les Emmurés, la Société Israélienne  dans l’impasse,  (La Citadelle)

-   Charles Enderlin, Paix ou guerres 1917 – 1995, (Fayard)

-   Rashid Khalidi, Palestine, Histoire d’un Etat introuvable, (Actes Sud)

-   Ilan Pappe, Une terre pour 2 peuples, (Fayard)

-   Elias Sanbar, Figures du Palestinien, (Gallimard)

          -  Les Palestiniens : Album de photos  (Editions Hazan)

-   Michel Warscharwski, Sur la Frontière, (Hachette)

-   Histoire de l’Autre, Écritures parallèles par des enseignants d’Histoire Palestiniens et Israéliens, (Liana Levi)

- Jeff Halper, Le Problème avec Israël, Article publié par le Comité Israélien contre la démolition de Maisons.

- Palestine et Palestiniens : Guide de Voyage du Groupe de Tourisme Alternatif  (ATG), Beit Sahour  Palestine   

-   Cahiers de Formation de l’AFPS : N° 1 / 4 / 8 / 13 / 14 / 15 , Écrits par Jean Paul Chagnollaud, Henri Laurens, Elias Sanbar, Denis Sieffert et Dominique Vidal.

    lire aussi mon cours : Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale  et la célèbre conférence de presse du général De Gaulle :
Pour les problèmes d'actualité, se reporter au chapitre "Actualités d'ailleurs".
    

Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945)

publié le 12 oct. 2012 à 08:20 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 juil. 2017 à 06:43 ]

   Je publie ce travail important de Marie-Jo PARBOT de l’association France-Palestine Solidarité. Texte et cartes sont de son fait. Je me suis contenté de mettre en forme pédagogique son texte en créant des titres et paragraphes dont j’assume la responsabilité, j’espère que Mme Parbot ne m’en voudra pas, c’est le vieux réflexe d’un enseignant que le virus du métier n’a pas quitté.

    Les notes infrapaginales sont toutes de moi-même, là encore souci d’apporter telle ou telle précision pour le lecteur qui découvrirait ce dossier.

 

SOMMAIRE :

 1. LA PALESTINE AVANT 1914

    A. Rappel : Description Physique de la Palestine

            B. Les Palestiniens à la fin du 19e siècle             

    C. Le Sionisme Politique en Europe

Le sionisme, force politique nouvelle

Vers l’émigration européenne en Asie

       2. LA GUERRE DE 1914 ET SES SUITES

            A. La Déclaration Balfour

    B. L’Après-Première-Guerre-Mondiale            

Création de la S.D.N.

La Palestine mandataire

3. L’ENTRE-DEUX-GUERRES

    A. Les 3 Protagonistes en Palestine

    B. La Révolte Palestinienne de 1936-1939

        4. LE RÔLE DE L’O.N.U.  Histoire de la Palestine contemporaine. (2ème partie : 1945-aujourd'hui).

            A. Le Plan de Partage

            B. Le Conflit Judéo-Palestinien

       5.  LA RÉGIONALISATION DU CONFLIT

            A. La 1e Guerre Israélo-Arabe

            B. La Nakba

            C. Les Réfugiés

    CONCLUSION : ISRAËL VEUT-IL LA PAIX ?

 

LES ORIGINES DU CONFLIT ISRAELO– PALESTINIEN : COMPRENDRE SON ÉPOQUE PAR L’HISTOIRE


    par Marie-Jo PARBOT, Association France Palestine Solidarité (AFPS)


Pourquoi revenir sur l’Histoire ?

    Énoncer les origines du conflit israélo-palestinien, c’est permettre une meilleure compréhension de la situation actuelle et une vision plus équilibrée entre les deux protagonistes.

    Ce conflit, aux conséquences majeures pour les deux peuples concernés, palestinien et israélien, représente aussi une des étincelles importantes pouvant embraser le Proche et le Moyen Orient et donc un facteur non négligeable de déstabilisation mondiale.

    Partant de la fin du 19e siècle, ce texte évoque 50 ans d’Histoire, pour aboutir à ce que les Palestiniens appellent la Nakba, la Catastrophe. La création de l’Etat d’Israël en 1948 correspond, pour ceux-ci, à la perte de 78 % de leur terre d’origine et à l’expulsion de 800.000 d’entre eux, transformés en réfugiés.

1. LA PALESTINE AVANT 1914

    Cette période est caractérisée par la naissance du sionisme et des toutes premières installations juives en Palestine alors possession turque, colonie attardée. (JPR).


    A. Rappel : quelques aspects physiques de la Palestine

    Un tout petit bout de terre : moins de 25 000 km² (= une région française ?) : Nord/Sud : 400 km, Est/Ouest : 120 km à hauteur de Gaza, 60 km au niveau de Haïfa.

A l’ouest, la Méditerranée / Au nord, Liban et Syrie

A l’est : Jordanie / Au sud : Egypte

    Ce petit bout de terre est peuplé depuis des millénaires car il a des atouts naturels certains :

- Zone de communications : en bordure de la Méditerranée et porte ouvrant sur l’Orient (les ports étaient points de départ ou d’arrivée des caravanes d’Asie, JPR).

- La chaîne montagneuse, à l’est[1] : domaine de l’olivier au nord, elle devient aride dans la région de Jérusalem et se termine par le désert du Néguev, au sud.

- La bande côtière est irriguée par une nappe phréatique importante, donc chaleur + eau = tout pousse si on peut creuser des puits et amener l’eau à bon escient.

- Enfin, dépression de la Vallée du Jourdain[2] (zone agricole importante) et de la Mer Morte.

    Le décor physique est planté : Un mouchoir de poche en bord de mer, aux confluences de l’Orient et de l’Occident.


    B. La Palestine à la fin du 19e siècle

    1. La Palestine n’a pas de réalité étatique à la fin du 19e siècle : intégrée à l’Empire Ottoman, c’est une des nombreuses provinces arabes sous domination turque depuis plusieurs siècles.

Sa population est multiculturelle : au recensement de 1850, on compte 85 % de musulmans, 11 % de chrétiens, 4 % de juifs… Car la Palestine est terre sainte pour les trois religions monothéistes dites du « Livre ». Ce sont 300 000 habitants, parmi lesquels 12 à 15 000 juifs et la cohabitation se fait sans gros problèmes. Cependant, en même temps qu’apparaissent les toutes premières colonies juives,  un mouvement national palestinien se constitue. Il est islamo chrétien.

     2. L'Organisation Sociale repose sur la famille élargie.

Le pouvoir local et la représentation au sein de l’Empire Ottoman sont entre les mains de quelques grandes familles depuis des siècles. Grands propriétaires terriens, leur influence est certaine, les rivalités aussi. Leur pouvoir repose beaucoup sur ce qu’on appelle le "clientélisme" : privilèges et facilités accordés à tel groupe, telle famille pour en faire des alliés…

Le reste de la population se compose d’une classe moyenne urbanisée, commerçants, artisans, professions libérales …, d’une couche paysanne importante qui vit des produits d’une terre que, souvent, elle ne possède pas. Il y a enfin les bédouins, éleveurs semi-nomades.

     3. L’influence des institutions religieuses est grande tant chez les musulmans que chez les chrétiens. Par leur impact moral évidemment mais également par leur poids politique et matériel car leur patrimoine foncier est très important.

Il faut signaler enfin la présence non négligeable des Eglises étrangères, notamment à Jérusalem. Elles ont ouvert de nombreux établissements, particulièrement d’enseignement, et jouent ainsi un rôle déterminant dans la formation des élites.


    C. L’émergence du sionisme politique en Europe

   1. le sionisme, force politique nouvelle

    Les communautés juives sont nombreuses en Europe depuis des siècles, ballottées au gré des alternances de calme et de persécutions. Le 19e siècle est marqué par la poussée des nationalismes, dans tous les pays. De nombreux juifs sont favorables à une intégration voire à une assimilation au sein de ces sociétés modernes dans lesquelles ils vivent. Ces aspirations sont favorisées par certaines législations qui créent l’ouverture. Ainsi, en France, les juifs sont citoyens depuis la révolution de 1789[3].

Par ailleurs, les théories socialistes qui se structurent sont internationalistes, ce qui facilite l’intégration des minorités. Et de très nombreux juifs vont participer à la lutte pour la réalisation de ces idéaux.

Mais tous ces mouvements vont se révéler incapables de résoudre « la question juive ». Il n’y a pas de place pour les juifs ! Et l’antisémitisme sévit partout : à l’Est, des pogroms : pillages et massacres se multiplient en Russie, Biélorussie, Pologne, Ukraine… ; en France, c’est l’Affaire Dreyfus (1894/1906) : un officier de l’armée française est accusé d’espionnage. Il est juif. Condamné aux travaux forcés, Alfred Dreyfus apparaît vite comme victime d’une machination. Faut-il revoir son procès mais mettre à jour l’antisémitisme et "salir l’Armée Française" ou privilégier "l’Honneur de la France" aux dépens du droit et de la justice ?

Un journaliste juif hongrois, Théodore Herzl, assiste aux évènements. Il y voit la preuve des persécutions dont son peuple est éternellement victime. En publiant son livre, « L’État des Juifs », en 1896, il se fait le théoricien du Sionisme politique : il faut un Etat dans lequel les juifs seront majoritaires, faute de quoi ils seront toujours persécutés. 

Cette option politique ne fait pas l’unanimité au sein des communautés juives de l’époque. Cependant, le 1e Congrès Mondial Sioniste qui se tient à Bâle en 1897 retient le principe d’œuvrer pour un état juif. Il faut "trouver une Terre sans peuple pour un Peuple sans terre". Amérique du Sud, Ouganda… Finalement, ce sera la Palestine, référence biblique du Judaïsme. Le Sionisme Politique est né : son objectif est d’implanter les juifs en Palestine qui n’est cependant pas une « terre sans peuple » !

 

2. Vers l’émigration européenne en Asie

Pour démarrer l’émigration des juifs vers la Palestine.

Il faut de l’argent : le Fonds National Juif est créé en 1901. Il collecte les sommes nécessaires à l’achat de terres. Les communautés juives sont sollicitées, partout où elles se trouvent.

Il faut convaincre les familles d’émigrer. Elles seront peu nombreuses au début du 20e siècle. Quelques milliers. Elles seront laïcs, souvent socialistes : les kibboutz, ces colonies de peuplement qui apparaissent peu à peu sur le terrain, ont une organisation basée sur le collectivisme des tâches et du mode de vie.

Sur le plan démographique, malgré tout, à l’aube de la guerre de 14, on note déjà une évolution en faveur de la population juive : sur les 700 000 habitants que compte maintenant la Palestine, 8% sont juifs, numériquement quatre fois plus qu’il y a 20 ou 30 ans.

Mais, les dirigeants sionistes ont une certitude : il faut des appuis politiques forts si on veut voir décoller un projet aussi ambitieux. L’entreprise parait irréaliste ! Des représentants sionistes envoyés dans le pays au début du siècle pour étudier la faisabilité d’une implantation de masse dans ce qui est pour eux « Eretz Israël », la Terre d’Israël, envoient un télégramme rédigé ainsi : « La fiancée est belle mais elle est déjà mariée ! ». S’implanter à la place d’un autre peuple suppose des soutiens politiques sérieux et efficaces.

(La guerre de 1914-1918 va ouvrir ces perspectives JPR).


2. LA GUERRE DE 1914 ET SES SUITES

 

Le Proche-Orient est un front de la 1ère guerre mondiale (voir les cartes dans le commentaire sur Lawrence d’Arabie). La déclaration Balfour a une importance grandissime et pose carrément le problème israélo-palestinien d’aujourd’hui. JPR.

 

A. La déclaration Balfour 

    (NB. sur cette question voir aussi mon cours : Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale JPR).

Les Grandes Puissances de l’époque : Il s’agit de la France et de la Grande Bretagne. Éternelles rivales, elles ont les deux grands empires coloniaux du moment.

    Le Proche et le Moyen Orient les intéressent car ce sont des voies de communication vers les Indes et l’Extrême Orient, par voie de terre mais aussi par voie maritime grâce au tout proche Canal de Suez, accès essentiels pour les colonies lointaines de ces 2 pays. Pétrole et Gaz sont maintenant connus, convoités, exploités et le Moyen Orient en regorge.

    Les Accords Sykes-Picot [4], signés en 1916 entre la France et la Grande Bretagne, concrétisent les appétits des deux partenaires. La guerre de 1914 est en cours, l’Empire Ottoman est l’allié de l’Allemagne. Prévoyant un effondrement des Turcs en cas de victoire des alliés occidentaux, la France et la Grande Bretagne s’entendent pour se partager les provinces arabes qui s’en trouveraient libérées.

    La Grande Bretagne jette son dévolu sur la Palestine : Son électorat juif n’est pas négligeable et le groupe de pression sioniste qui agit sur le gouvernement britannique compte, parmi ses membres, un personnage influent : Walter de Rothschild. La revendication que font les sionistes d’implanter un « foyer national juif » en Palestine retient donc toute l’attention de la Grande Bretagne, ce d’autant que ce pays, comme la France d’ailleurs, ne veut surtout pas qu’émerge, de l’éclatement de l’empire ottoman, un grand Etat arabe unifié. C’est pourtant bien cela  qui a été promis aux dirigeants arabes dont les troupes luttent aux côtés des britanniques pendant la Grande Guerre.

    Le 2 novembre 1917, c’est la Déclaration Balfour, nommée ainsi du nom du ministre britannique des affaires étrangères qui écrit à Lord Rothschild : "Le gouvernement de sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif". Étape politique fondamentale pour le devenir du projet sioniste. Cette déclaration va peser de tout son poids sur les décennies futures et va trouver une concrétisation dés la fin des hostilités de la 1e guerre mondiale.

 

B. L’après-première-guerre-mondiale

    La Déclaration Balfour  représente un succès énorme pour les sionistes qui ont réussi, en moins de 20 ans, à, non seulement exister sur le plan international, mais encore à remporter le soutien d’une des deux plus grandes puissances mondiales de l’époque.

 

1. Création de la S.D.N.

    La guerre de 14-18 se termine par la défaite allemande et de son allié, l’empire ottoman. Celui-ci, déjà effrité par les assauts des puissances européennes au 19e siècle (la France dans le Maghreb, l’Italie en Libye, la Grande Bretagne en Egypte), ne résiste pas plus longtemps. Toutes les provinces arabes de l’Empire, c'est-à-dire ce que l’on nomme le Croissant Fertile, depuis le sud de l’Irak actuel jusqu’à la Palestine, se trouvent libérées de la domination turque.

La période des conférences de la paix et des traités commence : Paris, San Remo, Versailles, Sèvres,…  autant de lieux de signature d’accords entre vainqueurs qui se partagent le butin !

    La Société des Nations vient tout juste d’être créée et va être la puissance tutélaire présidant à la distribution de « mandats » sur toutes ces régions du Proche et du Moyen Orient dont l’intérêt politique et économique n’a échappé à personne. La France et la Grande Bretagne obtiennent tous les pouvoirs sur ces territoires et on s’aperçoit, en analysant la distribution des responsabilités, que les accords de Sykes-Picot, signés entre ces 2 pays en 1916, sont suivis presque à la lettre. Bien que les représentants des différentes populations directement concernées, arabes, arméniennes, kurdes, sionistes… aient été auditionnés par les commissions préparant les futures décisions, ce sont les intérêts de la France et de la Grande Bretagne qui vont l’emporter. Des états sont créés pour les seuls besoins des pays colonisateurs. Des politiciens dessinent artificiellement des frontières sans tenir le moindre compte des réalités ethniques et culturelles des régions sur lesquelles ils prennent le pouvoir. Ils préparent ainsi les conflits dramatiques et récurrents des décennies suivantes.

    Les puissances mandataires sur ces territoires arabes anciennement ottomans sont la France pour le Liban et  la Syrie, la Grande Bretagne pour l’Irak, la Transjordanie et la Palestine.

 

2. La Palestine mandataire : quelles responsabilités sous-tend ce terme de mandat ?

    Le Traité de Sèvres[5], en 1922, officialise tout ce qui suit et qui marque le démarrage de ce qui va s’appeler la période de la Palestine mandataire.  Que doit faire la puissance mandataire à qui on accorde les pleins pouvoirs de législation, d’administration et de police ? Il va y avoir deux cas de figures :

- Pour tous les territoires excepté la Palestine : il s’agit d’amener, de façon progressive, le pays sous mandat à l’indépendance politique, administrative et économique. Et c’est ce qui sera fait plus ou moins rapidement, entre les années 20 et 40.

- Par contre, pour la Palestine, les termes du mandat donné aux britanniques diffèrent en tout point car la déclaration Balfour est reprise à la lettre : Art. 2 : "…instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif,..., ". Avec cependant des précautions oratoires qui précisent qu’il faut sauvegarder les "droits civils et religieux de tous les habitants de la Palestine, à quelque race ou religion qu’ils appartiennent". Les juifs sont les seuls à être nommés. Le mot « palestiniens » n’est pas même mentionné et pour eux, il ne s’agit que de droits civils et religieux, il n’est pas question de droits politiques.

    L’avenir d’écrasement progressif de la population autochtone palestinienne s’inscrit déjà dans les lignes du mandat accordé à la Grande Bretagne pour la Palestine.

 

    La machine est en marche pour l’implantation inexorable d’une population venue d’ailleurs au détriment de la population d’origine. Un processus qui aura son paroxysme lors des conflits entre 1947 et 49 et auquel nous continuons d’assister de nos jours.

 

3. L’ENTRE-DEUX-GUERRES

 

    Période marquée par l’activisme de l’Agence juive, la multiplication de la présence juive ce qui provoque le soulèvement palestinien de la fin des années trente. Les Anglais sont toujours la puissance coloniale présente. JPR.

 

A. Les trois protagonistes en Palestine

    1)       L’occupant, la Grande Bretagne.

    Son intérêt à la création d’une "structure" juive en Palestine est manifeste et sa volonté d’y parvenir a été clamée haut et fort lors de la Déclaration Balfour de 1917. Sa culture est européenne comme l’est celle des juifs qui arrivent d’Europe, fuyant l’antisémitisme qui ne fait que monter dans leurs pays d’origine.

    Il est des fonctionnaires britanniques qui sont d’origine juive. Ils ne sont pas obligatoirement sionistes mais certains, parfois très haut placés, le seront, ce qui bien entendu représente un avantage évident pour les tractations futures entre les administrateurs du pays et les représentations juives.

    A contrario, le refus de collaboration, voire l’ostracisme, de la part des Britanniques à l’égard des populations palestiniennes va vite apparaître évident.

2)       Les immigrants juifs.

    En 1925, le foyer juif de Palestine, le Yishouv,  représente 17 % de la population totale du pays.

    Des dirigeants déterminés et compétents ont défini un objectif précis : s’implanter dans le pays afin d’aboutir à la création d’un Etat juif comportant le moins « d’arabes » possibles. Des terres continuent à être achetées grâce aux sommes collectées par le Fonds National Juif. La répartition des colonies de peuplement qui se construisent peu à peu répond à une stratégie réfléchie : trois kibboutz délimitent un territoire. Quand viendra le moment de passer à l’action violente d’expulsion des autochtones, ce bout de terre ainsi circonscrit sera plus facilement contrôlable et sa population mieux maîtrisée.

    Les zones d’implantation sont également bien étudiées et sont choisies en fonction de leur situation géographique, là aussi, pour "plus tard".

    Des milices sont constituées, armées, entraînées pour assurer la protection des colonies. Elles participeront activement aux évènements qui marqueront la fin du Mandat.

3)       Les Palestiniens.

    Les notables qui constituent la structure dirigeante de la société s’opposent souvent les uns aux autres. Le principe du "diviser pour régner" ayant de tout temps été pratiqué par les pouvoirs en place, il est certain que les Britanniques ne vont qu’aggraver un état de fait déjà précaire. Les dirigeants palestiniens auront parfois à choisir entre s’opposer à l’occupant ou préserver leurs positions privilégiées. Leurs choix n’iront pas toujours dans le sens de l’intérêt de leur communauté.

    Par ailleurs, les tentatives palestiniennes d’organiser des structures parallèles qui auraient pu compenser l’absence d’accès à la gestion de leur propre pays seront toujours contrecarrées par la puissance mandataire.

    Tous les gouvernements britanniques posèrent le même préalable aux populations arabes : "Reconnaissez d’abord l’objectif du mandat, c'est-à-dire le principe de l’implantation d’un foyer juif en Palestine, sinon aucune revendication ne peut être acceptée". Et tel fut le cas. Les dés sont donc pipés dés le départ. La Palestine est occupée,

    L’immigration juive est régulière et s’amplifie au fil des années. Un régime déséquilibré est mis en place par l’occupant : ne concédant rien aux palestiniens, il accepte, au contraire, que la communauté juive de Palestine mette sur pied, petit à petit, grâce à l’Agence Juive qui la représente, des structures sociales qui auront le temps de se consolider et de s’aguerrir et qui serviront de base aux services étatiques dont aura besoin l’état d’Israël, dés ses premières heures d’existence.

    Sur le terrain, les troubles éclatent avant même le début du mandat.

    La population palestinienne subit très tôt les conséquences de l’opération sioniste. Les terres vendues le sont vides de populations et les paysans sans terre qui les exploitaient depuis des générations doivent partir. S’agglutinant autour des grandes villes, ils constituent peu à peu un prolétariat, subissant chômage et précarité.

    Par ailleurs, la concurrence entre les productions arabes et juives aggrave les difficultés économiques et sociales de la société palestinienne. Les techniques modernes, apportées par les immigrants juifs qui viennent d’Europe, jouent en défaveur de l’agriculture traditionnelle des Palestiniens, moins compétitive.

    Dés 1920, des heurts intercommunautaires font des morts de chaque côté. L’armée britannique qui occupe militairement la Palestine depuis 1917 réprime violemment l’insurrection.

 

B. La révolte palestinienne

    Le mouvement sioniste poursuit l’achat de terres et l’immigration prend de l’ampleur si bien que les troubles ne font que s’amplifier au fil des années 20 et 30.

    La progression des pourcentages de juifs dans la population de Palestine est significative :

Date

% juifs

Fin XIX°

4

1914

8

1925

17

1936

29

    1929 est marquée par de nouveaux affrontements à Jérusalem et à Hébron. Une fois encore : morts et blessés palestiniens et juifs, répression britannique. Mais le pire reste à venir.

    En Europe, Hitler arrive au pouvoir et cela transparaît dans les chiffres de l’immigration juive vers la Palestine : Entre 1924 et 1930 : 82 000 immigrants ; Entre 1932 et 1938 : 217 000, venant essentiellement de Pologne et d’Allemagne. Beaucoup de ces immigrants sont diplômés et ont des compétences techniques et intellectuelles élevées, ce qui représente un potentiel de développement économique énorme pour la communauté juive du pays.

1936/ 1939 : C’est la révolte palestinienne.

    La mort d’un militant palestinien, Azzedine al Qassam, met le feu aux poudres.

    Tout commence par une grève générale de six mois. Mouvement populaire de masse non violent, il s’exprime par des débrayages et le boycott des secteurs de l’économie contrôlés par les Britanniques et la communauté juive.

Mais, vient ensuite une révolte armée très dure qui se généralise à tout le pays.  Elle cible tant l’occupant que les juifs. Certaines régions sont momentanément entre les mains des insurgés palestiniens et les forces britanniques doivent quitter la Vieille Ville de Jérusalem, Jaffa, Jéricho, Acre, Beersheva !

La répression est féroce. Tout est utilisé : emprisonnements, exécutions sommaires, assassinats ciblés, détentions administratives, exils, couvre-feu, destructions de maisons voire d’un quartier entier de Jaffa, récoltes détruites dans les campagnes… Cette période, qui se termine par un écrasement de la résistance palestinienne, est lourde de conséquences. Pour les Palestiniens, en tout premier lieu : ils ont perdu la majeure partie de leurs résistants et de leurs dirigeants nationaux. L’échec de cette fin de décennie aura des répercussions, 10 ans plus tard, lors de la constitution de la Nakba.

Conséquences aussi pour l’immigration juive qui marque un temps d’arrêt provisoire ; conséquences enfin sur la politique de la Grande Bretagne : la commission « Peel », créée pour réfléchir aux solutions possibles en Palestine, propose le partage du territoire entre les deux communautés ennemies. Nous sommes en 1937, c’est la première publication d’un plan de partage. Les Palestiniens rejettent en bloc un tel projet qui signe la spoliation pure et simple de terres qui sont les leurs. La communauté juive n’accepte pas le détail du partage et fait une contre-proposition à son avantage mais, cependant, voit l’idée comme allant dans le bon sens pour aboutir à l’objectif sioniste de base : la création d’un Etat juif.

    Devant la gravité des troubles qui se poursuivent, le gouvernement britannique comprend qu’il doit lâcher du lest au bénéfice de la population palestinienne. Et c’est la publication du "Livre Blanc" de 1939 : Promesses de limiter le nombre annuel d’immigrants juifs, de contrôler l’achat des terres, d’aller, dans les dix ans à venir, vers un État indépendant dont la nature et la constitution seront à définir avec la population palestinienne, la communauté juive de Palestine et les pays arabes voisins.

    Depuis le début du mandat, c’est la première fois que la population palestinienne se trouve mentionnée dans une perspective d’avenir. Trop tard ! La 2e guerre mondiale approche et la persécution nazie des juifs, en Europe, a déjà commencé.

Elle s’invite dans cette Histoire qui était déjà bien compliquée.

 

(à suivre)Histoire de la Palestine contemporaine. (2ème partie : 1945-aujourd'hui).




[1] Cette chaîne côtière est un château d’eau. Elle reçoit énormément de précipitations (plateau du Golan) et l’eau est dispersée par de nombreux cours d’eau -dont le Jourdain-. C’est cette eau qui alimente la nappe phréatique de la Cisjordanie palestinienne. JPR

[2] Le Jourdain nait dans les montagnes libanaises, sur le flanc occidental du mont Hermon (mot qui signifie « mont enneigé ») montagne de l'Anti-Liban, culminant à 2.814 mètres d'altitude. Il traverse les lacs Houlé et de Tibériade puis se jette dans la mer Morte. C'est le seul cours d'eau notable de cette région. Le Jourdain mesure 360 km de long. Le mont Hermon est à la frontière entre la Syrie et le Liban et il est, avec les faces ouest et sud de la montagne, sous occupation israélienne depuis sa conquête en 1967. Selon la version israélienne des évènements, cet objectif ne fut fixé qu'à la fin du conflit afin de mettre un terme aux salves de roquettes lancées régulièrement depuis la Syrie ; alors qu'il est largement admis que l'occupation israélienne de cette montagne a pour but d'assurer le contrôle de ce lieu stratégique qui est aussi très riche en sources d'eau potable. Source : Wikipaedia. Note de JPR.

[3] Lire le discours de Robespierre sur les juifs prononcé le 23 décembre 1789 (JPR)

[4]Du nom des deux négociateurs anglais et français qui mirent au point ces accords SECRETS. JPR.

[5]Ce traité est signé entre les vainqueurs et la Turquie vaincue. A Trianon, est signé le traité avec la Hongrie, à Versailles le traité avec l’Allemagne… etc. Le traité de Sèvres provoque une révolte nationaliste en Turquie (Kemal Atatürk) au point que de nouvelles négociations auront lieu et seront conclues à Lausanne (traité de 1923). JPR.

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