L’Artois pendant l’entre-deux-guerres (2ème partie)

publié le 19 nov. 2014 à 06:36 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 août 2016 à 15:19 ]

Rappel : 1ère partie (L'Artois, des Temps modernes à 1914.

1919-1939, c’est une période riche et fertile. Mais ce qui pousse n’est pas forcément comestible. J'évoquerai aussi la période de la Collaboration.


I.

1920 : PCF (SFIC) vs PS (SFIO) et CGT vs CGTU

Avec la révolution russe, beaucoup de regards se tournent vers la nouvelle "patrie du socialisme". Mais d’autres, au sein du mouvement ouvrier, refusent cette allégeance et, récusant le vote majoritaire du congrès de Tours en faveur d’une adhésion à la III° internationale communiste, préfèrent la scission.

Il y a d’abord la scission au sein du parti. Le nouveau parti de la III° Internationale (S.F.I.C.) s’oppose à la soi-disant Vieille maison[1], la S.F.I.O. maintenue. Cette séparation a des conséquences sur l’organisation syndicale des ouvriers : la C.G.T. perd les militants communistes de la C.G.T.U. (CGT unitaire). Il y a concurrence entre les deux fractions de la classe ouvrière organisée, socialistes contre communistes. Très virulente dans le Nord-PdC. où la SFIO est réellement ouvrière. La lutte devient violente avec la politique dite "classe contre classe" inventée par la direction de la III° Internationale. Sans doute irritée par la politique de la social-démocratie allemande, très anticommuniste, qui a abattu l’entreprise spartakiste avec l’aide des corps-francs, la III° Internationale demande de lutter contre les directions socialistes qui ne sont à ses yeux que des valets de la bourgeoisie (1924) donc "membres de la classe bourgeoise". De cela, il restera chez les militants et dirigeants socialistes, une première couche anticommuniste.

Mais cette scission ne se fait pas sur un coup de tête : les divergences étaient réelles. Avec l’aide de F. Sawicki [2], tâchons d’y voir clair.

Le monde des mineurs constitue une société d’autant plus close que la main-d’œuvre - jusqu’à l’arrivée massive des mineurs polonais dans les années 20’- est d’origine essentiellement locale. C’est donc la paysannerie artésienne, catholique et bonapartiste pour l’essentiel, qui fournit les bras. Ensuite le recrutement se fait surtout par filiation. La clôture de cette société résulte pour partie de la politique des compagnies que prolonge la nationalisation de 1945. Le statut du mineur est en effet singulier, et ce bien avant sa fixation légale en 1947 : salaire élevé, rémunération assurée en cas de maladie, soins médicaux partiellement gratuits et surtout mise à disposition du logement - particularité du Pas-de-Calais par rapport au Nord voisin - et mise à disposition du charbon, sont acquis progressivement dès avant 1914. Ce statut a généré un corporatisme profond reposant sur un syndicalisme puissant, s'appuyant lui-même sur les délégués à la sécurité élus par le personnel depuis 1890 (voir 1ère partie). Au-delà de formes d'action et d'organisation syndicale et politique originales, c'est tout un mode de vie, qui spécifie les mineurs. Mais ce puissant syndicalisme prête à réflexion. Sawicki écrit : "l’activité syndicale, en raison de l’emprise patronale, et de la sous-qualification de la main-d’œuvre, a été moins intense qu’on le croit généralement ". après avoir écrit : "La SFIO (a bénéficié), paradoxalement du paternalisme patronal. (…)(On peut) poser l’hypothèse que, dans certains cas, (les formes de contrôle de la main-d’œuvre et de la répression patronale) ont contribué à retarder, sinon à empêcher la constitution d’un puissant mouvement syndical et du parti communiste, facilitant par contre-coup la prise en charge des problèmes par des représentants politiques plus « modérés »". C’est--à-dire socialistes, on a bien compris. Par ailleurs, la double activité, ouvrière et paysanne, a longtemps freiné la structuration d’une organisation syndicale. On trouve ici des éléments de comparaison avec les ouvriers de la région de Montbéliard. Sawicki conclut cette réflexion en répétant que, dans le Pas-de-Calais, l’activité syndicale, en raison de l’emprise patronale et de la sous-qualification de la main-d’œuvre, a été moins intense qu’on le croit généralement.

    Guesdistes et anarcho-syndicalistes s'employaient activement, avant 1914, à dénoncer les pratiques du Vieux syndicat (celui des Basly et des Lamendin) et à concurrencer ses élus dans les élections professionnelles et politiques. Pour ces "contestataires" le système aboutit à l’électoralisme, à la collaboration de classe et au pouvoir personnel du "czar de Lens" (comme ils appelaient alors Basly). Victor Griffuelhes, leader de la CGT, critique ainsi "l'action syndicale [qui] n'est exercée que pour assurer des mandats politiques aux plus intrigants. [...] Le syndicat est le recruteur des voix électorales. [...] Pareille situation ne déplaît pas aux Compagnies. Pourquoi leur déplairait-elle ? Elles y trouvent le maximum de sécurité, de repos, de tranquillité". (NB. Bien comprendre que le Vieux syndicat des mineurs n’est pas adhérent de la CGT, à cette date. Il ne l’intégrera qu’en 1908. Ce retard est significatif des réticences de Basly, entre autres, à rejoindre un syndicat révolutionnaire). La même tonalité se retrouve dans le discours communiste des années vingt: "À Béthune dans le Pas-de-Calais, nous n'avons pas d'élus municipaux. Le prolétariat de la ville (cheminots mis à part, dont l'éducation de classe est différente) est un de ceux qui sont le plus empoisonné par l’esprit localiste. On n'y vote pas pour des principes, ni même des programmes, mais pour des hommes" [3]. C’est cet esprit localiste qui bloquait également l’adhésion du Vieux syndicat à une CGT nationale, révolutionnaire et internationaliste ! Il y avait à la fois corporatisme - on ne s’occupe pas des problèmes des autres travailleurs - et localisme -on ne se préoccupe que du Pas-de-Calais -.

De la direction du syndicat à celle de la municipalité du coin, il n’y a qu’un pas vite franchi par Basly à Lens, par Lamendin à Liévin, par Cadot à Bruay en Artois… Tous anciens mineurs, délégués-mineurs et députés-maires. "Les élus socialistes", écrit Sawicki, "investissent les domaines associatif et caritatif (sic) pour tenter de concurrencer les formes d’encadrement social mises en place par les ingénieurs (au nom des compagnies houillères, JPR) avec l’appui du clergé : sociétés, chorales, orphéoniques ou gymniques (…) aides aux chômeurs, aux familles nombreuses, aux vieillards ". Toutes choses qui contribuent "à renforcer l’habitude de la prise en charge des besoins sociaux, déplaçant ainsi le rapport de dépendance au lieu de le supprimer. (…). Habitude de la prise en charge et sentiment d’incompétence d’une population sous-scolarisée se conjuguent pour faire du maire l’intercesseur privilégié auprès de l’administration de l’État, et surtout des Houillères". C’est ce que Sawicki appelle le municipalisme. On a vu que l’auteur reprend à son compte, pour qualifier ce comportement, le mot du sociologue Bourdieu : remise de soi (fides implicita, remise de soi sans réserve, confiance tacite qui choisit sa parole en choisissant son porte-parole). On peut dire aussi qu’il s’agit d’une forme d’aliénation, de servitude volontaire ? J’ai souvenir (JPR) d’un article de Gustave Ansart, leader communiste du Nord, qui parlait des ouvriers socialistes comme d’un prolétariat assisté. L’assistanat ? Rien ne hérisse plus le militant communiste ou apparenté … (lien : lenstome4.canalblog.com › les hommes )

Bref, on le constate, il y avait un monde d’écart entre le Vieux syndicat et la Vieille maison, d’une part, et le jeune parti communiste né en1920, d’autre part.

II.

IMMIGRATION

    Après la catastrophe de la guerre 1914-1918, la France perd des morts et des mutilés, elle manque de bras. C’est l’arrivée des Polonais. A la fin des années 20’ on dénombrera aussi 3.500 Algériens (certains, Kabyles, sont arrivés avant 1914). Dans un article du 6 août 1923, Le Peuple, organe de la CGT socialiste, intitulé "Le grand problème de la main-d’œuvre étrangère", on "met en garde", écrit Janine Ponty, "contre l’invasion de la France par la main-d’œuvre étrangère" [4].

  

 L’auteure précise toutefois qu’il y a là un désaccord avec la fédération CGT des travailleurs du sous-sol, à cette époque présidée par Paul Vigne. Les affaires se corsent avec la création de la "société des ouvriers polonais" au signe Z.R.P.F. en langue originale. Cette société se pose en concurrente de la CGT et de la CGTU pour la défense des intérêts matériels et moraux des immigrés. En 1925, cette société qui représente aussi les intérêts du gouvernement de Varsovie, parle des communistes en ces termes : "c’est le Satan rouge qui s’efforce d’organiser l’enfer sur terre".

    "Dès le début de la crise (économique, 1931 en France) l’opinion se déchaîne contre les immigrés. La xénophobie fait tache d’huile. (…). "Ils viennent manger le pain des Français ! Qu’ils retournent d’où ils viennent ! Sales Polacks !" ".  

    "La crise et la montée du chômage touchent les usines et les mines. Dans les bassins, les compagnies ferment des puits. Ainsi dans le Nord-Pas-de-Calais, les effectifs tombent de 190.000 en 1927 à 140.000 en 1935. Variables d'ajustement dans un contexte de stigmatisation des étrangers, les mineurs renvoyés sont souvent des Polonais. En 1934, la Statistique de l'industrie minérale signale que "la persistance et la gravité du chômage ont rendu nécessaire le licenciement d'une partie du personnel étranger, 4 750 ouvriers environ ont été évacués en 16 convois de rapatriement" [5]. C’est dans ce contexte qu’a lieu à la fosse 10 de l' Escarpelle (commune de Leforest, arrondissement de Douai, Nord) la grève avec occupation de la mine, aussi à la cité du Bois de Leforest (PdC). Thomas Olszanski, syndicaliste CGTU actif lors de la grève, témoigne :

"Dans le puits, on ne pouvait pas envoyer une division de gendarmerie montée pour charger les grévistes, sabre au clair. On ne pouvait pas non plus envoyer des briseurs de grève, car l'ascenseur qui les transporterait serait bloqué".

    Les grévistes polonais de ce moment grave de l’histoire des mineurs étaient en effet adhérents du PCF et/ou de la CGTU. Promesse est faite que les grévistes ne subiront pas de représailles. Pourtant, rapporte Olszanski,

"tout de suite après la fin de la grève, les membres du comité de grève furent arrêtés pendant la nuit et envoyés à la prison de Béthune, et le lendemain, cent cinquante familles de mineurs polonais reçurent l'ordre des autorités françaises de quitter la France dans les 24 heures".

    Cela se passe dans le Bassin minier, mineurs du Pas-de-Calais ou mineurs du Nord, cela n’a pas d’importance. C’est une page noire. Les gouvernements en place sont ceux issus du 6 février 34 : cabinet Doumergue, cabinet Laval… La France utilise la main-d’œuvre étrangère quand elle en a besoin et la refoule en période de crise. La solidarité des mineurs fut réelle mais loin d’être unanime. Il y avait des mineurs xénophobes. Ancêtres des électeurs FN d’aujourd’hui.

    Au total, ce sont 20675 mineurs polonais qui disparaissent.

III

VERS LA RÉVOLUTION… NATIONALE !

Beaucoup d’éléments ont concouru à maintenir voire à développer l’idéologie traditionaliste dans le Pas-de-Calais. Rappelons l’emprise de l’ Église catholique, l’hostilité à la Révolution et l’ampleur de l’influence bonapartiste, le respect du patron généreux, le culte du chef, le sentiment d’infériorité chez les ouvriers lié à une sous-scolarisation massive, l’esprit corporatiste qui dénigre les autres professions ouvrières et qui est renforcé par ce qui peut être vécu comme une co-gestion de l’entreprise avec le patronat, la xénophobie revers du localisme, etc… 

  

 La fête des mères, novation emblématique du gouvernement de Vichy, ne pouvait qu’être bien accueillie dans le département. Dans l’Artois méridional, se présente, en 1924, une liste -élections proportionnelle au scrutin de liste- très conservatrice -Atlas électoral dixit -"des familles nombreuses". La fille est appelée à être mère de famille et à ne pas être salariée. Si elle travaille, c’est qu’elle n’est pas encore mariée et elle se montre "peu fiable et très mobile, s’arrêtant temporairement ou définitivement dès que (son) devoir familial l’imposait" (Sawicki). C’est dans le bassin houiller que les taux d’activité féminine sont les plus bas de la région et que - corollaire - les taux de fécondité sont parmi les plus élevés de France. Mao disait que le plus dur était de demander aux paysans chinois de ne pas faire d’enfant à leur femme en rentrant de la rizière. Le mineur - constamment exposé à la mort (Pierrard) - tout aussi harassé par le travail ne néglige pas le repos du guerrier. C’est en tout cas ce que nous incitent à penser les chiffres et aussi bien Zola que Berri dans leur Germinal. On pense à l’apophtegme de Flora Tristan : "L’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même". Charbonnier est maître chez soi, c’est bien connu [6]. Mais n’allons pas trop loin. Des femmes de mineurs sauront se dresser face à l’ennemi, comme Émilienne Mopty. Émilienne Mopty juin.1941 et 2012.pdf

Nous l’avons vu, la crise des années 30’ n’a pas épargné le Nord-Pas-de-Calais. Y compris dans les domaines idéologique et moral. Il n’y a pas eu de parti fasciste à ma connaissance créé durant cette période, mais des personnalités s’engagent dans des mouvements et réseaux qui les conduiront au Conseil national de Vichy ou à la collaboration avec l’ennemi. Il y a ainsi les députés Paul Bacquet, avocat, (Boulogne 1ère, élu en 1932) et Louis de Diesbach de Belleroche, propriétaire agricole, "chef de terre" comme disaient les pétainistes, maire et conseiller général, (Arras 1ère, élu en 1932), tous deux membres du Conseil national de Vichy. Le député S.F.I.O. G. Beltremieux (Béthune 6ème), élu du Bassin houiller (Houdain) sera également distingué par le Maréchal. Sawicki nous apprend que "Joseph Hanotel (1880-1953), secrétaire de la section SFIO de Lens dans l'entre-deux-guerres, est lui-même un ancien ouvrier mineur devenu permanent syndical. Premier adjoint au maire de 1935 à 1941, il se compromet dans la collaboration en devenant maire de 1941 à 1944". Georges Dumoulin, SFIO, qui fut secrétaire du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, puis secrétaire général de l’Union départementale (réunifiée depuis 1935) CGT du Nord, sombra dans le pacifisme et l’ antisoviétisme, fit exclure les communistes du syndicat en 1939, fut nommé membre du Conseil National de Vichy et, ultima trajecta, devint collaborationniste et, donc, condamné à mort par contumace à la Libération. Dans le même registre, on peut citer les membres de la tendance droitière de la SFIO, animée par Paul Faure, et d’ailleurs appelés les paulfauristes. "Hostiles à toute unité d'action avec les communistes, refusant l'intervention en Espagne, munichois et favorables jusqu'à la fin à une politique de conciliation avec Hitler" beaucoup d’entre eux ont abouti à la Collaboration dont leur leader qui entre au C.N. de Vichy. Analysant le groupe des collaborateurs des journaux paulfauristes, Castagnez-Ruggiu aboutit à la conclusion suivante : "l’engagement syndical d’au moins un tiers des collaborateurs a pu être confirmé. Certains menaient d'ailleurs de front la lutte syndicale et politique. Les instituteurs (près d'un quart), les cheminots et les mineurs étaient les plus nombreux"[7]. Au demeurant, Paul Vigne, secrétaire de la fédération CGT du sous-sol en fut, lui qui, pourtant avait pris le parti des mineurs polonais une décennie auparavant (cf. supra).

Tout cela autorise Sawicki à écrire ce qui suit :

"À la Libération, les compromissions dans la collaboration de beaucoup de dirigeants du Vieux-syndicat achèvent d'imposer l’hégémonie communiste sur le syndicalisme minier. L'attirance pour la Charte du travail, (Vichy, 4-X-1941, JPR) dans laquelle certains dirigeants de l'ancienne CGT pouvaient voir reconnue leur pratique corporative, ajoutée au souci, réel pour certains, de protéger les mineurs réquisitionnés par les Allemands et directement sous la coupe du Gouvernement général, a définitivement discrédité la plupart des vieux-syndicalistes, donnant au PC le quasi-monopole sur la résistance dans le bassin minier. Son rôle moteur dans l'organisation de la grève de mai-juin 1941 contre les Allemands lui a en outre permis d'atteindre une aura sans précédent (…)".   

    Il est heureux de rappeler la grande grève des mineurs de mai 1941 dans le Bassin occupé par les Allemands, instiguée par les communistes, avant l’invasion de l’URSS par les nazis, mais je rappelle que le but de cette série articles est d’expliquer le pourquoi des votes FN dans le Pas-de-Calais. La grève de 1941 est ici sans secours. Cela étant dit, il est évident que les pratiques du vieux-syndicat ne pouvaient que faire le lit du pétainisme. Mais il est tout aussi juste de souligner le rôle des socialistes dans la Résistance, tous n’ont pas collaboré ! Tant s’en faut. 

    Observons maintenant le comportement électoral du Pas-de-Calais. Pour la lecture des cantons, je suggère cette carte  extraite de l'Atlas électoral. 


IV

LES ÉLECTIONS DE 1924

    

    14 députés sont à élire. Le choix de 1924 s’explique par le fait que ce sont les premières élections générales d’après le congrès de Tours. La majorité des délégués avait voté pour l’adhésion à la III° internationale communiste mais, sur le terrain, les adhérents restent dans la Vieille maison. Dans une proportion de 75/25 pour la SFIO dans la Pas-de-Calais (70/30 dans le Nord). Le nouveau PCF obtient 6,9% des inscrits du Pas-de-Calais soit à peu près son score national (mais 12,8% dans le Nord). Alors que la SFIO obtient 28,2% pour 13% au plan national.

    La représentation parlementaire du département sera de 8 députés pour la droite et 6 pour la SFIO : le Pas-de-Calais tarde à basculer et cela montre bien l’emprise du traditionalisme sur les esprits.

Concernant la carte des votes communistes dans le Pas-de-Calais, elle est bien blanche… Les quelques cantons qui émergent sont ceux où le parti obtient entre 15 et 20% des inscrits soit : Vitry-en-Artois, Vimy. Ceux où il obtient entre 10 et 15% des inscrits sont : Houdain, Béthune, Arras-sud, Marquion.

  

 La carte du vote SFIO est beaucoup plus étoffée. Dans le Haut-Artois, les arrondissements sont plutôt réfractaires sauf les cantons d’Arques et de Lumbres ainsi que ceux de Calais et Marquise. Le Haut-Artois est le fief de la droite et droite-extrême. Dans l’Artois méridional, les scores sont élevés, le versant picard (voir 1ère partie) vote socialiste notamment Le Parcq et Auxi-le-Château. Surtout, les cantons du Bassin houiller sont un fief.  





V

LES ÉLECTIONS DE 1936

    Ce sont les élections du Front populaire. 15 députés sont à élire. Les résultats du Pas-de-Calais confirment que la Gauche ne réalise pas un raz-de-marée. La droite conservatrice passe de 35,7% en 1924 à 39,8% des inscrits. Elle a 5 députés. Le total des voix d’extrême-gauche (SFIO+PCF), ainsi que l’écrit sans cesse François Goguel, est de (28,2 + 6,9 =) 35,1% en 1924 et de (22,7 + 15,8 =) 38,5% des inscrits en 1936. Cette progression est due uniquement au PCF qui multiplie ses suffrages par 2,3. La victoire du Front populaire s’explique par la discipline électorale qui fait élire 3 députés radicaux-socialistes dans le département (Arras 1ère, Montreuil et St-Omer 1ère). La représentation du département à la Chambre est donc de 5 députés de droite et 10 députés du Front populaire. Le PCF compte son premier député de l’histoire : Cyprien Quinet élu dans la 5ème circonscription (retour au scrutin d’arrondissement) de Béthune. La SFIO garde ses 6 sièges.

    Le Pas-de-Calais est enfin passé à gauche.

    Scrutin à deux tours : il fallait pouvoir bénéficier du désistement d’un autre candidat Front populaire pour espérer être élu au 2ème tour. Comme souvent, tout s’est bien passé dans le sens extrême-gauche vers centre-gauche (Rad.-Soc.), un peu moins en sens inverse. Ainsi, des voix radicales manquent au candidat SFIO pour être élu à Arras 1ère. Les auteurs de l’Atlas électoral relèvent : "Les candidats communistes n'ont pas toujours bénéficié au 2e tour du report intégral des voix socialistes. Il manque plus de 2000 voix dans chacune des circonscriptions valenciennoises, dont une bonne partie se reporte sur la droite et à Béthune IV, un quart des voix socialistes suivent le même chemin". Ces manquements à la discipline ne cesseront pas. Mais nous avons déjà des éléments d‘explication.

    

Carte des suffrages communistes de 1936 :

Les cantons des arrondissements occidentaux commencent à se distinguer les uns des autres. Ceux de Calais et Boulogne-nord particulièrement. Arras-sud et Vitry-en-Artois donnent entre 15 à 20% des inscrits au PCF. La "percée" est manifeste dans le Bassin avec 30 à 40% dans les cantons de Houdain et Sains-en-Gohelle, entre 20 et 30% à Norrent-Fontes, Liévin. NB. Les limites de cantons ont bougées, ce ne sont pas tout à fait les mêmes en 36 et aujourd’hui. NB2 : les auteurs ne raisonnent qu’en termes d’électeurs inscrits et ont conservé les mêmes gradations d’une carte à l’autre, ce qui permet les comparaisons.

 BIBLIOGRAPHIE (toujours) SOMMAIRE

Tout à fait incontournables :

- Pierre PIERRARD (Institut catholique de Paris), "Histoire du Nord, Flandre, Artois, Hainaut, Picardie", Hachette littérature, Paris, 406 pages, 1978.

- F. SAWICKI, Centre de recherches administratives, politiques et sociales, CRAPS, Université Lille II, "Les réseaux du parti socialiste, sociologie d’un milieu partisan", Paris, Belin, 1997 ; chapitre 2 : "Le socialisme dans le Pas-de-Calais : une fédération « militante et ouvrière »". En ligne. C’est cette étude très fine qui m’a fait traiter le Pas-de-Calais à part au sein de la Région Nord-Pas-de-Calais.

- Yves-Marie HILAIRE et al., Atlas électoral du Nord-Pas de Calais, publications de l’université de Lille III, PUL, S.P. 18, 59650 Villeneuve d’Ascq.

1er volume : de 1876 à 1936, sorti en 1977

2ème volume : de 1946 à 1972, sorti en 1972

3ème volume ; de 1973 à 1992, sorti.

Plus spécifiques :

- Vidéo de l’ INA à voir, avec sa notice : « Les grèves à l'Escarpelle et l'expulsion des Polonais en 1934 », http://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00138/les-greves-a-l-escarpelle-et-l-expulsion-des-polonais-en-1934.html

- CASTAGNEZ-RUGGIU Noëlline, "Le Pays Socialiste, par la Liberté, par la Paix : des socialistes pacifistes autour de Paul Faure". In : Matériaux pour l'histoire de notre temps. 1993, N°30. S'engager pour la paix dans la France de l'entre-deux-guerres ; pages 48 - 52. doi : 10.3406/mat.1993.404093 url : /web/revues/home/prescript/article/mat_0769-3206_1993_num_30_1_404093

- François GOGUEL, Cahier F.N.S.P. n°159, Géographie des élections françaises, A. Colin, 1970.

- Janine PONTY, "Polonais méconnus", Publications de la Sorbonne, 2005, 474 pages.

- Pierre PIERRARD, "La mine et le Bon Dieu", revue L’HISTOIRE, n°19, année 1980, pp. 12-20. Indispensable pour comprendre les liens (ou l’absence de liens) entre les mineurs et l’Eglise.

- J.-P. RISSOAN, https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/articles/analyses-electorales/nord-pas-de-calais études lumineuses, éclairantes comme la lampe du mineur.

- lenstome4.canalblog.com › les hommes  (iconographie intéressante, point de vue socialiste).

- ETCHEBARNE Serge, "Chapitre 14, Le FN dans le nord ou les logiques d'une implantation électorale", in Nonna Mayer et Pascal Perrineau, Le Front national à découvert, Presses de Sciences Po, 1996 p. 284-306.

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A SUIVRE : L’Artois 1947 - 1981 (3ème partie)


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[1] Mot de Léon Blum. Elle n’est pas si vieille que cela, elle date de 1905, soit 15 ans avant le congrès de Tours.

[2] "Les réseaux du parti socialiste, sociologie d’un milieu partisan", Paris, Belin, 1997 ; chapitre 2 : "Le socialisme dans le Pas-de-Calais : une fédération « militante et ouvrière »". En ligne.

[3] Il n’est pas interdit de faire le lien avec le comportement politique de Jacques Mellick.

[4] "Polonais méconnus", Janine Ponty, Publications de la Sorbonne, 2005, 474 pages.

[5] Vidéo de l’INA à voir, avec sa notice : « Les grèves à l'Escarpelle et l'expulsion des Polonais en 1934 », http://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00138/les-greves-a-l-escarpelle-et-l-expulsion-des-polonais-en-1934.html

[6] Les premiers mineurs étaient appelés « charbonniers ».

[7] Castagnez-Ruggiu Noëlline, Le Pays Socialiste, par la Liberté, par la Paix : des socialistes pacifistes autour de Paul Faure. In : Matériaux pour l'histoire de notre temps. 1993, N°30. S'engager pour la paix dans la France de l'entre-deux-guerres ; pages 48 - 52. doi : 10.3406/mat.1993.404093 url : /web/revues/home/prescript/article/mat_0769-3206_1993_num_30_1_404093 Consulté le 18 novembre 2014.

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