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Présidentielle 2012 : le président des riches, le bien nommé

publié le 18 mai 2012 à 05:24 par Jean-Pierre Rissoan


publié le 24 avr. 2012 15:56 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 avr. 2012 15:58 ]

    Je rappelle que je travaille sur la base d’une donnée fournie par le journal L’EXPRESS[1] qui avait présenté la liste des trente communes les plus riches de France. On peut retrouver d’autres articles sur ce site où je donne des résultats pour ces communes. J’ai rajouté trois arrondissements parisiens et deux arrondissements lyonnais bien connus pour être ghettos du Gothas, selon l’heureuse formule des Pinçon-Charlot. Ces communes ou fragments de communes possèdent une large proportion de « bourgeoise patronale », vocable qui recouvre les catégories INSEE suivantes : artisans, commerçants, chefs d’entreprise (ACCE), cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS). J’en ai exclu les chefs d’exploitation agricole puisque nous travaillons ici sur des secteurs exclusivement urbains. Certaines communes sont riches pour des raisons spécifiques : ce sont des communes frontalières et leurs habitants bénéficient des salaires et autres avantages que leur donne le statut de travailleurs frontaliers. Ainsi sont : Feigères, Archamps, Zimmersheim et Challex. La sociologie n’est pas la même : il s’y trouve beaucoup plus d’ouvriers.

    Vaulx-en-Velin avait été distingué par L’EXPRESS comme « la ville la plus pauvre de Rhône-Alpes ». Le taux de « salariat modeste » -appellation INSEE- y est de 73,6% (ouvriers et employés). A Saint-Nom-la-Bretèche (78) ce taux est de 21,6% pour une moyenne nationale de 54,4%.

    Je donne aussi les résultats des élections européennes de 1984, année de l’éruption du FN. Je dirai pourquoi.  

 

 

Sarkozy 2012

LePen 2012

Rappel FN 1984

Communes

%ins

%exp

%ins

%exp

%ins

%exp

FRANCE

21,6

27,2

13,9

17,9

6,1

10,9

Paris 8°

46,4

58,3

4,7

5,9

11,5

19,1

Paris 16°

51,5

64,8

4,4

5,6

10,8

16,6

Paris 7°

47,1

58,2

4,3

5,3

9,4

15,5

Lyon 2°

33,3

41,9

7,1

9

12,5

20,1

Lyon 6°

39

48

5,9

7,3

10,6

18,7

Marnes-la-Coquette (92)

52,3

62,1

5,1

6

12,6

16,9

St-Nom-la-Bretèche (78)

49,6

60,5

5,2

6,3

9,2

13,5

Neuilly (92)

60,4

72,6

4,2

5

12,1

17,6

L’Etang-la-ville

38,9

49,3

4,7

6

8,9

13,1

Fourqueux

40,9

51,3

4,8

6

9,9

14,5

Le Vésinet

42,9

53,6

5,7

7,2

11,5

17,1

Vaucresson (92)

45,5

58

5,2

6,7

10,8

16,1

Croissy-sur-Seine

40,4

50

6,6

8,2

9,8

15,2

Ville-d’Avray

40,8

48,6

4,5

5,3

8,7

13,2

Les Loges en Josas

35,5

43,4

6,5

7,9

8,5

12,6

Corenc (38)

33,6

41,7

5,4

6,8

10,2

15,3

St-Cyr Monts-d’or (69)

45,5

53,5

8,8

10,3

14,1

20,9

St-Didier Monts-d’or

50,3

57,4

6,9

7,9

12,5

17,7

Veyrier-du-lac (73)

48,2

59,4

6,5

8,1

9,2

15,1

Biviers (38)

35,2

40,6

6,9

7,9

8,2

12,1

St-Ismier (38)

33,9

39,3

8,2

9,5

6,7

11,1

St-Clément-de-rivière (34)

33,9

38,6

11,1

12,7

13,6

20,4

St-Martin-du-Viviers (76)

45

50,6

8,3

9,3

9,3

13,3

Feigères (74)

30,3

35,3

9,4

10,9

5,5

10,6

Charbonnières (69)

48,9

56,4

8

9,2

8,5

17,9

Gruson (59)

47,9

53,3

7,8

8,6

8,1

10,7

Montbonnot-St-M. (38)

30,5

35,2

8,7

10,1

7,3

10,9

Daix (21)

34,5

40,1

7,7

9,1

11,1

16,9

Auzeville-Tolosane (31)

22,8

25,7

6,9

7,7

6,1

8,6

St-Marc -Jaumegarde (13)

39,7

48,3

7,4

9

15,9

26,1

Menthon-St-Bern. (74)

45,8

53,2

7,4

8,6

11,3

16,6

Archamps (74)

34,7

44

8,1

10,3

7,4

14,1

Zimmersheim (68)

36,7

43,8

14,8

17,6

12,9

24,2

Challex (01)

29,5

37,4

10,3

13,1

4,4

13,1

Lompret (59)

40,8

47,5

8,5

9,9

10,8

15,7

Vaulx-en-Velin (69)

09,9

14,4

9,5

13,8

7,2

19,4

 

    On aura relevé le chiffre particulièrement élevé des votes exprimés en faveur de Le Pen en 1984. La bourgeoisie, encore sous le coup de la victoire de la gauche en 1981, lance un avertissement/coup de gueule à la droite classique. C’est Nicolas Sarkozy qui répondra à son appel avec sa fameuse droite décomplexée.

    Pour ce qui concerne Vaulx-en-Velin, le chiffre de 1984 -soit 19,4%- a fait couler beaucoup d’encre et de salive chez les nouveaux chiens de garde. A la suite des Perrineau et consorts, les loups ont hurlé au vote communiste en faveur du FN -Vaulx-en-Velin est en effet administrée par une municipalité communiste. Mais cela est dû uniquement au très faible nombre de votants et tout honnête homme constatera que les Vaudois, en termes d’électeurs INSCRITS, ont voté à peu près comme la moyenne nationale (1% de plus) et BEAUCOUP moins que les beaux quartiers et villes huppées. Cette analyse vaut pour toutes les communes dirigées par des municipalités Front de gauche.

    Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a donné satisfaction aux riches : plus question de s’égarer sur des pistes impraticables, on serre les rangs derrière le Président des Riches : 72,6% à Neuilly au 1er tour !  

liens : QUI VOTE ECOLO ? ; 3. LE F.N. et le vote stratégique des Riches : PRESIDENTIELLE 2002 ; Pour quoi votent les écolos ?

 



[1] Dans un numéro spécial du 28 juin 2007 intitulé « Où vivent les riches ? ».

Les mutations du vote ouvrier sous la V° république

publié le 23 janv. 2012 14:34 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 8 mars 2012 20:12 ]

    Je publie l’intégralité de l’article de F. Gougou paru dans la revue Nouvelles FondationS - numéro 5. http://www.gabrielperi.fr/Les-mutations-du-vote-ouvrier-sous?lang=fr

    J’ai annoté le texte avec des incises de couleur rouge. Ce texte ne surprendra pas mes lecteurs qui pourront retrouver dans mes analyses électorales beaucoup de ce qu’écrit F. Gougou. Particulièrement en ce qui concerne le vote FN dans les régions ouvrières qui votaient à droite avant 1981. Les 30% d’ouvriers qui ont "voté Giscard" en 1981 votent presque tous FN aujourd’hui. Dans les citadelles du PCF, le score du FN est faible si l’on analyse les votes en fonction du nombre des électeurs INSCRITS. C’est l’abstention élevée qui donne des résultats élevés au parti de la famille LePen. Un élément important de l’article de Gougou, élément dont je n’ai presque jamais parlé est "le poids du renouvellement des générations". J’ai juste évoqué cet aspect des choses en citant le cinéaste Robert Guédiguian dans l’article PROGRAMMES, HISTOIRE, MEMOIRE : LE DEVOIR DE TRANSMETTRE…

 J.-P. R.


LES MUTATIONS DU VOTE OUVRIER SOUS LA V° RÉPUBLIQUE

 

    par Florent Gougou

    chercheur au CEVIPOF, avril 2007


    « Il y a une culture ouvrière, une façon d’être un ouvrier, un rapport particulier des ouvriers à la vie et au travail. Si je suis élu président de la République, je ne laisserai pas se perdre cette culture ouvrière » (Nicolas Sarkozy, discours de Saint-Quentin, 25 janvier 2007). Une campagne présidentielle réserve toujours des moments inattendus. Dans la bouche d’un candidat de gauche, ces mots auraient sonné comme un écho à la mise en garde adressée par Pierre Mauroy au candidat Jospin, un mois avant le 21 avril 2002 : « Nous devons parler plus fort aux travailleurs, Lionel, il faut que tu adresses un message à la France qui travaille. Le mot ouvrier n’est pas un gros mot». Mais, dans la bouche du principal candidat de la droite parlementaire, ils rappellent plutôt que l’électorat ouvrier, longtemps considéré comme acquis à la gauche, fait aujourd’hui figure d’électorat à conquérir [1].


    Retour sur le « 21 avril »

    À l’approche de l’échéance électorale du printemps 2007, le « coup de tonnerre » du 21 avril 2002 résonne toujours sur la scène politique française. Ce soir-là, le premier tour de l’élection présidentielle s’achève sur l’élimination précoce de Lionel Jospin. Premier ministre en exercice, le candidat du Parti socialiste est devancé par le président de la République sortant, Jacques Chirac, et par le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen. Le choc est brutal. Un candidat d’extrême droite accède pour la première fois au second tour, alors que la gauche n’a plus été absente du duel décisif depuis l’élection présidentielle de 1969.

    Surprise sans précédent dans l’histoire électorale de notre pays, ce « séisme politique » cache de nombreuses évolutions électorales tout aussi spectaculaires. La participation subit un nouveau recul pour tomber à son niveau plancher (71,6 % des inscrits) depuis l’institution de l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Robert Hue obtient le plus mauvais score d’un candidat du Parti communiste au premier tour d’une présidentielle (3,4 % des exprimés).

    Jacques Chirac est le premier président sortant à ne pas dépasser 20 % des suffrages exprimés. Enfin, la dynamique de déclin du « vote de classe ouvrier » atteint son épilogue : pour la première fois depuis le début de leur désalignement électoral [2] à la fin des années 70, les ouvriers n’accordent plus aucun avantage particulier à la gauche. La mutation du vote ouvrier est impressionnante : le 21 avril 2002, seulement 43 % des ouvriers ont voté pour un candidat de gauche, exactement comme la moyenne de l’électorat (panel électoral français 2002, CEVIPOF-CIDSP-CECOP). Mieux, 24 % se sont prononcés en faveur de Jean-Marie Le Pen, soit 7 points de plus que l’ensemble des Français. Comment s’est donc produit le déclin du « vote de classe ouvrier » ? Les ouvriers, autrefois acquis à la gauche, sont-ils aujourd’hui séduits par le Front national ?


    Un objet traditionnel de la sociologie politique

    Aucun groupe social n’a été autant étudié que celui des ouvriers. Depuis un siècle et demi, la question ouvrière est au centre de puissants débats politiques et idéologiques. Tantôt porteurs d’un idéal révolutionnaire, tantôt revendicatifs et donc dangereux, tantôt en voie de disparition, les ouvriers ne laissent pas indifférent. Le concept de « classe ouvrière » n’est-il pas entré dans le vocabulaire courant, malgré sa connotation marxiste ?

    Cette question ouvrière est intimement liée à l’industrialisation des sociétés modernes. Autrefois artisan réalisant un objet avec ses mains, souvent salarié, parfois à son compte, l’ouvrier dans son sens moderne apparaît au XIXe siècle, avec la révolution industrielle. Il devient alors le travailleur exerçant une activité manuelle contre la rétribution d’un salaire, souvent assimilé au prolétaire, celui qui ne possède rien d’autre que sa force de travail.

    L’émergence politique de la question ouvrière en France remonte à la fin du XIXe siècle. Le massacre de Fourmies du 1er mai 1891 ouvre une dynamique qui aboutit à la percée socialiste des élections législatives de 1893. Les socialistes font ensuite partie du Bloc des gauches, coalition qui a gagné les législatives de 1902. En moins de dix années, le mouvement ouvrier s’installe comme une force politique significative. À l’époque, les liens qui unissent le monde ouvrier et le mouvement socialiste ne font pas de doute. Le premier parti socialiste unifié, la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), ne comporte pas de mention au socialisme : ouvrier et socialiste sont alors synonymes. De ce « baptême ouvrier » résulte l’intuition de l’existence d’un vote de classe ouvrier en faveur de la gauche.

    Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, le vote des ouvriers devient un thème classique des analyses électorales françaises. Joseph Klatzmann conclut de son étude des résultats des élections législatives de 1956 dans le département de la Seine que près de 70 % des ouvriers votent pour le Parti communiste [3]. De son côté, en s’appuyant sur des enquêtes par sondage de l’IFOP, Mattei Dogan insiste sur l’hétérogénéité de leurs préférences politiques. Des ouvriers « révolutionnaires » et des ouvriers « réformistes », favorables à la gauche, côtoient des ouvriers « catholiques » ou des ouvriers « conservateurs », favorables à la droite [4].

Dans les premières enquêtes comparatives, le vote des ouvriers est pensé dans le cadre du clivage de classe, d’une « lutte des classes démocratique [5] ». Le « vote de classe ouvrier » en faveur de la gauche serait le reflet des luttes d’intérêts qui opposent les travailleurs aux possédants dans la sphère économique. Robert R. Alford construit ainsi un « indice du vote de classe », calculé par la soustraction du pourcentage des travailleurs non manuels qui votent pour les partis de gauche au pourcentage des travailleurs manuels qui votent pour ces mêmes partis [6]. La question des ressorts du vote de classe ouvrier n’est pas oubliée. En Grande-Bretagne, David E. Butler et Donald E. Stokes montrent que l’alignement des ouvriers sur la gauche repose sur une vision particulière du jeu politique, où les partis de gauche sont perçus comme les représentants des intérêts de la classe ouvrière [7]. Il exprime ainsi l’intériorisation d’une culture de classe ouvrière, dont Guy Michelat et Michel Simon dessinent également les contours en France, à partir d’entretiens non directifs et de données d’enquêtes électorales [8].

    Le vote ouvrier n’est donc pas naturellement acquis à la gauche. Même au plus fort du vote de classe ouvrier, la gauche ne dépassait pas 70 % des suffrages ouvriers. Et il n’a jamais suffi d’exercer un métier ouvrier pour voter en faveur des partis de gauche.

    L’image d’une société organisée autour de la vieille opposition de classes entre possédants et travailleurs s’est estompée.


    Entre enjeux identitaires et enjeux stratégiques

    Le vote des ouvriers n’est pas un vote comme les autres. Il incarne de puissants enjeux identitaires, qui rappellent que la « classe ouvrière » est à l’origine idéologique et partisane du socialisme. À la fin du XIXe siècle, les premiers partis socialistes sont des partis ouvriers, de la base militante aux cercles dirigeants. De plus, dans la doctrine socialiste, et plus encore dans son expression marxiste, la « classe ouvrière » occupe une fonction particulière : elle est la classe messianique, la classe chargée de l’avènement du socialisme. Reste que le monde ouvrier d’aujourd’hui n’est plus celui de la fin du XIXe siècle, ni même celui des débuts de la Ve République. Profondément touché par les mutations socio-économiques que connaît la France depuis les années 70, il s’est petit à petit effacé de la scène politique devant la vision d’une immense « classe moyenne » et la réduction de la question sociale à celle de l’intégration des immigrés. L’image d’une société organisée autour de la vieille opposition de classes entre possédants et travailleurs s’est estompée. Le déclin du secteur industriel et la tertiarisation de l’économie française ont tout à la fois transformé les métiers et les lieux de travail ouvriers. La figure traditionnelle de l’ouvrier d’industrie a été supplantée par celle de l’ouvrier des services, travaillant dans des structures plus petites que la grande usine et entretenant un rapport direct avec le client (affirmation discutable, JPR). Parallèlement, l’installation d’un chômage de masse a précarisé les relations d’emploi des ouvriers. Autant de mutations qui ont affaibli leurs solidarités collectives et dévalorisé leur image au sein de la population : autrefois véritable locomotive du changement social, les ouvriers sont désormais considérés comme les derniers wagons de la société (ce que Jean-Luc Mélenchon s’efforce vigoureusement de contester, non sans succès, JPR).

    La dernière évolution est sans doute la plus spectaculaire : la quasi-disparition de toute référence à la classe ouvrière (et même aux « ouvriers ») dans le discours des responsables politiques de gauche (l’auteur omet de préciser, des responsables de la gauche socialiste). Avec l’effondrement du communisme (soviétisme, JPR) et le déclin de certains métiers emblématiques (métallos, etc.), cette adaptation de leur rhétorique était vraisemblablement nécessaire. Mais la France compte encore près de 7 millions d’actifs ouvriers en ce début de XXI° siècle, un électorat stratégique pour qui espère remporter des élections.


    Les enseignements des enquêtes postélectorales

    Le désalignement électoral des ouvriers est considérable (tab. 1). Alors qu’ils accordaient un avantage de plus de 20 points à la gauche par rapport à l’ensemble de l’électorat lors des élections législatives de 1973, cet écart ne dépasse plus 5 points depuis les législatives de 1993. Mais cet effondrement du vote de classe ouvrier n’est pas linéaire. Malgré une perte d’originalité entre 1973 et 1981 (l’écart recule de 22 à 13 points), le niveau de l’alignement des ouvriers sur la gauche reste stable, aux alentours de 70 %. Or, à un tel niveau, il est difficile de faire mieux. En revanche, les élections législatives de 1986 et de 1993, qui interviennent à l’issue de cinq années de gouvernement de la gauche (socialiste, JPR), marquent deux grands reculs du niveau du vote de classe ouvrier. Mais seules les législatives de 1993 se traduisent par une accélération du désalignement électoral des ouvriers, le bilan de la gauche en matière socio-économique étant alors autrement plus désastreux qu’en 1986 (durant la législature 1988-1993, le PCF était toujours hors du gouvernement, JPR). On ne dispose pas d’enquêtes postélectorales SOFRES pour les législatives antérieures à 1973, mais les enquêtes IFOP indiquent des écarts plus faibles pour les premières années de la Ve République (8 points en 1958, 14 points en 1967 et 1968). Il semble donc que le vote de classe ouvrier atteigne son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite. Ce désalignement électoral doit être associé aux puissantes ruptures identitaires vécues par le groupe ouvrier depuis près de quatre décennies, dont témoigne le recul considérable du sentiment d’appartenance à la classe ouvrière dans la population française [9]. Le déclin du secteur industriel traditionnel et la progression des « ouvriers des services » ont eu raison des solidarités collectives qui unissaient l’immense majorité des ouvriers derrière la gauche. Mais la gauche elle-même a accéléré ce mouvement par sa pratique gouvernementale.


TABLEAU 1.

Résultats de la gauche et des écologistes au premier tour des élections législatives (1973-2002) : la « fin du vote de classe ouvrier » (en % des exprimés).

Vote gauche et écolo


 L1973L1978
 L1981 L1986L1988
 L1993L1997
L2002
 France46
52
57
45
49,5
39 48
48
40,5
 Ouvriers PCM 68
69
70
58
    
 Ouvriers PPI    61
60
42
 5245
 Ecarts        
 Ouvriers PCM 
+22
+17
 +13 +13    
Ouvriers PPI 
   +16+10
+3
+4
 +4,5 









Sources : Sondages postélectoraux SOFRES (1973-1995), in François Platone, Les Electorats sous la Cinquième République. Données d'' enquêtes 1958-1995, Paris, Cahiers du CEVIPOF, septembre 1995. Sondage postélectoral SOFRES-CEVIPOF-CRAPS (1997) et PEF, vague 3 pondérée (2002)









L73 : législatives de 1973 (autres tableaux : P02= présidentielle 2002), etc…
PCM : profession du chef de famille (nomenclature INSEE 1954),
PPI : profession de la personne interrogée (nomenclature INSEE 1982). La SOFRES change de méthode en 1986, mais fournit les résultats selon les deux méthodes pour ces élections. Les effets du changement de nomenclature INSEE sont par là-même annulés.

Les logiques complexes du déclin du vote de classe ouvrier
Le groupe ouvrier n’a jamais été homogène. Derrière le désalignement électoral mis en lumière par les enquêtes postélectorales semblent ainsi se profiler des évolutions différenciées selon les milieux ouvriers, selon leur histoire industrielle, selon leur tradition politique. Que se passe-t-il dans les milieux ouvriers frappés de plein fouet par la crise ? Et dans ceux où rien ne semble avoir changé ? Et dans ceux qui sont de longue date dominés par la droite ? Seule une analyse des résultats électoraux dans des zones très ouvrières peut permettre de restituer les différentes logiques attachées à ces territoires (lire à ce sujet mes différentes analyses électorales sur ce site même, JPR). Évidemment, l’intérêt de cette méthode dépend du niveau d’analyse et de la taille des unités politiques considérées. Elle suppose ici de ne retenir que des élections d’enjeu national pour écarter certains facteurs qui pèsent lourdement sur les élections locales, notamment l’implantation de notables ou de réseaux militants très organisés. Elle implique également de travailler sur des cantons, car leur dimension (en principe) limitée permet d’obtenir une certaine homogénéité sociale. Reste que le déclin du vote de classe ouvrier ne signifie pas nécessairement que le vote des ouvriers ait perdu toute spécificité. Depuis une vingtaine d’années, les observateurs se relaient pour souligner la montée de l’abstentionnisme et du vote Front national au sein des milieux ouvriers. Pour tenir compte du rôle de l’abstention, toutes les évolutions électorales seront mesurées par rapport aux électeurs inscrits. Attention : à aucun moment cette analyse ne fait intervenir des propriétés individuelles qui assureraient que ce ne sont que les ouvriers qui portent les évolutions électorales à l’œuvre dans les milieux ouvriers. En ce sens, les enquêtes par sondage peuvent être complémentaires, notamment pour saisir des logiques individuelles du désalignement ouvrier.

Domination communiste ou domination socialiste, deux visages du déclin de la gauche dans les milieux ouvriers
Depuis le Congrès de Tours de 1920, le mouvement socialiste français est divisé entre deux tendances, l’une « réformiste », l’autre « révolutionnaire ». Or le Parti socialiste et le Parti communiste n’ont jamais eu la même influence dans les milieux ouvriers. Ainsi le vote de classe ouvrier était d’abord un vote communiste, qui renvoyait aux liens très forts tissés par le Parti communiste au sein du monde ouvrier. Cette différence produit des évolutions électorales différenciées selon que les milieux ouvriers de gauche sont dominés par les communistes ou les socialistes. Dans les milieux ouvriers socialistes, les évolutions électorales sont très sensibles à la conjoncture politique. Au terme de ses deux législatures (en 1986 puis en 1993), la gauche est largement sanctionnée - c’est moi qui souligne, JPR - (tab. 2).





















































Tableau 2.

Le poids de la conjoncture politique dans le recul de la gauche au sein des milieux ouvriers dominés par les socialistes (% des inscrits)

Gauche

L73

L78

L81

L86

L88

L93

L97

L02

France

37,1

42,3

39,7

34,0

32,0

25,6

30,8

25,5

Roubaix

44,2

51,4

47,8

36,7

34,4

24,7

30,6

26,4

Hénin-B.*

61,7

65,6

58,4

44,6

44,6

33,1

36,9

32,9

Écarts

 

 

 

 

 

 

 

 

Roubaix

+7,1

+9,1

+8,1

+2,7

+2,4

-0,9

-0,2

+0,9

Hénin-B.

+24,6

+23,3

+18,7

+10,6

+12,6

+7,5

+6,1

+7,4

* : Hénin-Beaumont (62) et Roubaix (59).

 

    En revanche, dans les milieux ouvriers communistes, le déclin de la gauche s’inscrit dans le long terme. Ici, les évolutions électorales sont directement liées aux transformations industrielles (tab. 3). Dans les zones où les industries ont été frappées par les mutations de l’économie française (Vénissieux (69), Longwy (54)), l’originalité du vote de gauche recule de manière progressive à partir des élections législatives de 1978. À l’inverse, dans les zones où l’activité ouvrière a été relativement « préservée » (Ault (80), Saint-Pierre-des-Corps (37)), aucune évolution électorale notable n’est à signaler par rapport aux évolutions observables sur la métropole.

 

Tableau 3.

    Le poids des transformations industrielles dans le recul de la gauche au sein des milieux ouvriers dominés par les communistes. (% des inscrits)

 

Gauche

L73

L78

L81

L86

L88

L93

L97

L02

Métropole

37,1

42,3

39,7

34,0

32,0

25,6

30,8

25,5

Ault

48,5

56,2

56,0

46,3

48,2

36,0

45,3

35,0

St-P.d.C.

53,6

56,8

52,0

46,1

45,5

36,6

46,5

39,2

Véniss.

59,4

59,6

49,9

39,3

35,7

31,4

38,4

30,3

Longwy

59,3

53,2

55,6

42,1

38,4

27,8

38,3

30,2

Écarts

 

 

 

 

 

 

 

 

Ault  

+11,4

13,9

+16,3

+12,3

+16,2

+10,4

+14,5

+9,5

St-P.d.C.

+16,5

+14,5

+12,3

+12,1

+13,5

+11,0

+15,7

+13,7

Véniss.

+22,3

+17,3

+10,2

+5,3

+3,7

+5,8

+7,6

+4,8

Longwy

+22,2

+10,9

+15,9

+8,1

+6,4

+2,2

+ 7,5

+4,7

 

    Le poids du renouvellement des générations

    Au XXe siècle, trois grandes générations ouvrières se sont succédé en France [10]. La « génération héroïque » arrive à l’âge adulte entre le Front populaire et la Libération, et connaît à la fois les luttes de 1936, la Résistance et la victoire sur le nazisme. Très encadrée par le PC et la CGT, cette génération d’ouvriers porte en elle une solide culture de classe : la famille, le quartier, le syndicat et le Parti représentent les seules protections possibles contre la dégradation des conditions de vie et de travail. En revanche, les enfants de cette génération héroïque grandissent dans un autre contexte, marqué par l’extension de la protection sociale, une amélioration régulière des conditions de vie et l’ouverture des possibilités de scolarisation prolongée. Ils constituent la « génération de la modernisation » et portent déjà en eux les germes de la désagrégation de la culture de classe ouvrière. Néanmoins, leur vision du monde reste structurée par certains mythes façonnés par le Parti communiste, du « parti des 75000 fusillés » à la « patrie des travailleurs ». Enfin, la « génération de la crise » grandit dans un contexte similaire, malgré l’apparition du chômage. Mais plutôt que l’expérience politique de leurs grands-parents, elle reçoit les aspirations à la réussite individuelle de ses parents.

 

Tableau 4.

Le déclin du vote de classe ouvrier selon les générations (1978-2002) -en % des personnes interrogées-

Vote de gauche

L1978

P1988

P1995

P2002

France

45,3

44,6

35,7

30,0

Ouvriers nés en 1970 et après

-

-

31,2

28,4

Ouvriers nés entre 1946 et 1969

68,9

53,8

40,8

31,6

Ouvriers nés en 1945 et avant

55,6

54,3

44,6

27,1

Écarts

 

 

 

 

Ouvriers nés en 1970 et après

-

-

-4,5

-1,6

Ouvriers nés entre 1946 et 1969

+23,6

+9,2

+5,1

+1,6

Ouvriers nés en 1945 et avant

+10,3

+9,7

+8,9

-2,9

Sources : Cevipof (1978-1988-1995) et Panel électoral français (2002, vague 2).

    La génération de la crise se démarque sans conteste de la génération héroïque et de la génération de la modernisation (tab. 4). Elle n’a jamais accordé d’avantage particulier à la gauche, que ce soit lors de la présidentielle de 1995 (- 4,5 points) ou de la présidentielle de 2002 (- 1,6 point). Or sa progression constante au sein du groupe ouvrier laisse penser que la tendance au désalignement des ouvriers n’est pas près de s’inverser.

    Néanmoins, le déclin du vote de classe ouvrier débute avant son arrivée dans le corps électoral. Elle n’est donc pas la seule génération ouvrière à se détacher de la gauche. Un décrochage de la génération de la modernisation intervient en effet entre les législatives de 1978 et la présidentielle de 1988, l’écart à la moyenne passant de 23,6 à 9,2 points. Les ouvriers socialisés avant la Seconde Guerre mondiale sont les derniers fidèles à la gauche, en dépit de ce que pourrait laisser penser l’« accident » de 2002 (ils votent alors moins à gauche que la moyenne de l’électorat !) (c’est le rejet de la ligne Robert Hue, selon moi, jpr): le message qu’ils envoient le 21 avril est en effet amendé dès les élections législatives, l’écart remontant à 4 points.

 

    Abstention et vote FN, deux réponses des milieux ouvriers

    L’émergence et l’installation du Front national à l’extrême droite du champ partisan sont sans aucun doute les caractéristiques les plus marquantes de l’histoire électorale française récente. Cette montée du vote Front national a rapidement été mise en relation avec le recul électoral du Parti communiste, soulevant la question de l’existence d’un passage privilégié de l’extrême gauche à l’extrême droite sur le terrain de la protestation sociale. Il est vrai que les progrès indéniables du Front national dans certaines vieilles terres de gauche, notamment au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais, ont donné une visibilité particulière au phénomène. Pourtant la dynamique Le Pen n’est pas très sensible au sein des « banlieues rouges » (tab. 5). Que ce soit à Gennevilliers ou à Vénissieux, Jean-Marie Le Pen n’obtient jamais plus de 5 points par rapport à sa moyenne nationale. Mieux, il recule entre la présidentielle de 1995 et celle de 2002, un reflux qui n’a pas beaucoup été souligné après le 21 avril.

 

Tableau 5.

Le poids contrasté de Jean-Marie Le Pen dans le monde ouvrier

 

Vote Le Pen

P1988

P1995

P2002

Métropole

11,7

11,8

12,1

Gennevilliers (92)

16,4

12,0

  8,4

Vénissieux (69)

13,7

16,7

14,3

Cluses Scionzier (74)

18,5

18,7

20,9

Saint-Amarin (68)

19,7

23,6

22,7

Écarts

 

 

 

Gennevilliers (92)

+4,7

+0,2

-2,7

Vénissieux (69)

+2,0

+4,9

+2,2

Cluses Scionzier (74)

+6,8

+6,9

+8,8

Saint-Amarin (68)

+8,0

+11,8

+10,6

 

    Le contraste entre le vote lepéniste en terres communistes et le vote lepéniste au sein des milieux ouvriers dominés de longue date par la droite est saisissant. Du côté de Cluses ou de Saint-Amarin, l’avantage que le leader du Front national obtient par rapport à son score en métropole dépasse presque toujours 7 points, parfois même 10 points. Mieux, ces terres sont généralement des zones de progression pour Jean-Marie Le Pen entre la présidentielle de 1995 et la présidentielle de 2002. Le cas de Saint-Amarin semble faire exception. Mais le président du Front national est en fait pénalisé par la candidature de son ex numéro deux Bruno Mégret, qui recueille 3,4 % des inscrits dans ce canton alsacien, plus du double de son score national (les politologues ajoutent généralement les scores LePen et Mégret pour les analyses). Ainsi, le vote en faveur du Front national, bien qu’il soit sensible dans certains milieux ouvriers communistes ou socialistes, est prioritairement le fait de milieux ouvriers de droite qui se sont vraisemblablement radicalisés face aux nouveaux enjeux apparus entre 1981 et 1984, au premier rang desquels l’immigration. En revanche, la montée de l’abstentionnisme est caractéristique des milieux de gauche, surtout communistes, et répond au déclin du vote de gauche. Un seul exemple suffit : entre les élections législatives de 1973 et celles de 1997, la participation recule de 20 points à Gennevilliers, passant de 82,5 à 62,5 % des inscrits (en métropole, elle chute de « seulement » 12,8 points).

 

    La fin du rôle politique des ouvriers ?

    En France, ce déclin du vote de classe ouvrier obéit à deux logiques principales : la prégnance des transformations industrielles au sein des milieux ouvriers dominés par les communistes, et le poids du bilan de la gauche (socialiste) après ses passages (au gouvernement, jpr). Mais le changement est essentiellement porté par les nouvelles générations, celles qui n’ont jamais été imprégnées de la culture de classe qui poussait les ouvriers vers la gauche.

    Depuis maintenant plus d’une trentaine d’années, la majeure partie des grandes démocraties occidentales [11] a connu une mutation importante du vote ouvrier : autrefois très largement favorable à la gauche, il s’est progressivement banalisé. En France, ce déclin du vote de classe ouvrier obéit à deux logiques principales : la prégnance des transformations industrielles au sein des milieux ouvriers dominés par les communistes, et le poids du bilan de la gauche après ses passages au pouvoir au sein des milieux ouvriers dominés par les socialistes. Mais le changement est essentiellement porté par les nouvelles générations, celles qui n’ont jamais été imprégnées de la culture de classe qui poussait les ouvriers vers la gauche.

    Le Parti communiste est la principale victime de ce désalignement électoral : de tous les partis de gauche, il était celui dont l’électorat était (de loin) le plus ouvrier. Ainsi, lors des élections législatives de 1973, la moitié de ses électeurs étaient ouvriers ! Après tout, dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, il s’était proclamé « parti de la classe ouvrière » (mais cela était inexact dans l’Est de la France et dans les régions catholiques pratiquantes). Reste que les ouvriers pèsent toujours d’un poids électoral important, en témoigne leur très large participation à la victoire du « non » lors du référendum sur le traité de Constitution européenne du 29 mai 2005. Selon la SOFRES, 81 % des ouvriers ont refusé le texte qui leur était proposé. Le « non » frôle ainsi les 70 % sur l’ensemble du département du Pas-de-Calais, et atteint ses sommets dans deux villes très ouvrières : 81,3 % au Grand-Quevilly, fief de Laurent Fabius (qui avait appelé à voter « non », JPR), et 83,2 % à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Alors que la France s’apprête à élire son président de la République (article écrit avant avril 2007 ! JPR), il ne faudrait pas sous-estimer le rôle de l’électorat ouvrier.

 

[1] Les résultats présentés dans cet article sont issus d’un mémoire réalisé dans le cadre du Master recherche de l’I.E.P. de Paris. Florent Gougou, "Logiques et évolutions du vote ouvrier sous la Cinquième République. Comprendre la fin du vote de classe ouvrier", sous la direction de Guy Michelat, 2005.

[2] La notion de « désalignement électoral » désigne ici le fait que le vote d’un groupe social tend à se rapprocher progressivement du vote de la moyenne de l’électorat, alors qu’il en différait sensiblement et durablement auparavant. Pierre Martin, Comprendre les évolutions électorales, Presses de Sciences-Po, 2000.

[3] Joseph Klatzmann, « Comportement électoral et classe sociale. Étude du vote communiste et du vote socialiste dans le département de la Seine », in Maurice Duverger, François Goguel, Jean Touchard (dir.), Les Élections du 2 janvier 1956, Armand Colin, Cahiers de la F.N.S.P., 1957, pp. 254-285.

[4] Mattei Dogan, « Les clivages politiques de la classe ouvrière », in Léo Hamon, Les Nouveaux Comportements politiques de la classe ouvrière, Presses Universitaires de France, 1962.

[5] Seymour M. Lipset, Political Man. The Social Bases of Politics, The Johns Hopkins University Press, 1981 (1960 pour la première édition).

[6] Robert R.Alford, Party and Society, Rand McNally, 1963. « The suggested index of class voting is computed very simply as follows : subtract the percentage of persons in non-manual occupations voting for Left parties from the percentage of persons in manual occupations voting for Left parties » (pp. 79-80).

[7] David E. Butler, Donald E. Stokes, Political Change in Britain.The Evolution of Electoral Choice, MacMillan, 1974, seconde édition (1969 pour la première édition).

[8] Guy Michelat, Michel Simon, "Classe, religion et comportement politique", Presses de la Fondation nationale des sciences politiques et Éditions sociales, 1977.

[9] Guy Michelat, Michel Simon, « 1981-1995 : changements de société, changements d’opinion », in SOFRES, l’État d’opinion, 1996, p. 167-186.Voir également Guy Michelat, Michel Simon, "Les Ouvriers et la Politique. Permanences, ruptures, réalignements", Presses de Sciences-Po, 2004.

[10] Gérard Noiriel, "Les Ouvriers dans la société française", XIXe-XXe siècle, Le Seuil, 1986.

[11] En tout cas, tel qu’il est mesuré par l’indice d’Alford. Pour une de ses dernières actualisations pour ces pays, Ronald Inglehart, "Modernization and Postmodernization", Princeton University Press, 1997.

D. de VILLEPIN et la présence gaulliste...

publié le 15 déc. 2011 11:19 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 15 déc. 2011 11:21 ]

    Dominique de Villepin a fait acte de candidature à la présidence de la République. On peut faire de sa présence à Matignon un bilan négatif sans forcer la note. Mais il existe une hiérarchie dans les faits et gestes d’un gouvernement. Celui de Dominique de Villepin restera dans les annales comme celui qui fit applaudir - fait inouï dans l’enceinte du Conseil de Sécurité de l’ONU où la retenue (restreint) du gentleman anglo-saxon est la norme - les décisions de la France contre celles des Etats-Unis d’Amérique à propos de la seconde guerre d’Irak.

    Cette position courageuse remonte à notre tradition révolutionnaire où - seule et même isolée en Europe - la France régla l’affaire d’Avignon à coup de suffrage universel[1].

    Cette affaire d’Avignon eut un retentissement considérable. Pour la première fois, on demandait son avis au peuple concerné par un conflit de souveraineté. La volonté des princes passait après la volonté des peuples. C’est la révolution ! C’est, selon la formule consacrée, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

.La fibre gaulliste

    Cela est le patrimoine commun à tous les héritiers de la Révolution française. Bafoué en 1815, bafoué par Bismarck en 1871, mais revendiqué malgré tout. Néanmoins, on sait comment et combien le général De Gaulle exploitera à bonnes fins ce principe fondamental du droit des gens pour résoudre le problème algérien. Et auparavant, il l’aura mis en œuvre pour appeler les Français à poursuivre le combat le 18 juin 1940. Car la soumission de Pétain et de tous les défaitistes est le contraire du droit à disposer librement de soi-même, que l’on soit un individu ou que l’on soit une nation. La sortie de la France du commandement intégré de l’OTAN en 1966 relève de la même logique. « Il faut que la défense de la France soit française. Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre » déclarait-il dès 1959.(2).

    Cette tradition gaulliste a perduré jusqu’à J. Chirac et Dominique de Villepin. On sait le retentissement du discours du ministre des Affaires étrangères au Conseil de sécurité de l’O.N.U., le 14 février 2003. Ce jour-là, la France fit comprendre au monde que cette guerre en Irak que les va-t-en-guerre anglo-saxons voulaient à tout prix n’était pas sa guerre. Avec le sarkozysme nous sommes dans une autre logique politique. La France rentre dans le rang.

    Le lecteur habitué à ce site ne peut ignorer l’orientation délibérément FRONT DE GAUCHE  de son auteur. Néanmoins, le respect de la tradition française et du génie national exige que le courant gaulliste soit présent à la future élection présidentielle.

    Si l’on pense que les assauts meurtriers dont est victime l’Euro actuellement ont pour origine les Etats-Unis - qui malgré leur 14.000 milliards de dollars de dette se permettent par ailleurs de donner des leçons - Etats-Unis qui veulent garder à leur monnaie la qualité de monnaie de réserve et de moyen de paiement international (ce dont les Chinois commençaient à se détourner en optant pour l’Euro), si l’on pense cela, que dire des gesticulations de N. Sarkozy qui, au sommet du G20 à Cannes tenait absolument à se montrer aux côtés de B. Obama ? où est passé la fierté nationale ?et même sa lucidité ?

 

 



[1] Masculin. Grossièrement, il s’agissait de demander aux Avignonnais et Comtadins s’ils désiraient restés Romains (au pape) ou devenir Français.

[2] Cité par William SERMAN, dans sa communication au colloque de 1992 (bicentenaire de la proclamation de la République) sur « l’exception française », communication intitulée « l’influence de la Ière république sur la conception gaullienne de la défense nationale ». Actes, pp. 452-456.

Michel Onfray et la pagaille idéologique

publié le 23 oct. 2011 15:15 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 déc. 2011 23:37 ]

    Dans son article hebdomadaire au « Monde », où il fait des piges depuis quelque temps, Onfray s’essaie à une analyse politique et tente même de donner des conseils. Il a participé aux primaires en votant Montebourg et en s’abstenant au second tour. Cet intellectuel avait, un temps, donné son soutien au Front de gauche. Je me suis demandé qu’est-ce qu’il est allé faire au Monde : la contradiction était patente, Le Monde ne fait que décrier la politique du Front de Gauche et son anticommunisme est systémique donc militant. Onfray a résolu la contradiction : il crache sur le Front de gauche.

    Dans son papier du 19 octobre, il se désole apparemment de la victoire de Hollande -« avec Hollande, les vaches libérales seront bien gardées »-, il démolit avec violence l’icône Aubry. Que reste-t-il ? Il passe en revue les alternatives de la gauche antilibérale qui a, affirme-t-il « sa faveur ». Foin du NPA croupion, foin des « arlettistes » (sic), Mélenchon alors ? Onfray donne ses gages à la rédaction du Monde : Mélenchon « accumule les bêtises en soutenant Fidel Castro, la politique chinoise au Tibet ou la vertu guillotineuse de Robespierre ». Onfray l’avait-il oublié lorsqu’il soutenait publiquement par sa signature les listes FdG aux Européennes 2009 ? Onfray soutient la meurtrière Marie-Anne-Charlotte de Corday d'Armont, l’assassin de Marat-l’ami du peuple. Mais sa culture historique est proche du néant. Il suffit d’écouter ses conférences.

    Mais il en rajoute en parlant du PCF comme si ce parti n’était pas le principal soutien de Mélenchon : « Le PCF, en Janus menacé de torticolis, une maladie chronique chez lui depuis le pacte germano-soviétique, parlera à gauche contre les socialistes et agira avec eux pour défendre ses permanents, ses élus, ses cadres ». Évoquer en 2011 le pacte germano-soviétique dans le cadre de la campagne de la présidentielle 2012 est digne du Front national. D’ailleurs le melting-pot indigeste des mélanges argumentaires d’Onfray abonde le discours irrationnel et donc l’extrême-droite. Et comme les gauchistes de 68, il accuse le PCF d’être responsable. Dans la foulée de ce qui précède, il écrit : « Et la paupérisation continuera de plus belle... ». Voilà pourquoi il y a tant de pauvres : c’est à cause du PC qui ne fait pas son boulot.

    Bref, tout l’argumentaire banal de l’anticommunisme classique passe sur le clavier d’Onfray. Il ne néglige pas l’odieux et parle de Georges marchais comme d’« un communiste stalinien ancien du STO ».

    Alors que reste-t-il ? Le grand stratège de Caen descend de ses nuages normands et propose une solution : que Montebourg devienne le nouveau Mitterrand qui saura rassembler la carpe hollandaise et le lapin arlettiste. Montebourg qui vient de se discréditer en faisant la campagne de F. Hollande en même temps que Valls l’homme de la TVA sociale qu’il a dénoncée véhémentement lors d’un débat des primaires. Bref, Onfray écrit n’importe quoi.

 .
N.B. Lire l'analyse de la candidature Valls dans la rubrique analyses politiques : CHANGER : QUE FAIRE AVEC MANUEL VALLS ?

prolonger avec Michel ONFRAY et l’ANTI-REVOLUTION



CHANOINE BOULARD : LA RELIGION, VARIABLE POLITIQUE MAJEURE.(atlas)

publié le 14 oct. 2011 20:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 nov. 2011 14:39 ]

Dans de nombreux articles, je vous renvoie à la lecture de la carte du chanoine Boulard. Conscient qu’elle n’est pas si facile à trouver et mieux armé depuis que mon épouse maîtrise l’outil informatique, je publie aujourd’hui cette fameuse carte.

Dans son livre[1], François Goguel, l’un des pères de la science politique française avec A. Siegfried- accompagne cette carte du commentaire suivant (extraits) : "La carte de la pratique religieuse dans la France rurale, dressée par le chanoine Boulard permet de faire des rapprochements intéressants. On retrouve en effet sur la carte religieuse les bastions de l'Ouest, de l'Est, du Massif Central et de l'Ouest des Pyrénées qui caractérisent les cartes politiques. Mais cette analogie est loin d'être une identité : depuis le début du siècle jusqu'à la fin de la Quatrième République, les positions occupées par la droite dans la France de l'Ouest et dans la France de l'Est ont été constamment plus étendues que les zones religieusement fidèles. Il leur est même arrivé en 1946 de se rejoindre à travers bon nombre de départements indifférents.

Dans la moitié méridionale de la France, au contraire, les positions du catholicisme sont nettement plus étendues que celles de la droite. (Hautes-Pyrénées, par ex. JPR)

En 1946, les zones déchristianisées décelées par le chanoine Boulard n'ont pas la même attitude politique : celle de Champagne-Brie-Bourgogne (Aube, Seine-et-Marne, Yonne) vote non au référendum[2], celle de la Marche et du Limousin (Creuse, Haute-Vienne, Corrèze) vote oui. Le même contraste - moins net parce qu'il ne s'agit plus d'une alternative - se retrouve dans les cartes des élections de 1951 et de 1956".

Et F. Goguel conclut prudemment, beaucoup trop prudemment à mon sens : "Il n'est donc pas possible de considérer que la géographie de la pratique religieuse donne toujours et partout la clé de celle des opinions politiques. L'une et l'autre ont sans doute des points communs, mais presque autant de points de divergence".

Cette carte fait autorité chez les historiens et les politologues. Ils s’en servent pour montrer le rôle de ce que ces derniers appellent une variable politique majeure : la religion.

 

Le vote Giscard en 1981.

Je publie la carte des résultats du vote Giscard en 1981. Elle prend pour subdivision la plus basse le département alors que Boulard a utilisé le canton ce qui est évidemment bien plus fin. Nonobstant la causalité explose aux yeux du lecteur :


Les évidences : l’Ouest armoricain, à l’exception des Côtes-du-Nord- vote Giscard au bureau électoral après être passé par l’église. Il en va de même pour l’Alsace et la Lorraine. Les quatre départements du sud du Massif Central ainsi que la Haute-Savoie et les Pyrénées atlantiques votent infailliblement à droite. Les Alpes maritimes votent à droite mais la montagne religieuse pèse certainement moins lourd que la Côte d’Azur où le rôle du patrimoine et de la catégorie socio-professionnelle -autres variables majeures selon les politologues- joue davantage. Une carte par canton aurait montré que la Flandre française -religieuse comme sa jumelle belge - est fidèle à la droite (circonscriptions de Bergues et d’Hazebrouck). De même, le Pays de Caux (Seine-Maritime) vote à droite (circonscription d’Yvetot).

Les différences : On peut dire la même chose pour Paris que pour les Alpes maritimes, Paris qui vote Giscard sur la base patrimoniale et non religieuse. La Meurthe&Moselle a voté à gauche en 1981 -alors qu’elle est "terre chrétienne"- grâce à l’influence communiste dans la sidérurgie. Le Var -terre de gauche, voir les travaux d’Agulhon- est passé à droite avec le recul de la paysannerie socialiste, des ouvriers communistes (bauxite, aluminium, chantiers navals…) et grâce aux retraités parisiens (lato sensu) qui viennent passer leur troisième et quatrième âges dans le département qui ne manque pas d’attraits comme chacun sait. Le changement du site de la préfecture (de Draguignan à Toulon) a matérialisé ce passage du centre de gravité varois de l’intérieur au littoral. Les Yvelines, l’Eure-et-Loir et le Loiret ont voté Giscard sur une base socio-professionnelle et patrimoniale : les électeurs sont des "Parisiens" vivant dans cette grande banlieue rurbanisée.

Globalement, néanmoins, la ressemblance entre la carte de Boulard et celle du vote Giscard est évidente. 

 

Le vote Marchais en 1981


Cette carte apparaît comme le négatif des cartes Boulard et Giscard. Le PCF obtient -obtenait- ses votes surtout chez les "sans religion" et les "catholiques non pratiquants". Il obtient de maigres suffrages dans tout l’Ouest sauf en Côtes-du-Nord où le Trégorrois vote communiste depuis des lustres (Circonscription de Guingamp). Pareil à l’Est sauf en Meurthe&Moselle où l’immigration (italienne notamment) a été sensible à ses arguments. La Haute-Savoie, Les Pyrénées atlantiques et les quatre départements du Massif central lui sont défavorables. La Loire -peuplée de "paroisses chrétiennes" est très défavorable même si le PCF avait remporté la municipalité de Saint-Etienne en 1977. Les Monts du Forez (à l’ouest du département) et les Monts de Tarare et du Lyonnais (à l’Est) sont un vide politique pour le PCF. Observons que l’Ardèche et le Gard donnent en revanche un assez bon score : il y a là une tradition protestante (outre une forte présence ouvrière) qui abondait le vote de gauche radicale.

Je rappelle que Boulard parle de paroisses chrétiennes et non pas exclusivement catholiques, c’est ce qui explique l’absence de nuances de couleurs sur les territoires de ces deux départements (ainsi d’ailleurs qu’en Moselle-Alsace).

 


Le vote Front de Gauche en 2009


Quelque 30 ans plus tard, la carte du vote Front de Gauche présente de grandes similitudes : on retrouve les faiblesses dans le Grand Est (sauf en Lorraine sidérurgique), dans l’Ouest, surtout sur les marges armoricaines. Le Trégorrois reste une terre rouge même si la couleur pâlit. Le lecteur remarquera la "blancheur" de la Flandre, du Forez, de la Haute-Savoie, du Pays basque, des hauteurs des Alpes-Maritimes, du cœur du Massif central : toutes choses conforment au schéma de la carte Boulard.

Tout cependant ne s’explique pas par l’imprégnation religieuse : ainsi le Front de Gauche est relativement plus fort dans le Bassin Aquitain que le PCF de G. Marchais. Cela s’explique par la candidature de J.-L. Mélenchon, ancien membre du PS, qui apporte ici, dans ces terres socialistes et radicales, son coefficient personnel.

 











Le vote Boutin en 2002.


L’ineffable Mme Boutin, la championne des monastères bénédictins[3], représente la tendance traditionaliste de la religion catholique. lien : Mme BOUTIN et le parti Radical.

Malgré la maigreur de son score, la géographie du scrutin est bien conforme à celle des "paroisses chrétiennes" de Boulard. Voyez sa présence en Alsace-Moselle, dans le Grand Est en général. Voyez sa présence relativement forte dans les marges armoricaines, dans la Vendée catholique et royale. Beaucoup moins présente en Basse-Bretagne (Trégorrois et ses alentours). Présence également dans les montagnes orientales du Massif Central ainsi qu’au cœur de celui-ci. Haute-Savoie et Pays basque répondent à l’appel de Christine. La carte élaborée au niveau des cantons permet une finesse d’analyse.

Mais des différences apparaissent : ainsi dans le Bassin parisien, dans le nord de Champagne-Ardenne, dans l’Allier.

 










Le referendum de Maastricht en 1992 : le vote oui




Cette carte du vote montre que le oui l’emporte dans les régions de vieilles traditions catholiques. Je vous laisse le soin de comparer. Ne pas oublier que l’Europe (l’Europe ! l’Europe ! l’Europe ! disait le Général) fait partie du patrimoine génétique des catholiques et a eu le soutien du Vatican. C’est le cri de ralliement des démocraties-chrétiennes occidentales[4].

Il y a des différences : ainsi les Landes, plutôt mécréantes selon Boulard votent-elles oui. Mais ne pas oublier que le PS et le PRG avaient fait campagne pour le oui. Inversement, Philippe de Villiers, grand catholique devant l’Eternel, faisait campagne pour le non et la carte montre qu’il a été suivi en Vendée et alentours. En Ile-de-France, c’est le oui des nantis, des gens intégrés dans la mondialisation. Les considérations religieuses sont absentes.

 

En conclusion, cette carte du chanoine Boulard doit faire partie de l’arsenal de l’analyste électoral. Mais pas seule, évidemment. Il faut tenir compte des évolutions : j'ai parlé du Var, en sens contraire parlons de la Bretagne qui est maintenant terre  de Gauche : qui l'eût cru en 1946 lorsque Boulard élaborait sa carte ? Nonobstant cet outil est un élément essentiel de compréhension du comportement politique des Français.

Autres applications et analyses en rapport avec cette carte Boulard :
I. Le F.N., les ouvriers : le cas de l'Yonne
Mme BOUTIN et le parti Radical
le F.N. débarque en Haute-Loire…

I. Vote F.N. et vote ouvrier : le cas de la MOSELLE
André CHASSAIGNE , une candidature de valeur(s) (Auvergne - Puy-de-Dôme)

  



[1] "Géographie des élections françaises sous la 3° et la 4°…", cahier de la F.N.S.P. n°159, Armand Colin, 1970.

[2] Referendum pour ou contre le projet de constitution présenté par le PCF et le PS-SFIO.

[3] Voir l’article Pour qui votent les intégristes ?

[4] Dont le MRP a été l’incarnation en France et dont F. Bayrou est l’héritier spirituel. Je ne parle pas de la démocratie chrétienne de Mme Boutin qui se situe en dehors de la notre République laïque.

CHANGER : QUE FAIRE AVEC MANUEL VALLS ?

publié le 13 oct. 2011 23:30 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 oct. 2011 10:07 ]

    Les lecteurs de ce site ont certainement suivi les débats de la primaire socialiste, il est donc inutile de leur présenter Manuel Valls. Nous avons là un social-libéral à la Tony Blair. On sait que ce dernier voulait trouver le juste milieu, non pas entre le socialisme et le capitalisme, mais entre la social-démocratie et le capitalisme ! On connaît le résultat. La crise bancaire a été profonde en Grande-Bretagne, des banques ont coulé, il a fallu les repêcher avec l’argent public comme il se doit dans le cadre de la logique bien connue de la « privatisation des profits et de la socialisation des pertes ».

    Valls regarde sur sa droite, c’est clair et il ne s’en cache pas. Lors d’une édition du Grand journal de Canal+, il s’est exhibé avec le trop connu Lévy pour dire que deux dangers pouvaient venir dans cette campagne présidentielle : le FN et Mélenchon… Insulte systématique et indigne de la part d’un membre du parti socialiste.

    Les primaires qui viennent de se tenir ont donné des résultats intéressants. Pour deux candidats, les discours étaient bien tranchés : Valls et Montebourg. L’analyse de la géographie des votes est féconde. Je vous renvoie à mon article sur le Rhône : lien Primaires socialistes : géographie électorale (cas du Rhône). Le journal Le Monde a publié une carte étonnante qu’il faut observer et qu’il faut comparer avec la géographie des votes de droite à Paris.

    J’ai prolongé l’analyse en essayant de trouver les pourcentages de Valls dans les communes les plus riches de France selon les travaux effectués par l’hebdomadaire L’Express, travaux qui m’ont fourni un échantillon que je « travaille » à l’issue de chaque élection pour voir quel est le comportement de la bourgeoisie patronale lors des diverses échéances : consulter, par exemple, l’article QUI VOTE ECOLO ?

    Dans ces communes, il y a bien sûr des militants et des électeurs socialistes. Ces citoyens vivent au rythme des habitants de leurs communes. A Neuilly-sur-Seine qui a voté à 87% pour Nicolas Sarkozy, en 2007[1], il n’est certes pas facile d’être de gauche et si on l’est, on opte pour un socialisme de respectabilité sous peine d’être ridiculisé par les experts qui courent les rues dans cette commune et qui savent mieux que quiconque quels sont les fondamentaux de l’économie. De l’économie capitaliste s’entend. Il convient par exemple d’éclater de rire lorsque Mélenchon parle du SMIC à 1.700€. Aussi bien, Valls obtient 23,3% des votes à Neuilly soit quatre fois plus que sa moyenne nationale.

    Voici ses résultats dans d’autres communes de mon échantillon[2].

 

Communes

% M. Valls

Marnes-la-coquette

13,0

St-Nom-la Bretèche

19,0

L’Etang-la-ville

12,0

Le Vésinet

17,0

Vaucresson

15,0

Croissy-sur-Seine

15,0

Les Loges-en-Josas

14,0

Corenc (38)

12,0

St-Cyr-au-Mt-d’Or (69)

17,4

St-Didier-au-Mt-d’Or

17,4

St- Ismier (38)

13,0

St-Marc Jaumegarde (13)

12,0

Archamps (74)

13,0

Paris VIII°

16,9

Paris XVI°

18,2

Paris VII°

16,9

Lyon VI°

09,3

France

06,1

Vaulx-en-Velin (69)

02,8

    Géographiquement, le phénomène se retrouve partout. Socialement, on voit quelle est la base politique du vote Valls. Les électeurs de Vaulx-en-Velin -ville la plus pauvre de Rhône-Alpes selon l’Express- ne s’y sont pas trompés. Il est clair que ni Valls ni ses électeurs ne souhaitent un changement radical. La présence ou l’absence de ce leader dans un gouvernement Hollande aura une signification politique évidente.

    Et cela renvoie à la question qu’a posée Jean-Luc Mélenchon et à laquelle il n’a pas été répondu : quelle sera la stratégie d’alliance -en cas de victoire, bien entendu, ne vendons pas etc…- du PS ? Le MODEM ou le FRONT DE GAUCHE : il faudra choisir.

    Le Maire de Lyon s’est affolé en constatant le succès de Martine Aubry -et notamment sa première place à Lyon alors que lui-même appelait à voter Hollande- et il a déclaré : "avec le candidat le plus identitaire de la gauche, on ne pourra pas gagner. Si on a la volonté d’avoir un Président de la République (socialiste, JPR) il faut choisir un candidat plus rassembleur. Moi, on m’a dit trop centriste, trop ouvert, mais c’est la ligne qui m’a fait gagner"[3]. Voilà l’essentiel chez cette tendance du PS : gagner. Sur quel programme ? Que faire de la victoire ? On verra bien. Gauche molle. En avant vers une nouvelle déception pour l’électorat populaire.

    A la veille du second tout de ces primaires, à l’heure où j’écris ces lignes, il est plutôt satisfaisant de constater que le vote Montebourg a déplacé le curseur vers la gauche. C’est l’ampleur du vote Front de Gauche au premier tour qui forcera -démocratiquement- le choix des socialistes. La crise est trop grave pour se contenter d’un simple changement de personnels politiques. 



[1] Second tour.

[2] Il y a 38.000 communes et le PS n’a pas tenu 38.000 bureaux de vote. Certaines communes ont été regroupées et des communes de l’échantillon votaient avec d’autres communes plus pauvres. Le résultat du bureau de vote n’est dès lors peu ou pas exploitable.

[3] LE PROGRÈS de Lyon, 12 octobre 2011.

les élus EELV , élus par les voix de droite et d’extrême-droite..

publié le 23 juin 2011 19:43 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 juil. 2011 13:50 ]

  29/03/2011  

Considérant que, lorsque deux candidats -l’un de gauche, l’autre EELV- étaient en lice pour le second tour, tout risque d’élection d’un conseiller de droite ou FN était écarté, les dirigeants EELV ont pris la lourde responsabilité de maintenir leur candidat contre le candidat de gauche.

J’ai publié sur ce blog, la lettre de Jack RALITE, autorité morale, qui dénonce ce comportement avec des mots chargés de tristesse et remplis par l’élévation de la pensée.

Voici deux exemples où ce qui devait arriver arriva :

Canton de Villeurbanne-centre (Rhône) :

Sont face à face au second tour le candidat socialiste, arrivé en tête, avec 2498 voix et le Vert avec 2073 v.. Les voix disponibles pour le second tour sont de 604 à gauche, 1481 à droite et 1887 à l’extrême-droite. Il y a 528 abstentionnistes supplémentaires qui refusent ce choix. Le total des voix disponibles s’élèvent donc à : 604+1481+1887-528= 3444.

Comment se sont-elles réparties ?

Le nombre des nuls&blancs augmente de 785 unités. Le candidat socialiste gagne 982 v. et EELV 1677.

Ce ne sont pas les 489 voix communistes qui ont abondé le score EELV. Le gain de 1677 est dû essentiellement au report des voix de droite et du FN tout heureux de ce coup de canif porté à la domination socialiste sur Villeurbanne.

L’analyse est encore plus claire, si faire se peut, à Nomeny.

Canton de Nomeny (Meurthe&Moselle)

Le candidat socialiste arrive en tête avec 973 voix. Face à lui, l’écolo du coin avec 817 voix. Les voix disponibles pour le second tour se montent à 230 à gauche, 760 à droite et 799 voix du FN. Il faut retrancher 112 abstentionnistes supplémentaires par rapport au premier tour. Soit : 230+760+799-112= 1677 voix.

Le "dispatching" fut le suivant : il y a 200 nuls&blancs de plus qu’au 1er tour. Le candidat PS gagne 357 voix et l’écolo 1120 !

1120 voix sur 1677 alors que les 230 voix communistes se sont portées sur le PS (même si on ne peut jamais être affirmatif à 100%).

 

Je cite ici le texte de J. Ralite :

"Les choses sont simples : pour l’emporter, les candidats PS/EELV[1] ont besoin des voix non pas seulement de la droite, mais aussi de l’extrême droite.  Et la droite, pour la première fois explicitement à  Saint-Denis, appelle à voter PS/EELV[2]. En lui-même, cet élément suffirait à disqualifier ce qui se produit ici. Mais allons au-delà. Imagine-t-on ce que serait un conseiller général de gauche qui, devancé au premier tour, l’emporterait au second par l’apport de voix de droite mais surtout, dans le rapport des forces actuels, par  l’arbitrage du FN ? Mesure-t-on le désarroi, la confusion, la brèche que cela créerait ? Ainsi, un homme, une femme de gauche pourrait être élu-e à la faveur de pratiques devant lesquelles certains hiérarques de droite même reculent ? Et dans des territoires si emblématiques de ce que la gauche peut faire de meilleur au service des populations ? Mais c’en serait fini de la dignité de la politique,  de l’honneur que l’on a, tous, de croire en quelque chose qui dépasse nos seuls intérêts ! Que l’on n’invoque pas ici le pluralisme, encore moins la démocratie. Ce qui blesse le pluralisme, ce n’est pas qu’un candidat respecte les principes du désistement républicain. Et ce qui souille la démocratie, c’est bien que l’on puisse sacrifier les valeurs fondamentales aux intérêts égoïstes".

La candidate verte de Villeurbanne s’est déclarée "ravie que les Villeurbannais donnent un peu d’oxygène à la démocratie locale". La démocratie avec les voix du FN ? EELV a plus d’un tour dans son sac. La linotte est l’oiseau emblématique des écologistes.

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[1] J. Ralite fait allusion à la situation de la banlieue parisienne -dont il est élu- où des candidats socialistes ont adopté le même comportement que EELV.

[2] Elle le fit aussi à Villeurbanne. 

Commentaires


Pour quoi votent les écolos ?

publié le 23 juin 2011 19:41 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 14:41 ]

  23/03/2011  

Les candidats Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) font parler d’eux parce qu’ils contreviennent allègrement à la loi républicaine - non écrite- qui exige moralement de se retirer devant le candidat républicain arrivé en tête au premier tour. Si deux candidats de gauche arrivés en tête se retrouvent qualifiés pour le second tour, celui qui est arrivé second se retire et, en effet, cela s’est souvent produit, il ne reste plus qu’un candidat de gauche qui obtient 100% des exprimés au second tour[1].

« S’il n’y a pas de risque à droite, c’est aux électeurs de décider » dit Duflot. Il y a là, au mieux, une naïveté burlesque. Les électeurs de droite et d’extrême-droite resteront-ils sagement chez eux, laissant le peuple de Gauche -comme disait Mitterrand- laver son linge sale en famille ? C’est en réalité, laisser les électeurs de droite choisir leur candidat de gauche. Le PCF était bien placé pour saisir cette manœuvre. Entre le PS et le PC, la droite choisissait toujours le PS. C’était le cas en Haute-Vienne, dans le Cher, etc…ne parlons pas du Pas-de-Calais…ou des Bouches-du-Rhône. Sous ce discours libertaire "c’est aux électeurs de décider" se dissimule l’acceptation d’une manœuvre-manipulation. La dernière en date a eu lieu à Montreuil, municipalité communiste depuis des lustres, prise par la liste Voynet (EELV) seule face à la liste d’union de la Gauche conduite par J.-M. Brard et élue grâce aux voix de droite et d’extrême-droite, trop heureuses de se débarrasser d’une municipalité communiste.

« Nous n’avons pas la culture du désistement républicain » déclare un certain J.-M. Brulé des EELV.. Disons plus directement qu’ils n’ont pas de culture politique du tout (dans le meilleur des cas).

Un autre EELV, Mickaël Marie, proclame tout aussi légèrement : « Ce sont des voix qu’on a obtenues à la loyale. Il n’y a pas de raison de dire "on ne joue plus au second tour" et de laisser élire un PS à 100% des voix ». Que les voix aient été obtenues loyalement au premier tour, sans doute, mais pas au second ! Les voix de second tour viendront pour partie de la droite. C’est évident.

D’ailleurs, les écolos n’ignorent pas d’où vient leur électorat.

Voici mon échantillon de communes classées comme "les plus riches de France" par le journal L’Express après une enquête que j’ai évoquée dans un autre article[2]. J’ai enlevé les communes qui n’étaient pas concernées par les cantonales de ce mois de mars 2011. J’ai rappelé, dans les dernières colonnes du tableau, les scores obtenus par EELV -toujours par rapport aux inscrits - lors des régionales 2010 où les votants furent bien plus nombreux ainsi que le rang gagné par ces listes.

Je complète mon texte avec ces mots glanés sur le Progrès de Lyon, ce matin-même. C’est l’excellent Stéphane Rozès (CAP conseil), souvent présent lors des soirées électorales, qui parle : socialistes et communistes "redoutent que le vote écologique deviennent l’objet d’un vote stratégique d’une partie de la droite, pour faire vaciller les bastions de gauche". Au sujet du vote stratégique, lire mon récent article "le F.N. et le vote stratégique des riches". Le politologue conclut en disant que les écologistes "veulent le beurre et l’argent du beurre".

 

Tableau

Vote des communes du Gotha aux cantonales et régionales.

(par rapport aux inscrits)

 

Sociologie

1999

2011 en % des inscrits

2010 %ins.

communes

BP

SM

€/hab.

Vot.

UMP

EEV

cl.

EEV

cl.

Lyon VI°

45,2

27,4

X

37,5

ns

4,0

ns

 7,1

Marnes-la-Coquette

57,7

24,6

38579

55,0

41,1

2,9

4

 7,3

Neuilly-sur-Seine

62,3

21,6

36924

41,1

ns

1,7

5

 3,9

Fourqueux (78)

56,5

20,3

33886

42,1

21,9

5,5

2

 8,6

Le Vésinet

55,8

22,2

34196

36,6

18,1

5,0

2

 6,7

Vaucresson 92

53,1

24,9

33808

36,1

18,1

4,3

4

 6,7

Ville d'Avray

57,3

23,9

32859

42,0

18,9

6,2

3

 9,2

Les Loges-en-Josas

55,1

18,1

32587

41,6

10,9

6,8

2

12,8

Veyrier-du-Lac

51,8

29,1

30205

37,5

21,4

4,8

3

 5,9

St Clément de R. 34

54,5

20,1

27946

47,0

18,4

12,2

2

 6,1

St Martin-du-V. 76

45,1

25,3

27874

42,2

ns

4,5

ns

 5,5

Charbonnières 69

48,9

25,9

27571

39,7

20,2

4,8

3

 6,7

Gruson 59

47,1

27,9

27481

53,1

26,8

5,8

4

 6,6

Daix 21

41,6

25,3

27310

41,4

19,3

2,0*

3

 5,7

Auzeville-Tolosane

52,4

22,2

27309

50,3

13,9

10,4

3

11,8

Menthon St B. 74

48,6

23,8

27272

47,3

30,4

6,2

2

 9,2

Lompret 59

46,1

26,9

26357

65,1

43,8

abs

-

 8,6

France

19,7

54,4

15849

45,5

08,3

3,6

5

 5,4

Vaulx-en-Velin

09,9

73,6

09714

27,4

01,9

01,8

6

 3,1

Sources : L’Express, ministère de l’Intérieur, recensement INSEE.

BP = bourgeoise patronale ; SM = salariat modeste (appellation INSEE, employés + ouvriers)

*Daix = il y avait un autre candidat écologiste.  Ns = non significatif (plusieurs listes du même camp).

 

On aura évidemment jeté un œil sur le comportement électoral du salariat modeste de Vaulx-en-Velin, signalée par L’Express comme la commune la plus pauvre de Rhône-Alpes. Les électeurs -bien peu nombreux- vaudois ont placé la liste EELV en dernière position avec, aux cantonales, un score inférieur de moitié à la moyenne nationale. Le vote des communes huppées est considérablement plus élevé. L’écologie ça doit faire chic pour ces gens-là, ça donne un genre, ça fait "branché"... 

Les écologistes authentiquement de gauche ont rejoint les rangs de Martine Billard (PG) ou bien les Rouges&Verts de la FASE.

Laisser la droite arbitrer un duel gauche-écologiste, cela n’a rien à voir avec une attitude responsable, avec la tradition républicaine. Cela introduit un ferment de discorde face à un FN que l’on déclare menaçant par ailleurs, face à une UMP moribonde à qui cela redonne du souffle.

C’est lamentable.

N.B. dans un autre ordre d’idée, on a observé le score élevé obtenu par l’UMP dans ces communes, score qu’il faut comparer à la moyenne nationale de 8,3% des inscrits. Pour l’instant, la BP ne lâche pas le « président des riches » (Pinçon-Charlot). C’est pour ce dernier, le dernier carré.



[1] La droite pratique de la même façon.

[2] Voir l’article « qui vote écolo ? » d’avril 2010 (archives). 

Commentaires


QUI VOTE ECOLO ?

publié le 23 juin 2011 19:39 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 14:41 ]

  19/04/2010  

Le rôle du philosophe, selon M. Onfray, est de « dénuder les chimères », de saper les certitudes générales quand elles sont construites sur des mensonges. Et la prochaine « chimère » qu’il se propose de saper est l’écologie : « il y a un retour » dit-il « du refoulé très mondain de la nature »[1].

Je vais juste montrer dans cet article le caractère « mondain » du vote Europe écologie (EE). J’utilise l’article et les statistiques fournis par l’hebdomadaire L’EXPRESS, dans un numéro spécial du 28 juin 2007 intitulé « Où vivent les riches ? ». L’EXPRESS nous donne les Trente premières communes de France auxquelles j’ai ajouté les trois arrondissements parisiens et les deux arrondissements lyonnais notoirement connus pour être le lieu de résidence des catégories aisées.

Sur le tableau figurent :

1) la liste des communes et arrondissements considérés (j’ai toutefois écarté le cas de quatre communes frontalières de la Suisse dont le revenu par habitant est élevé pour des raisons spécifiques).

2) le revenu par habitant (sauf pour les arrondissements) ; la moyenne française s’établissant à 15.849 €. La commune de Vaulx-en-Velin - présentée par L’EXPRESS comme  « la plus pauvre » de Rhône-Alpes est donnée à titre de comparaison.

3) le pourcentage de « Bourgeoise patronale » et de « salariat modeste » pour chaque circonscription. J’ai donné la signification de ces termes dans d’autres articles du blog. Là encore, la comparaison avec la moyenne française et le cas de Vaulx-en-Velin s’impose.

4) le résultat - par rapport au nombre d’électeurs INSCRITS - obtenu par le FN, l’UMP et Europe Ecologie dans ces communes et arrondissements lors des dernières élections régionales.

5) une colonne indique le rang de la liste EE par rapport à l’ensemble des autres.

Tableau

Qui vote écolo ? Le cas des hauts revenus.

Elections régionales 2010 

Communes

En % des inscrits

 

UMP

FN

E.E.

rang

Lyon VI°

20,8

4,31

 7,1

Marnes-la-Coquette

33,9

3,1

 7,3

Neuilly-sur-Seine

31,1

2,9

 3,9

Fourqueux

26,3

2,4

 8,6

Le Vésinet

24,6

3,4

 6,7

Vaucresson 92

24,5

2,4

 6,7

Ville d'Avray

25,9

2,7

 9,2

Les Loges-en-Josas

22,6

3,7

12,8

Veyrier-du-Lac

23,9

4,4

 5,9

St Clément de Rivière34

15,0

5,0

 6,1

St Martin-du-Vivier 76

26,9

4,9

 5,5

Charbonnières 69

25,8

5,4

 6,7

Gruson 59

29,3

7,2

 6,6

Daix 21

21,6

2,0

 5,7

Auzeville-Tolosane

13,1

4,6

11,8

Menthon St Bernard 74

21,1

4,2

 9,2

Lompret 59

 26,0

5,5

 8,6

France 2010

12,2

5,7

 5,4

Vaulx-en-Velin

03,2

4,2

 3,1

  

Tableau

Qui vote écolo ? Le cas des hauts revenus.

 

 

 

1999

2010

2010

2010

2010

communes

BP*

SM

Revenu/hab.

UMP

FN

E.E.

écolos rang

Paris VIII°

53,4

31,3

X

23,6

2,94

5,7

Paris XVI°

56,3

27,3

X

26,7

3,12

4,1

Paris VII°

58,8

25,1

X

26,1

2,96

6,0

 Lyon II°  *

48,7

26,6

X

18,2

4,85

7,7

Lyon VI°

45,2

27,4

X

20,8

4,31

7,1

Marnes-la-Coquette

57,7

24,6

38579

33,9

3,1

7,3

St Nom-la-bretèche

62,3

21,6

37665

27,1

3,35

6,9

Neuilly-sur-Seine

62,3

21,6

36924

31,1

2,93

3,9

L'Etang la ville

58,5

18,5

35130

21,6

2,94

8,3

Fourqueux

56,5

20,3

33886

26,3

2,4

8,6

Le Vésinet

55,8

22,2

34196

24,6

3,41

6,7

Vaucresson 92

53,1

24,9

33808

24,5

2,42

6,7

Croissy-sur-Seine

52,5

22,6

33246

22,9

3,3

8,9

Ville d'Avray

57,3

23,9

32859

25,9

2,68

9,2

Les Loges-en-Josas

55,1

18,1

32587

22,6

3,7

12,8

Corenc 38

55,5

16,6

30742

18,5

3,54

11,4

St-Cyr Monts d'Or 69

49,5

26,8

30224

21,9

4,72

6,3

St Didier Monts d'or 69

51,4

26,3

30538

23,4

4,93

6,7

Veyrier-du-Lac

51,8

29,1

30205

23,9

4,37

5,9

Biviers 38

55,6

20,8

29007

19,3

3,7

9,9

Saint-Ismier 38

54,3

22,2

28127

15,5

3,84

9,4

St Clément de Rivière34

54,5

20,1

27946

15

4,99

6,1

St Martin-du-Vivier 76

45,1

25,3

27874

26,9

4,9

5,5

Charbonnières 69

48,9

25,9

27571

25,8

5,38

6,7

Gruson 59

47,1

27,9

27481

29,3

7,2

6,6

Montbonnot St Martin (38)

47,4

24,2

27407

16

4,42

10,9

Daix 21

41,6

25,3

27310

21,6

2,01

5,7

Auzeville-Tolosane

52,4

22,2

27309

13,1

4,58

11,8

St Marc Jaumegarde (13)

53,8

23,6

37304

17,1

5,37

9,4

Menthon St Bernard 74

48,6

23,8

27272

21,1

4,15

9,2

Lompret 59

46,1

26,9

26357

26

5,45

8,6

France 2010

19,70%

54,40%

15 849 €

12,18

5,7

5,4

Vaulx-en-Velin

9,9

73,6

9714

3,16

4,2

3,1

Sources : tableau établi à partir des statistiques de L’EXPRESS et du MINISTERE DE L INTERIEUR.

 

Ces communes sont restées - compte tenu des abstentions - fidèles au vote UMP avec 34% à Marnes-la-Coquette. En revanche, elles ont (presque) abandonné le vote FN alors qu’en 2002, elles avaient voté fortement pour l’extrême-droite et droite extrême. N. Sarkozy a su retenir à lui ces catégories sociales avec sa politique fiscale et Le Pen menait toujours campagne contre « le fiscalisme ». Sans être négligeable dans les catégories aux revenus supérieurs, le vote FN devient un vote des catégories intermédiaires (non représentées sur le tableau).

Mais mon objet est l’analyse du vote écologiste. Les listes EE dont la campagne nationale a été menée par le « rouquin » lanceur de pavés de 1968 - mais bien assagi depuis - obtiennent 5,4% des inscrits (France entière). Dans les villes fortunées, elles obtiennent assez souvent le double dépassant les 10% des inscrits aux Loges-en-Josas, à Corenc ou s’en approchant comme à Biviers et St Ismier (banlieue de Grenoble). La ville bourgeoise de la banlieue de Toulouse (Auzeville-Tolosane) donne 11,8% des inscrits à EE.

Rares sont les villes ou arrondissements de l’échantillon qui donnent à EE un score inférieur à la moyenne nationale : Neuilly et Paris XVI° qui ont voté en rangs serrés pour la liste du président « dégreveur » d’impôts.

Ce qui est à souligner, c’est que les listes Europe Ecologie arrivent souvent deuxième de toutes les listes en compétition, dépassant la liste de coalition socialiste. C’est le cas des douze premières villes les plus riches[2] de Marnes-la-Coquette à Corenc.

Vaulx-en-Velin (Rhône), ville de 40.000 habitants, très ouvrière, où l’abstention fut massive, n’a guère été tentée par le vote EE qui est trois fois moindre que dans les villes riches. La liste EE arrive en cinquième position. 

Les listes EE ont attirées les électeurs aisés et l’analyse du second tout montre que toutes leurs voix ne se sont pas portées sur la liste de coalition socialiste au second tour.

Ce vote « mondain » justifie les craintes de certains militants du parti des Verts qui sont issus de la gauche.

Mais on sait que la droite n’hésite pas à voter « écologiste » s’il s’agit de barrer la route à la Gauche. Ainsi le fit-elle à Montreuil où la droite vota pour D. Voynet pour enlever la mairie au Parti Communiste. 

Les militants écologistes ont tout intérêt, pour aller dans le sens de la démocratie, à bien préciser leur programme et à dire avec qui ils entendent l’appliquer. Les appels du pied de EE au MODEM de F. Bayrou ne sont pas étrangers à l’ampleur du vote « mondain » pour ce conglomérat d’écologistes d’origines diverses et variées. 



[1] Entretien avec le journal LE PROGRES de Lyon, 18 avril 2010.

[2] Je n’ai pas le revenu par habitant des arrondissements de Paris et Lyon. L’importance -toute relative - du Salariat modeste donne à penser que le revenu/hab. doit y être inférieur à celui de la Coquette ou de La Bretèche… 

Commentaires


2. Cantonales 2011 : le Front de Gauche a disparu…

publié le 23 juin 2011 19:37 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 14:42 ]

  21/03/2011  

On nous avait prévenus[1] : le ministère de l’Intérieur ne connaît pas le Front de Gauche. Le Monde également, il est vrai, puisque dans un article "de fond", Olivier Biffaud l’avait biffé de son texte.

Soi-disant pour ne pas faire disparaître la "mouvance" communiste, le ministère distingue les candidats PCF, les candidats du Parti de gauche, les candidats de la Gauche unitaire (ex-NPA), etc... Si bien que le score à deux chiffres n’est pas près d’apparaître sur les tablettes. Mais on connaît les turpitudes du ministère de l’Intérieur pour camoufler les résultats le soir des élections. Cela ne date pas de Guéant.

Le plus triste est de voir le journal Le Monde adopter la même pratique.

Sur ces statistiques, les candidats FG disparaissent.

Dans mon canton Lyon V, le candidat pour lequel j’ai voté est Mohamed RAFED. Sa suppléante est Claude Lanher. Rafed appartient aux Alternatifs de la FASE… vous ne connaissez pas ? Tant pis pour vous, ce n’est pas votre journal préféré ni le ministère qui vous l’apprendra. C. Lanher, elle, est membre du PCF. C’est parfaitement dit et écrit sur le matériel électoral.

Mais sur les statistiques du MONDE, M. Rafed est gris, pas rouge, gris ! il est "divers quelque chose". Exit 677 voix pour le FG.

A Vaulx-en-Velin (Rhône), municipalité du Front de Gauche, le candidat de la municipalité est Nacer Denfir : il obtient 20,2% des voix exprimées soit 1072. Exit 1072 voix pour le FG. Lui aussi est gris, pas rouge vif mais gris, sur les statistiques du MONDE.

Il faut attendre les résultats fournis par les partis de Front de Gauche pour savoir exactement ce qu’il en est.    


[1] Blog de J.-L. Mélenchon.

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