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1867 : Garibaldi défait à Mentana

publié le 3 nov. 2017 à 08:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 8 nov. 2017 à 04:08 ]

Ce 3 novembre 2017, l’Humanité publie un article de Philippe et Julie Guistinati, responsables de l’association Les Garibaldiens, qui évoque le contexte historique de la bataille de Mentana qui se déroula le 3 novembre 1867. Passeur d’informations historiques, je publie cet article sur mon site en le truffant, ici ou là, de précisions que j’ai estimées utiles pour les lecteurs qui ignorent à peu près tout de l’histoire de l’Italie.

J.-P. R.

 

 

Le 3 novembre 1867, lors de la bataille de Mentana, Garibaldi attaque Rome. Les États pontificaux alliés avec l’armée française de Napoléon III sont victorieux face aux troupes des volontaires français et italiens garibaldiens.

 

Garibaldi en 1866.Toujours vaillant, toujours exalté et toujours militant d’une Italie unie et solidaire, Giuseppe Garibaldi quitte son île de Caprera pour repartir au combat. Nous sommes en 1867. L’idéaliste a gardé sa jeunesse d’esprit et ses rêves intacts, il croit fermement que l’unité de l’Italie est la meilleure solution pour tous les Italiens, du nord au sud, et une garantie de paix par-delà les frontières. L’Europe en 1867 s’observe (la Prusse vient de battre l’Autriche à Sadowa et l’idée d’une guerre contre la France surgit, JPR), Bismarck regarde le Sud avec attention, la relation franco-italienne est vacillante. Napoléon III hésite à engager les troupes du royaume contre Garibaldi ; ses conseillers et l’impératrice le poussent à défendre Rome et le pape pour contenter le clergé.

Mais Napoléon III a été le premier président de la République française, il a aussi conspiré avec son frère pour l’unité de l’Italie. La légende parle d’une rencontre secrète entre lui et Garibaldi. Il sait que la Prusse reste l’ennemi aux portes du royaume, il admire le développement économique britannique, il sait que le pontificat de Rome est la dernière clef qui empêche l’unité italienne. Mais la politique et la bourgeoisie catholique françaises l’emportent, et l’armée s’engage pour défendre la papauté contre les volontaires garibaldiens.

Pendant les premiers mois de 1867, Garibaldi voyage à travers l’Italie ; dans chaque ville, le tribun enflamme les foules par ses discours ; son slogan est toujours le même : "Ou Rome ou mourir !". Il a compris que l’unité italienne, à travers la prise de Rome, se fera par la révolution ; il ne croit plus aux politiques, ni à la loi pour gagner ; les moyens légaux paralysent le pays et renforcent le clergé ; son combat passera par la lutte révolutionnaire. Pour lui, tout est bien, pourvu qu’on commence à faire l’Italie.

(Garibaldi) est, pour le clergé, pour les généraux et la haute bourgeoisie un épouvantail : il parle du peuple et combat avec le peuple. Ses volontaires marchent à ses côtés, il ne se sent en rien supérieur, il est celui qui avance ; à ceux qui le suivent il n’offre que faim et soif, bataille et mort. Le héros des deux mondes[1] veut démettre le pontificat de Rome pour rendre la ville à l’Italie ; Napoléon III a peut-être compris cet élan populaire, mais le clergé est puissant.

 

À Mentana, la défaite a ouvert la porte à l’unité de l’Italie et aussi à l’Europe derrière les frontières.

 

Les politiciens de Florence respectaient à la lettre la convention du 15 septembre 1864 ; ils restaient sourds aux attentes populaires. (NB. Par cette convention, Napoléon III promettait de retirer ses troupes de Rome, en échange de quoi Victor-Emmanuel s'engageait à respecter le territoire pontifical et à le défendre contre toute attaque (souligné par moi, JPR). En gage de bonne volonté, et aussi pour donner au siège du gouvernement une situation moins excentrique que celle de Turin, il décidait de transférer la capitale du royaume à Florence). Le 12 septembre 1867, Garibaldi rentre de Genève pour Caprera, on parle de pourparlers secrets entre Garibaldi et Rattazzi.

Le 15 septembre (au parlement de Florence, JPR), Ricasoli est renversé par Rattazzi avec l’aide de la gauche (majorité anticléricale, JPR); Garibaldi crée des centres de recrutement pour enrôler des volontaires, des dépôts d’armes, écrit des manifestes et, enfin, organise le soulèvement populaire des États pontificaux.

Le gouvernement italien de Victor-Emmanuel le fait arrêter le 3 octobre et reconduire à Caprera. Son fils, Menotti, organise à Florence les troupes de volontaires. Rome est maintenant entourée de milliers de garibaldiens, les combats commencent, l’armée du pape est entraînée et mieux armée, mais, après chaque combat, les survivants garibaldiens reforment les troupes. Les évêques et le clergé français poussent Napoléon III à intervenir, il hésite et le conseil est divisé. Le gouvernement italien se fait fort de contrer le mouvement garibaldien en Italie, mais, en cas de victoire sur Rome, il n’est pas question de laisser un pouvoir révolutionnaire mettre en danger la monarchie. Garibaldi s’enfuit de Caprera et prend la tête des "chemises rouges". La situation pontificale devient alarmante et l’armée française s’engage contre Garibaldi (Napoléon III envoie un corps de 22.000 hommes commandé par le général de Failly, JPR). Une émeute du peuple romain est alors fortement réprimée. Les "chassepots firent merveille" (selon la formule stupide de De Failly qui évoquait l’efficacité du nouveau fusil équipant l’armée française. Ce mot, par trop célèbre, figurait dans la presse parisienne et heurta profondément la sensibilité italienne, JPR) et les garibaldiens, après de nombreux combats, furent vaincus.

(NB. Après la honteuse déroute militaire de Napoléon le petit, août-septembre 1870, face à la Prusse, le corps d’armée de De Failly fut rapatrié. L’armée italienne pénétra dans Rome après une résistance symbolique de l’armée du Vatican. Rome devint enfin capitale de toute l’Italie).

Garibaldi est emprisonné au fort de Varignano, puis il revient à Caprera. Il prend rapidement le chemin de l’armée des Vosges (c’est Gambetta –chef du gouvernement provisoire de la République- qui lui confie le commandement de cette unité constituée à la hâte, face aux Prussiens envahisseurs, JPR), puis est plusieurs fois député de France, avant que la haute bourgeoisie française et le clergé ne le chassent de la Chambre des députés – le député Victor Hugo répliquera par sa propre démission.

Giuseppe Garibaldi est celui qui, aujourd’hui, a le plus de rues et de places à son nom dans le monde entier. Ce Che avant l’heure reste au cœur de tous les combats pour la liberté et l’autodétermination des peuples, un père de l’Europe populaire.

Les garibaldiens aujourd’hui

L’association nationale Les Garibaldiens existe depuis 1947 pour continuer les luttes garibaldiennes. Une première association avait été créée en 1917, les Garibaldiens de l’Argonne, puis dissoute avant la Seconde Guerre mondiale, Mussolini souhaitant reprendre cet héritage à son compte. Les Garibaldiens (1) possèdent un local à Paris (20, rue des Vinaigriers) et des fédérations dans toute la France notamment à Toulouse. Les commémorations continuent de nourrir les activités des Garibaldiens, qui s’engagent aussi dans des combats actuels : contre les idées du FN, contre les guerres coloniales, sur la fracture entre les couches sociales, etc. Pour les Garibaldiens : « Le plus grave est le retour en arrière des idées européennes des peuples, de nombreuses régions depuis l’éclatement de la Yougoslavie. La lutte de Garibaldi pour l’unité des peuples semble en danger, le retour des frontières est d’actualité ».

(1) www.lesgaribaldiens.com

 lire aussi sur ce site : Le Guépard de Lucchino Visconti.

   
NB. Les ajouts -en bleu- sont le plus souvent extraits de la synthèse de MILZA "histoire de l'Italie".

[1] Garibaldi est surnommé le "Héros des Deux Mondes" (à l’instar du marquis de Lafayette) en raison des entreprises militaires qu'il a réalisées aussi bien en Amérique du Sud qu'en Europe, ce qui lui a valu une notoriété considérable aussi bien en Italie qu'à l'étranger. Celle-ci est due à la couverture médiatique internationale exceptionnelle dont il a bénéficié pour l'époque, et qui a relaté, parfois avec romantisme, son épopée. Les plus grands écrivains, notamment français, Victor Hugo, Alexandre Dumas, George Sand lui ont montré leur admiration. Le Royaume-Uni et les États-Unis lui ont été d'une grande aide, lui proposant, dans les circonstances difficiles, leur soutien financier et militaire. (Wiki).

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