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CHANGER : QUE FAIRE AVEC MANUEL VALLS ?

publié le 5 mai 2012 à 01:43 par Jean-Pierre Rissoan
publié le 13 oct. 2011 23:30 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 oct. 2011 10:07 ]

    Les lecteurs de ce site ont certainement suivi les débats de la primaire socialiste, il est donc inutile de leur présenter Manuel Valls. Nous avons là un social-libéral à la Tony Blair. On sait que ce dernier voulait trouver le juste milieu, non pas entre le socialisme et le capitalisme, mais entre la social-démocratie et le capitalisme ! On connaît le résultat. La crise bancaire a été profonde en Grande-Bretagne, des banques ont coulé, il a fallu les repêcher avec l’argent public comme il se doit dans le cadre de la logique bien connue de la « privatisation des profits et de la socialisation des pertes ».

    Valls regarde sur sa droite, c’est clair et il ne s’en cache pas. Lors d’une édition du Grand journal de Canal+, il s’est exhibé avec le trop connu Lévy pour dire que deux dangers pouvaient venir dans cette campagne présidentielle : le FN et Mélenchon… Insulte systématique et indigne de la part d’un membre du parti socialiste.

    Les primaires qui viennent de se tenir ont donné des résultats intéressants. Pour deux candidats, les discours étaient bien tranchés : Valls et Montebourg. L’analyse de la géographie des votes est féconde. Je vous renvoie à mon article sur le Rhône : lien Primaires socialistes : géographie électorale (cas du Rhône). Le journal Le Monde a publié une carte étonnante qu’il faut observer et qu’il faut comparer avec la géographie des votes de droite à Paris.

    J’ai prolongé l’analyse en essayant de trouver les pourcentages de Valls dans les communes les plus riches de France selon les travaux effectués par l’hebdomadaire L’Express, travaux qui m’ont fourni un échantillon que je « travaille » à l’issue de chaque élection pour voir quel est le comportement de la bourgeoisie patronale lors des diverses échéances : consulter, par exemple, l’article QUI VOTE ECOLO ?

    Dans ces communes, il y a bien sûr des militants et des électeurs socialistes. Ces citoyens vivent au rythme des habitants de leurs communes. A Neuilly-sur-Seine qui a voté à 87% pour Nicolas Sarkozy, en 2007[1], il n’est certes pas facile d’être de gauche et si on l’est, on opte pour un socialisme de respectabilité sous peine d’être ridiculisé par les experts qui courent les rues dans cette commune et qui savent mieux que quiconque quels sont les fondamentaux de l’économie. De l’économie capitaliste s’entend. Il convient par exemple d’éclater de rire lorsque Mélenchon parle du SMIC à 1.700€. Aussi bien, Valls obtient 23,3% des votes à Neuilly soit quatre fois plus que sa moyenne nationale.

    Voici ses résultats dans d’autres communes de mon échantillon[2].

 

Communes

% M. Valls

Marnes-la-coquette

13,0

St-Nom-la Bretèche

19,0

L’Etang-la-ville

12,0

Le Vésinet

17,0

Vaucresson

15,0

Croissy-sur-Seine

15,0

Les Loges-en-Josas

14,0

Corenc (38)

12,0

St-Cyr-au-Mt-d’Or (69)

17,4

St-Didier-au-Mt-d’Or

17,4

St- Ismier (38)

13,0

St-Marc Jaumegarde (13)

12,0

Archamps (74)

13,0

Paris VIII°

16,9

Paris XVI°

18,2

Paris VII°

16,9

Lyon VI°

09,3

France

06,1

Vaulx-en-Velin (69)

02,8

    Géographiquement, le phénomène se retrouve partout. Socialement, on voit quelle est la base politique du vote Valls. Les électeurs de Vaulx-en-Velin -ville la plus pauvre de Rhône-Alpes selon l’Express- ne s’y sont pas trompés. Il est clair que ni Valls ni ses électeurs ne souhaitent un changement radical. La présence ou l’absence de ce leader dans un gouvernement Hollande aura une signification politique évidente.

    Et cela renvoie à la question qu’a posée Jean-Luc Mélenchon et à laquelle il n’a pas été répondu : quelle sera la stratégie d’alliance -en cas de victoire, bien entendu, ne vendons pas etc…- du PS ? Le MODEM ou le FRONT DE GAUCHE : il faudra choisir.

    Le Maire de Lyon s’est affolé en constatant le succès de Martine Aubry -et notamment sa première place à Lyon alors que lui-même appelait à voter Hollande- et il a déclaré : "avec le candidat le plus identitaire de la gauche, on ne pourra pas gagner. Si on a la volonté d’avoir un Président de la République (socialiste, JPR) il faut choisir un candidat plus rassembleur. Moi, on m’a dit trop centriste, trop ouvert, mais c’est la ligne qui m’a fait gagner"[3]. Voilà l’essentiel chez cette tendance du PS : gagner. Sur quel programme ? Que faire de la victoire ? On verra bien. Gauche molle. En avant vers une nouvelle déception pour l’électorat populaire.

    A la veille du second tout de ces primaires, à l’heure où j’écris ces lignes, il est plutôt satisfaisant de constater que le vote Montebourg a déplacé le curseur vers la gauche. C’est l’ampleur du vote Front de Gauche au premier tour qui forcera -démocratiquement- le choix des socialistes. La crise est trop grave pour se contenter d’un simple changement de personnels politiques. 



[1] Second tour.

[2] Il y a 38.000 communes et le PS n’a pas tenu 38.000 bureaux de vote. Certaines communes ont été regroupées et des communes de l’échantillon votaient avec d’autres communes plus pauvres. Le résultat du bureau de vote n’est dès lors peu ou pas exploitable.

[3] LE PROGRÈS de Lyon, 12 octobre 2011.

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