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Quel jeu joue Juppé ?

publié le 5 mai 2012 à 01:23 par Jean-Pierre Rissoan
publié le 23 juin 2011 19:27 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 14:45 ]
  15/11/2010  

L’entrée au gouvernement d’Alain Juppé ne laisse pas d’interroger. L’homme politique n’a pas laissé d’ouvrages théoriques qui permettraient de cerner sa pensée. Il a pourtant signé un texte, à la veille de Noël 2008, intitulé « Noël dans la crise : un rendez-vous pour l’espérance »[1], aux côtés -entre autres- de J. Delors et M. Rocard. Il s’y affiche avec tous les cosignataires comme chrétien, comme un adepte de la pensée sociale chrétienne.

Un rendez-vous pour l’espérance : ce n’est pas l’espérance sarkozyenne de l’au-delà insaisissable[2] qui permet de supporter la douleur « de la crise économique qui frappera en priorité les plus démunis », non, il s’agit de l’espérance ici-bas.

Alain Juppé dans ce texte condamne donc une trop grande inégalité entre les revenus, il critique, au diapason des Semaines sociales de France (2003), certains aspects des rémunérations des dirigeants, dont les stock-options. Comme tous les chrétiens, il invitait à une certaine sobriété dans l’usage des biens matériels, à refuser le ‘toujours plus’, à s'engager, notamment au niveau local, à accepter un niveau d'impôts volontariste pour une solidarité active.

Dans un paragraphe intitulé « INDISPENSABLE REGULATION », A. Juppé fait allusion à l’action de corps intermédiaires, les syndicats, notamment.

Après un coup de chapeau à Adam Smith, nommément cité, notre chrétien rappelle que le type de société libérale ne peut fonctionner sans des valeurs morales.

Monsieur Juppé est-il resté deux ans au Canada pour poursuivre son enseignement en coupant les ponts transatlantiques ? Il me semble pourtant qu’il est resté maire de Bordeaux. Il n’a pas pu ne pas voir les manifestants particulièrement nombreux et mobilisés dans sa bonne ville.

A-t-il vu le respect dans lequel N. Sarkozy entretient les syndicats tous unis et solidaires contre les retraites ? A-t-il vu les valeurs morales qui se cachent derrière l’attribution de la légion d’honneur à quelqu’un qui s’entremet pour obtenir des subventions pour le parti du président ? Est-il monté dans l’avion présidentiel, symbole du refus du bling-bling et d’une certaine sobriété dans l’usage des biens matériels ?

En cosignant le texte avec deux socio-démocrates éminents, A. Juppé montrait - non pas son adhésion à la social-démocratie - mais son maintien dans la ligne de ce qu’on appelait naguère le gaullisme social. Or, toute la politique de N. Sarkozy détruit ce qui a été mis en place à la Libération par le général De Gaulle et le Tripartisme. Alors que le gaullisme avait une base populaire, le sarkozysme se réduit de plus en plus à une base électorale étroite : les privilégiés de la fortune qui refusent -plus que tout- « un niveau d’impôts volontariste » comme dit l’ancien premier ministre de J. Chirac et qui en veulent toujours plus.

Que diable vient-il faire dans cette galère ?

De deux choses l’une :

-                   ou bien Alain Juppé signe des textes à la veille de Noël pour endormir l’enfant qui sommeille en chacun de ceux qui garde un rien d’idéal.

-                   ou bien, sous les feux des projecteurs d’ici à la présidentielle 2012, il en profitera pour faire don de sa personne à la France.


[1] Article paru dans l’édition du MONDE du 24.12.08. Tous les passages en BLEU sont extraits de l’article cosigné par A. JUPPE.

[2] Voir l’article « Sarkozy, La croix à porter ».

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