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II. GUERRE DE SECESSION et REVOLUTION

publié le 3 juil. 2011 à 03:17 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 févr. 2017 à 08:56 ]
  12/04/2011  

    La Guerre de sécession est considérée par les historiens comme la seconde étape de la révolution américaine.

    Tant que l’esclavage persistait aux États-Unis, ces derniers ne pouvaient être considérés comme une démocratie. Beaucoup de révolutionnaires européens sont partis aux États-Unis pour soutenir la cause abolitionniste. Marx et le comité exécutif de l’Association Internationale des Travailleurs enverront un message chaleureux de félicitations au président Lincoln, après sa victoire pour un second mandat présidentiel (lettre du 30 décembre 1864). Marx, en effet, distingue deux étapes dans cette guerre : Lincoln se bat d’abord pour sauver la constitution et l’unité des États-Unis, ensuite son combat pour l’abolition de l’esclavage des Noirs en fait une lutte révolutionnaire.

    Mais cette vision de l’évènement est incomplète. Une révolution se produit lorsque des forces sociales nouvelles et ambitieuses se heurtent à un système politique en place qui est le reflet d’un ordre désuet et qui vise à la conservation de la société ancienne. Or, c’est exactement ce qui se passe aux États-Unis. Le Nord-Est est la région qui progresse chaque mois de chaque année. L’industrie est toujours plus puissante, tant dans le textile –qui travaille le coton du Sud- que dans la papeterie, dans la construction des machines textiles. La sidérurgie est un secteur en plein boom, surtout à cause des chemins de fer dont le rôle dans l’intégration de l’espace est manifeste. Et la construction des transcontinentaux (coast to coast) est programmée. Cet immense marché échappera-t-il aux patrons de la sidérurgie américaine à cause du libre-échange qui favorise les produits anglais moins chers et dont les Sudistes sont les adeptes ? Face à cette bouillante impatience du Nord et jusqu’à la première élection de Lincoln, tout l’appareil politique des États-Unis étaient aux mains du Sud esclavagiste. C’est bien pourquoi, l’arrivée de Lincoln à la Maison Blanche a immédiatement effrayé les propriétaires du Roi-coton dont certains envisagent ipso facto la sécession.

    La superstructure politique était aux mains des Sudistes.

    Au milieu du XIX° siècle, les États-Unis sont encore dirigés par les hommes du Sud ou par des Démocrates favorables aux thèses du Sud. Depuis leur création et jusqu'à la guerre, les USA ont connu quinze présidents dont sept de Virginie ! [1] Deux venaient des Caroline. Les autres étaient originaires de Nouvelle-Angleterre ou de New-York et étaient soit du parti Whig –parti, en voie de disparition, de l’élite sudiste- soit du parti démocrate. Ainsi Franklin Pierce (1853-1857), New Hampshire, soutint-il les thèses esclavagistes lors de la dramatique affaire du Kansas. L’élection de son successeur, James Buchanan (1857-1861), Pennsylvanie, montre bien l’originalité du parti démocrate : Buchanan obtient 56% sur l’ensemble des 15 États esclavagistes et 41,4% sur l’ensemble des 16 États libres. A contrario l’influence du parti républicain, qui vient d’être créé, est étroitement confinée aux États du Nord.

    La Maison Blanche est sudiste, le Capitole aussi. Avec 15 États sur 31, les esclavagistes ont la quasi parité des voix au Sénat. Il suffit de quelques sénateurs du Nord favorables aux thèses du Sud pour l’emporter. Il n’en va pas de même à la chambre des Représentants où le nombre de députés est proportionnel à la population : le Nord est majoritaire depuis longtemps mais, là encore, tous les Représentants du Nord ne sont pas mécaniquement abolitionnistes, loin de là. On l’a bien vu lors de la dramatique affaire Sumner/Brooks (1856). Sumner, sénateur du Massachusetts, abolitionniste, avait vivement critiqué Butler, sénateur esclavagiste de Caroline du Sud. Il fut agressé par Brooks, député de Caroline du Sud et -surtout- neveu de Butler, à coups de canne, en plein Sénat, et laisser pour mort. Sumner ne put reprendre son travail qu’après trois ans de soins. Ses collègues présentèrent une motion d’expulsion à l’encontre de Brooks. La motion n’obtint pas les deux tiers des voix nécessaires : les Sudistes "tenaient" encore le Congrès en mains. Le port, la ville et l’État de New York dépendaient étroitement du Sud par où transitaient les ventes et achats des Sudistes (du coton exporté aux articles de luxe venus d’Europe) : les élus new-yorkais étaient démocrates favorables au Sud.

    Avec la présidence, avec le Congrès législatif, le troisième pouvoir - la justice - était également aux mains des Sudistes. Logique : les membres de la Cour suprême sont désignés (à vie) par le président dont on a vu qu’il était toujours favorable aux thèses du Sud. Lors de l’affaire Dred Scott, la Cour comptait une majorité de cinq Sudistes sur neuf membres et le président, Taney, en faisait partie. L’affaire est portée en appel devant la Cour en 1857. Dred Scott, esclave d’un chirurgien du Missouri, avait suivi son maître lors de ses pérégrinations dans des États du Nord. Au retour dans le Missouri, victime de la peine du fouet, il porte plainte pour voie de fait, arguant de ses séjours en Illinois et Minnesota -États fédérés non-esclavagistes- qui en avaient fait -selon lui- un homme libre. La Cour suprême fédérale déclara que Dred Scott n’avait pas le droit d’ester en justice puisqu’il était une "chose" dit Firmin Roz, un "bien meuble" rectifie Howard Zinn [2]. Tout citoyen, dit la Cour, d’un État esclavagiste peut se déplacer et s’installer dans un État du Nord, ses biens restent sa propriété : cheval, meubles, bijoux, esclaves…C’était de la part de la Cour admettre que l’Institution particulière [3] au Sud pouvait se généraliser au Nord. Scandale retentissant.

    Bref, on le constate, les États-Unis étaient dirigés par des hommes politiques esclavagistes ou par des Nordistes favorables à une entente avec le Sud, cette superstructure politico-juridique était le reflet de la domination du King Cotton sur l’ensemble de l’économie du pays. Mais cette domination est remise en cause par les progrès fulgurants de l’industrie et des activités de services du Nord. La fin des années 1830' marque le "décollage" -take off- de la révolution industrielle aux États-Unis. Au moment des années 1850’, les hommes du Nord ne supportent plus cette hégémonie du Sud.

    Après la Guerre de Sécession, tout change. A partir de 1861 et jusqu’en 1913, les présidents sont tous du parti Républicain qui gouverne 44 ans sur 52. Ils sont, sans exception, du Nord (Ohio, Vermont, New-York). Seul le démocrate G. Cleveland a réussi à émerger pour deux courts mandats de 4 ans au dessus de cette marée républicaine. Mais il est du New Jersey et, surtout, il se heurte à l’opposition de la majorité du Congrès demeurée républicaine [4]. Bref, le Big business domine et parle verbe haut aux Anglais, l’expansion impériale des États-Unis commence.

    3° partie : III. GUERRE DE SÉCESSION : WILLIAM T. SHERMAN



[1] G. Washington, Jefferson, Madison, Monroe, Harrison, Tyler, Taylor.

[2] « Cette conception faisant de l’esclave un bien mobilier fut "unique parmi tous les systèmes qu’ont connus les pays civilisés"» écrit H. ARENDT, citant Elkins, et Arendt qualifie cela de « crime » (Du mensonge à la violence, 1972). La Cour déclara en 1857 : « les Noirs ne sont pas et ils ne peuvent être considérés comme des citoyens au sens où l’entend la constitution fédérale ».

[3] Ainsi était prudemment et puritainement dénommé l’esclavage.

[4] Le Congrès reste inflexible sur la question essentielle : protectionnisme douanier de l’industrie américaine. Cleveland détient le record d’utilisation de la procédure du veto - qu’il opposait à la majorité républicaine du Congrès - (SOPPELSA). 

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