le Doubs : 1946 - 1984, survol électoral

publié le 29 mai 2013 à 06:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 déc. 2016 à 09:16 ]

    Cet article fait suite à Les élections de 1936 au Pays de Montbéliard. et, selon une lapalissade immortelle, prépare le suivant : 2012, la présidentielle dans le Doubs. Pour visualiser la situation de l'enclave de Montbéliard dans le bon pays de France avant 1789 voir l’article :.Jean le laveur, ouvrier luthérien du Pays de Montbéliard, 1858.

 

Sous la IV° république

1946

    Le referendum du 5 mai 1946 portait sur l’approbation ou le rejet d’une constitution adoptée par l’Assemblée constituante mais avec les seules voix du Parti communiste et du Parti socialiste S.F.I.O.. Ce qui faisait pas mal de monde dans le pays réel, puisque à un moment donné ces deux partis obtinrent 51% des suffrages exprimés à EUX DEUX. Mais la droite et les Gaullistes se déchaînent et parlent de bolchevisation de la France. Le projet de constitution - avec une assemblée unique, elle rappelait trop la période de la Convention, époque pourtant glorieuse de l’histoire de notre pays - est rejeté. Dans le Doubs, le NON obtient la majorité absolue des électeurs inscrits (41% en France) et le OUI atteint environ le tiers. Les Doubistes ne sont encore pas prêts à passer de la révolution nationale à la Révolution tout court.

    "Le 10 novembre 1946, aux élections de la première législature de la Quatrième République, la liste PRL conduite par le marquis Roland de Moustier améliore son score, avec 51.399 des 135.963 suffrages exprimés (37,8 %), ce qui lui permet de récupérer le siège d'Auguste Joubert perdu en juin, aux dépens du parti communiste qui obtient un peu moins de la moitié du score du PRL (18,2 %), tandis que le MRP et la SFIO voient leurs résultats se tasser aux alentours de 22%"[1]. Le PRL a deux députés, le MRP un et la SFIO le quatrième ; Le PCF perd son député.

    Je parle du PRL (Parti républicain de la liberté) dans mon livre. C’est la droite extrême de l’époque. Il deviendra le parti des Indépendants &Paysans d’Antoine Pinay dont on sait qu’il fut membre du Conseil National de Vichy. François Peugeot étant condamné pour collaboration avec Vichy n’a pas pu voter. Cela dit, l’honnêteté oblige à dire que le père de Roland de Moustier vota contre les pleins pouvoirs à Pétain en 1940 et mourut en déportation. Nonobstant, le Doubs se distingue en votant à 39% pour un parti hostile à tout le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).

    Observons qu’avec 18% des exprimés, le PCF est sous-représenté dans le Doubs. En France, lors de ces élections du 10 novembre, il obtient -tenez-vous bien - 28,3% ! C’est l’euphorie de la Libération sauf dans le Doubs [2].

1951

    Ces élections - au scrutin de liste pour la proportionnelle comme en 1946 - expriment une poussée à droite et voient s’opposer d’une part les Indépendants & Paysans, parti traditionaliste qui obtient le quart des inscrits et arrive en tête, et la S.F.I.O. (moins de 20% des inscrits). Le PC arrive loin derrière (entre 10 et 15% des inscrits) presque à égalité avec les Gaullistes qui présentent une liste R.P.F. et qui obtiennent un siège de député.

    Avec d’autres listes apparentées, la droite doubiste obtient entre 30 et 37,5% des inscrits et est un bastion de la droite française. -carte Goguel n°55-. Cela alors que le département est déjà un des piliers industriels du pays (enquête INSEE de 1954).

1956

    Ces élections montrent un département du Doubs réfractaire au poujadisme mais toujours fidèle aux Indépendants traditionalistes. La S.F.I.O. fait un gros score en 1956, elle se situe entre 20 et 25% des inscrits dans le département. Le PC progresse quelque peu (entre 10 et 15% des inscrits) mais le recul des autres partis lui permet d’obtenir un député.

 

Les débuts de la V° république

    Le Doubs est massivement gaulliste. En 1958, la SFIO appelle à voter « oui » au referendum gaulliste du 28 septembre 1958. Les ouvriers luthériens - et les catholiques aussi - ne se privent pas de voter OUI au Général. Aux élections législatives- qui se déroulent dans le cadre du scrutin d’arrondissement - l’Union pour la Nouvelle République (UNR) rafle les trois sièges : Besançon, Montbéliard, Pontarlier. A Besançon et Montbéliard se sont deux résistants gaullistes qui son élus. A Pontarlier, le portrait de l’élu est plus complexe. http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=4906 . On relèvera seulement que le député a dû exciper de son étiquette gaulliste -ce qu’il se refusa à faire au 1er tour - pour se faire élire face à un candidat Indépendant&Paysans. C’est dire la tradition électorale de cette circonscription.

    Ce gaullisme doubiste ne se démentira pas avant longtemps. Lire notamment le travail de F. Goguel "Le référendum du 28 octobre et les élections des 18-25 novembre 1962"[3] avec de nombreuses cartes.  

 

Les élections législatives de 1973 et 1978

    Ce sont des élections intéressantes parce qu’elles se situent au cœur de la période dite « de l’union de la gauche ». 1973 : c’est le renouvellement constitutionnel de la chambre élue en 1968. Le Programme commun de gouvernement de la Gauche a été signé en 1972. 1978 : même renouvellement régulier, mais le président est V. Giscard d’Estaing. Si la gauche gagne que fera le président ? En fait, à la surprise générale la gauche perd les élections. Durant les années 70’, le PCF reste à un niveau proche de 20% des exprimés - 23% aux élections cantonales - : c’est la dernière fois. En 1981, lors de la présidentielle, il "tombe" à 15%. Puis la dégringolade continuera. Lien : la vie politique en France avant et après 1981.

    En 1973 et 1978, encore des hautes eaux pour le PCF, les résultats globaux à l’échelle du Doubs sont les suivants.

 

 

1973

1978

Inscrits

241616

100

281949

100

Exprimés

189806

 

232253

 

ANBl.

51810

21,4

49696

17,6

Gauche

92628

38,3

118816

42,1

Droite

97178

40,2

113149

40,2

Ext.-D. (FN)

--

 

288

0,1

 

    En 1978, les élections sont très politisées si j’ose dire : la gauche a triomphé aux élections municipales de 1977 et beaucoup pensent qu’elle va remporter les élections générales de 1978, le président Giscard d’Estaing est obligé de dire aux Français quel doit être "le bon choix". En fait, on sait que PS et PC ne font que se quereller et que F. Mitterrand est en train de larguer le Programme Commun. Dans le Doubs, la participation électorale est de 3,8% supérieure à celle de 1973. Pour les trois circonscriptions du département, on compte 24 candidats au lieu de 16 en 1973. Le FN est présent à Besançon : il a fouiné un "bon" département, un ventre fécond.

    La poussée à gauche est nette mais, grâce au miracle du charcutage électoral, le résultat final est le même : deux députés à droite (Besançon et Pontarlier) et un à gauche (Montbéliard). Comme en 1973.

    Pour ce qui concerne la répartition par circonscription :

 

 

Besançon

Montbéliard

Pontarlier

Inscrits

108238

100

108345

100

65366

100

Exprimés

88993

 

89386

 

54637

 

ANBl.

19245

17,7

18959

17,5

10729

16,4

Gauche

43182

40,7

54626

50,4

20542

31,4

Droite

44760

41,3

34760

32,1

34095

52,2

Ext.-D. (FN)

288

0,3

 

 

 

 

 

    La gauche est majoritaire absolue dans la circonscription de Montbéliard en termes d’électeurs inscrits. Ce qui représentait 61,2% des suffrages exprimés (1er tour). Le PCF, avec Serge Paganelli, conseiller général-maire d’ Audincourt, obtenait 21,5 des exprimés soit 17,7% des électeurs inscrits. C’est cependant le parti socialiste qui dominait la circonscription avec 33% des exprimés - 40% en 1973- alors que le PSU (marqué par le christianisme social et favorable à l’autogestion) obtenait presque 4000 voix (4,4% des exprimés).

    A Pontarlier, dans le haut-Jura, c’est la droite traditionnelle - elle fut traditionaliste avec Louis Maillot en 1958 - qui est nettement majoritaire avec 52,2% des inscrits. Le découpage est taillé pour elle : avec un tiers d’électeurs en moins, elle a droit à 1 député comme les deux autres circonscriptions. En termes de suffrages exprimés, elle obtient 62,4% des voix dès le 1er tour (72,4% en 1973 avec trois candidats). La gauche qui faisait 27,6% des exprimés dont 8,3 pour le PCF en 1973, progresse en 1978 mais le PCF reste cantonné à 8,6% des exprimés. Lutte Ouvrière obtient un étonnant 3,8% des exprimés et plus de 2.000 voix dans ce Jura plissé, forestier, enneigé et froid. Ce sont des voix congelés dans l’anti-PCF, absolument pas dangereuses pour la Droite. Prolétariat inorganisé qui exprime un mécontentement sans lendemain. NB. Cette circonscription de Pontarlier est la plus fillonniste de France lors des primaires de la Droite en 2016.

 

Nouvel avatar de l’extrême-droite en 1984 : le FN

    1. La présidentielle de 1981

    A la présidentielle de 1981, au 1er tour, avec une abstention de 18,4%, les pourcentages furent les suivants : Mitterrand 28,9% [4], VGE 25,9, J. Chirac 19,9 et G. Marchais 11,3% (en suffrages exprimés).

    Le FN était absent, LePen n’ayant pas obtenu le nombre suffisant de signatures de soutien. Le PCF perd 3,8% par rapport à son score départemental  (15,1%) lors des Législatives de 1978. Cette hémorragie n’a, à l’évidence, pas profité au FN contrairement à ce que disent des "observateurs" incompétents et/ou malintentionnés, mais au PS : début d’un processus qui ne fera que s’accentuer.  

    2. Les élections européennes de 1984

    En 1979, avec une abstention de 41,3%, la liste S. Veil était arrivée largement en tête aux élections européennes avec 29,12% suivie de la liste PS / MRG (25,9), de la liste Chirac qui obtint 17,6%. La liste du PCF atteignait le chiffre de 13,9%.

    En 1984 (abstention 43,2%), l’UDF et le RPR présentaient une liste unique qui obtient 45,4% des exprimés. La liste PS arrive en seconde position avec 22,2 et c’est le FN qui est en troisième place avec presque 13% (12,95%). La liste Marchais tombe à 6,1%. Le score du FN représente 7,13% des inscrits soit plus que la moyenne nationale.

    Commentaire du Monde du mardi 19 juin 1984 : "à Besançon et à Montbéliard, deux municipalités gérées par le PS, la liste de M. LePen obtient respectivement 15 et 14% des suffrages exprimés. Les scores supérieurs à la moyenne nationale sont enregistrés essentiellement dans des secteurs urbains fortement industrialisés (comme dans la zone d’influence de Peugeot) et à densité de population immigrée importante. La gauche fait apparemment les frais de cette poussée vers l’extrême-droite".

    Pour Montbéliard, le vote FN représente 7% des inscrits, pour Besançon 7,7% au lieu de 6,05% France entière.

    Le département du Doubs avec son score FN de presque 3% supérieur à la moyenne nationale retrouve ses vieux démons pétainistes. (lien : Les élections de 1936 au Pays de Montbéliard.)


[1] Site de l’Assemblée nationale, biographie du marquis Roland de Moustier, député PRL du Doubs.

[2] Mais aussi, soyons juste, dans tout l’Est, la Côte-d’Or, la Haute-Loire, les marges armoricaines... Bref, la France de Boulard…

[3] Goguel François. Le référendum du 28 octobre et les élections des 18-25 novembre 1962.   In : Revue française de science politique, 13e année, n°2, 1963. pp. 289-314. url : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1963_num_13_2_392714

[4] M. Crépeau, candidat MRG, obtenait quant à lui 1,78%.

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