Lorraine, Moselle

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    Publié à 11 sept. 2015 à 06:22 par Jean-Pierre Rissoan
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municipales 2014 : L’acier rouge résiste au FN dans le bassin sidérurgique lorrain

publié le 31 mars 2014 à 07:14 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 mai 2014 à 11:53 ]

    En Moselle et Meurthe-et-Moselle, les projecteurs sont braqués sur le Front national qui, outre sa présence à Forbach ou Hayange, a fait élire quelques conseillers municipaux au premier tour. Pendant ce temps, treize maires sortants communistes ont été réélus.

    Nous sommes le 23 mars 2014, il est 20 heures. À écouter la télévision, toute la France est sous le joug du Front national, « arbitre » de l’élection. Il a suffi qu’une seule ville, Hénin-Beaumont, bascule, et que quelques autres enregistrent de forts taux de vote FN, pour que le parti d’extrême droite monopolise l’entre-deux-tours. Alors que dans les endroits où les projecteurs médiatiques ont révélé une progression électorale du parti, ils ont laissé des zones inexplorées. La région industrielle à cheval entre le nord de la Moselle et de la Meurthe-et-Moselle est de celles-là. Dans ces deux départements assez peu touchés par le chômage (11 % et 10,6 % au troisième trimestre de 2013, selon l’Insee), un effet bénéfique de la proximité avec le riche Luxembourg, Marine Le Pen espérait tirer profit de la désindustrialisation en cours, voire achevée par endroits, pour capter le désespoir de populations autrefois fidèles à la gauche.

    Contraste entre ambition et réalité

    Forbach, en Moselle, est un des trois noms de villes (« Forbach, Fréjus, Béziers ») où le danger est réel, mais répété en boucle, jusqu’à l’écœurement, par la presse pour expliquer la « poussée » de l’extrême droite. Florian Philippot, le vice-président du Front national, y sera dimanche en ballottage favorable (35,75 % des voix) pour le deuxième tour. Ce résultat, comme le maintien au second tour à Thionville d’Hervé Hoff, qui profite de la baisse du seuil de maintien (14,03 % des voix, mais 8,12 % des inscrits), ne peut masquer la dure réalité. Sur les 15 têtes de liste investies par le FN, peu ont atteint le second tour… voire le premier. Non loin de Forbach, mis à part L’Hôpital, où le FN, arrivé en deuxième position (23,98 %), provoque une triangulaire, les résultats sont catastrophiques : pas de liste à Freyming-Merlebach et Creutzwald ; seulement trois conseillers élus à Saint-Avold (22,36 %) et Sarreguemines (20,27 %). Et dans l’agglomération messine, où la présidente du FN entretenait de grands espoirs ? À Metz, le parti accède au second tour (21,31 % des voix), mais n’obtient que trois élus à Montigny-lès-Metz (19,51 %), et était absent à Woippy…

C’est dans la vallée de la Fensch, où la présence au second tour du transfuge cégétiste Fabien Engelmann, portant la couleur bleu Marine à Hayange (30,41 %), a occulté tout autre nouvelle, que le contraste entre les ambitions du Front national et la réalité est le plus visible. Pourtant annoncées à grand fracas, il n’y avait pas de liste à Nilvange, Vitry-sur-Orne, Fameck et Florange. Dans ce même bassin pourtant, quatre maires communistes sortants ont été réélus dès le premier tour, à Talange (Patrick Abate, 100 %), Knutange (Fabrice Cerbai, 67,02 %), Algrange (Patrick Peron, 64,33 %) et Aumetz (Gilles Destremont, 73,62 %), sans publicité nationale. À Sérémange-Erzange, le candidat PCF, Serge
 Jurczak, arrivé en tête au premier tour avec 40,75 %, est bien placé pour conquérir la mairie. Algrange, reprise à la droite en 2008. La petite ville d’Algrange (6 500 habitants) à l’ouest de Thionville a été l’une des premières municipalités mosellanes à être dirigée par un maire communiste, de 1923 à 1925, puis de 1977 à 2001. Dans le même arrondissement, Knutange (3 300 habitants), qui a conservé ses hauts-fourneaux produisant de la fonte jusque dans les années 1970, est communiste sans discontinuer depuis 1977, excepté une période de gestion à droite, entre 2001 et 2008.

Il y a un « gros écart » entre la dernière présidentielle, où « Mélenchon faisait de bons scores » (21,69 % à Aumetz, 16,22 % à Knutange…) et le vote local, explique Philippe Noller, responsable à la vie du PCF mosellan. Un score qui s’analyse à l’aune de la « reconnaissance du travail de terrain des élus » pour le maintien des entreprises « aux côtés des travailleurs. »


    Eux sont « des boucliers sociaux », fait-il valoir, quand le vote FN exprime « l’abandon de la gauche et de la droite ». Une exaspération patente à la lecture des résultats dans deux communes du secteur. À Hayange, 16 000 habitants et 14 % de chômage, la progression du FN se fait en grande partie sur l’effondrement du vote pour le socialiste Philippe David, qui perd 20 points et 1 461 voix entre 2008 (49,52 %, 2 591 voix) et 2014 (19,21 %, 1 130 voix). À Florange, commune emblématique du combat mené par les ouvriers d’ArcelorMittal, le Parti socialiste est éliminé au premier tour au profit de l’UMP. « À cause des promesses non tenues de l’actuel président François Hollande », comme le croit un observateur local ? Alors, pourquoi voter pour le parti de l’ancien président qui, lui non plus, n’avait pas tenu ses promesses ? Dans un contexte de défiance envers le personnel politique et syndical, il se murmure aussi que le ralliement au PS en vue des élections européennes du syndicaliste CFDT Édouard Martin a pu handicaper le maire sortant. Enfin, l’influence du FN ne doit pas être sous-estimée dans la prise en compte de la colère des ouvriers, même s’il n’était pas présent lors de cette élection : Marine Le Pen avait recueilli 25,69 % à Florange (1 616 voix) au premier tour de l’élection présidentielle, et Fabien Engelmann 35,6 % (14 067 voix) sur la 8e circonscription du département lors de la législative suivante.

« Les gens se serrent les coudes »

    Le même phénomène est à l’œuvre dans le département limitrophe. La Meurthe-et-Moselle partage la même réalité économique et sociale. Ici aussi, le FN nourrissait de grandes ambitions. Mais à Nancy (6,91 %), il sera absent du second tour ; à Pont-à-Mousson (16,87 %) et Lunéville (16,40 %), il ne remporte que trois sièges ; à Pompey et Vandœuvre-lès-Nancy, il n’était pas au premier tour… L’ancien bassin sidérurgique, autour de Longwy, tient sa gauche. Ici aussi, les maires communistes ont été réélus au premier tour à Mont-Saint-Martin (Serge De Carli, 65,04 %), Saulnes (Adrien Zolfo, 100 %), Hussigny-Godbrange (Laurent Righi, 100 %) et Crusnes (Alain Eckel, 100 %) ; ou en tête à Villerupt (Alain Casoni, 40,20 %). Plus au sud, Piennes (Michel Mariuzzo, 59,81 %), Joudreville (Jean-Marc Léon, 65,05 %), Homécourt (Jean-Pierre Minella, 100 %), Joeuf (André Corzani, 56,28 %) et Jarny (Jacky Zanardo, 57,28 %) ont également réélu des maires communistes au premier tour. Une « coulée rouge » qui ne doit rien au hasard, à croire Serge De Carli, le maire de Mont-Saint-Martin, 10 000 habitants. La deuxième ville de l’agglomération, « terre de résistance » communiste sans discontinuer depuis 1977, coincée entre la Belgique et le Luxembourg, fut un fleuron industriel, longtemps placé sous domination de la Société des aciéries de Longwy. Les « métallos » ont gardé « leur combativité face aux injustices ». C’est ce qui a séduit le maire, arrivé en tant qu’instituteur en 1999 : « Les gens se serrent les coudes » malgré les difficultés. Partagée entre pauvreté visible – la deuxième plus grande opération de rénovation urbaine du département – et attractivité économique du Duché voisin, Mont-Saint-Martin « jongle » entre « un besoin de protection des plus pauvres » et l’exigence de ménages plus favorisés : « On tient les deux bouts », lâche Serge De Carli. En revanche, à quelques kilomètres, la « catastrophe » de Longwy, avec 38 % de voix pour la liste d’union conduite par le PS, semble la marque du « discrédit d’une certaine gauche ». « La gauche (qui) totalise habituellement 54 % des voix », aurait pu reprendre la ville. Avec 36 % à l’UDI, une liste divers droite à 17 % et le Modem à plus de 8 %, la possibilité s’éloigne.

    "Les gens voient qu’on est comme eux, qu’on a les mêmes préoccupations"

    Pour éviter une même débâcle, Fabrice Cerbai, maire de Knutange, 3 200 habitants, a bien compris lui aussi qu’il fallait « de la proximité ». Sa ville a fourni jusqu’au mitan des années 1970 des ouvriers pour les usines et les mines voisines de Fontoy ou d’Algrange. Aujourd’hui elle abrite « des employés, des ouvriers. Pas de CSP plus », énonce l’élu apparenté PCF. Du coup, comme « on n’a pas les leviers sur l’emploi », ici « on a mis le paquet sur le logement ». Constructions de logements neufs au loyer accessible, bien isolés… « Autant de gagné sur le pouvoir d’achat. » Ses administrés ont-ils reconnu ce souci ? Dans une élection qui a vu la participation baisser de plus de dix points entre 2008 et aujourd’hui, le maire sortant est en progression de 14,27 points (52,75 % en 2008, 67,02 % en 2014) et de 82 voix. « Les gens voient qu’on est comme eux, qu’on a les mêmes préoccupations. » Une explication de la « bonne tenue » des villes communistes sortantes, quand « le PS est en difficulté » ? « Ici, raconte Serge De Carli, la droite et le PS nous regardent avec des yeux ronds, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive… »


    article paru dans l'Humanité de ce 30 mars 2014

    Grégory MARIN

Le Pays Haut lorrain rouge en bas...

publié le 17 juin 2012 à 06:03 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 28 déc. 2014 à 14:50 ]


    J’avais en leur temps donné les résultats des élections cantonales convoquées en 2011 pour les cantons renouvelables du Haut Pays lorrain. Lien : PCF ET OUVRIERS : VIVE LE PAYS HAUT ! Ces élections furent excellentes pour le PCF, très bien implanté dans cette partie de la Lorraine sidérurgique. Cela s’est-il traduit, un an après, lors de l’échéance 2012 ?

    Dans le tableau qui suit, la colonne 5 indique la couleur politique du conseiller général (CG) du canton de la colonne 1. La Troisième circonscription législative du département de Meurthe&Moselle est constituée de sept cantons : sur les sept, cinq ont élu un conseiller général PCF-Front de Gauche soit en 2008 soit en 2011. Cette circonscription, en juin 2012, n’aurait pas dû échapper au PCF-FG ! Mais cela est une réflexion désuète : aujourd’hui, c’est le chaos électoral comme dit le SEVIPOF et les électeurs votent capricieusement selon les élections.

    En 2008 et 2011, sur les sept cantons, le PCF n’a pas présenté de candidat à Longwy et à Longuyon. Le PS était présent en tant que tel à Longwy en 2008.

    Dans 5 cantons, il y eut compétition entre le PC et le PS et il est donc possible d’évaluer, grosso modo, les influences respectives de ces deux partis aux cantonales. Je préfère écrire "influence" plutôt que "total" car j’ajoute des voix obtenues en 2008 et en 2011 alors que, forcément, le contexte n’est pas tout à fait le même. Quoiqu’il en soit, les colonnes 3 et 4 indiquent les voix obtenues par les candidats PC et PS et l’on constate que le PCF a une influence deux fois plus élevée que celle du PS (13226 vs 6498). En 2008, le candidat communiste à Briey fut élu dès le 1er tour. En 2011, toujours au 1er tour, le candidat communiste à Herserange obtient plus de 62% des suffrages exprimés mais il n’est pas élu immédiatement : il n’a pas obtenu les suffrages du quart des électeurs inscrits. Titre du RÉPUBLICAIN LORRAIN, en "une", le 21 mars 2011 : «Les bastions rouges résistent».

    Mais il s’agit d’une influence locale. La preuve : le PCF obtient plus de voix sur les 5 cantons (2008 et 2011) où il présentait un candidat (col.3) que dans la circonscription (colonne 6) où il était évidemment présent partout : 13226 au lieu de 11588 ! Illustration en est donnée par le résultat du canton de Mont-Saint-Martin. Le candidat PC-FG aux législatives est Serge de Carli, maire et conseiller général de Mt-St-Martin : il obtint 3390 voix au 1er tour de la cantonale en 2008 mais n’en obtient que 1662 lors de la législative en 2012. Effet "vote utile" : on vote pour le candidat du président, devenu candidat officiel avec ce système désastreux de la V° république qui aggrave la "servitude volontaire".

 

 

1

2

3

4

5

6

7

8

9

 

Insc.*

PC/CG

PS/CG

CG

P/FG

P/PS

L/PC

L/PS

Audun 11

15280

1754

1677

PCF

2235

3304

 

 

Briey 08

12095

4055

1055

PCF

1675

2707

 

 

Herserange 11

11911

2206

779

PCF

2043

2684

 

 

Longuyon 08

10525

-

-

Dvd

933

1873

 

 

Longwy 08

8268

Dvg

227

Dvg

966

1964

524

1742

Mt-St-Martin 08

13841

3390

1477

PCF

1662

3104

 

 

Villerupt 11

11074

1821

1283

PCF

2074

2344

 

 

Influence

82994

13226

6498

 

11588

17980

7555

16255

% exp.

 

 

 

 

18,31%

28,41%

18,37%

39,52%

* en 2012, 1er t. de la présidentielle ; PC/CG =  voix au 1er tour cantonale (2008 ou 2011 selon les cas)

Sources : Ministère de l’intérieur, Est républicain, Républicain lorrain.

Longuyon : divers gauche contre DVD ; DVD élu au 1er tour. Sarkozy en tête du 1er tour en 2012.

Longwy : DVG élu contre UMP au 2ème tour (2008).

 

Les élections de 2012

    Lors de l’élection présidentielle, Le Front de Gauche (Jean-Luc Mélenchon) obtient un score, somme toute, très honorable. Sur les sept cantons, 11588 voix soit 18,3% des suffrages exprimés se concentrent sur son nom. C’est beaucoup plus que la moyenne départementale : 12,06% et nationale : 11,6%. Soit presque 14% des électeurs inscrits.

    C’est beaucoup plus, également, que le score cumulé de M.-G. Buffet (PCF) et Bové (Altermondialiste) en 2007, comme l’indique le tableau suivant :

 

 

2007

2012

 

Buffet

Bové

Mélenchon

Audun 11

662

131

2235

Briey 08

454

119

1675

Herserange 11

705

105

2043

Longuyon 08

149

83

933

Longwy 08

236

82

966

Mt-St-Martin 08

278

113

1662

Villerupt 11

806

120

2074

Influence

4043

11588

 

    C’est cependant insuffisant et J.-L. Mélenchon se trouve assez loin derrière Hollande qui frôle son score national avec 28,4% (colonne 7 du 1er tableau). Par rapport à ses forces cantonales (col.4), le PS les multiplie par trois (2,8 exactement) lors de la présidentielle. D’où viennent-elles ? D’abord de la participation électorale, sans commune mesure entre les cantonales et la présidentielle. 30% de participation supplémentaire apportent 25.000 voix. Ensuite de la fonte des scores Sarkozy et Bayrou.

 

 

Sarkozy

Bayrou

 

07

12

07

12

Audun 11

2689

2000

1713

683

Briey 08

2194

1719

1490

614

Herserange 11

2334

1570

1270

464

Longuyon 08

2723

2218

1342

632

Longwy 08

1808

1202

1010

364

Mt-St-Martin 08

3073

2372

1701

792

Villerupt 11

2083

1571

1297

518

Totaux

16904

12652

9823

4067

Fonte électorale

- 4252

- 5756

 Sources : établi à partir des chiffres fournis par le Républicain lorrain.

 

    Beaucoup de ces voix sont allées sur le vote FN - surtout celles de 2007 concernant Sarkozy - lequel FN gagne 5500 voix environ dans cette 3° circonscription du Pays Haut. Les voix Bayrou de 2007 abondent le score du PS.

    Au total, les électeurs votent bel et bien "national". J.-L. Mélenchon a superbement redressé la tendance qui inclinait à ne plus voter pour la gauche radicale lors de la présidentielle. Malgré tout, dans ces fiefs du parti communiste on ne croit pas, on ne croit plus (?) que le candidat de la gauche révolutionnaire puisse être présent au second tour de la présidentielle. Les électeurs en votant "utile" pour Hollande et en votant LePen -qui arrive 2ème dans cette circonscription[1]- montrent qu’ils espèrent de nouveaux choix nationaux. C’est encore plus vrai aux élections législatives mais, alors, on tient compte du résultat du second tour présidentiel.

 Dans cette 3ème circonscription, le PCF-FG présente un "notable" : Serge de Carli, maire et conseiller général de Mt-St-Martin. A 165 voix près, il pouvait arriver second devant l’UMP. Il conserve l’influence constatée à la présidentielle : 18,37% des suffrages exprimés mais il perd beaucoup de voix (col. 8 du premier tableau[1]). En revanche, le candidat du PS conserve, grosso modo, le même nombre de voix ce qui, l’abstention étant très élevée (presque 50% !), lui fait faire un bond en pourcentage : 39,5 soit +11 points par rapport à la présidentielle (col. 9). Est-ce que les électeurs se sont habitués à voir élire le candidat du président fraichement élu et juge non nécessaire de remplir leur devoir électoral ?Dans ces conditions, Serge de Carli peut difficilement espérer être en tête de la gauche.

    Ce vote utile affecte également le FN qui perd 7300 voix entre le 27 avril et ce 1er tour des législatives 2012 et 10%... Par rapport à la circonscription de 2007 -ce n’est pas tout à fait la même car il y eut re-découpage- l’UMP s’effondre de 43,4% à 18,8. Opportunisme électoral.

    Prenons le canton de Longuyon. C’est un canton conservateur qui a un conseiller général Divers Droite, qui a voté Sarkozy à hauteur de 53% le 6 mai après avoir donné 25% à LePen le 27 avril. Au 1er tour de la législative, il place le candidat socialiste devant l’UMP (2045 v. contre 1586).

    Cela me rappelle aussi, un mot célèbre d’un élu corrézien, Henri Queuille je crois, : « la Corrèze est trop pauvre pour rester éternellement dans l’opposition ». Soyons donc du bon côté du manche. 

    Ce système de la V° république ne favorise pas l’expression au parlement des voix "d’en-bas" puisque le candidat quasi officiel s’engage publiquement à appliquer le programme du président. La présidentialisation outrée du régime n’est pas bonne pour la démocratie.



 




[1] Avec 13653 voix.

[2] Mes sources ne donnent pas les résultats par canton sauf pour Briey qui est une ville-canton, on peut y lire le même phénomène qu’à l’échelle de la circonscription : une baisse en voix beaucoup plus importante pour le PC que pour le PS. Or, dans cette ville-canton, on l’a vu, le candidat communiste fut élu au 1er tour lors de la cantonale 2008. 

VI.Sénatoriales, Présidentielle, implantation locale: le cas de la Moselle

publié le 26 sept. 2011 à 08:42 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 11 sept. 2015 à 06:39 ]

Il y a déjà de nombreux articles relatifs à la Moselle sur ce site. On sait que c’est un des départements français les plus lepénistes.

Les élections sénatoriales qui viennent d’avoir lieu concernent ceux que l’on appelle les « grands électeurs », c’est-à-dire les citoyens qui ont été désignés par leur conseil municipal pour aller à la préfecture-hôtel du département et voter pour l’élection des sénateurs du département.  

                                

Le collège électoral des sénateurs est composé, dans chaque département, des députés, des conseillers régionaux, des conseillers généraux et des délégués des conseils municipaux, qui représentent environ 95 % des 150 000 grands électeurs participant à l'élection des sénateurs.

Le nombre de délégués municipaux dépend de la taille de la commune : 1 délégué pour les communes de moins de 500 habitants ; 3 délégués pour les communes de 500 à 1 499 habitants ; 5 délégués pour les communes de 1 500 à 2 499 habitants ; 7 délégués pour les communes de 2 500 à 3 499 habitants ; 15 délégués pour les communes de 3 500 à 8 999 habitants ; dans les communes de 9 000 habitants et plus, tous les conseillers municipaux sont délégués ; dans les communes de plus de 30 000 habitants, 1 délégué supplémentaire par tranche de 1 000 habitants au-dessus de 30 000.

Ainsi, 100 communes de 100 habitants fournissent 100 délégués, 1 commune de 10.000 habitants en fournit 33[1].


Les sénateurs sont donc élus, surtout, par les représentants des communes. Les résultats de leurs élections montrent par conséquent quelle est l’implantation locale des partis politiques. En Moselle, où le F.N. obtient des résultats spectaculaires au suffrage universel, quels sont ses résultats aux sénatoriales ? Lors de la présidentielle de 2002, on se le rappelle, l’extrême-droite FN + MNR obtint 27% des suffrages exprimés.


Libellé

Voix

% exp.

Sièges

Droite

1479

53,18

3

Gauche

1076

38,69

2

Verts

  139

  5,00

--

F.N.

    87

  3,13

--

Total

2781*

100

5

*98,16% des inscrits.

 Ainsi, le F.N. n’a guère que 87 grands électeurs alors que les Verts ont été représentés par 139 délégués. Pour donner une idée du rapport de forces entre ces deux partis, disons qu’aux Régionales de 2010, les écologistes représentèrent environ 10% des suffrages exprimés et l’extrême-droite presque 21%. Le F.N. n’est pas un parti de militants, n’est pas un parti d’élus qui se consacrent à la gestion de la collectivité territoriale la plus proche des habitants : la commune.

Voici la carte par canton (2) des résultats du Front national aux élections régionales de 2010. cette carte renvoie évidemment au premier article de la série I. Vote F.N. et vote ouvrier : le cas de la MOSELLE


Dans les cantons teintés de noir, le FN dépasse le score de la présidentielle de 2002 (en termes de suffrages exprimés). Même dans ces cantons, ce parti ne réussit pas à présenter des listes municipales capables d’obtenir quelques élus.

Conclusion : le vote LePen est un vote plébiscitaire, bonapartiste dirait - peut-être - René Rémond, sans enracinement local.



[1] Extrait du dossier « Les sénatoriales, mode d'emploi », Le Monde.fr,| 19.09.11.

(2) pour la nomenclature des cantons, je suggère ce lien : http://tresordesregions.mgm.fr/


V. FN, CGT, MOSELLE… débats…

publié le 25 juin 2011 à 10:40 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 à 05:52 ]

  04/03/2011  

se reporter à l'article qui reproduit la lettre de Bernard Thibault à l'ensemble des responsables de la C.G.T..

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PCF ET OUVRIERS : VIVE LE PAYS HAUT !

publié le 25 juin 2011 à 10:39 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 juin 2012 à 07:35 ]

  23/03/2011  

    Dans cette période maussade où l’on nous explique qu’une perte de voix du Front national est une « percée relative » (sic) - le métier de journaliste est un métier difficile - je voudrais rallumer la flamme de l’espoir.

    Le Pays haut ? C’est ainsi que les gens de Nancy appellent le pôle nord de leur département tout étiré en longitude, c’est la partie de la Meurthe-et-Moselle qui a frontière commune avec le Luxembourg et la Belgique. C’est bien sûr la Lorraine sidérurgique[1] toute proche de la Moselle sidérurgique dont j’ai parlé dans mes articles relatifs à ce département. 

On votait dans cinq cantons dont voici les résultats.

canton

Insc.

PCF

PS

UMP

FN

divers

Audun-le-R.

15225

1754

1677

Abs

1324

  875

Conflans-en-J.

14791

2172

1099

Abs

1065

1906

Villerupt

11173

1821

1283

581

Abs

  182

Herserange

12043

2206

  779

560

Abs

---

Homécourt

12124

3258

  Abs

568

Abs

---

Total

65356

11211

4838

1709

2389

2963

% inscrits

 

17,2

7,4

2,6

3,7

ns

Source : l’Est républicain du 21 mars 2011.

Ns : non significatif (plusieurs étiquettes mêlées).

 

Mais je vais céder à la mode qui consiste à analyser les résultats en termes de suffrages exprimés.

 

PCF

Audun-le-R.

31,2

Conflans-en-J.

34,8

Villerupt

47,1

Herserange

62,2

Homécourt

85,2

 

    Il faut dire que ce sont cinq candidats sortants. Mais c’est la preuve qu’ils ont fait du bon travail à l’assemblée départementale. A Conflans-en-Jarnisy, le PCF avait proposé à EELV la place de suppléante qui l’a acceptée. C’était donc un tandem qui a très bien fonctionné et l’on appréciera au passage la cohérence de EELV qui dans le Val-de-Marne part au second tour contre les candidats FG-PCF qui administrent le département !

    A Homécourt, le FN était présent en 2004. Il a décliné l’invitation cette fois-ci. Curieux de la part du "premier parti ouvrier de France". Que l’on cite un canton où le FN obtient 85% des voix exprimées…

    On observera avec terreur l’absence quasiment de la Droite de gouvernement : 2,6% des inscrits dans un ensemble de cinq cantons ! et malheureusement, ces cas ne sont pas isolés. La Droite est totalement discréditée dans un grand nombre de cantons de France.

    En tout cas, ces résultats rougeoyants, étincelants, masquent la marée noire du département voisin dont on parle trop.

Pôle nord ? … il y fait chaud.

Tout ça n’empêche pas Nicolas

Qu’ la Commune n’est pas morte.

Tout ça n’empêche pas Nicolas

Qu’ la Commune n’est pas morte !

hommage : (de la part de Lily54 -blog de J.L. Mélenchon-)

Je vous joins ce diaporama car le Pays-Haut lorrain a la même histoire minière que le Nord de la France. http://www.flickr.com/photos/bracdan/sets/72157617434918217/show/ Pour que l'on n'oublie pas combien nos pères ont trimé !

lire aussi : Le Pays Haut lorrain rouge en bas...



[1] C’est -administrativement- l’arrondissement de Briey. 


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IV. Le vote FN, les ouvriers et la Moselle

publié le 25 juin 2011 à 10:36 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 à 05:53 ]

  23/02/2011  

La Moselle fait parler d’elle à cause de ce gauchiste passé de la CGT au FN. Il ne faut pas écarter l’hypothèse de l’entrisme du FN. Ce parti d’extrême-droite, dont j’ai montré la filiation avec l’idéologie maurrassienne, est prêt à utiliser "tous les moyens"[1] pour arriver à ses fins. Le FN est parfaitement capable de faire entrer ses hommes à la CGT pour en détourner le cours.

Mais l’importance du vote FN en Moselle est telle que l’on trouve cette engeance un peu partout.

La variable religieuse

Encore une fois, je rappelle que le vote en faveur des partis "marxistes" a toujours été historiquement faible à l’exception notable de la Moselle sidérurgique au peuplement exogène. Le vote protestant a, en revanche, toujours été très important avec, en contrepartie, la riposte catholique et cela donnait des élections dominées par des duels centristes-gaullistes.

Sous l’occupation allemande, le parti social-démocrate obtenant d’assez bons scores soit dans la Moselle sidérurgique, soit dans celle du bassin houiller. Mais le SPD s’il avait une tendance marxiste, était très marqué par le réformisme et même par la religion. Je rappelle que le leader Hébert[2] déclarait « haïr la révolution comme le péché » (sic).

En effet, le protestantisme germanique est un Janus aux deux visages. Il peut aussi bien alimenter le vote pour les partis autoritaires (soumission luthérienne au Prince) qu’abonder les suffrages sociaux-démocrates (dès le départ de la Réforme, la sécularisation des biens du clergé catholique a servi à financer les écoles et les hôpitaux, construisant le berceau du futur Etat-Providence cher au cœur de ce courant politique).

Aujourd’hui, dans le Grand-Est, les protestants présentent un profil nettement plus populaire que dans les grandes agglomérations françaises. Selon une étude IFOP,[3] le protestant du Grand-Est est un homme, âgé de 35 à 49 ans, ouvrier (23%, alors qu’à l’échelle nationale les protestants sont ouvriers à hauteur de 12% seulement), luthérien, et votant à droite. En affinant l’analyse du comportement électoral, on observe que les protestants du Grand Est «  se distinguent du reste du pays par un tropisme plus prononcé pour les Verts (13,7% contre 12,5% pour l’ensemble des protestants français) mais surtout pour l’extrême-droite qui y compte deux fois plus de sympathisants (16,6%) qu’à l’échelle nationale (7,8%) »[4].

Je rappelle également que "tradition protestante" n’est pas synonyme absolument de pratique religieuse. André Siegfried, fondateur des sciences politiques, bousculait un peu les concepts et n’hésitait pas à distinguer « à côté du protestant d’Eglise, le protestant électoral dont le vote est commandé par une tradition qui vient du fond des siècles ». Il traitait même : du « protestant croyant ou non croyant (sic)»[5]. Il reste de cela, « même chez ceux qui ont abandonné toute croyance religieuse, une culture religieuse résiduelle, transmissible, inconsciente et quasi ineffaçable »[6].

La variable socio-professionnelle

Rappelons l’originalité sociologique de la Moselle : ce département est très largement dominé par la catégorie INSEE du salariat modeste (SM), c’est-à-dire ouvriers et employés.

 

BP

PI

SM

Moselle

14,2

21,5

64,3

France

22,5

23

54,5

 

64,3% de SM en Moselle au lieu de 54,5% pour la France -recensement de 1999-[7]. La catégorie que j’appelle Bourgeoisie patronale (BP) est en revanche sous-représentée. Il s’agit des chefs d’exploitation agricole (ouvriers agricoles exclus), des artisans et commerçants, chefs d’entreprise (ACCE), et enfin des cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS). Ainsi les CPIS représentent 13,1% de la population active en France mais 9,4% en Moselle. Les ACCE sont 6,6% en France mais 4,76% en Moselle. Cette faiblesse numérique des élites a des raisons historiques. En 1871, le département rattaché à l’Allemagne a perdu une partie de sa bourgeoisie qui, plus que les agriculteurs ou les ouvriers, a des relations ou de la famille à Paris ou ailleurs, qui a un patrimoine financier capable d’être recyclé en France, etc…En 1918, c’est une élite germanophone qui a préféré demeurer allemande et s’est repliée outre-Rhin. En 1940, nouvelle hémorragie vers la France de l’intérieure.

Autrement dit les professions caractéristiques des fonctions de commandement métropolitain se trouvent en partie à Metz mais aussi à Nancy, Strasbourg voire Sarrebruck et même Paris. Paradoxalement, cette faiblesse de la BP est défavorable au Parti socialiste[8].

Tâchons de voir l’origine des voix FN en Moselle.

 

1958

1973

Mosel. 81

Mos. 02

Evol.

Fran. 81

Fra. 02

Evol.

ANBl*.

26,6

21,2

20,1

33,50

+13,4%

20,2

30,8

+10,6%

Gauche

12,4

26,3

37,3

26,50

-10,8%

40,4

29,7

-10,7%

Droite

61,0

52,5

42,6

21,95

-20,7%

39,3

26,2

-13,1%

EXD.

 

 

 

17,98

+17,98%

 

13,3

+13,3%

Total

100

100

100

100,00

0

100

100

0

·          * abstentions, votes nuls et blancs.

·          Sources : établi à partir des statistiques du ministère de l’intérieur et du "Monde" pour 1981 et 1958.

·          Tous calculs effectués par rapport aux inscrits.

 

Les élections de 1958 sont marquées par un raz-de-marée de la droite dont toutes les tendances se prononcent plus ou moins en faveur du général de Gaulle. Relativement à ces élections, il est clair que les électeurs du FN sont tous sortis du sein de la droite mosellane. Je précise que depuis 1919, premières élections générales à laquelle participe la Moselle redevenue française, ce département a toujours voté à droite (cf. F. Goguel). Et massivement (83% des suffrages exprimés en 1958). Elle est encore majoritaire absolue (inscrits) en 1973, où le nouveau parti socialiste d’Epinay n’a pas encore donné toute sa mesure, sa capacité de catch-all party (parti attrape-tout, expression anglo-saxonne).

Les élections de 1981 représentent, en revanche, une crête pour la Gauche. La poussée du FN de 1984 étant pour grande partie une réaction à la victoire de la gauche, il est judicieux de comparer 2002 à 1981.

En 2002, par rapport à la présidentielle 1981 où le FN n’existait pas, la droite mosellane a perdu la moitié de ses voix. Elle a bien davantage reculée que dans le reste du pays. Le FN fait presque jeu égal avec elle. En 1981, la droite de Moselle était un fief avec un indice 108 pour 100 = France entière. En 2002, c’est un point de faiblesse avec un indice 84 (toujours pour 100 = France).

Bien sûr, une partie des voix de la Droite a pu abonder les ANBl. Ces abstentions et votes nuls ou blancs sont bien plus importants en Moselle qu’en France = c’est le résultat de la composante "salariat modeste" de l’électorat. L’absentéisme ouvrier. Mais cette abstention ouvrière frappe surtout la Gauche et le PCF en particulier. Tous les observateurs ont noté que les pourcentages FN sont toujours plus élevés en cas de forte abstention et la présidentielle 2002 l’a confirmé avec trop d’éclat. La Gauche mosellane a perdu mais relativement moins que la Droite. Pour la gauche de France, la Moselle était déjà un point faible en 1981 avec un indice de 92. Ce n’est pas mieux en 2002 avec un indice de 89.

Mais là où la Droite perd 24 points d’indice, la gauche n’en perd que 3.

Pour le FN, la Moselle est devenue un fief avec un différentiel positif de 4,7% par rapport à la France.

Au total, ce département ouvrier de droite, qui ne donnait que 32% à la Gauche en 1973 (exprimés), a été et est un terreau pour le FN. La faute en revient à la droite, religieuse et autoritaire qui recueille ce qu’elle a semé. Ce n’est pas un individu qui s’est fourvoyé (ou infiltré ?) dans la CGT qui peut masquer cette réalité.


[1] C. Maurras ajoutait "même légaux"…

[2] Futur président du parti et de la République de Weimar.

[3] Etude IFOP pour la revue Réforme, « Eléments d’analyse sur la sociologie et le positionnement politique des protestants en France », octobre 2009. Disponible sur le net. Grand-Est = Alsace-Lorraine-Franche Comté.

[4] Citations extraites du document IFOP.

[5] Cité par GREILSAMMER, Sociologie électorale du protestantisme français, revue Archives des sciences sociales des religions, numéro 49, Janvier-Mars 1980, pp. 119-145.

[6] GREILSAMMER.

[7] Choisi parce que c’est le plus proche de la présidentielle 2002. En 1981, quoique la casse industrielle avait déjà commencé sous VGE-R. Barre, cad depuis 1974, le taux d’industrialisation était encore plus élevé.

[8] En contre exemple, on peut en effet, donner le cas de Strasbourg, ville "protestante", où un canton habité majoritairement par des CPIS a un conseiller général socialiste. 

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III. Vote F.N. et vote ouvrier : le cas de la MOSELLE

publié le 25 juin 2011 à 10:28 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2011 à 05:53 ]

  22/02/2011  

la C.G.T. Moselle  vient de publier le communiqué suivant :

Communiqué de la Fédération CGT des Services publics
et de l’Union départementale CGT de la Moselle

Ces dernières semaines, le secrétaire général du syndicat CGT des agents territoriaux de la mairie de Nilvange (Moselle) a fait connaître   publiquement sa récente adhésion au Front national et sa candidature sous cette étiquette aux prochaines élections cantonales. Dans une interview publiée sur un site Internet, dans laquelle il se prévaut de son appartenance à la CGT, il défend les thèses du FN sur la préférence nationale, sur
l’immigration comme cause du chômage, et contre la régularisation des sans-papiers.

Pour nos organisations, cette situation est intolérable à double titre : d’une part, parce qu’un militant CGT se fait ainsi le propagandiste de thèses contraires aux valeurs fondamentales et aux orientations de notre organisation ; d’autre part, parce que sa démarche constitue une tentative d’instrumentalisation de la CGT à des fins politiques.

Réunis le 15 février dernier à l’initiative de l’UD CGT 57 et de la Coordination syndicale départementale des Services publics, 26 adhérents du syndicat de Nilvange ont dans leur majorité refusé de désavouer leur secrétaire général.

En conséquence, et en concertation avec l’UD CGT 57, la commission exécutive de la Fédération CGT des Services publics, réunie le 16 février, a décidé, sur la base des statuts confédéraux et fédéraux, la suspension immédiate de l’affiliation du syndicat de Nilvange à la Fédération. Cette décision entraîne, dès sa notification au syndicat et à l’employeur, l’arrêt immédiat de toute activité CGT dans la collectivité. La CEF renvoie au
Comité national fédéral, qui se tiendra en avril, le soin de statuer sur la situation de ce syndicat et les sanctions définitives à prendre. Celles-ci pourront aller jusqu’à la dissolution dans l’hypothèse où un syndicat ne pourra d’ici là être reconstruit sur des bases conformes aux valeurs et orientations de la CGT, avec les syndiqués qui désapprouvent la dérive actuelle.

Cette situation est l’occasion pour nos organisations d’appeler leurs adhérents à la plus grande vigilance, à la combativité et à l’information des salariés face à une organisation politique prônant le rejet de l’étranger comme exutoire à la détresse sociale et développant des thèses économiques et sociales contraires aux intérêts du salariat. Nos organisations seront particulièrement attentives à toute nouvelle tentative d’instrumentalisation de la CGT par un parti politique qui s’est toujours attaqué au syndicalisme démocratique, comme l’ont encore récemment illustré ses prises de position durant le mouvement de lutte contre la réforme des retraites.

Le 21 février 2011

Fédération CGT des Services publics – Case 547 – 263 rue de Paris 93515 Montreuil Cedex – Tél. 01 48 18 83 74
Union Départementale CGT de la Moselle – 10 rue de Méric – BP 42026 – 57054 METZ CEDEX 2 – Tél. 03 87 75 19 53
Moselle

FIN DE CITATION

c'est une position courageuse.

est-ce que la C.F.T.C. - dont le "C" signifie "chrétien"- a fait de même pour ses adhérents-candidats  FN ?

en tout cas, voilà qui risque de renforcer le vote FN dans cette Moselle déjà trop frontiste. Il est stupéfiant de voir des employés appeler à voter FN alors que ce parti a pour visée stratégique LA RETRAITE PAR CAPITALISATION. Le racisme est-donc si enraciné que cela pour que ces gens ne voient pas où se situe leur propre intérêt ? Hélas...

Enfin, une hirondelle ne fait pas le printemps.

les nouvelles concernant le Front de gauche sont plutôt encourageantes.

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II. Vote F.N. et vote ouvrier : le cas de la MOSELLE

publié le 25 juin 2011 à 00:39 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 11 sept. 2015 à 06:38 ]

  19/04/2010 
suite de I. Vote F.N. et vote ouvrier : le cas de la MOSELLE
Un vote « protestant » ?

    J’ai montré que pour les analystes des élections de 1958, on pouvait esquisser -très grossièrement- un vote MRP catholique et un vote gaulliste protestant. Plus tard, dans sa thèse, Schwengler analyse le vote FN en Alsace et dans une réponse à un entretien avec Le Monde, il déclare[1] : « la notion d'identité me semble être trop générale. On peut noter, en revanche, que les cantons les plus catholiques du nord de l'Alsace votent plus pour la droite classique que les cantons protestants, qui ont tendance à voter davantage pour tous les autres candidats, qu'ils soient socialistes, Verts ou FN ». L’Alsace et la Moselle ont beaucoup de points communs.

    Le Bassin houiller, où la population définie par l’INSEE comme relevant du « salariat modeste » est très importante, possède des paroisses protestantes comme celle de L’Hôpital[2] ou encore celle de Freyming-Merlebach. Dans ce dernier canton, le FN obtient 28,6% des exprimés et 10,8% des inscrits. Dans la ville éponyme, il obtient 32,3% des exprimés et 12,2% des inscrits. A L’Hôpital, le FN obtient 38,5% des exprimés -second tour - et 13,9% des inscrits.

    Dans les cantons « mouillés » par la Sarre, l’influence protestante date de la Réforme où des princes allemands « possessionnés » en France (famille de Nassau par exemple), introduisirent l’Église luthérienne. Il en est ainsi de la seigneurie de Dabo, aujourd’hui commune de 2330 électeurs inscrits. Le FN y obtient, en ces régionales 2010, 31% des exprimés et 13,9% des inscrits…on lira grâce au tableau IV, le comportement électoral de deux cantons « protestants », Phalsbourg et Fénétrange [3]. 

    Mais il est facile de trouver, dans l’ouest du département, des villes et villages de tradition protestante où le score FN est bien plus faible. Et il faut ajouter qu’à l'invitation de la Conférence des Églises chrétiennes en Europe, la Fédération protestante de France a fait de 2010 une année des migrations [4].

    Comme il est aisé de trouver des communes de tradition catholique où le FN - qui possède en son sein un courant politique relevant du traditionalisme catholique - fait de « mauvais » scores : à Siersthal, canton de Rohrbach-Lès-Bitche, c’est 11,8% des inscrits (indice 137) et 25,6% des exprimés.

Un vote ouvrier ?

    Si l’on suit les écrits de Schwengler, le vote FN est un vote essentiellement ouvrier. Des trois variables retenues par les politologues comme « majeures » : catégorie socio-professionnelle, patrimoine et religion, il ne retient que la première. Il est vrai que les faits semblent lui donner raison[5].

    Ainsi, Schwengler nous donne la composition socio-professionnelle (SP) de 2 cantons mosellans (et de 3 cantons alsaciens que je néglige, ici). Je ramène, comme dans mon livre, ces catégories SP à trois : bourgeoisie patronale, professions intermédiaires, salariat modeste.

 

Tableau II

CSP des cantons de Phalsbourg et de Fénétrange

canton

BP

PI

SM

Phalsbourg

11,5

15,7

72,8

Fénétrange

14,9

17,7

67,4

Moselle

14,2

21,5

64,3

France

22,5

23

54,5

Sources : en partie d’après l’article de Schwengler, seconde mouture.

Ces deux cantons sont manifestement dominés socialement par le salariat modeste (ouvriers et employés) alors que la part de la bourgeoisie patronale (Chefs d’exploitation, artisans, commerçants, chefs d’entreprise, cadres et professions intellectuelles supérieures) est nettement inférieure à la moyenne française (recensement INSEE de 1999).

Comment ont voté ces deux cantons en 1981, présidentielle où des millions de Français ignoraient jusqu’à l’existence de Jean-Marie Le Pen ?

Tableau III

Vote des cantons de Phalsbourg et Fénétrange en 1981

Canton

Mitterrand

Marchais

V. G.- E.

J. Chirac

UDF/RPR

Phalsbourg

18,2

4,0

49,0

17,0

66,0

Fénétrange

16,1

3,6

49,9

20,5

70,4

Moselle

26,2

11,8

34,0

16,2

50,2

France

25,8

15,4

28,3

18,0

46,3

Sources : en partie d’après l’article de Schwengler, seconde mouture.

 

    Ces deux cantons sont des cantons « protestants » de l’est du département. Le secrétaire du PCF obtient 11,8% en Moselle grâce aux votes des travailleurs de la métallurgie à l’ouest du département, mais, a contrario, ces deux cantons, massivement ouvriers, votent communiste dans une proportion infime par rapport à la moyenne nationale. En revanche, Mitterrand fait un score honorable dans ces cantons protestants de l’est, ce qui confirme les propos de Schwengler selon lesquels les « protestants » et leurs épigones peuvent voter socialiste [6]. En votant Mitterrand davantage que l’ensemble du pays, la Moselle religieuse montre qu’elle a été sensible au charme de la sirène socialiste. Plus dure sera la chute.

    Mais, surtout, il faut retenir que ces cantons, pratiquement sans « bourgeois », vote massivement pour la droite. V. Giscard d’Estaing, archétype du grand bourgeois libéral, obtient quasiment 50% des voix dès le premier tour dans ces cantons ruraux où la classe dominante est l’ouvrier. Avec les voix de J. Chirac et autres candidats de droite, c’est 70 à 75% des voix qui sont attribuées à la droite classique. C’est énorme.

    Le tableau suivant nous montre « où sont passées » aujourd’hui les voix de la droite classique. Elles ont littéralement fondues. La quasi-totalité des voix FN viennent de la droite dite de gouvernement, il ne peut pas en être autrement. En 1981, le total des voix de gauche atteignaient dans ces deux cantons à peine 25% des votes exprimées. Il est aujourd’hui de l’ordre de 40%. Les 75% de la droite ont éclaté en 15% de plus en faveur de la gauche, 35% restant dans son giron et 25% se portant sur le FN. Le vote des ouvriers communistes en faveur du FN est une invention du microcosme intello-journalistique parisien.

Tableau IV

Vote des cantons de Phalsbourg et Fénétrange aux régionales 2010.

(Second tour)

Cantons

Gauche

U.M.P.

F.N.

Phalsbourg 10

42,4

34,2

23,5

Phalsbourg 04

36,4

36,4

27,3

Fénétrange 10

39,2

34,7

26,1

Fénétrange 04

35,3

37,4

27,3

Moselle 10

48,9

30,3

20,8

Moselle 04

47,9

33,6

18,5


Sources : établi à partir des statistiques fournies par LE RÉPUBLICAIN LORRAIN.

    J’ai écrit : les faits « semblent donner raison » à Schwengler. Pourquoi cela ? Dans un paragraphe précédent de mon blog, j’ai montré le comportement électoral de municipalités de l’agglomération lyonnaise qui ont une sociologie très proche de celle du canton de Phalsbourg. Ainsi sont Vaulx-en-Velin et Pierre-Bénite.

 

 

BP

PI

SM

Pierre-Bénite (ville)

12,5

22,9

64,7

Vaulx-en-Velin

10,1

16,3

73,6

 

    Vaulx-en-Velin, avec un salariat modeste à 73,6% reste et demeure une municipalité majoritairement communiste. Ainsi que Pierre-Bénite et des dizaines de villes d’Ile-de-France ou d’ailleurs. Il ne convient pas de dire que le vote FN des villages de l’Est mosellan est le vote de l’ouvrier caché… Il faut faire intervenir des facteurs idéologiques et la religion en est un, de même que le « travail » idéologique des militants communistes de naguère.

La déception Sarkozy

    Beaucoup de commentateurs ont exprimé l’idée que la remontée du FN, lors de ces Régionales, était due à un retour des voix Le Pen sur le FN après un rapide et décevant passage par le vote Sarkozy. Le tableau V est un essai de justification de cette assertion.

 

Tableau V

Scores UMP et Extrême-droite en 2007 (législatives) et 2010 (régionales)

Circonscription

Abs07

UMP

EXD

Abs10

UMP

EXD

4° Sarrebourg

42,4

31,7

4,9

52,4

16,3

10,1

5° Sarreguemines

46,5

31,9

3,6

57,4

12,7

  9,8

6° Forbach

54,5

23,2

4,4

61,2

  9,7

10,3

7° St-Avold

49,1

26,5

5,3

57,3

11,4

10,8

Sources : établi à partir des statistiques du MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR pour les législatives 2007 et du RÉPUBLICAIN LORRAIN pour les Régionales 2010. Les chiffres sont calculés par rapport aux nombre des électeurs inscrits.

 

    Pour établir une comparaison, j’ai choisi deux élections rapprochées mais différentes. En 2007, il s’agissait de choisir des députés qui soutiendraient l’action du nouveau président. En 2010, il s’agit d’élire un Conseil régional. L’enjeu est loin d’être le même. Nonobstant, la campagne de 2010 a été menée sur le thème de la « sanction » - ou non - à infliger au président, la campagne des régionales fut largement « nationale ». De plus, j’ai choisi les quatre circonscriptions du centre et de l’est du département mosellan, où la droite est traditionnellement très forte, implantée, structurée et où le FN fit d’entrée ses meilleurs scores. En 2007, dans les quatre circonscriptions, le candidat UMP obtient dès le 1er tour la majorité absolue des votes exprimés.  

    L’abstention est très importante en 2007, comme si les jeux étaient déjà faits. Dans la 6° circonscription, elle empêche le candidat UMP d’être élu dès le 1er tour alors qu’il a obtenu la majorité absolue des exprimés mais pas le quart des électeurs inscrits. En 2010, l’abstention est, grosso modo, supérieure de 10 points. C’est une différence importante mais qui n’empêche pas une comparaison laquelle doit être cependant interprétée avec prudence.

En 2007, l’extrême-droite obtient des résultats très faibles. Il y a deux explications : soit l’électorat FN s’est abstenu, soit il a voté pour le candidat du parti de Nicolas Sarkozy, sensible qu’il a été aux promesses du candidat à l’Elysée. Dans les deux cas, on peut penser qu’il s’agit de « donner sa chance » au nouveau président.

En 2010, alors que l’abstention est en hausse, le FN double son nombre de voix par rapport aux inscrits. S’offre le luxe de battre l’UMP dans la 6° circonscription. L’UMP perd respectivement 15,3% ; 19,2%; 13,5% et 15,1% toujours par rapport aux inscrits. Les 10 points d’abstention supplémentaires ne peuvent pas à eux seuls expliquer cette chute électorale. Si la Gauche en profite aussi, il est clair qu’une partie importante de l’électorat UMP s’est reporté sur le FN ou est revenu au vote FN. Comme l’indique le tableau IV, le FN est revenu approximativement à hauteur de ses résultats de 2004.

La voix des prophètes

    Dans l’article cité de Schwengler, il y a des citations de quelques entretiens que ce chercheur a eus avec des ouvriers. J’en extrais les passages les plus significatifs en rapport avec la propagande du candidat Sarkozy lors de sa campagne. Mais les entretiens datent d’avant 2003, date de la publication de l’article.

Le social 

« avec les jeunes Turcs qui viennent, c’est la catastrophe, non, ça va pas, ils ne veulent pas travailler, ils ne veulent pas travailler, c’est pas qu’ils ne peuvent pas, ils ne veulent pas travailler, c’est ça le grand problème, ils ne veulent pas travailler… mais il dit, ça ne l’intéresse pas de travailler ici, il veut même pas travailler, il vient travailler deux mois, alors il aura x heures, et il touche pendant un an le chômage, c’est tout ce qu’il veut,…

« Bon, ils ont 8-9 gosses, les allocations, c’est nous qui les payons, parce qu’ils ont jamais payé les caisses, jamais, donc c’est bien nos sous à nous qu’ils prennent pour vivre,…

N. Sarkozy a vigoureusement remis en cause - durant sa campagne et même bien avant - le thème du « social ». "Je ne vous cache pas mon exaspération devant ces discours interminables qui évoquent invariablement les mots justice sociale, progrès social, politique sociale (…) la réussite sociale et la promotion sociale ne sont pas un dû que chacun peut réclamer en faisant la queue à un guichet. C'est mieux : c'est un droit, un droit que l'on mérite à la sueur de son front".[7]

La France qui se lève tôt.

Autre thème sarkozyste moult fois réitéré. Cette préoccupation était bien présente chez l’électorat ouvrier. Citation :

 « Parce que moi… Je me lève demain matin à trois heures pour aller au travail, les autres ils rentrent, ils rentrent à trois heures, ils me rigolent au nez quand je travaille, c’est ça le grand problème,…

Le candidat du pouvoir d’achat.

Autre thème rabâché à foison. Schwengler l’a signalé dès avant 2003 :

« Ma grande politique à moi, c’est la feuille de paie, autrement ça s’arrête là, et si là, ça va pas, alors on discutera plus, et si la feuille de paie n’est plus correcte, il faudra prendre les sanctions qu’il faut,

Je répète que ces interviews (il y en a d’autres que je n’ai pas exploitées) ont été obtenues avant 2003. Est-ce que Schwengler aurait été pour N. Sarkozy ce que fut E. Todd pour Jacques Chirac en 1995 avec le thème de la fracture sociale ? En tout cas, il y a dans ces déclarations d’ouvriers comme une vision prophétique. On comprend qu’ils aient été sensibles aux déclarations du candidat UMP de 2007. Mais les changements espérés ne furent pas au rendez-vous. D’où la déception. Les résultats électoraux de 2010 en témoignent.

  CONCLUSION

    Dans la première mouture de son article, Schwengler donnait comme explication au fort vote FN chez les ouvriers la crise du mouvement ouvrier et des idéologies marxistes. Dans mon livre Traditionalisme et Révolution[8], j’ai dit qu’il ne pouvait s’agir de cela puisque le mouvement ouvrier marxiste ou inspiré par le marxisme était particulièrement faible dans ces circonscriptions (à l’exception encore une fois de la Lorraine sidérurgique). Dans la mouture suivante, fortement remaniée, la crise du mouvement ouvrier est devenue celle du monde ouvrier. Il conclut son article par cette phrase : « Le vote rural du Nord-Est de la France pour l’extrême droite correspond à un vote ouvrier et il constitue la traduction politique de la crise économique et sociale du monde ouvrier ». C’est très contestable. Des régions ouvrières connaissent la même crise et ne votent pas pour autant FN dans de si fortes proportions.

    Précédemment, toujours dans sa conclusion, il écrit : « le véritable clivage en matière de scores en faveur de l’extrême droite n’est pas un clivage de type urbain-rural, mais il se rapporte à la composition socioprofessionnelle des régions étudiées, les régions ouvrières, qu’elles soient rurales ou urbaines, se caractérisant par un vote très élevé pour l’extrême droite et s’opposant aux régions ou quartiers davantage constitués de cadres et professions intellectuelles supérieures et de professions intermédiaires, qui accordent à l’extrême droite des scores plus modestes ». Cette dernière affirmation est inexacte. J’ai montré que le vote FN était aussi -et d’abord chronologiquement - un vote de riches[9].

J’aurais l’occasion d’y revenir.

à suivre...

III. Vote F.N. et vote ouvrier : le cas de la MOSELLE


[1]  Interrogé par le Monde, numéro du 16 avril 2003, dans le cadre d'un reportage sur l'Alsace rurale, "terrain fertile" pour le FN.

[2]  Dans cette commune, à la présidentielle 2002, l’extrême-droite (FN + MNR) obtint 35,1% des votes exprimés.

[3]  Sur le « protestantisme » de ces cantons, voir F. ROTH, « la Lorraine annexée », thèse publiée par Lille III, 1976, pages 140 et suivantes.

[4]  L’objectif de cette année est de manifester « l’engagement des Églises en faveur des étrangers, femmes et hommes, en réponse au message de la Bible qui insiste sur la dignité de chaque être humain, afin de promouvoir une politique d’ouverture sans exclusive, aux niveaux européen et national, à l’égard des migrant(e)s, des réfugié(e)s et des groupes ethniques minoritaires. » Plus d'informations : 2010anneedesmigrations. protestants.org.

[5]  Bernard SCHWENGLER « L'ouvrier caché : le paradoxe du vote rural d'extrême droite dans la France du Nord-Est », Revue française de science politique 4/2003 (Vol. 53), p. 513-533. Ce texte est sensiblement différent de celui qui fut publié de prime abord sur le net (site du CEVIPOF), que j’ai sorti sur imprimante et exploité pour l’écriture de mon livre « Traditionalisme et révolution », chapitre XXIII, disponible sur ce site.. .

[6]  A l’époque de la domination allemande, le parti social-démocrate allemand accaparait beaucoup de votes protestants dans le Reich.

[7]  Discours à l'université d'été de l'U.M.P., 2005.texte stupéfiant quand on sait que la CONSTITUTION de notre pays dit que "la France est une république sociale"...Aujourd'hui, Sarkozy est membre du Conseil Constitutionnel chargé de surveiller le respect de la constitution...

[8]  Lire le chapitre XXIII, disponible sur mon blog.

[9]  Voir « le veau d’or », chapitre XXII de mon livre. 


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I. Vote F.N. et vote ouvrier : le cas de la MOSELLE

publié le 25 juin 2011 à 00:36 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 11 sept. 2015 à 06:22 ]

  14/04/2010  

    Dans son édition du 21 mars 2010, Le Monde publie un article de Rémi Barroux, intitulé : « en Moselle, abstention et vote FN flirtent avec les records ». Article intéressant mais sur lequel il y a beaucoup à redire[1]. L’auteur nous fait passer successivement par Creutzwald puis le pays de Bitche, on revient sur Carling avant de filer sur Gandrange etc…Bref, tout se passe comme si la Moselle était une et indivisible. Laissons de côté le vote ouvrier à la campagne et observons le vote ouvrier dans la grande industrie. La Moselle a deux centres industriels très distincts : elle tient une part de la « Lorraine sidérurgique » à l’ouest et le « bassin houiller » en son centre qui est, comme on sait, le prolongement de celui de la Sarre allemande toute proche.

    Observer la géographie électorale du FN en Moselle sur la carte incluse dans l'article : VI.Sénatoriales, Présidentielle, implantation locale: le cas de la Moselle

        

    Ces industries étaient dites « peuplantes » par les géographes car elles nécessitaient beaucoup de main-d’œuvre et là, l’histoire des deux foyers diffère fortement. La Lorraine sidérurgique a reçu un « afflux de personnes aux origines variées ; d’abord Alsaciens-Lorrains, Vosgiens, Champenois, puis bientôt étrangers (Allemands, Polonais avant 1914, et, depuis, Italiens, Portugais, Nord-Africains). (…). En 1936, les étrangers furent naturalisés en grand nombre… ». A l’inverse, pour le « bassin houiller », la « provenance des mineurs est plus régionale que dans la sidérurgie. Toutefois, 20% des salariés sont d’origine étrangère »[2].

    Pour des raisons historiques, le Parti communiste français a bien réussi son implantation dans la lorraine sidérurgique. A la Libération, il a un siège de député qu’il conservera jusqu’en 1958. César Depietri (dont le patronyme suggère des origines italiennes) sera élu de la circonscription de Thionville en 1973 jusqu’à la « vague rose » de 1981. La ville de Thionville sera longtemps administrée par une municipalité communiste. Rien de tout cela dans le bassin houiller, réfractaire au marxisme. Entre 1973 et 1978, Depietri progressa fortement dans sa circonscription avec 36% des exprimés au 1er tour de 1978 ; à St Avold et Forbach, à l’inverse, les candidats communistes reculent en suffrages exprimés et n’obtiennent que de médiocres 12,3 et 9,9%.... La dégringolade du PC sera assez rapide : en 1981, le parti socialiste rafle 5 sièges et la droite remporte les 3 autres. En 1986, malgré la proportionnelle, le PC n’a pas d’élu, en revanche, l’espoir mis dans le PS commence à s’envoler avec l’élection d’un député FN…

(Petite) géographie électorale de la Moselle

    Nonobstant, la géographie électorale de la Moselle n’est pas uniforme. Grâce à l’implantation du communisme, le vote FN n’est pas le même, pas du tout le même, entre l’Ouest du département d’une part, et le Centre-et l’Est d’autre part, qui - comme dirait A. Siegfried - n’ont pas le même tempérament politique. Voici les pourcentages des inscrits obtenus par le FN dans les 10 circonscriptions mosellanes.

    Du nord au sud et d’ouest en est, on rencontre les circonscriptions législatives de Thionville ouest et est, les trois circonscriptions découpant Metz et son plat pays : Metz I, Metz II, Metz III, puis la circonscription du Plateau lorrain Rombas- Bouzonville. Viennent les découpages de Boulay-St-Avold puis de Forbach. Totalement à l’est, on trouve les circonscriptions de Sarreguemines (le long de la frontière allemande) et de Sarrebourg - Château-Salins (Moselle du sud-est).

Tableau I

Pourcentage de voix FN au second tour des Régionales 2010 en Moselle.

Circonscriptions législatives

Voix FN/inscrits

indice

Thionville-ouest

7,22%

83

Thionville-est

6,05%

70

Metz I

7,84%

90

Metz II

7,79%

90

Metz III

7,38%

85

Rombas-Bouzonville

9,12%

105

Boulay - St Avold

10,80%

125

Forbach

10,27%

119

Sarreguemines

9,75%

113

Sarrebourg- Château-Salins

10,03%

116

Moselle Moyenne

8,64%

100

    Sources : établi à partir des statistiques fournies par LE RÉPUBLICAIN LORRAIN.

    On constate que la Lorraine sidérurgique est peu encline à voter FN. Si elle ne vote plus communiste, elle ne vote pas FN pour autant. Encore une baudruche dégonflée. Il y a jusqu’à 50 points d’indice de différence entre Thionville-Est (Moselle sidérurgique) et le Bassin Houiller (St Avold, Forbach). Dans le canton de St Avold2, le FN obtient 12,5% des inscrits ! Quant à l’Est lointain, lointain mais proche de la luthérienne Alsace, les chiffres lepénistes sont élevés, frôlant les 9% et la campagne de Sarrebourg vote Le Pen à 11,2% …Circonscription qui avait élu Pierre Messmer à presque 75% des suffrages exprimés en 1973…

    Il est donc fort léger d’écrire qu’en Moselle, le vote FN flirte avec les records. Cela est vrai pour les cantons du « bassin houiller » et pour ceux de l’Est limitrophes de l’Alsace. Nous y reviendrons.

La religion, variable majeure

    La Moselle est un département du christianisme pratiquant. Ainsi l’avait vu le chanoine Boulard lors de l’élaboration de sa carte-référence. Ainsi la voit-on en consultant l’atlas de la Révolution française. Lors, dans le clergé séculier mosellan, les réfractaires sont majoritaires dès 1791, ceux qui ont prêté serment se rétractent dès l’année suivante dans une proportion de 80 à 90%... on observe aussi que les prêtres assermentés ont été plus nombreux à l’Ouest qu’à l’Est du département.

    Bref, la Moselle est pieuse, elle fournit des députés catholiques ou protestants. Durant l’entre-deux-guerres, la Moselle donne TOUJOURS le vote de la majorité des électeurs inscrits à la droite[3]. Beaucoup sont des Indépendants, plus encore seront M.R.P. après la Seconde guerre mondiale. En 1958, les députés sortants M.R.P. - sans doute pour se départir de leur collègue Pflimlin qui avait vaguement parlé de dialogue avec les ‘fellaghas’ et dont l’investiture avait été le facteur déclenchant du coup du 13 mai 1958 - les députés MRP mosellans, donc, qui se présentent aux élections de novembre 58, prennent également la casquette DC, c’est-à-dire Démocratie Chrétienne de France fondée par G. Bidault. Celui-ci est un champion de l’Algérie française et rejoindra les rangs de l’OAS. Nos amis du MRP ne veulent pas passer pour des modérés ! Trois sont élus sous cette double étiquette[4]. On relèvera cette atteinte grave à la laïcité qui ne semble pas avoir perturbé les électeurs de Moselle[5].

    Lien (pour la lecture de cartes) : CHANOINE BOULARD : LA RELIGION, VARIABLE POLITIQUE MAJEURE.(atlas)

    Autrement, « la correspondance est presque parfaite : les électeurs catholiques du monde rural forment l’essentiel des électeurs du mouvement (républicain populaire) »[6]. Mais, on le sait, la Moselle et l’Alsace ont aussi une solide assise protestante. Comment a voté l’électorat protestant mosellan ? Comme son coreligionnaire alsacien, surtout pour les candidats gaullistes. « Dans ce milieu, où les divisions religieuses et linguistiques sont profondes, l’U.N.R. apparaît un peu comme l’héritier des « démocrates » de l’avant-guerre ; ses électeurs sont, à la fois, protestants, francophones et urbains, ou, plus rarement, ruraux et protestants »[7]. Ainsi Forbach, où l’ Église luthérienne est fort implantée, élit au second tour un député UNR alors que le catholique MRP était arrivé en tête au premier tour.

    Sous la V° république, en Alsace-Lorraine, les duels de second tour ne seront pas rares entre le candidat MRP -qui deviendra CD puis CDS - et le gaulliste. Outre l’opposition confessionnelle, il y a des clivages autres : la construction européenne, le fonctionnement parlementaire ou présidentiel de la république…

    La Moselle s’est jetée dans les bras du Général presque sans retenue : 90% de « oui » au référendum qui précéda ces élections. Sans établir le moins du monde la plus petite comparaison entre De Gaulle et Le Pen, on doit relever que c’est la partie centrale et orientale du département, la plus oui-ouiste, la plus gaulliste, la plus protestante qui donne aujourd’hui les scores les plus élevés au FN. Mais dans ces cantons, où le « mouvement ouvrier » au sens marxiste était très faible voire inexistant, l’alternative à la droite dite de gouvernement se présentait à la droite de la droite.

Le bastion FN du bassin houiller

    Dans l’article du Monde évoqué, l’auteur nous informe que la tête de liste régionale du FN est un syndicaliste de la CFTC, sigle qui signifie confédération française des travailleurs chrétiens. Visiblement, ce syndicat qui se présente comme « indépendant des partis », n’est pas trop gêné par ce mélange des genres. Malheureusement, on est bien obligé de convenir que le vote ouvrier pour le FN et autres partis extrémistes est souvent massif.

    On a vu que les Mosellans n’avaient pas été dérangés par l’étiquette DC - qui signifiait « Algérie française » - des candidats MRP, en 1958. On a vu également que le recrutement des mineurs de charbon et des industries connexes avait été « régional » au lieu du recrutement « cosmopolite » des travailleurs de la métallurgie à l’ouest du département. Or, ces mineurs étaient issus des campagnes mosellanes à forte pratique religieuse. Ils ont apporté, au fond de la mine, les mêmes valeurs qu’ils avaient sous le clocher de leur village.

    En 2002, la 7° circonscription (St-Avold 1 et 2, Faulquemont, Boulay-Moselle..) était au second tour le théâtre d’un duel UMP-FN., tous les autres candidats ayant été éliminés.

Aux élections régionales qui viennent de se tenir, les cantons de Stiring-Wendel, St-Avold, Freyming-Merlebach et Sarralbe donnent à l’extrême-droite un score de plus de 27% des suffrages exprimés, soit un score supérieur à celui obtenu par les candidats FN et MNR à la présidentielle 2002. Dans la plupart des cantons voisins, le score est supérieur à 25% des exprimés. Évidemment, on peut trouver au niveau de quelques communes des résultats encore plus mauvais dépassant largement les 30%.    

(à suivre…) II. Vote F.N. et vote ouvrier : le cas de la MOSELLE

lire aussi, sur le type ouvrier luthérien de l'Est : Jean le laveur, ouvrier luthérien du Pays de Montbéliard, 1858.
 


[1]  Et pas simplement concernant la confusion suffrages par rapport aux inscrits/ par rapport aux exprimés !

[2]  Au lieu de 41% dans la sidérurgie. Toutes ces infirmations sont prises chez Henri NONN (U. de Strasbourg), auteur de l’article LORRAINE dans le volume de la collection DÉCOUVRIR LA FRANCE.

[3]  Cf. F. GOGUEL, géographie des élections françaises sous la III° et IV° république, cahier FNSP, n°159.

[4]  Dans le cahier n°109 de la F.N.S.P., il est dit page 294 que tous les candidats MRP avaient cette double casquette, y compris donc Maurice Schuman. Ce n’est pas ce que dit LE MONDE - autre référence sérieuse - qui rend compte du résultat de ces élections. M. Schuman sera néanmoins élu.

[5]  Pour qui, il est vrai, la loi de 1905 n’a guère de sens puisqu’elle n’est pas appliquée dans leur département (la Moselle étant sous autorité allemande à cette date) qui reste sous le régime du concordat napoléonien.

[6]  Cahier 109 de la FNSP, page 358.

[7]  Cahier 109 de la FNSP, page 369. 

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