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BRICQ ET SA "PROMOTION" : LE MENSONGE DANS SES MEUBLES par Daniel Schneidermann

publié le 25 juin 2012 à 03:43 par Jean-Pierre Rissoan
    On n'avait rien compris. Le débarquement de Nicole Bricq (1) du ministère de l'écologie, à l'occasion du remaniement, et sa nomination au Commerce extérieur, c'était "une promotion". Ce doit être vrai, puisque c'est Bricq elle-même, sans doute encore sous le coup de la joie, qui l'a confié à son amie Cécile Duflot. Ce doit être encore plus vrai, puisque Duflot, transportée d'enthousiasme, l'a répété à Aphatie sur RTL (2). Duflot, jeune ministre en jean et en RER, qui ne mange pas du pain du pouvoir, n'aurait tout de même pas colporté un mensonge éhonté. Tous les mal-pensants, qui expliquaient depuis la fin de semaine (3) que Bricq avait été débarquée pour rassurer la Shell, fort inquiète que l'on lui interdise de forer au large de la Guyane, n'avaient donc rien compris. Débarquée en quelques semaines sur pression de hauts intérêts, Bricq n'est donc pas le Bockel de Ayrault. Ce haut fait a été récompensé par une promotion.

        Ce qui laisse un goût de pétrole dans la bouche, ce n'est pas le débarquement de Nicole Bricq. C'est son absurde tentative de camouflage. Après tout, on peut comprendre que Bricq soit débarquée parce qu'en exigeant que les permis de forer, accordés à Shell en 2001, soient "remis sur la table", elle avait adopté une position juridiquement intenable, et donc commis une erreur politique (si toutefois cette analyse juridique est fondée). On peut même comprendre que Shell, appuyée sur un code minier dont on découvre à l'occasion qu'il date de 1906, défende ses intérêts. On pourrait même -voyez jusqu'où l'on pousse la compréhension- comprendre que le gouvernement se rende aux arguments, juridiquement fondés, de Shell. 

        Ce que l'on ne peut pas comprendre, c'est après quelques semaines de gouvernement le retour du mensonge, du mensonge le plus insolent, le plus épais, comme fond de sauce du discours du pouvoir. On devrait pourtant être habitués. Que NKM, ancienne porte-parole du candidat Sarkozy, explique aujourd'hui que son voisin de bureau, le conseiller Buisson, voulait "faire gagner Maurras", cela ne choque pas: ce sont les règlements de compte d'après défaite et, circonstance atténuante, c'est la droite. On voulait croire que la gauche du normal Hollande, de l'honnête Ayrault, aurait une autre pratique de la langue du pouvoir. Mais le mensonge s'est résinstallé dans ses meubles. Et il faudra attendre que Duflot soit, comme aujourd'hui NKM, revenue à la vie civile, pour qu'elle livre le fond de sa pensée, si toutefois ce fond est encore repérable par les bathyscaphes.

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