1911 : SUN YAT-SEN, LA REVOLUTION CHINOISE (2ème partie)

publié le 12 oct. 2012 à 10:01 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 12 nov. 2016 à 10:32 ]

    je poursuis la publication du récit de Dominique BARI. 1911 : SUN YAT-SEN, LA RÉVOLUTION CHINOISE (1ère partie)


    L'idée dominante, du moins dans les milieux acquis à la nécessité d'une modernisation, est celle d'une rupture décisive avec le confucianisme, jugé responsable du retard chinois. Les mariages forcés, les pieds bandés sont officiellement interdits[1]. Mais il faudra attendre 1949 pour que ces lois soient effectives.

    À la question : quel ordre social va succéder à celui de l'empire confucéen ? Les réponses sont variées et les options vont s'affronter. De 1911 aux années 1930, la nouvelle République s'efforce de suivre le modèle occidental. Pour la bourgeoisie chinoise et une partie de l'élite intellectuelle qui mènent la révolution de 1911, le modernisme se conjugue avec le capitalisme qui façonne le monde contemporain. A cette époque les capitalistes chinois se limitent à une poignée de grandes familles liées à l'industrialisation qui se développe dans des régions du littoral comme Shanghai. Ces années 1911-1927 sont considérées comme "l'âge d'or" du capitalisme chinois. En contrepartie se constitue un noyau de classe ouvrière, estimée à 650.000 travailleurs entre 1915-1920 et à 1,5 million au début des années 1920 (pour au moins 250 millions de paysans).

    Dans le même temps la révolution russe a soulevé bien des espoirs. Les années 1919-1920 voient les intellectuels chinois attaquer le capitalisme, comme cause profonde de l'impérialisme et de l'oppression de la Chine, assimilée aux pays colonisés. La Révolution de 1917 exerce un attrait important, d'autant que la jeune Union soviétique renonce officiellement, en 1919, aux avantages qui avaient été obtenus en Chine par la Russie du tsar. On est bien loin de l'attitude du monde capitaliste qui par le traité de Versailles fait passer la province du Shandong de l’autorité de l'Allemagne vaincue à celle de l'insatiable voisin japonais qui revendique la Mandchourie. Le 4 mai 1919, Chine : La révolution du 4 mai 1919 quelques jours après avoir appris la nouvelle, les étudiants de l'université de Pékin défilent dans les rues de la capitale. Le mouvement atteint Shanghai en s'élargissant à différentes couches sociales et fait rebondir au cœur des débats l'interrogation : la modernisation implique-t-elle l'occidentalisation ? La République pliera-t-elle sous le joug colonial ou saura-t-elle donner une vitalité nouvelle à l'unité et à l'indépendance du pays ? La victoire bolchevique élargit le champ des possibles pour la Chine : le salut national ne passe-t-il pas par la révolution sociale ? Le 1 juillet 1921, le Parti communiste chinois est fondé à Shanghai à partir des petits groupes d'études marxistes qui s'étaient formés dans cette ville et à Pékin : il est dirigé par Chen Duxiu. À partir de 1925, les syndicats, le mouvement paysan et le PC chinois prennent conjointement leur envol et l'on parle alors de "seconde révolution chinoise". Entre février et mai 1925, des grèves éclatent dans les filatures de Shanghai. Les élites chinoises inquiètes de la montée en puissance du mouvement populaire s'appuient sur les forces occupantes pour le contrer. Et ce d'autant plus facilement qu’il réclame la fin des concessions et leur retour à la Chine. Le 30 mai 1925, la police anglaise tire sur les manifestants. La répression déclenche une grève générale anti-impérialiste : deux cent mille ouvriers cessent le travail en mai et juin dans les usines anglaises et japonaises ; le 23 juin, les soldats britanniques ouvrent de nouveau le feu. La grève paralyse aussi Hong Kong et des manifestations ont lieu dans toute la Chine.

    Le mouvement populaire, dit "du 30 mai 1925", entraîne une division au sein des dirigeants du Guomindang. Les positions de Sun Yat-Sen à la veille de sa mort restent assez ambiguës : soutenu par l'aile gauche de son parti il est contesté par l'aile droite qui met en avant l'unité de la nation et refuse la lutte des classes. Sa mort en mars 1925 laisse le champ libre à l'homme fort du Guomindang, le général Tchang Kaï-Chek, malgré la victoire, en janvier 1926 au deuxième congrès Guomindang, de la gauche. Tchang décide de commander une expédition vers le nord en 1926, pour réunifier la Chine. Les communistes se trouvent obligés d’accepter cette démonstration de force, qui connaît de suite de brillants succès. En janvier 1927, la concession britannique de Hankou (Wuhan) est reprise par les Chinois : c'est la première revanche sur l'impérialisme depuis les guerres de l'opium. Mais cette victoire de la révolution nationale est le prélude d'une année noire pour la révolution sociale. A Shanghai en mars 1927, les syndicats et les communistes mènent une insurrection victorieuse avant d'être massacrés par les troupes de Tchang Kaï-Chek, La défaite est consommée en décembre avec l'écrasement de la Commune de Canton.

    La première révolution avait clos un chapitre de l'histoire chinoise, l'ère impériale. La deuxième a ouvert le chapitre suivant : celui du lien entre guerre nationale et révolution sociale. En proclamant la création de la République populaire en 1949, le dirigeant communiste Mao Zedong n'oubliera pas ces liens : "Notre nation ne sera plus soumise à l'insulte et à l'humiliation. Nous nous sommes dressés (…). L'ère dans laquelle le peuple chinois était considéré comme non civilisé est à présent terminée". *


[1] Et l’on retrouve le thème central du conflit entre le traditionalisme et la révolution… (JPR)

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