VAL-DE-MARNE, SEINE-ST-DENIS : PS/EELV se maintiennent contre les candidats du PCF

publié le 27 juin 2011 à 01:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 à 05:54 ]
  26/03/2011  

Par

Jack Ralite

Sénateur communiste de la Seine-Saint-Denis

Ancien ministre de François Mitterrand

 

 Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » 
(Albert Camus)

Voici  50 ans qu’à des titres divers, je suis élu de cette banlieue dont Saint-Denis et Aubervilliers sont si symboliques de la vie populaire, de l’histoire ouvrière. Je connais les efforts gigantesques d’invention et d’action, pour et avec les habitants, que ces villes ont dû faire pour sortir de leur statut de « communs de la société ».

Et comme chacun, aujourd’hui, je mesure ce qui se joue à Aubervilliers, à Saint-Denis et dans le Val-de-Marne : placés par les électeurs loin derrière les candidats Front de Gauche au premier tour, des candidats PS/EELV ont décidé de se maintenir au second,  au rebours de toute l’histoire de la gauche -et ceci  malgré les réticences de nombreux militants de ces deux partis, ouvrant par là même la boîte de Pandore des divisions à gauche

Cette affaire n’est pas une guerre picrocholine. Elle pose, très au-delà des enjeux de pouvoir et de postes, une question fondamentale de morale. En balayant les principes qui avaient permis les victoires passées, les candidats PS/EELV concernés obèrent celles de l’avenir. Surtout, ils lâchent les digues de la compromission au pire moment, à l’un de ces instants où seule l’éthique peut sauver la politique.

Je le dis à hauteur  d’homme, mais avec force : cela me déchire.

Les choses sont simples : pour l’emporter, les candidats PS/EELV ont besoin des voix non pas seulement de la droite, mais aussi de l’extrême droite.  Et la droite, pour la première fois explicitement à  Saint-Denis, appelle à voter PS/EELV. En lui-même, cet élément suffirait à disqualifier ce qui se produit ici. Mais allons au-delà. Imagine-t-on ce que serait un conseiller général de gauche qui, devancé au premier tour, l’emporterait au second par l’apport de voix de droite mais surtout, dans le rapport des forces actuels, par  l’arbitrage du FN ? Mesure-t-on le désarroi, la confusion, la brèche que cela créerait ? Ainsi, un homme, une femme de gauche pourrait être élu-e à la faveur de pratiques devant lesquelles certains hiérarques de droite même reculent ? Et dans des territoires si emblématiques de ce que la gauche peut faire de meilleur au service des populations ? Mais c’en serait fini de la dignité de la politique,  de l’honneur que l’on a, tous, de croire en quelque chose qui dépasse nos seuls intérêts !

Que l’on n’invoque pas ici le pluralisme, encore moins la démocratie. Ce qui blesse le pluralisme, ce n’est pas qu’un candidat respecte les principes du désistement républicain. Et ce qui souille la démocratie, c’est bien que l’on puisse sacrifier les valeurs fondamentales aux intérêts égoïstes.

Que l’on n’invoque pas davantage le vécu quotidien des habitants : je connais les souffrances de ceux que rongent le chômage, l’insécurité, l’échec scolaire. J’habite en HLM à  Aubervilliers, je n’ignore rien de Saint-Denis : ces souffrances me taraudent et me font lutter et chercher depuis 50 ans, avec d’autres, des réponses nobles, nouvelles, avec échecs et réussites. Mais au grand jamais, face à ces souffrances je ne proposerai d’agir autrement qu’envers les vrais responsables. Jamais je ne détournerai la colère ailleurs que vers ceux qui mettent le monde à l’envers, jamais je n’instrumentaliserai le malheur et la misère. Et jamais je ne dévaloriserai ce que des décennies de gestion de gauche ont gagné pour les habitants d’Aubervilliers, de Saint-Denis, et de bien d’autres villes, dans le domaine de la santé, de la culture, du social, de la jeunesse. Car dénigrer, instrumentaliser, c’est à terme ajouter les désillusions à la souffrance,  remplacer la colère par la rancœur, le chemin de l’action par la fausse route de l’abstention et du rejet de l’autre. Face à la misère, bien plus qu’ailleurs, il faut toujours et toujours rassembler. Et rien d’autre.

Je suis bien placé pour savoir que, même à gauche, il est souvent difficile de ne pas être celui qui  l’emporte. Ministre communiste avec  François Mitterrand, j’ai été minoritaire dans son gouvernement.  J’y suis resté sincère, loyal, mais fidèle à moi-même.  Maire d’Aubervilliers, j’ai travaillé avec mes partenaires dans le plus digne d’eux-mêmes. Ce ne fut jamais facile. Mais ce fut l’honneur de la gauche que d’avoir respecté ses composantes.

Aujourd‘hui, nombreux sont les électeurs socialistes ou écologistes qui sont troublés. Leur choix, ils le savent, dépasse les enjeux locaux. Ils m’en parlent.

Je leur dis en sincérité : en votant dimanche pour les candidats arrivés en tête au premier tour, ils ne se renient pas : ils réaffirment leurs valeurs. En s’inscrivant dans la longue histoire du progrès social en France et de la gauche de ce pays, ils ne vivent pas au passé : ils préservent l’avenir.

Je leur dis en franchise : au moment où le Front national est plus menaçant que jamais, rien ne doit être fait qui le mette au centre du jeu, et rien ne doit être fait qui favorise la contamination par ses idées.

Je leur dis avec détermination : la période qui s’ouvre va être dure, violente pour les gens les plus pauvres, pour ceux qui sont au cœur de notre action et de notre pensée. En ces temps, abdiquer nos valeurs et nos principes, au nom d’un prétendu modernisme ou d’un opportunisme affamé, ce serait indigne.

Je leur dis enfin avec un grand respect : électeurs socialistes, écologistes, progressistes et aussi électeurs communistes : il vous appartient, très simplement, sans grandiloquence, de confirmer votre attachement à la gauche et de préserver l’honneur de vos partis, cet honneur qui  sans vous va sortir entaché de ce triste épisode. Ce que les appareils n’ont pas encore su faire, c’est aux électeurs et électrices de le réaliser : rassemblez-vous dimanche derrière le candidat de gauche qui est arrivé en tète au premier tour.

Il n’est pas trop tard.

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