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30 janvier 1933 : Hitler à la chancellerie du reich

publié le 30 janv. 2013 à 06:30 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 mai 2017 à 03:36 ]

    Avant d’achever mon article sur Stalingrad, épisode à la fois tragique et glorieux de l’histoire de l’humanité, je me dois d’évoquer l’arrivée au pouvoir de la "bête immonde", arrivée tout à fait pacifique et réglementaire puisque c’est le président de la république, le maréchal Hindenburg qui l’a nommé(e).

    Deux parties : une chronologie qui met les choses en place et un texte de Gilbert Badia, grand spécialiste de l’Allemagne.

"CHRONOLOGIE SOMMAIRE D’UN MÉCANISME INFERNAL"

1918

11 novembre : armistice, fin la Première Guerre mondiale, L’Europe est exsangue.

1919

6 juin: élection d'un Reichstag remplaçant l'Assemblée nationale ; Parti du peuple (libéral), centristes et sociaux-démocrates forment la nouvelle coalition (communistes 500000 voix, 4 députés ; nationaux-socialistes 200000 voix, 3 députés). 28 juin : signature du traité de Versailles.

3juillet : l'Assemblée constituante adopte à Weimar une nouvelle Constitution.

1921

8 mars: en représailles contre le non- paiement des premières indemnités, les Français occupent la Ruhr (Düsseldorf et autres villes).

30 septembre : les Français évacuent la Ruhr.

1923

11 janvier : troupes françaises et belges commencent à pénétrer dans la Ruhr, qui servira de gage. L'Allemagne proclame la résistance passive. 8 novembre : putsch de Munich. 3000 SA marchent sur le centre de Munich.

1925

26 avril : le maréchal Paul von Hindenburg (1871-1934) est élu président au second tour.

1927

380.000 chômeurs. (Prosperität)

8septembre : l'Allemagne entre à la Société des Nations (SDN).

1928

2O mai. Législatives : les nazis obtiennent 800000 voix (12 sièges).

1929

1.200.000 chômeurs.

1930

14 septembre : élections au Reichstag : socialistes 143 sièges, communistes 77, nazis 107 députés (6.400.000 voix).

1931

5.500.000 chômeurs.

1932

13 mars : 1er tour de l'élection présidentielle : majorité requise 18.830.000 voix, Hindenburg 18.661.000, Hitler 11.338.000, Ernst Thälmann (communiste) 4.982.000. 2e tour, Hindenburg élu avec 19367000 voix. Hitler récolte 13.419.000 (36,8%).

31 juillet : élections au Reichstag : nazis 230 sièges (13.732.000 voix), socialistes 133, centristes 97, communistes 89.

12 septembre : nouvelle dissolution du Reichstag.

6 novembre: élections au Reichstag : nazis 196 sièges (11.750.000 voix).

1933

30 janvier : von Hindenburg nomme Adolf Hitler chancelier de l'Allemagne

1er février: Hindenburg dissout le Reichstag.

27 février: Incendie du Reichstag : les nazis accusent les communistes et proclament l'état d'urgence; le siège du P.C. est occupé 5 jours par la police ; plus de 4000 membres du PC allemand, des sociaux-démocrates et libéraux sont internés. Suspension des droits fondamentaux.

5 mars : élections au Reichstag, pas de majorité absolue pour les nazis (nazis 44% des voix, 288 sièges sur 647) ; centre 96, gauche 208).

9 mars : les mandats des députés communistes sont annulés.

22 mars: création de deux camps de déportés : Dachau et Oranienburg.

23 mars: le Reichstag vote les pleins pouvoirs à Hitler.

1er avril: boycottage des commerçants juifs.

21 avril: dissolution des syndicats. 26 avril : création de la Gestapo. 22 juin : le SPD (parti socialiste) est dissous. 29 juin : les partis de droite sont dissous. 5 juillet : le parti catholique est dissous.

14 juillet : instauration du Parti nazi unique ;

La loi prescrit la stérilisation des malades mentaux et des grands criminels (400000 personnes).

17 octobre: première élection pour le parti unique national (92% des voix).

1935

15 septembre: lois de Nuremberg ; les juifs sont déchus de la citoyenneté allemande; tous mariage ou relations sexuelles entre juifs et non- juifs sont interdits.

 

LE POINT DE VUE DE GILBERT BADIA

 

Gilbert Badia est historien, spécialiste de l'histoire de l'Allemagne, auteur d’une célèbre "Histoire de l’Allemagne contemporaine"[1]. Il revient sur les circonstances qui ont permis à Hitler de prendre le pouvoir.

 

    Lorsque l'on parle de la montée du nazisme en Allemagne et de la prise du pouvoir par Hitler, il faut repartir de la Première Guerre mondiale, et du traité de Versailles Le pouvoir allemand issu de la défaite accueille les troupes allemandes en leur déclarant «Vous n’avez pas été battues sur le front». Au moment où s'arrêtent les combats, les armées allemandes se trouvent toutes hors des frontières, que ce soit à l'ouest ou à l'est. Les militaires estiment qu'ils n'ont pas été battus sur le plan militaire.

    Donc la population allemande a été convaincue que le traité de Versailles, qui imposait des clauses économiques très dures à l'Allemagne et qui faisait d'elle la seule responsable de la guerre, était injuste.  Versailles 1919/1920 : la paix manquée (1ère partie) et Versailles 1919/1920 : la paix manquée (2ème partie). Les Allemands ont ressenti cela comme une humiliation, encore renforcée par la volonté des Alliés de traiter l'empereur et le maréchal Hindenburg (cité nommément dans le texte du traité) comme des criminels de guerre. Bien évidemment il était hors de question de les livrer. Tous ces éléments seront repris dans la campagne d'Hitler, sous le thème : «Redonner à l'Allemagne son prestige perdu».

    Jusqu'en 1929, le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands, Nazi) est un parti quasi inexistant. Il fait un bond en 1930. Le crash boursier de 1929 aux États-Unis entraîne l'Allemagne dans la crise. L'aggravation considérable de la situation intérieure et l'explosion du chômage dépassent tout ce qui existe en Europe. Le nombre des sans-emploi va atteindre 6 millions en 1933. En 1932, l'Allemagne est un pays de guerre civile. Il n'y avait pas une semaine sans des affrontements entre les communistes et sociaux-démocrates face aux nazis. Dans ce contexte, on trouvait dans les rangs du NSDAP un rassemblement très large : des ouvriers, des chômeurs, des agriculteurs, des gens des classes moyennes. Un parti populaire donc, mais on ne peut pas dire que le monde ouvrier était majoritairement nazi. A l'inverse, le Parti communiste (KPD) rassemblait une majorité d'ouvriers et de chômeurs. Même pendant la répression fantastique qui suivit la prise du pouvoir par Hitler, c'est-à-dire dès février 1933, lors des élections au Reichstag du 5 mars le KPD obtient 80 sièges alors que pratiquement tous ses candidats sont en exil ou dans la clandestinité. On ne peut donc pas dire que les ouvriers allemands soutenaient Hitler.

    Le KPD était en lutte permanente contre les sociaux-démocrates du SPD. Au point qu'en 1928, sous la pression de Staline, le KPD invente la formule social-fasciste pour désigner le SPD. Évidement cela n'a pas facilité l'entente entre ces deux-partis ni permis la constitution d'un front contre les nazis. Communistes et sociaux-démocrates pensaient qu'ils s'en tireraient. Les deux chanceliers qui avaient précédé Hitler n'avaient tenu que quelques mois. Tout le monde pensait qu’Hitler, confronté à une situation avec 6 millions de chômeurs, ne tiendrait pas mieux que les autres. Première erreur. Deuxième erreur : ils n'avaient aucune idée de la répression qui allait s'abattre. Cette répression a immédiatement été mise en place dans des proportions inimaginables. Goering a enrôlé 40000 SA dans la police en leur disant: « Tirez, je vous couvre. » C'est aussi la création immédiate des premiers camps de concentration. Pour faire passer plus facilement cette répression, le pouvoir nazi lance la théorie du complot bolchevik menaçant l'Allemagne. La population a marché dans ce mensonge, ce qui a été décisif pour l'écrasement du Parti communiste. Dans cette entreprise de répression, le pouvoir nazi a été soutenu par les églises protestantes et catholique, par les conservateurs qui étaient majoritaires dans le premier gouvernement d'Hitler. Car il faut se rappeler qu'il n'avait pas eu la majorité absolue en 1932. Pourtant ils ont approuvé les ordonnances de Hitler (23 mars, JPR) qui en finissaient avec les libertés fondamentales permettant la mise en place du III° Reich.

     ENTRETIEN RÉALISÉ PAR STÉPHANE SAHUC



A LIRE :
https://www.youtube.com/watch?v=iUIzSVgLghQ conférence vidéo de Mathilde LARRERE


[1] Aux Éditions Sociales.

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