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André GERIN : banlieues, mafias, islamisme politique.

publié le 15 avr. 2015 à 07:41 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 15 avr. 2015 à 07:42 ]

   Né en 1946, André Gerin, communiste, est maire de Vénissieux de 1985 à 2009, député du Rhône de 1993 à 2012. En mars 2OO7, il publie "Les ghettos de la République" où il dénonce déjà l’économie parallèle, le fondamentalisme qui sévissent dans les quartiers. En 2009, il demande la création d'une commission parlementaire sur le voile intégral, qu’il préside avec le député UMP Eric Raoult (Seine-St.-Denis). Voici une interview qu’il a accordée au journal local LE PROGRÈS. Si vous pensez que certains points méritent discussion, écrivez-moi et je publierais vos analyses (courtes, bien rédigées et polies).

                                       J.-P .R.

 

Pourquoi dites-vous que la menace islamiste est largement sous-estimée?

    Dès les années 90, on commence à voir dans certains quartiers l'antisémitisme, le racisme anti-blanc, le sexisme. Nous avons ignoré le problème. Il faut nommer ce danger de la République, l'islamisme. C'est une menace terroriste et criminelle. En 2002, j'ai été bouleversé d'apprendre que deux gamins de Vénissieux étaient emprisonnés à Guantanamo, après être passés par les camps d'Al-Qaida. Je me suis demandé "Qui bourre le crâne de nos gamins" ? C'était il y a 13 ans. Depuis, il y a eu Mohamed Merah, Charlie... Lors de ma mission parlementaire sur le voile intégral, j'ai dû me rendre à l'évidence : certains territoires sont sous contrôle de la mafia et de l'intégrisme. Les trafiquants et les islamistes se donnent la main pour prendre le pouvoir. Cela déborde des territoires, ça entre dans les écoles. Des collégiens endoctrinés contestent les cours d'histoire, de sciences naturelles, la Shoah.

    La question de l'islamisme prend le dessus : il faut montrer que ces gens-là utilisent l'islam à des fins politiques. Ne pas nommer cette question, c'est rendre service au Front National.

Comment avez-vous vu évoluer cette emprise de l'islamisme ?

    Il y a une violence de plus en plus grande. Sait-on qu'en France, 50.000 voitures ont brûlé l'an dernier ? On n'en parle pas. Mais on voit aussi dans certains quartiers des gamines de moins de dix ans qui portent le voile. C'est une autre violence. Comme on ne nomme pas les choses, c'est le FN qui touche le jackpot.

    On voit des menaces sur le personnel municipal qui veut faire appliquer la loi sur le voile intégral, sur le personnel hospitalier, dans les écoles. On voit une restriction de la liberté, des pressions sur les filles dans les établissements scolaires. L'Education nationale préfère regarder ailleurs, mais on va être obligés de bouger. Il faut qu'on sorte du déni.

    On voit une guerre culturelle contre les valeurs de la République. Ce n'est pas la crise seule, la pauvreté, l'exclusion sociale créent cela. La crise, c'est le terreau. Il y a des fondamentalistes organisés politiquement qui mènent une guerre culturelle. Il y a une stratégie mondiale : derrière la haine de la France, il y a des gens, des réseaux intérieurs et extérieurs, internationaux, qui agissent.

On a tendance à dématérialiser, à dire que les gens se radicalisent sur internet

    Internet, ça amplifie ! Mais il y a en France des réseaux, des ennemis de la République.

Sont-ils identifiés ?

    Certaines familles pourries sont connues, et il ne se passe rien. Je ne vois pas de volonté politique.

    Il faut une stratégie nationale pour s'attaquer avec des moyens exceptionnels à ces mafias intégristes, à ces trafiquants de drogue qui se retrouvent de manière objective avec les intégristes pour contrôler les territoires. Les trafics leur donnent des ressources financières. On utilise la vie de nos gamins, on pourrit la vie de nos quartiers. Il faut s'attaquer à cette gangrène qui allie mafieux et islamistes en s'appuyant sur le terreau de la misère.

Comment lutter contre ces mafias ?

    Aujourd'hui, il n'y a pas de stratégie nationale contre le cocktail drogue-mafias-intégrisme. Dans certains territoires en difficulté, il faut des casques bleus de la République qui s'installent en permanence et qui coordonnent les missions de police, de justice, d'éducation, de santé, de formation et d'emploi. Si on ne fait pas ça, on va continuer à s'enfoncer.

Comment lutter contre l'islamisme sans stigmatiser l'islam ?

     Beaucoup de Français sont inquiets vis-à-vis de l'islam, qu'ils considèrent comme une religion conquérante, une menace pour les libertés. Je comprends ce ressenti au regard des réalités vécues dans la vie quotidienne. Nous devons affirmer sans ambiguïtés que l'islam de paix et de tolérance, qui s'adapte aux valeurs de la République, a toute sa place en France. En revanche, il faut un message clair pour lutter contre l'islam politique. L'islam doit se remettre en question et les autorités religieuses ont une sacrée responsabilité à assumer.

Vous dîtes qu'il faut lutter contre les provocations vestimentaires, mais comment mesurer les barbes,  les tailles de  pantalon ?

    Il faut oser en parler, car c'est constitutif du ghetto. Dans des collèges, des adolescentes ont demandé des vestiaires pour pouvoir se changer quand elles entrent au collège. Sur certains territoires, on est dans l'application de la charia. On devrait pouvoir en parler avec les responsables musulmans.

Vos positions sont contestées au sein même de votre parti, et on vous reproche d'avoir un discours qui reprend les thèses du Front National.

    Ces sujets ne sont pas abordés par la gauche, ni par la droite. Le Parti communiste reste totalement angélique dans son approche : c'est sans doute pour cela qu'un tiers des anciens communistes vote FN. Moi, je ne veux pas laisser toutes ces questions au Front National, qui en fait son fonds de commerce. Nous sommes au cœur d'un conflit politique et d'une guerre culturelle. Si on n'en parle pas, c'est le jackpot pour le Front National. I

Propos recueillis par Laurence Loison,

LE PROGRES,

11 avril 2015

 

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