la Flandre, traditionalisme et vote LePen

publié le 21 oct. 2014 à 03:26 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 mai 2015 à 08:08 ]

                                La Flandre Fig. 4 : Bollezeele, église paroissiale Saint–Wandrille,...         intérieure, autour de sa "capitale" Hazebrouck, est un espace bien délimité dans la géographie du Nord. Tout le monde sait que ce département du Nord est un fief historique du parti socialiste et qu'il est encore un des derniers bastions du parti communiste. La gauche dominait sans partage –ou presque- le bassin minier et la conurbation Lille-Roubaix-Tourcoing. Depuis l'industrialisation massive du littoral dunkerquois, elle y a imposé une autre domination. Mais entre Lille et Dunkerque, il y a un îlot "d'irréductibles", un fief de la droite cléricale, un trou noir pour le P.C. où ce dernier n'a jamais su/pu s'implanter : c'est la Flandre intérieure. En 1978, où le P.C.F. faisait encore un score national supérieur à 20% (des exprimés), les voix communistes s'élevaient à 27,7% dans le département du Nord, avec des pointes à 49,4%, 42,1, 46,1 dans le bassin houiller mais 14% seulement dans la circonscription d'Hazebrouck et moins de 10% dans celle de Bergues.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Flandre_fran%C3%A7aise#mediaviewer/File:Carte_de_la_Flandre_fran%C3%A7aise.png

Présentation de notre objet d’études

    Il s’agit de la Flandre maritime dite aussi Flandre flamingante (en orange sur la carte envahissante d'introduction). C’est le Westhoek, héritier français du vieux comté de Flandre. http://fr.wikipedia.org/wiki/Westhoek#mediaviewer/File:Westhoek_map-fr.svg. Actuellement, le Westhoek correspond presque trait pour trait à l’arrondissement de Dunkerque (pour les détails, lire les articles Wiki "Westhoek" et "Flandre française"). Autrement dit, la Flandre dite wallonne (ou romane) est exclu de notre champ d’étude. Deux aspects sont intéressants : d’une part on est là en pays de langue flamande (même si l’usage du français est maintenant largement majoritaire) et d’autre part, on est en pays catholique invétéré.

Carte : localisation du Blootland dans l'arrondissement de DunkerqueCarte : localisation du Blootland dans l'arrondissement de Dunkerque

• le Blootland (« pays nu ») ou Plaine maritime, qui comprend les villes de Dunkerque (Duynkerke), Bourbourg (Broekburg), Bergues (Sint-Winoksbergen), Hondschoote.

Carte : localisation du Houtland dans l'arrondissement de Dunkerque

• le Houtland (« pays du bois »), qui comprend les villes de Wormhout (Wormhoudt), Cassel (Kassel), Hazebrouck (Hazebroek), une partie de Bailleul (Belle).

 

    C’est surtout le Houtland qui nous intéresse. En effet, le littoral (Blootland) a été bouleversé par l’industrialisation du port de Dunkerque avec la sidérurgie, d’une part, et la fabrication d’aluminium, d’autre part. C’est un bel exemple de développement latéral d’un vieux port ; développement lié au gigantisme maritime (Révolution nautique du dernier quart du XX° siècle : Introduction : gigantisme maritime, conteneurisation...). On parla même, un moment, de Cadunord, c’est-à-dire d’une industrialisation/urbanisation continue de la frontière belge à Calais (département du Pas-de-Calais) via Dunkerque. Le littoral se distingue nettement de l’arrière-pays. Il a été rapidement colonisé par les partis progressistes : parti radical-socialiste dès avant 1914, parti socialiste SFIO puis PS tout court.


Fig. 3 : Pitgam, retable de l’autel de saint Nicolas, 2e...

    Les Flamands ont un "tempérament politique", pour reprendre le mot d’ A. Siegfried, qui est dominé par la religion catholique. C’est vrai en France comme en Belgique. L’encadrement des masses paysannes par la hiérarchie catholique est sans faille et le vote est résolument de droite. Pierrard, historien natif du Nord, nous donne les résultats du referendum du 8 mai 1870 organisé par Napoléon III. A Lille, déjà ouvrière et fécondée par le socialisme internationaliste, le non l’emporte. Dans l’arrondissement d’Hazebrouck, le oui obtient 99,2%...   Pour dire cette religiosité de la Flandre j'ai choisi d'évoquer son patrimoine célèbre de retables qui "appartiennent à l'art baroque européen" comme dit Anita OGER–LEURENT dans son article cité en biblio et d'où proviennent toutes les illustrations. Ce sont d’authentiques chef-d’œuvres pour qui aime l'art baroque ce qui est le cas de votre serviteur. Mais ces retables qui s’inscrivent dans "la scénographie de la liturgie tridentine"  ont, au départ, servi à la contre-réforme. Le concile de Trente, en effet, dans un de ses canons, dit que les choses de la théologie sont trop compliquées pour les masses illettrées et qu'il faut donc attirer ces dernières par des choses belles et clinquantes. Le concile de Trente, c'est pour les paysans, contemple et tais-toi. 

 

Géographie des élections de 1914.

    Je vais exploiter les travaux d’un universitaire du Nord, au nom d’origine certifiée flamande : R. Vandenbussche. Quelques éléments historiques permettent de comprendre le comportement électoral. Dans sa thèse de 3° cycle sur la vie politique dans le Nord avant la guerre de 1914[1], R. Vandenbussche publie des cartes électorales instructives par lesquelles on voit que la Flandre intérieure est la "propriété" quasi exclusive de la droite. Le parti Radical n'y présente aucun candidat (scrutin d'arrondissement), "l'influence des critères religieux tenaient écartés de Flandre les élus radicaux" nous dit-il. Quant au parti Socialiste (S.F.I.O.), grand vainqueur des élections générales d'avril 1914, il obtenait les suffrages des ouvriers des mines, de la sidérurgie, des constructions mécaniques et du textile "sans atteindre tout le prolétariat, car le catholicisme mobilisait beaucoup d'ouvriers des régions de pratique religieuse (comme la Flandre)". La Flandre étant alors une région d'industries diffuses et de travail à domicile. Ce vote à droite des ouvriers était d'autant plus développé que "l'Action Française n'hésitait pas à appeler à un véritable militantisme ouvrier et cherchait à conquérir des adeptes dans les milieux populaires – démarche qui annonce celle du fascisme après la guerre- en tentant même de promouvoir un débat contradictoire avec le syndicalisme de la C.G.T." (dont on sait que de nombreux adhérents sont sensibles, à l'époque, aux thèses de G. Sorel, JPR).

ci-dessous : l'auteur ne précise pas à quoi correspondent les catégories de pourcentage. Dommage. On voit bien la circonscription de Dunkerque-campagne -Cassel-Bergues) et la seconde de Hazebrouck. Entre les deux, celle de l'abbé Lemire.  Voir en annexe les deux autres cartes.

  

 Cette omnipotence de la religion ou du fait religieux manipulés par l'Action française expliquent l'absence d'emprise du marxisme en Flandre intérieure. Bref, nous avons là le modèle de la région où le comportement électoral s'explique par une seule variable : la religion. Mais, heureusement pour les esprits libres, s'il y a les catholiques de l'Action française, traditionalistes, bellicistes, régionalistes, il y a aussi les catholiques ralliés à la République, dominés par la figure de l'abbé Lemire [2], "le prêtre-démocrate", député et maire d'Hazebrouck, de droite certes, mais jouant honnêtement le jeu de la démocratie parlementaire républicaine. R. Vandenbussche ajoute une information relative à cette autre tendance : "les conservateurs catholiques faisaient appel à la pensée économique et sociale de l’Église pour maintenir un courant puissant de christianisme social qui semblait s'imposer chez les élus parlementaires", allusion à l'abbé - député-maire Lemire, admirateur de Léon XIII et de son encyclique Rerum novarum. Lemire aura maille à partir avec son évêque qui le destituera, alors que, écrit l’auteur, "radicaux et socialistes faisaient preuve d’une grande compréhension à l’égard du comportement (de l’abbé) qu’ils allaient soutenir aux élections générales de 1914". Il y a donc avant 1914 une lutte d'influence entre deux courants du catholicisme qui s'opposent vigoureusement –Lemire préparant le terrain au futur M.R.P. d'après 1945-.

    Dans sa circonscription, en avril 1914, Lemire -député sortant-  doit batailler contre un soi-disant républicain de l’Action libérale populaire, tendance droite extrême. Il n’a pas d’adversaire radical, la SFIO présente un candidat qui n’obtient que 64 voix ce qui laisse penser que sa candidature a été retirée à la dernière minute… Lemire est élu dès le premier tour avec 57,1% des suffrages exprimés, le candidat libéral obtenant les 43 autres pour-cent.

    Sur les cartes de Vandenbussche, (cf. annexes) on observe très bien l’absence des Radicaux, sauf sur le littoral où leur candidat est élu (mais la sociologie n’est pas la même entre Blootland et Houtland). Cette absence montre que le débat cléricalisme/laïcité est devenu obsolète, les Radicaux ont vaincu avec la loi de 1905, ils estiment inutile d’aller se battre contre les candidats portés par une foule de Flamands pratiquants qui ont de la peine à comprendre le français républicain. En revanche, la SFIO pose une autre problématique en mettant en avant la question sociale, elle présente donc des candidats même si ceux-ci sont sûrs d’être battus, ils ont semé, c’est Germinal…

    La droite est nettement majoritaire dans ces arrondissements de Dunkerque et de Hazebrouck.[3] En 1914, les quatre circonscriptions comptent 72320 électeurs inscrits (hommes de 21 ans et plus). 54565 expriment leurs votes (75,4%) et les quatre candidats de l’Action libérale populaire, pro-catholiques, droite extrême, obtiennent 59,7% des suffrages exprimés et 45% des électeurs inscrits[4]. Ils ne seront que deux à être élus (Dunkerque-campagne et Hazebrouck-2°) grâce à l’abbé Lemire (chrétien-social, républicain indépendant) dans Hazebrouck-1ère et grâce à la discipline républicaine dans Dunkerque-ville (candidat radical-socialiste élu au second tour avec 51,2% des exprimés). Le bastion est vraiment constitué par la circonscription Dunkerque-campagne où le candidat réactionnaire est élu dès le premier tour avec 87,5% des exprimés et 64% des inscrits[5].

                                                        Pierrard, historien du Nord, catholique, écrit que "la question scolaire, en créant parallèlement à l'enseignement officiel Fig. 5 : Bollezeele, église paroissiale Saint–Wandrille,...         -républicain, JPR- un enseignement libre -en fait catholique-, avec tous ses organismes scolaires et parascolaires, a fortement contribué à opposer, dans les départements du Nord, deux blocs antagonistes : face à un parti conservateur et clérical puissant et organisé, appuyé sur ses écoles, ses collèges, ses facultés, ses œuvres, et aussi ses presbytères de campagne, les républicains anticléricaux constituent une force importante s'appuyant sur 1es ouvriers et les classes moyennes des villes (Où prospèrent les loges maçonniques) et sur les campagnes peu chrétiennes de l’ Avesnois et d'une partie du Cambrésis, du Santerre ou de environs de Bapaume". La Flandre flamingante est le bastion de ce parti conservateur du Nord. 

 

Les élections de 1936

    Les élections de 1936 sont celles du Front populaire mais cette victoire de la Gauche, incontestable, n’est pas un raz-de-marée. F. Goguel, je l’ai écrit par ailleurs, nous dit que la droite s’est mobilisée à fond, présentant des candidats là où elle était absente en 1932, le patronat se porte au-devant des troupes comme François Peugeot, dans le Doubs. Dans le Nord, la victoire est éclatante car l’industrialisation et l’extraction de la houille en premier lieu n’ont cessé de croître et donc l’importance politique de la classe ouvrière. Aussi, la droite n’obtient que 4 députés et la gauche 20. Sur ces quatre députés deux sont élus dans la Flandre flamingante

    Le député André Parmentier [6] est l’un d’eux. Il est élu à Dunkerque-campagne. C’est le type d’homme qu’a pu vénérer E. Mercier, l’homme du Redressement français : patron dans le secteur privé, Parmentier est sorti de 14-18 avec le grade de capitaine. C’est l’élite pure et parfaite (Au bonheur des riches, 1927 : E. Mercier, Foch, le "Redressement français"). Dans cette circonscription bien ancrée à droite, les candidats avaient pu se disperser et mener un combat fratricide en 1932, renouvellement de la Chambre sans enjeu majeur. En 1936, Parmentier, député sortant, est seul candidat de la droite : pas question de se diviser face à la Gauche ! Il est élu dès le premier tour avec 62% des suffrages exprimés et 53,2% des électeurs inscrits. Les candidats du Front Populaire ont cependant progressé. A la Chambre, Parmentier va être un leader de la droite, combattant systématiquement toute innovation du gouvernement de Front Populaire. Cette hostilité l’amènera à rejoindre, après sa libération par les nazis, le gouvernement de Vichy dont il sera un des préfets puis un directeur de la police.

    Jean Pierre Plichon est élu sans difficulté majeure au second tour, dans la circonscription (Hazebrouck-2ème) tenue jusqu’ici par son oncle dont la fiche Wikipaedia ne cesse pas d’émerveiller : "Fils de Charles Ignace Plichon, député du Nord sous la monarchie de Juillet, le Second Empire et la Troisième République, ministre des Travaux publics, il est ingénieur des Arts et Manufactures, président de la Cie des Mines de Béthune, conseiller général de Bailleul, député du Nord (1889-1919 et 1924-1936), sénateur (1920), rallié (cad monarchiste rallié à la République à la demande de la hiérarchie catholique), vice-président de l'ALP (alliance libérale républicaine), protectionniste, officier de la Légion d'honneur, Croix de Guerre, Commandeur de l'Ordre du Saint-Sépulcre, lieutenant-colonel honoraire, président honoraire de la Cie des Mines de Blanzy, de Kali Sainte-Thérèse, des officiers de réserve du Service d'État-major, vice-président de comité central des houillères de France, administrateur de la Société générale de crédit industriel et commercial, des aciéries de Denain et Anzin, et membre honoraire de la Société des agriculteurs de France". Le catholicisme et les affaires peuvent faire bon ménage. Jean Pierre élu en 1936, donc, s’inscrit au groupe des républicains indépendants d’action sociale, le même que celui de Jacques Bardoux, qui travaillera avec Pétain. C’est un entrepreneur catholique, comme son oncle et son grand-père Charles-Ignace. Il votera les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940.

  

IV° république et l’étape de 1958

    Aux élections législatives de novembre 1946, célèbres parce que le PCF y obtient son score inégalé de 28 % des suffrages exprimés en France (36,8% dans la circonscription charbonnière du Nord),  la liste PCF obtient 7,4% des exprimés dans le Houtland.

    Sous la IV° république, les élections ont lieu sous le régime de la proportionnelle avec scrutin de liste dans chaque département. Les départements les plus peuplés étaient subdivisés en circonscriptions. Ainsi le département du Nord était divisé en trois : la circonscription de l’arrondissement de Dunkerque, celle de l’arrondissement de Lille, et celle des arrondissements de Douai, Valencienne, Cambrai et Avesnes (celle du bassin houiller).

    Les cartes électorales publiées par F. Goguel, pour les élections de 1951 -date où la droite, discréditée par sa collaboration avec l’ennemi, reprend du poil de la bête- montrent que dans l’arrondissement de Dunkerque, la droite Indépendante et Paysanne obtient entre 15 et 20% des inscrits, le MRP -avec le soutien de l’Osservatore romano-, entre 10 et 15% des inscrits et les gaullistes du R.P.F. de 15 à 20%. Autrement dit, les listes susceptibles d’obtenir les votes religieux obtiennent - additionnées- entre 40 et 55% des inscrits, ce qui, compte tenu de l’abstention, donne la majorité absolue des votes exprimés. Chacune de ces listes obtient l’élection de sa tête de liste (dont Paul Reynaud pour les Indépendants et Paysans, A. Damette pour le R.P.F.). Mais cette approche inclut le littoral Dunkerquois et nous éloigne de notre Flandre flamingante.

    En 1958, De Gaulle atteint des pourcentages de oui extrêmement élevé dans la Flandre. Avec le retour au scrutin d’arrondissement, la Flandre maritime est découpée en plusieurs circonscriptions, les 11° -littoral-, 12° (celle de Bergues) et 13° (celle d’Hazebrouck). Paul Reynaud, d.s., choisit la 12°, il est élu avec l’étiquette C.N.I.P.. A. Damette opte pour la 13° où il est élu avec l’étiquette gaulliste.   Dans la 12°, le PCF obtient 4,7% des inscrits  et 7,5% des inscrits dans la 13° (Hazebrouck).   A titre de comparaison, le candidat PCF obtient 33,2% des inscrits à Douai-sud (15°).

L'AUJOURD'HUI

    Ces deux circonscriptions resteront fidèles à la droite. Ainsi, à la présidentielle 1974, V. Giscard d’Estaing obtient 55,7% des inscrits dans la 12° (Mitterrand 36,4 ; abstention 6,9) et à Hazebrouck les chiffres sont respectivement de 50,7 ; 40,4 et 7,7%. A la présidentielle de 1981, les chiffres sont respectivement de

        12°(Bergues) : 49,4 ; 41,1 ; 7,3.

        13°(Hazebrouck) : 47,8 ; 41,6 ; 7,95.

        Il y a donc un tassement des voix de droite et progrès des voix Mitterrand.

    Fig. 6 : Bollezeele, église paroissiale Saint–Wandrille,...         L’élection présidentielle de 1988 est la première où LePen est candidat depuis son extrusion de 1984. Il obtient 12,3% des inscrits dans le Nord mais les circonscriptions flamandes -récharcutées en 1986, elles portent maintenant les numéros 14 et 15- ne lui donne "que" 9,7 (Bergues) et 9,8% (Hazebrouck) des inscrits. Il y a donc, à cette date, une relative inhibition de l’électorat catholique flamand à voter pour LePen (1er tour). Curieusement, F. Mitterrand, président sortant, obtient -au second tour- le vote de 47,9% des inscrits dans la 14° et 50,2 dans la 15°, devançant largement J. Chirac. C’est une nouvelle et nette progression de la candidature Mitterrand dans la Flandre profonde. La Voix-du-Nord parle de ces communes flamandes "à droite nationalement et à gauche localement. Et vice-versa" (7 mai 2007)

 

    Mais la crise continue et les promesses ne sont pas tenues, la mondialisation et sa version européenne continuent leurs dégâts et le vote LePen s’envole. Le tableau suivant montre que la Flandre intérieure n’est plus insensible aux sirènes de l’extrême. Voici un tableau élaboré à partir des résultats des élections européennes de 2004. Ces élections sont intéressantes dans la mesure où l’électorat catholique avait le choix entre plusieurs listes : l’UMP et l’UDF (F. Bayrou) mais aussi le FN (qui a en son sein un courant intégriste Pour qui votent les intégristes ?) et une liste MPF de Ph. De Villiers qui est davantage marqué par le traditionalisme et dont le drapeau sera repris ultérieurement par Mme Boutin. 

     ci-dessous : carte de la couleur politique des cantons du Nord en 2011 : solution de continuité bien visible. Notons toutefois que les cantons d'Hazebrouck et région votent socialiste (mais pas à la présidentielle, (cf. ci dessous). 


Tableau

Résultats des élections européennes du 13 juin 2004 dans quelques communes de Flandre intérieure (département du Nord, votes exprimés).

 

Commune

Inscrits

Liste F.N.

Liste

De-Villiers

Liste P.C.F.

%

ouvriers

Taux de

chômage

West-Cappel

431

13,47

08,29

0,52

27,8

10,8

Oost-Cappel

328

18,67

04,22

4,22

45,2

14,3

Ochtezeele

206

16,67

15,56

1,11

36,7

16,5

Noordpeene

605

13,54

12,50

0,35

41,1

11,2

Wemaers-Cap.

168

19,61

12,75

0,00

42,9

 8,0

Zuytpeene

407

17,62

13,47

0,00

35,4

 9,0

Oudezeele

480

13,19

10,20

2,13

34,8

14,3

Rubrouck

603

09,39

11,55

1,44

25,7

11,5

Warhem

1.562

16,35

05,63

2,55

25,5

 8,9

Département

1.740.899

  14,02%

  04,69%

  8,41%

  29,5%

  17,6%

Source : établi à partir des statistiques du Ministère de l'Intérieur et des données INSEE, recensement 1999.                     % ouvriers = % de la population ouvrière au sein de la population active ayant un emploi

 Fig. 8 : Crochte, église paroissiale Saint–Georges, reta...

    L'imprégnation religieuse est très forte dans ce "pays" de parler flamand. Des appellations comme West-Cappel, Oost-Cappel ou Wemaers-Cappel ne sont-elles pas du "temps concentré" ? On est transportés, à la fois, dans le passé chrétien et vers le lion des Flandres.

    Tout cela pour dire que les résultats électoraux d'aujourd'hui sont la mise au jour de comportements d'autrefois. L'extrême-droite (F.N.) et la droite extrême (MPF, De Villiers) réalisent des scores impressionnants dans des communes où l'inexistence du P.C. pourrait surprendre dans ce département où les élections européennes de 2004 ont été, pour lui, plutôt bonnes. Il y a là un vote catholique d'extrême-droite, dans ces petits villages de la France, pire que profonde, abyssale. Notons toutefois que dans certaines communes de Flandre intérieure c'est l'UDF de F. Bayrou qui arrive nettement en tête devant le F.N. ou les villiéristes du MPF. Le combat continue. C’est-à-dire le combat entre les chrétiens progressistes et les autres.

    Mais on a bel et bien, ici encore, un bel exemple d'ouvriéro-lepénisme. Dans ces communes, le nombre d'ouvriers est très élevé, plus que la moyenne départementale. Et, pour ce vote extrémiste, il n'y a même pas l'excuse du chômage, puisqu'il est globalement très inférieur à celui que subit le reste du département. Cette région donne l’exemple de ces ouvriers de droite qui, avec la crise générale, passe à l’extrême-droite. Ce n’est pas au PCF, très faiblement organisé ici, que LePen prend ses voix.

    J’ai également cherché le vote LePen pour les communes citées dans le texte d’Anita Oger–Leurent sur les "Retables de Flandre" c’est-à-dire des paroisses fortement marquées par la contre-réforme instiguée par le concile de Trente (fin XVI°s.).

 Image agrandie numéro 9

Eur. 2004

 

Commune

 

Canton

Prés. 2012

FN

MPF

Insc.

FN

UMP*

12,1

9,0

Arnèke

Cassel

1172

20,6

52,5

11,2

7,3

Bambecque

Hondschoote

553

26,6

60,0

12,2

8,6

Crochte

Bergues

524

20,6

55,6

12,9

5,6

Hondschoote

 

2948

24,7

49,0

11,1

10,7

Bollezeele

Wormhout

1039

22,4

60,2

17,8

5,2

Pitgam

Bergues

702

27,2

62,2

14,0

4,7

Chiffres pour le Nord (59)

 

21,9

47,1

* = second tour de la présidentielle.

 

    Sur cette carte VOIX DU NORD, on voit bien la solution de continuité entre l'arrondissement de Lille et le Dunkerquois, les deux circonscriptions de la Flandre flamingante intérieure ont voté pour la droite en 2012.

A SUIVRE



BIBLIOGRAPHIE

- Atlas électoral Nord - Pas-de-Calais (1973-1992), Presses Universitaire de Lille, 1993

- Pierre PIERRARD, Histoire du Nord, Hachette 1978

- François GOGUEL, "géographie des élections françaises", cahier de la F.N.S.P., n°159, A. Colin éditeur.

- Cahiers du communisme, "Élections législatives de mars 1978".

-R. VANDENBUSSCHE, "opinions et vie politiques dans le Nord à la belle époque, 1910-1914" (résumé de sa thèse), L'Information historique, n°5, année 1977, pp. 221-227, cartes.

Anita OGER–LEURENT, "Retables de Flandre : un patrimoine partagé", In Situ [En ligne], 3 | 2003, mis en ligne le 01 mars 2003, consulté le 19 octobre 2014. URL : http://insitu.revues.org/1897 ; DOI : 10.4000/insitu.1897

- G. LACHAPELLE, "élections législatives des 26 avril et 10 mai 1914", Paris, 1914, [En ligne],

-  journal LA VOIX DU NORD, numéro du lendemain des élections (éditions papier).


- site de l’Assemblée nationale, biographie des députés et anciens députés. http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=5686

A lire éventuellement : http://www.politiquemania.com/forum/histoire-elections-f33/elections-legislatives-1936-t1140-10.html

 



[1] R. VANDENBUSSCHE, 

[2] Hazebrouck fut aussi la circonscription du député monarchiste Villeneuve-Bargemont (1830) qui proposait, des inspections dans les fabriques, adepte qu'il était du catholicisme social.

[3] Cet arrondissement absorbera celui d’Hazebrouck après la réforme administrative de Poincaré, en 1926.

[4] Si l’on ajoute les voix des autres candidats de droite -dont celles de l’abbé Lemire- on obtient 74,4% des voix exprimées et 56,2% des inscrits. Les candidats de la gauche laïque obtiennent -dans les quatre circonscriptions- 25,6% des exprimés et 19,3% des inscrits.

[5] C'est Cassel l'épicentre. Cette circonscription d'avant 1914, sera la future 12° circonscription (celle de Bergues, découpage 1958) et la 14° (découpage 1986). Tous les chiffres sont calculés à partir du livre de Georges Lachapelle, « élections législatives des 26 avril et 10 mai 1914 », publié à Paris, en 1914, et qui est accessible sur le net.

[6] Lire sa notice rédigée par l’Assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=5686

ANNEXES
    Les radicaux-socialistes emporteront le circonscription de Dunkerque-littoral au 2ème tour mais ne présentent pas de candidat dans le reste de la Flandre flamingante. (le découpage est celui des cantons qui étaient les mêmes en 1914 qu'en 2014. Jusqu'à ce que la mondialisation/européanisation viennent bouleverser cette architecture au profit des métropoles branchées).

 

    Les socialistes SFIO -dominés dans le Nord par la noble figure de Jules Guesde (député de Lille au 1er tour) - font un peu de la figuration dans les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck. Leur implantation est bien meilleure dans Lille, le bassin houiller et l'est de l'arrondissement de Cambrai. 




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