Paris et Ile-de-France

  • Municipales 2014 à PARIS (1er tour, atlas)
    Publié à 12 avr. 2014 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan
  • à Paris, en avril 2012...     Je publie ce tableau extrait des colonnes du Parisien.fr     Les résultats à Paris, sont étonnants. Le Front de gauche - dont il était difficile d’ignorer la couleur rouge du ...
    Publié à 7 févr. 2015 à 03:47 par Jean-Pierre Rissoan
  • PARIS, LES ARRONDISSEMENTS, LES VOTES, L’HISTOIRE…(PETIT ATLAS)     Paris est, après Lyon, la ville la plus fidèle à mon site. Je remercie les Parisiens en leur donnant quelques informations sur le comportement électoral de leur ville. J’ai ...
    Publié à 3 déc. 2016 à 16:20 par Jean-Pierre Rissoan
  • VAL-DE-MARNE, SEINE-ST-DENIS : PS/EELV se maintiennent contre les candidats du PCF   26/03/2011  Par Jack Ralite Sénateur communiste de la Seine-Saint-Denis Ancien ministre de François Mitterrand    Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »  (Albert ...
    Publié à 1 juil. 2011 à 05:54 par Jean-Pierre Rissoan
  • le vote F.N. à PARIS…**   ** lecture à compléter par celle de l'article suivant : PARIS, LES ARRONDISSEMENTS, LES VOTES, L’HISTOIRE…(PETIT ATLAS)        ainsi que par la lecture des tableaux de résultats de la présidentielle ...
    Publié à 19 sept. 2015 à 08:51 par Jean-Pierre Rissoan
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Municipales 2014 à PARIS (1er tour, atlas)

publié le 12 avr. 2014 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan

Municipales à Paris : les vainqueurs par bureau de vote.
Municipales à Paris : l'abstention au premier tour.
Municipales à Paris : le vote union de la gauche.
Municipales à Paris : le score du Parti de gauche au premier tour des municipales.
Municipales à Paris : le vote union de la droite.
Municipales à Paris : le score du FN.
Municipales à Paris : les scores d'EELV au premier tour

à Paris, en avril 2012...

publié le 5 mai 2012 à 16:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 févr. 2015 à 03:47 ]

    Je publie ce tableau extrait des colonnes du Parisien.fr


    Les résultats à Paris, sont étonnants. Le Front de gauche - dont il était difficile d’ignorer la couleur rouge du drapeau, surtout pour les Parisiens qui ont pu (re)prendre la Bastille - arrive en troisième position. Loin derrière Hollande et Sarkozy qui obtiennent chacun environ le tiers des voix exprimées, mais Mélenchon dépasse les 11% obtenant dans la capitale le même score qu’au plan national. Il est le "troisième homme" dépassant et Bayrou et LePen.

    Mais Paris c’est plus d’un million deux cents mille électeurs répartis sur vingt arrondissements. Les lecteurs parisiens de ce site connaissent presque par cœur la géographie électorale traditionnelle de leur ville. Je rappelle le lien : PARIS, LES ARRONDISSEMENTS, LES VOTES, L’HISTOIRE…(PETIT ATLAS) à compléter par le vote F.N. à PARIS…**.

 

Nicolas Sarkozy

    Une fois encore et visiblement cela est appeler à durer, les arrondissements de l’ouest se distinguent par les scores idolâtriques qu’ils déposent aux pieds de leur héros N. Sarkozy : pour un score de 27,2% France entière, de 32,2% sur Paris intra-muros, les 7°, 8° et 16° arrondissements lui accordent respectivement 58,2 ; 58,3 et 64,8% des suffrages exprimés. Dans le 16°, cela correspond à 51,9% des électeurs INSCRITS dès le premier tour ! Si les ouvriers et employés savaient reconnaître avec une pareille sagacité l’un des leurs dans l’offre politique, comme disent les journalistes, les résultats du PCF naguère, du Front de gauche aujourd’hui seraient bien plus élevés qu’ils ne le furent et le sont. Mais contrairement à ce qu’avait dit Guy Mollet, la droite française n’est pas la plus bête du monde[1]…elle sait parfaitement le "who is who" du paysage politique. Le salariat modeste -dénomination INSEE- est plus aisément manipulable, la campagne électorale menée par les médias l’a démontré à foison.

    Corollaire de cet engouement, les scores des candidats de gauche sont bien faibles dans ces beaux quartiers : respectivement 18,4 - 17,6 - 14,5% pour F. Hollande et 3,5 - 4,1 - 3,2% pour Jean-Luc Mélenchon. Même LePen est relativement délaissée dans ces arrondissements. C’est nouveau. Dans les articles de ce site que j’ai cités en référence, j’ai montré que LePen obtenait des scores supérieurs à sa moyenne parisienne dans ces quartiers. Ainsi, lors des Régionales 2010, c’est le 16° qui donne le meilleur pourcentage de la liste FN. Mais cela était l’expression d’une colère et d’un vote stratégique : il fallait exiger de la droite classique qu’elle fît une politique vraiment à droite, vraiment antifiscaliste. En 2012, ayant obtenu satisfaction et désirant que ce régime qui la dorlote continue, la bourgeoisie fait bloc et ne disperse pas/plus ses voix. A Paris, en tout cas. Mais ailleurs aussi. Lien Présidentielle 2012 : le président des riches, le bien nommé .

 

Jean-Luc Mélenchon

    Le candidat du Front de gauche (FdG) réalise un score improbable. En 2007, les deux candidats dont l’électorat pouvait se retrouver dans les propositions du FdG - Mme Buffet et J. Bové[2]- obtenaient 2,2% des exprimés, 23.000 voix environ. Là, J.-L. Mélenchon "fait" 11,1% et obtient plus de 110.000 voix. Je ne reviens pas sur ses trois mauvais arrondissements. Partout ailleurs, il dépasse les 7% - sauf dans le 6° avec 6%-. Dans deux arrondissements favorables aux Verts - les 2° et 3°[3]- il dépasse 10% et devance largement Mme Joly laquelle, avec 5,2 et 5,6% y fait pourtant ses meilleurs scores parisiens.

    Le FdG retrouve peu ou prou les forces du PCF dans les arrondissements de l’est parisien[4].

 

Arrond.

10°

11°

18°

19°

20°

PARIS

Rég.2010

8,5

7,9

8,3

9,2

10,5%

6,1%

Prés.2012

14,9

14,1

15,3

15,7

17,4%

11,1%

.

    Les chiffres du tableau sont donnés en suffrages EXPRIMES. Pour apprécier les progrès réalisés, il faut tenir compte de la participation électorale beaucoup plus élevée en 2012 : 47,7% seulement de participation lors des Régionales 2010 et 80,4% en 2012. Ainsi, en termes d’électeurs INSCRITS, le FdG obtenait 4,7% en 2010 dans le 20° arrondissement, et en 2012, 13,6%... On peut dès lors parler d’un mouvement de fond.

    Concernant ce 20° arrondissement, il faut se garder de dire qu’il s’agit d’un arrondissement "ouvrier". Le recensement de 1999, donnait un taux de bourgeoisie patronale supérieur à 30% pour le 20°, la moyenne nationale étant de 19,2%[5]. La bourgeoise patronale est constituée par les catégories INSEE : ACCE (artisans, commerçants et chefs d’entreprise) et CPIS (cadres et professions intellectuelles supérieures). Certes, le taux de salariat modeste y est bien plus élevé que dans le 16° arrondissement. On peut, pour l’Est parisien, parler encore de mixité sociale et cela en fait le charme. Je rajoute que le FdG a eut un impact non négligeable dans les catégories sociales "supérieures". Nombreux sont les ACCE et autres CPIS qui mêlèrent leur voix à celles de l’électorat traditionnel du PCF. D’ailleurs, l’électorat FdG déborde largement celui du PCF. A preuve les 10,3% de votes exprimés en faveur de Jean-Luc Mélenchon dans le 5° arrondissement.

    Ce n’est pas sans fondement que l’on a pu dire que le Front de gauche se muait peu à peu en Front du peuple.  

 addenda

Aperçu sur la sociologie du 16°en 2008

http://www.recensement.insee.fr/tableauxDetailles.action?zoneSearchField=PARIS&codeZone=75116-ARM&idTheme=12&idTableauDetaille=54&niveauDetail=2

Aperçu sur la sociologie du 20°en 2008

http://www.recensement.insee.fr/tableauxDetailles.action?zoneSearchField=PARIS&codeZone=75120-ARM&idTheme=12&idTableauDetaille=54&niveauDetail=2

 Géographie des partis selon les arrondissements en 2014

Municipales 2014 à PARIS (1er tour, atlas)



[1] Le sens de cette formule célèbre de G. Mollet est le plus souvent détourné (un peu comme je le fais dans mon texte d’ailleurs). C’était en pleine Guerre froide. Pour le leader du PS-SFIO "le PCF n’était pas à gauche mais à l’Est !". Et de reprocher à la droite de faire une politique économique et sociale telle qu’elle renforce le PC. Autrement dit, cette formule est une illustration de l’anticommunisme de la SFIO de la IV° république plus qu’une preuve d’un positionnement réellement à gauche du PS de l’époque.

[2] A cette date, J. Bové n’avait pas rejoint EELV et avait une étiquette "altermondialiste" et ses soutiens appartenaient à la FASE, élément constitutif du FdG aujourd’hui.

[3] Lors des Régionales 2010, Cécile Duflot conduisait une liste Vert-écologie homogène en concurrence à celle du PS Huchon. Il fallait alors montrer ses muscles. Dans le 2°, Duflot obtint 28,9%, s’offrant le luxe de dépasser la liste PS et 27,9 dans le 3° (score parisien de 20,6%).

[4] Dans les années 60’ et 70’, Paul Laurent, père de Pierre Laurent fut député PCF du 19° (quartiers Amérique, Pont de Flandres, une partie de La Villette).

[5] Chefs d’exploitation agricole exclus.

PARIS, LES ARRONDISSEMENTS, LES VOTES, L’HISTOIRE…(PETIT ATLAS)

publié le 22 sept. 2011 à 06:35 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 déc. 2016 à 16:20 ]

    Paris est, après Lyon, la ville la plus fidèle à mon site. Je remercie les Parisiens en leur donnant quelques informations sur le comportement électoral de leur ville. J’ai déjà écrit un article sur ce thème : le vote F.N. à PARIS… je le complète ici en présentant les résultats des autres partis avec une petite mise en perspective historique.

    Quatre cartes[1] montrent la géographie des votes par arrondissement lors des Régionales 2010. Tableaux et cartes exploitent les données en termes de suffrages exprimés.

1.      Ouest vs Est

    L’opposition entre les quartiers Ouest et les quartiers Est est un grand classique de la géopolitique parisienne. On comparera avec intérêt la sociologie des 16° et 20° arrondissement, disposées côte à côte, sur le tableau n°1.

    La carte UMP et la carte Front de gauche (FG) sont à cet égard parfaitement complémentaires (ou presque).

    Le FG fait son meilleur score (10,6%) dans le XX° là où l’ UMP fait son plus mauvais (14,9 %). Inversement, le FG est très faible dans le XVI° arrondissement (1,34 %) où l’ UMP pérore avec 60,5% ! mais le XVI° est l’archétype de l’arrondissement parisien bourgeois et y habiter implique presque de voter à droite. On ne va pas se déclasser en votant autrement. Sauf le vote FN ! le FN fait son meilleur score parisien dans le XVI° (7,1% des exprimés) cela a toujours été depuis 1984 en concurrence avec le non moins aristocratique VIII°.

    La seule nuance à apporter se situe dans le XII° arrondissement, quartier de l’Est qui a toujours été le mauvais élève de la classe en votant à droite. Mais il correspond aux avenues radiales qui joignent le centre de Paris au village de Saint-Mandé et aux Château et Bois de Vincennes. La carte UMP montre bien cette spécificité du XII°. Au demeurant, les statistiques socio-professionnelles (INSEE, 1999) du tableau 1 abondent dans ce sens.

    Voici le tableau CSP (catégories socio-professionnelles) des arrondissements où chaque parti est arrivé en tête ou a fait son meilleur score.


Tableau n°1

 

Circons.

France

Paris

12°

13°

16°

20°

BP*

19,7*

43,9

46,5

41,8

37,8

56,4

30,8

PI

23,1

23,2

21,1

26,8

25,4

16,3

27,1

SM

54,4

32,9

30,5

31,3

36,9

27,3

42,1

1er tour

 

UMP 28,9

Écolo 28,9

PS 28,9

PS 33,1

UMP 60,5

FG 10,5

                                        * hors chefs d’exploitation agricole

                                        SM = salariat modeste (employés-ouvriers) ; BP = bourgeoise patronale (voir note 2).

 

2.      Des partis interclassistes ?

    Les résultats de deux partis de la gauche plurielle -comme on ne dit plus- à savoir le PS et les Verts sont intéressants. Globalement, ils sont forts à l’Est et trois arrondissements de l’Ouest parisien (XVI°, VII et VIII°) semblent une forteresse inexpugnable, même pour le PS du social-libéral Delanoë.


    Mais, comparés au FG qui reste bloqué à l’Est, PS et Verts étendent leur influence vers l’Ouest. Observez le score du PS dans le XVII°, le XV°, le VI° et le Ier …. Même dans le XII° (cf. supra) il arrive en tête au premier tour alors que cet arrondissement à un taux de bourgeoisie patronale[2] de 41,8% !

    Les Verts arrivent en tête de tous les partis dans le II° avec 28,9%, arrondissement dont on peut douter du caractère prolétarien. Avec un taux de BP de 46,5% c’est le paradis des bobos. Mais les Europe-Écologie-Les Verts (EELV) lorgnent sans trop de vergogne vers leur droite. Lire mes deux articles Pour quoi votent les écolos ? et aussi QUI VOTE ÉCOLO ?  A Paris, le score d’EELV est très bon à l’Est mais ils ne sont pas mauvais du tout dans les XVII°, XV°, VI° et Ier.

    Bref, à Paris en tout cas, ces deux partis sont visiblement concurrents quant à la conquête des classes moyennes supérieures. « Ils chassent sur les mêmes terres » comme aime à dire J.-M. Le Pen avec sa délicatesse habituelle. Peu à peu, EELV devient un parti attrape-tout (catch-all party disent les Anglo-saxons) à l'instar du PS.

3.      Un peu d’histoire : Paris et sa périphérie orientale

    Nul n’ignore que Paris et sa banlieue furent - sont encore pour partie - un bastion du PCF et du FG. Y-a-t-il, dès la Révolution, des signes annonciateurs ? La réponse est oui. Ensuite, ne pas oublier que la « banlieue » du Paris historique des 12 arrondissements a été phagocytée et est devenue partie intégrante de Paris.

Paris de l’ouest, Paris de l’est.

    Les arrondissements de l’est parisien ont longtemps été un fief électoral de l’extrême-gauche[3]. En 1967, alors que le parti gaulliste présentait 31 députés sortants sur 31 sièges, le PCF y faisait élire 7 députés. Cette césure électorale est célèbre, je n’insiste pas.

    Sous la Révolution, Paris est limité par la barrière des Fermiers-généraux et correspond aux douze premiers arrondissements actuels. Ce n’est qu’en 1860, qu’une réforme administrative fera absorber les communes limitrophes créant les huit autres arrondissements.

    L’atlas historique de la Révolution Française (vol. 11) est d’une grande richesse documentaire. Le lecteur pourra consulter la carte du lieu de résidence des vainqueurs de la Bastille (à l'Est) et celle des victimes du 10 août 1792 (à l'Ouest). À l’inverse, la carte de la contribution foncière établie à partir de l’évaluation des biens imposables ainsi que la carte des abonnés au journal contre-révolutionnaire Gazette de Paris se superposent et ne laissent subsister aucun doute : c'est la bourgeoisie et aristocratie des quartiers ouest. Les journées révolutionnaires de Germinal et de Prairial de l’an III, menées au cri de « du pain ! et la constitution de l’an I », sont le fait du peuple sans-culotte des sections de l’Est. Les insurgés royalistes du 13 vendémiaire, massacrés à coups de canon par Bonaparte, viennent d’abord des sections des riches du centre-ouest.

La carte des élections législatives de 1849

    Cette carte offre une rigoureuse ressemblance avec les cartes qui précèdent[4].

    La moitié Est vote massivement démocrates-socialistes, extrême-gauche de l’époque. Il y a là une "une constance séculaire" (M. Agulhon) tout à fait remarquable. Ensuite, les travaux d’ Haussmann, que l’on ne présente plus, bouleversent la sociologie parisienne. Les densités de surpeuplement des quartiers du centre s’effondrent, il y a un phénomène d’ex-urbanisation, les ouvriers viennent peupler les communes situées hors de l’enceinte des Fermiers-généraux [5], lesquelles communes deviennent les nouveaux arrondissements ( et 18°, 19°20°pour ce qui nous intéresse). Mais les 10° et 11° (ce dernier étant constitué par l’ancien faubourg Saint-Antoine et le 10° par les Fbg St Martin et du Temple) sont les héritiers directs des sections révolutionnaires du nord de la Seine[6].

Et les banlieusards ?

    La célébrissime "ceinture rouge" de Paris n’existait pas en 1793, c’est évident. Néanmoins on peut faire parler les cartes établies par les chercheurs. De même que c’est avec des civils qu’ont fait des militaires, c’est avec des provinciaux qu’on a fait des Parisiens [7]. En 1947, Gravier pourra écrire son fameux « Paris et le désert français ». Et il est vrai que la capitale et sa banlieue vont faire le vide autour d’elles. Ce processus est en marche dès la fin du XVIII° siècle. L’atlas historique nous offre la carte des origines provinciales des Parisiens en 1793 et celle des origines provinciales des hommes logés en garnis en 1791. Les régions du Bassin parisien sont les premières concernées par cette hémorragie lente mais systématique. La carte du lieu de naissance des employés du ministère de l’intérieur (1792-1800) montre que « les employés viennent des régions bien reliées à Paris, bien alphabétisées ou ayant fourni du personnel patriote à l’élite politique révolutionnaire (…) » [8].

    Mais, dira-t-on, quel rapport avec la pérennité de l’influence révolutionnaire jusqu’à nos jours ? A ce niveau, utilisons les travaux de M. Vovelle et les cartes publiées dans son livre la Révolution contre l’Eglise. Les planches illustrant le flux global des adresses[9] déchristianisatrices (n°2), le nombre de prêtres abdicataires (n°5) ou mariés (n°7), les adresses relatives à la livraison de l’argenterie des églises (n°9), les adresses relatives au culte de la Raison (n°11) ou aux fêtes civiques (n°12), toutes ces planches montrent que le Bassin parisien a massivement participé à la geste révolutionnaire. Et ce ne fut pas imposé d’en-haut : le plus souvent ce sont les municipalités - c’est-à-dire le pouvoir local - qui ont émis ces adresses (planche 18). Autrement dit, ce sont des régions intensément déchristianisées (planche 19) qui ont fourni les migrants qui iront peupler l’Est de Paris ou sa banlieue. Ces migrants n’auront guère de difficultés à nouer des liens avec les Gavroches ou les Titis.

    N.B. Ce dernier texte est un extrait du tapuscrit de ce qui devrait être mon prochain livre.

    Je termine par cette carte des combats de la Commune de Paris. On y lit bien, et avec émotion, la résistance du Paris populaire de l'Est.


    Ce Paris populaire vota pour le parti radical sous la III° République avant 1914 puis pour le PS (SFIO) puis fut le fief du PCF. Aujourd'hui, il y a eu de nouveau une translatio imperii en faveur du PS et les éternelles affirmations concernant le passage des ouvriers communistes au vote FN apparaissent pour ce qu'elles sont : des âneries.


poursuivre par : le vote F.N. à PARIS…** ainsi que à Paris, en avril 2012...



[1] Sources des cartes : Lemonde.fr, édition abonnés, 15.03.10.

[2] BP = artisans, commerçants, chefs d’entreprise (ACCE), cadres supérieurs et professions intellectuelles supérieures (CPIS). Il faudrait rajouter les chefs d’exploitation agricole mais cela n’a guère de sens pour une analyse électorale su Paris.

[3] Cf. GOGUEL, Géographie des élections… III° et IV° républiques.

[4] Dans J. BOUILLON, article cité, page 92.

[5] Cette enceinte est abattue et forme les « Grands boulevards ».

[6] Voir sur Wikipaedia Correspondance entre anciens arrondissements et nouveaux arrondissements de Paris (plan des archives départementales).

[7] Même s’il y a aussi, évidemment, un croît naturel lié aux excédents de naissances.

[8] Atlas historique…, volume 11.

[9] Les « adresses » sont des rapports ou des vœux « adressés » à la Convention nationale par les sections populaires ou les municipalités…

VAL-DE-MARNE, SEINE-ST-DENIS : PS/EELV se maintiennent contre les candidats du PCF

publié le 27 juin 2011 à 01:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 à 05:54 ]

  26/03/2011  

Par

Jack Ralite

Sénateur communiste de la Seine-Saint-Denis

Ancien ministre de François Mitterrand

 

 Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » 
(Albert Camus)

Voici  50 ans qu’à des titres divers, je suis élu de cette banlieue dont Saint-Denis et Aubervilliers sont si symboliques de la vie populaire, de l’histoire ouvrière. Je connais les efforts gigantesques d’invention et d’action, pour et avec les habitants, que ces villes ont dû faire pour sortir de leur statut de « communs de la société ».

Et comme chacun, aujourd’hui, je mesure ce qui se joue à Aubervilliers, à Saint-Denis et dans le Val-de-Marne : placés par les électeurs loin derrière les candidats Front de Gauche au premier tour, des candidats PS/EELV ont décidé de se maintenir au second,  au rebours de toute l’histoire de la gauche -et ceci  malgré les réticences de nombreux militants de ces deux partis, ouvrant par là même la boîte de Pandore des divisions à gauche

Cette affaire n’est pas une guerre picrocholine. Elle pose, très au-delà des enjeux de pouvoir et de postes, une question fondamentale de morale. En balayant les principes qui avaient permis les victoires passées, les candidats PS/EELV concernés obèrent celles de l’avenir. Surtout, ils lâchent les digues de la compromission au pire moment, à l’un de ces instants où seule l’éthique peut sauver la politique.

Je le dis à hauteur  d’homme, mais avec force : cela me déchire.

Les choses sont simples : pour l’emporter, les candidats PS/EELV ont besoin des voix non pas seulement de la droite, mais aussi de l’extrême droite.  Et la droite, pour la première fois explicitement à  Saint-Denis, appelle à voter PS/EELV. En lui-même, cet élément suffirait à disqualifier ce qui se produit ici. Mais allons au-delà. Imagine-t-on ce que serait un conseiller général de gauche qui, devancé au premier tour, l’emporterait au second par l’apport de voix de droite mais surtout, dans le rapport des forces actuels, par  l’arbitrage du FN ? Mesure-t-on le désarroi, la confusion, la brèche que cela créerait ? Ainsi, un homme, une femme de gauche pourrait être élu-e à la faveur de pratiques devant lesquelles certains hiérarques de droite même reculent ? Et dans des territoires si emblématiques de ce que la gauche peut faire de meilleur au service des populations ? Mais c’en serait fini de la dignité de la politique,  de l’honneur que l’on a, tous, de croire en quelque chose qui dépasse nos seuls intérêts !

Que l’on n’invoque pas ici le pluralisme, encore moins la démocratie. Ce qui blesse le pluralisme, ce n’est pas qu’un candidat respecte les principes du désistement républicain. Et ce qui souille la démocratie, c’est bien que l’on puisse sacrifier les valeurs fondamentales aux intérêts égoïstes.

Que l’on n’invoque pas davantage le vécu quotidien des habitants : je connais les souffrances de ceux que rongent le chômage, l’insécurité, l’échec scolaire. J’habite en HLM à  Aubervilliers, je n’ignore rien de Saint-Denis : ces souffrances me taraudent et me font lutter et chercher depuis 50 ans, avec d’autres, des réponses nobles, nouvelles, avec échecs et réussites. Mais au grand jamais, face à ces souffrances je ne proposerai d’agir autrement qu’envers les vrais responsables. Jamais je ne détournerai la colère ailleurs que vers ceux qui mettent le monde à l’envers, jamais je n’instrumentaliserai le malheur et la misère. Et jamais je ne dévaloriserai ce que des décennies de gestion de gauche ont gagné pour les habitants d’Aubervilliers, de Saint-Denis, et de bien d’autres villes, dans le domaine de la santé, de la culture, du social, de la jeunesse. Car dénigrer, instrumentaliser, c’est à terme ajouter les désillusions à la souffrance,  remplacer la colère par la rancœur, le chemin de l’action par la fausse route de l’abstention et du rejet de l’autre. Face à la misère, bien plus qu’ailleurs, il faut toujours et toujours rassembler. Et rien d’autre.

Je suis bien placé pour savoir que, même à gauche, il est souvent difficile de ne pas être celui qui  l’emporte. Ministre communiste avec  François Mitterrand, j’ai été minoritaire dans son gouvernement.  J’y suis resté sincère, loyal, mais fidèle à moi-même.  Maire d’Aubervilliers, j’ai travaillé avec mes partenaires dans le plus digne d’eux-mêmes. Ce ne fut jamais facile. Mais ce fut l’honneur de la gauche que d’avoir respecté ses composantes.

Aujourd‘hui, nombreux sont les électeurs socialistes ou écologistes qui sont troublés. Leur choix, ils le savent, dépasse les enjeux locaux. Ils m’en parlent.

Je leur dis en sincérité : en votant dimanche pour les candidats arrivés en tête au premier tour, ils ne se renient pas : ils réaffirment leurs valeurs. En s’inscrivant dans la longue histoire du progrès social en France et de la gauche de ce pays, ils ne vivent pas au passé : ils préservent l’avenir.

Je leur dis en franchise : au moment où le Front national est plus menaçant que jamais, rien ne doit être fait qui le mette au centre du jeu, et rien ne doit être fait qui favorise la contamination par ses idées.

Je leur dis avec détermination : la période qui s’ouvre va être dure, violente pour les gens les plus pauvres, pour ceux qui sont au cœur de notre action et de notre pensée. En ces temps, abdiquer nos valeurs et nos principes, au nom d’un prétendu modernisme ou d’un opportunisme affamé, ce serait indigne.

Je leur dis enfin avec un grand respect : électeurs socialistes, écologistes, progressistes et aussi électeurs communistes : il vous appartient, très simplement, sans grandiloquence, de confirmer votre attachement à la gauche et de préserver l’honneur de vos partis, cet honneur qui  sans vous va sortir entaché de ce triste épisode. Ce que les appareils n’ont pas encore su faire, c’est aux électeurs et électrices de le réaliser : rassemblez-vous dimanche derrière le candidat de gauche qui est arrivé en tète au premier tour.

Il n’est pas trop tard.

Commentaires


le vote F.N. à PARIS…**

publié le 27 juin 2011 à 01:31 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 sept. 2015 à 08:51 ]

  ** lecture à compléter par celle de l'article suivant : PARIS, LES ARRONDISSEMENTS, LES VOTES, L’HISTOIRE…(PETIT ATLAS)
        ainsi que par la lecture des tableaux de résultats de la présidentielle 2012 à Paris, en avril 2012...

 

    Les statistiques fournies par l’hébergeur du site me permettent de savoir le grand intérêt qui est porté aux résultats du F.N.. Mais c’est souvent pour tâcher de comprendre pourquoi « tant d’ouvriers votent F.N. », personne ne semble s’intéresser aux élites. Il est vrai que ce parti en exploitant le filon publicitaire fabriqué par les médias, filon du « premier parti ouvrier de France », contribue à ce matraquage. C’est ignorer l’impact puissant de ce parti sur les catégories aisées. Depuis qu’il existe le FN mène campagne contre l’impôt. Et l’on sait que ces catégories sont écrasées depuis des temps immémoriaux[1] par une fiscalité trop injuste à leur égard. Regardez Mme Bettencourt !

    Je vais donner les résultats du Front National sur Paris intra-muros en 1984, date historique puisque c’est de là que date son essor. Rappelons qu'au plan national, la liste de J.-M. Le Pen obtient alors 10,9% des exprimés, 6,1% des inscrits.

    Les chiffres qui suivent seront, le plus souvent possible, calculés par rapport aux inscrits. Cette méthode permet de gommer le différentiel d’abstentions. En effet - et c’est de là que vient cette forme de supercherie - le chiffre en suffrages exprimés est trompeur. Prenons un cas concret. A Vaulx-en-Velin (Rhône), ancienne et toujours municipalité communiste, le FN obtient, en 1984, 19,4% des exprimés. A Paris VIII°, temple de l’argent, il obtient 19,1%. D’où le cri unanime des médisants : les ouvriers communistes ont voté FN ! Mais à Vaulx-en-Velin, la participation ne fut que de 38% alors qu’à Paris VIII° elle dépassa les 61%. Conclusion : par rapport aux inscrits, le FN obtient 11,5% dans cet arrondissement parisien (soit presque le double du niveau national) et 7,2% à Vaulx assez proche de la moyenne nationale. Cela change fortement l’appréciation que l’on peut porter.

 

A Paris en 1984.

    Le tableau donne les résultats de la présidentielle de 1965 et des législatives 1962 : il faut toujours inscrire les choses en perspective.

    Les résultats du XX° arrondissement confirment ceux des élections municipales de l'année précédente où J.-M. Le Pen avait été élu au conseil d'arrondissement et qui étaient déjà le reflet de problèmes locaux. Il ne faut pas exagérer le "gauchisme" des arrondissements de l’Est de Paris. En 1958 et en 1962, aucun d’entre eux n’élira un député de gauche. Et l’on sait également – la presse le répéta à satiété – que Jacques Chirac obtint un "20 sur 20" aux élections municipales de sa belle époque. 

Tableau

Le vote d'extrême-droite dans quelques arrondissements parisiens.

Arrondissements

16°

17°

19°

20°

Tixier-V. 1965 (Paris : 5,81%)

7,74

8,43

8,5

6,4

4,31

4,32

Indice (Paris : 100)

133

145

146

110

74

74

C.N.I.P. 1962[2] (Paris : 19,31%)

37

37,4

29

29

14

15,2

Indice (Paris : 100)

191

194

150

150

72

78

Européennes 1984 (Paris : 8,5)*

9,42

11,52

10,72

9,93

8,17

9,3

Indice (Paris : 100)

111

136

126

117

96

109

*Par rapport au nombre d'électeurs inscrits.

 

    Il est hautement significatif que ce soit le VIII° arrondissement qui place Le Pen en tête de ses résultats parisiens (36% de plus que sa moyenne intra-muros, 40 points d’écart avec le XIX° arrondissement). Le VIII° est le QCA, le quartier central des affaires, où le prix du m2 et le montant des loyers sont les plus élevés. La bourgeoisie patronale y représente 53,4% des actifs contre 19,7 en France entière [3]. Les votes passés en faveur de Tixier-Vignancour (dont J.-M. Le Pen fut directeur de campagne) et en faveur des candidats Indépendants & Paysans (le même J.-M. Le Pen fut élu député de Paris avec cette étiquette en 1958) illustrent la coloration politique de cet arrondissement avant l'éclosion du Front. Le VII° arrondissement - à la sociologie identique - fut longtemps le fief d’ Edouard Frédéric-Dupont (1902-1995), que l’on vit trainer du côté de la Concorde, le 6 février 1934, et qui présenta une liste commune avec Le Pen, en 1986 [4]. La filiation est ici patente.

    Le populeux XIX° reste fidèle à son passé révolutionnaire.

    Le Pen réalise donc des scores très élevés à Paris, en 1984, ce qui contredit totalement les propos de l'expert P. Perrineau qui écrit : "le profil social particulier (fort pourcentage de cols blancs à haut niveau d'études et importance des personnes âgées) d'une ville comme Paris rend plus difficile la pénétration du populisme frontiste"[5]. Et à Neuilly-sur-Seine, le F.N. obtient 17,6% chez d'autres cols blancs à haut niveau d'études (et hauts revenus et solides patrimoines ce que Perrineau se garde de souligner). Neuilly, c'est 62,3% de bourgeoisie patronale et 4,1% d'ouvriers parmi les actifs, et le pourcentage de personnes âgées est bien plus grand qu'en France. Autre commune à cols blancs, pas particulièrement "jeune", Marnes-la-Coquette : le F.N. monte à 16,94%...

Présidentielle 2002

    En 2002, au second tour de la présidentielle, ce sont les 8° et 16° arrondissements qui donneront le meilleur résultat au F.N. : 12% au lieu de 10 sur l'ensemble des vingt arrondissements.

Régionales 2010 à Paris

    Ces élections ne sont pas bonnes pour le F.N.. Il obtient 2,86% des inscrits intra-muros alors que l’extrême-droite (FN + MNR) obtenait 5,5% en 2004, aux précédentes régionales. Certes l’abstention a fortement progressé puisque les votants passent de 62,7 à 47,7% mais cela représente une baisse indiciaire de 26 points alors que le score du FN recule de 48 !

    Il est difficile de dire au profit de qui. On ne peut convenablement analyser le score de l’UMP qui, en 2004, avait contre elle une liste menée par J. Santini qui avait l’étiquette officielle de l’UDF. En 2010, l’essentiel de cette UDF a rejoint l’UMP (c’est le Nouveau Centre) et faisait campagne pour madame Pécresse. Le MODEM ne recueille que 4% des exprimés en 2010 contre plus de 16% pour J. Santini en 2004. Il est donc normal que la liste UMP progresse en termes de suffrages exprimés.

    Les cinq arrondissements de l’Ouest (15°, 16°, 17°, 7° et 8°) confirment leur ancrage à droite en donnant un score supérieur à la moyenne FN intra-muros (entre 2,96 et 3,2% des inscrits). Les 12°, 13°, 14° et 18° arrondissements donnent également un score supérieur (entre 2,88 et 3,15%). C’est le centre de Paris qui est le moins frontiste. Si l’on regroupe les quatre premiers arrondissements - que l’histoire et la sociologie unissent par des liens très forts - on obtient les résultats groupés suivants : 2,13% des inscrits pour le FN et 12,1% pour la liste des Verts. Ces derniers ne réalisent que 9,6 dans l’intra-muros. Dans ce secteur, ces derniers dament parfois le pion au Parti socialiste comme dans le deuxième arrondissement. C’est le 1er arrondissement qui donne le meilleur score aux Verts sur l’ensemble des vingt de la capitale.

    Le Front de Gauche bat sur le fil le Front national sur l’intra-muros. Dans le XX° arrondissement, il franchit la barre des 10% des exprimés soit 4,7% des inscrits contre 2,9 pour le FN. Dès lors, le « coude à coude » entre ces deux formations s’explique par le score du FN dans l’Ouest, là où le Front de gauche obtient un score très faible voire nul. Les trois arrondissements, historiquement les plus ancrés à droite (7°, 8° et 16°), à la sociologie caricaturale, donnent 0,6% des inscrits (922 voix sur 145.368 inscrits) au Front de Gauche mais 3,1% au FN (4443 voix sur ces trois arrondissements).

    Voici une carte du vote FN aux municipales 2014 ; cf. un atlas dans Municipales 2014 à PARIS (1er tour, atlas)


Municipales à Paris : le score du FN.

    PARIS, LES ARRONDISSEMENTS, LES VOTES, L’HISTOIRE…(PETIT ATLAS)

    à Paris, en avril 2012... (présidentielle, score de tous les candidats, par arrondissement).


[1] Sur les rapports entre l’argent, la politique, la bourgeoisie et le vote F.N. lire le chapitre « Le veau d’or », n°C22.

[2] J'ai ajouté les voix du "Centre républicain" à la dénomination trompeuse.

[3] Chefs d’exploitation agricole exclus.

[4] Alors les élections législatives eurent lieu à la proportionnelle, scrutin de liste.

[5] P. PERRINEAU, directeur du CEVIPOF, "la percée du Front National". Revue L’Histoire, 2002. En termes d'électeurs inscrits, le FN obtient 8,5% sur Paris intra-muros contre 6,1% en France. Notons que cette analyse annonce les idées reçues qui fleuriront après la victoire du "non" au  référendum sur la constitution européenne de 2005 : les instruits votent "oui" et les ignorants votent "non". 

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