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Les Etats-Unis et le droit de la guerre (Les Gi américains urinent sur le cadavre de leurs ennemis…)

publié le 13 janv. 2012 à 06:34 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 janv. 2015 à 15:23 ]

    La photo de l’agence Reuters fait le tour du monde au grand plaisir de You tube. On y voit quatre GI, verge hors de la braguette du battle dress, urinant sur le cadavre d’Afghans dont un était sur un brancard. C’est la réitération des clichés pris dans la prison d’Abou Ghraib, en 2004, qui concernaient, alors, des détenus irakiens. Ces moines-soldats [1] donnent ainsi une idée de la civilisation exportée par les Américains dont nous sommes compagnons d’armes en Afghanistan et au sein de l’OTAN.

    Comme d’habitude, des voix puritaines s’élèvent aux Etats-Unis - certaines sincères, d’autres parfaitement hypocrites- pour condamner de tels agissements. Mais elles prêchent dans le désert. Depuis plus d’un siècle, le traitement de l’ennemi comme "unter-Menschen" est chose courante dans ce pays. Les soldats yankees se sont entrainés contre les Noirs et surtout les Indiens.


Lors de la guerre des Philippines (1899-1902)


    Les motivations d’abord : « Nulle terre en Amérique ne surpasse en fertilité les plaines et les vallées de Luçon. Le riz, le café, le sucre, la noix de coco, le chanvre, … le bois des Philippines peut fournir le monde entier pour le siècle à venir. Etc...  » s’écrie Albert Beveridge devant le Sénat des Etats-Unis.

    Les méthodes ensuite : Un volontaire de l'État de Washington écrivit que « notre esprit combatif était au plus haut et nous voulions tous tuer du "nègre" (…). On les a tirés comme des lapins ». La Ligue anti-impérialiste américaine publia, en effet, des lettres de soldats faisant leur service aux Philippines. Un capitaine originaire du Kansas écrivait : « La ville de Caloocan était censée abriter dix-sept mille habitants. Le 20° (régiment) du Kansas est passé par là et maintenant il n'y a plus âme qui vive à Caloocan». Un simple soldat du même régiment affirma : « J'ai mis moi-même le feu à plus de cinquante maisons de Philippins après la victoire de Caloocan. Des femmes et des enfants ont été victimes de nos incendies».

    « Tuer du nègre »… voilà bien un héritage de violence selon le mot d’Audouin-Rouzeau. Mais aux Etats-Unis, l’héritage est lourd. « La guérilla est combattue non seulement par la destruction systématique des récoltes et du bétail, mais aussi par l'enfermement en masse de la population dans des camps de concentration où la faim et la maladie la réduisent ». Le général Jacob H. Smith donne l'ordre explicite de transformer l’île de Samar [2] en une "lande désolée" (Howling Wilderness). « I want no prisoners. I wish you to kill and burn, the more you kill and burn the better it will please me. I want all persons killed who are capable of bearing arms in actual hostilities against the United States» (Miller, p.220). Et, selon Smith, tous les hommes de plus de dix ans sont capables de manier le fusil, d’où le terrible "Kill every one over ten"[3]. Exploitant les travaux d’un historien américain, Brian McAllister Linn (Texas A&M University), le professeur Losurdo écrit [4] « Il ne s'agit pas (de la part de Smith, JPR) d'un geste isolé : il faut faire son profit -confirme le secrétaire à la Guerre lui-même - "des méthodes que nous avons expérimentées avec succès dans l'Ouest au cours de nos campagnes contre les Indiens" ». Le génocide indien, autre héritage toujours présent. Quant à la Scorched earth tactics, la technique de la "terre brûlée", elle est bien connue des Américains, les Indiens en savent quelque chose mais les Géorgiens aussi (cf. III. GUERRE DE SÉCESSION : WILLIAM T. SHERMAN). C’est un héritage anglais (The charge of the light brigade (1936).

    L’historien R. Leckie [5] décrit un autre apport des Américains à la civilisation : « Les Philippins conduisaient un type de guerre basé sur la terreur. Les Américains y répondirent avec tout autant de cruauté. Ils développèrent une "torture à l'eau" (water cure) qui fit frémir même les Espagnols. Si un Philippin capturé refusait de dévoiler des informations militaires, cinq ou six gallons d'eau lui étaient déversés de force dans la gorge jusqu’à ce que son corps devienne un "objet horrible à regarder". Ensuite, on faisait sortir l'eau en lui mettant les genoux sur l'estomac. Le traitement était répété jusqu'à ce que le prisonnier parle ou meure ». C’est l’usage de la « water cure » qui permit aux Américains de connaître le site du PC des révolutionnaires philippins (S.C.Miller[6]). Le gouverneur civil Taft admit devant le Congrès : « the so called water cure had been used on some occasions to extract information ». Les descendants des Pères puritains ont donc torturé.


La lutte contre les Japonais (1941-1945).


    Le racisme à l’égard des Japonais est immédiat aux Etats-Unis. En 1906, un jeune d’âge scolaire, dont le père était japonais, se voit refuser son inscription dans une école de San Francisco [7]. Après Pearl Harbour, le racisme WASP va encore frapper. On a vu comment ces derniers traitèrent les Noirs esclaves, les Indiens ; leur mépris des humains de "race jaune" est du même acabit.

    Pour le GI moyen, le Japonais est soit « a monkey » soit « an ape » mais dans de plus hautes sphères, plus intellectuelles, on n’est pas loin de penser la même chose : « L’irruption de la guerre du Pacifique dans les années 40 a provoqué une rupture nette dans la perception des Japonais par les Américains. On est passé d’une perception d’avant-guerre faite de mépris et de dédain (le conservateur de la division d’anthropologie de la Smithsonian Institution avait informé le Président que le crâne des Japonais montrait un développement "en retard de 2000 ans par rapport aux nôtres" cependant que l’idée était largement répandue au sein des experts militaires occidentaux que les Japonais faisaient de mauvais pilotes qui "ne pouvaient viser juste parce que leurs yeux étaient bridés") à une perception liée à la guerre qui en faisaient des combattants très efficaces mais moralement des sous-hommes, des bêtes»[8]. D’où le cri de guerre des GI qui débarquaient en hurlant : « Kill the Japs bastards ! Take no prisoners ».

    Dans son livre « La guerre sans merci », J.W. Dower publie des illustrations d’époque qui sont sans ambigüité. Surpris par l’extrême rapidité de la progression des Japonais, les Américains les vivent dans un premier temps comme des êtres immondes, au sens premier, c’est-à-dire pas de ce monde. Aussi les caricaturistes donnent au soldat japonais le corps de King-Kong ou alors c’est une horde de singes qui volent de lianes en lianes à la vitesse de l’éclair. Le Japonais peut être aussi une nouvelle espèce de pou : le louseous japonicas (sic). Face à la bête immonde, un seule recours la …civilisation, mot écrit sur un énorme revolver pointé sur la tête d’une sorte de gorille, revolver sur la gâchette duquel un doigt est appuyé. La civilisation, c’est la main -américaine- qui va faire usage du revolver.

    Tout cela invite les GI à ne pas faire de manières. Voici l’article publié par le correspondant de guerre du journal Atlantic Monthly : Traduction proposée : « Nous avons tué des prisonniers de sang froid, détruit des hôpitaux, tiré sur des bateaux de sauvetage, tué ou maltraité des civils, achevé les blessés, jeté le corps d’ennemis agonisants avec celui des morts dans la même fosse, et, dans le Pacifique, on a fait bouillir des crânes pour en enlever la chair et fabriquer des ornements de table pour amoureux, on a même fabriqué des coupe-papiers avec leurs os »[9]. On sait que l’un de ces soldats eut la délicatesse d’envoyer un de ses coupe-papiers au président F.D. Roosevelt !

    La déspécification - c’est-à-dire le fait de sortir l’ennemi de l’espèce humaine ce qui autorise moralement son extermination - est une animalisation dans la guerre du Pacifique selon Audouin-Rouzeau[10].

« De la part des Américains à l’encontre des Japonais on retrouve ici aussi les atteintes au visage (oreilles en particulier), atteintes pouvant aller, plus rarement il est vrai, jusqu’aux décapitations. Des témoignages irréfutables attestent également des pratiques scatologiques de profanation du corps adverse. D'autres gestes ont été plus loin peut-être en termes d'animalisation de l'adversaire japonais. Ainsi la liquidation au lance-flammes des soldats qui se rendent ne peut-elle s’apparenter à une« cuisson » de ce dernier, au même titre que celle d'un gibier ? Les "concours de tir" ne peuvent-ils pas être décryptés également en termes de chasse à l'homme ? L'anthropologie insiste sur les liens étroits qui existent entre chasse et guerre, comme entre celle-ci et l'abattage du bétail. Or, c'est bien de cela qu'il est question en matière d'atrocités de champ de bataille, où l'animalisation du corps adverse s'inscrit décidément comme un réflexe récurrent ».

    Le lien avec le passé est fait par ces "fétiches, ces cadeaux" que ramènent les vétérans : les scalps de Japonais. Les guerres indiennes loin d’être un passé qui n’arrive pas à passer sont plutôt un haut fait d’armes always fashionable.

    

    « Vietnam, terre d’Indiens »


    « À leur tour » écrit Stannard « les soldats américains récupèrent quelques morceaux de squelettes vietnamiens, en guise de souvenir, comme avaient fait leurs pères lors de la 2° Guerre mondiale ». Le VietNam c’était « une terre d’Indiens »[11] pour les GI qui, donc, pratiquèrent les mêmes méthodes que leurs ancêtres. Dont la fameuse et habituelle Scorch Earth tactic. Brûler la terre au lance-flamme eût demandé trop de temps, surtout dans ce pays de rizières inondées….l’agent orange lui fut préféré. Guerre chimique abominable qui a toujours des conséquences[12]. « "De tous les crimes de guerre, celui de l’agent orange au Vietnam est particulièrement hideux". La guerre américaine contre le Vietnam a sans doute atteint un sommet dans l'histoire des crimes contre l'humanité. Non seulement il y fut déversé quatre fois le tonnage de bombes larguées durant toute la Seconde Guerre mondiale, mais il fut la cible d'une gigantesque guerre chimique que Washington a appelée "Operation Ranch Hand" (ouvrier agricole). Avec quatre-vingt-quatre millions de litres de défoliants pulvérisés en dix ans, elle visait à raser les forêts tropicales ainsi qu'à empoisonner les récoltes, les populations et les combattants. Le plus connu de ces défoliants l'agent orange, ainsi nommé en raison des bandes de couleur peintes sur les fûts contenant le poison, représenta à lui seul 62. % du volume déversé sur le Viêt Nam »[13].

    Mais, de même que les Japonais ont un cerveau qui présente un développement de 2000 ans de retard par rapport au cerveau génial de l’Américain moyen, de même, « le cerveau des Vietnamiens est aussi ratatiné que la jambe d’un poliomyélite et leur capacité de raisonnement est à peine au-dessus de celle d’un enfant américain de six ans »[14].

    Il suffit d’évoquer le nom du village de My-Lai pour rappeler le degré de barbarie auquel peuvent parvenir certains militaires américains dans la continuité de beaucoup de leurs prédécesseurs.

     Je m’arrête là. Tout est explicite. Pour essayer d’expliquer de tels comportements, il faut remonter aux origines de l’histoire américaine. Origines qui se situent en Angleterre. Les Anglais ayant à l’égard des Irlandais un comportement ignoble, comportement qu’ils décalquèrent lorsqu’ils virent devant eux des Indiens improbables. Quant au racisme à l’égard des Noirs, les WASP trouvèrent suffisamment d’éléments dans leur lecture spécifique de la Bible pour tout justifier.



[1] Ils vont tous à l’office, soyez en sûrs, et l’Amérique est le bras armé de Dieu.

[2] Où eut lieu le massacre de quarante soldats américains par les combattants philippins.

[3] “Tuez tous ceux qui ont plus de 10 ans”.

[4] Dans son livre “le révisionnisme en histoire”.

[5] The Wars of America, cité par LOSURDO.

[6] « Benevolent Assimilation », The American Conquest of the Philippines, 1899-1903, New-Haven - -Londres, Yale University Press, 1982, 340 pages.

[7] "Humiliations dont le Petit Journal illustré du 16 décembre 1906 se faisait déjà l’écho dans un article titré La grande querelle du petit Jap et de l'oncle Jonathan. «On connaît le point de départ de l'incident assez alarmant qui divise, en ce moment, les Japonais et les Américains, plus particulièrement les citoyens de l'État de Californie. Les Américains, très entichés, comme on le sait, de leurs préjugés de races, entendent traiter les Japonais comme des barbares exclus de la civilisation occidentale ; ils ont interdit l'entrée des écoles publiques de San-Francisco aux enfants des Japonais, très nombreux en cette ville. Le Japon proteste contre cette exclusion. De leur côté, les autorités de l'État de Californie entendent la maintenir, sans que le pouvoir central ait le droit d'intervenir. Voici le fait qui a déterminé la querelle,(…) ". Extrait d’une citation de Wikipaedia (article : principe de l’égalité des races).

[8] STANNARD, American Holocaust, the conquest of the new World, Oxford University Press, New York, 1992.

[9] STANNARD, qui cite le livre « war without mercy ».

[10] AUDOUIN-ROUZEAU, La violence de guerre.

[11] Le mot est du Général Maxwell Taylor lui-même, prononcé lors de son témoignage devant une commission d’enquête du Congrès américain (cité par STANNARD).

[12] Cf. L’HUMANITE du 27 mai 2009 sur « le crime de guerre dénoncé par un tribunal d’opinion » (associations internationales de juristes) ; et LE MONDE du 27 avril 2005 : « Viet Nam : les oubliés de la dioxine » (conséquences tératogènes de cet herbicide toxique sur la procréation).

[13] Dominique BARI, l’Humanité du 9 septembre 2010. Compte rendu du tout nouveau livre "AGENT ORANGE - APOCALYPSE VIÊT NAM, d'André Bouny, préface d'Howard Zinn, avant-propos de William Bourdon, plus de cent illustrations, cartes et photographies. Éditions Demi-Lune, 2010, 416 pages".

[14] STANNARD, page 253. « Their minds were the equivalent of "the shriveled leg of a polio victim", their "power of reason only slightly beyond the level of an American six-year old », U.S. Embassy's Public Affairs Officer, John Mecklin.

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