Atlas politique de la Loire-Atlantique (1994 - 2015)

publié le 9 juin 2015 à 07:46 par Jean-Pierre Rissoan
   

Mots-clés : départementale, cantonales, Loire-Atlantique, Loire-Inférieure, rurbanisation,

 

    Je présente ici quelques cartes cantonales de la Loire-Atlantique depuis 1994 (c’est la carte la plus ancienne que j’ai trouvée dans le journal régional Ouest-France, n° du 30 mars 2015) et 2015 (première année de la réforme du vote des élus départementaux avec binômes)... Je présenterai également la carte de 2004 qui correspond à la « bascule » du département qui se donne pour la première fois un président de gauche, un représentant d’un courant héritier de la Révolution de 1789. Puis la carte des élections de 2011 qui marque la plus grande extension du socialisme nantais. 2015 marquant la chute…

Carte de 1994

    Lors, la majorité est largement conservatrice. La représentation des territoires avec son corollaire le découpage en circonscription (les cantons) ajoutée au scrutin majoritaire à deux tours donnent une majorité massive à la droite. Le bleu est partout (couleur conventionnelle désignant la droite mais beaucoup d’élus se reconnaitraient dans le blanc royaliste) et, pour tout dire, cette carte ressemble fort à celles élaborées par A. Siegfried au début du XX° siècle. Lien : la Loire-Inférieure de 1913 à 1946.


    Cette coloration est donc ancienne. Le journaliste d’Ouest-France qui accompagne ce mini-atlas cite un historien du coin : "au moment du Front populaire, la Loire-Inférieure était connue pour compter quatre marquis parmi ses députés" (Jean Guiffan). Ce département d'avant-guerre poursuit le journaliste était connu pour son caractère monarchiste, voire (sic) réactionnaire. Après guerre, la physionomie ne change guère. Le département, pourtant en plein développement industriel et ouvrier à Nantes et Saint-Nazaire, reste bien bleu. (…) la gauche commence à grignoter du terrain à partir des années 70, à la faveur d'un redécoupage des cantons (plus favorable aux villes, le maintien du découpage révolutionnaire donnant lieu, après l’urbanisation, à des aberrations, JPR).

    En 1994, on a donc un océan conservateur avec des îlots républicains : Montoire et ses ouvriers donnent le seul élu communiste ; St.-Nazaire donne ses trois conseillers généraux au PS. Nantes, elle-même, n’est pas entièrement conquise par « la gauche » : son centre reste aux mains de la droite nantaise, bourgeoise et repliée.

 

    En 2004, après les renouvellements triennaux de 1998 et 2001, le profil a bien changé, au point que "la gauche" a la majorité absolue au Conseil général de Loire-Atlantique, pour la première fois de son histoire, et le président s'appelle Patrick Mareschal.
    L’agglomération nantaise fait encore un peu de résistance mais c'est surtout ce que les géographes appellent le "périurbain" qui bascule à gauche. Ce sont de nouveaux "navetteurs" qui viennent travailler en voiture la matin à Nantes et banlieue proche et qui rentre le soir dans leur petite maison bien à eux. C'est une projection du fait urbain à la campagne. Dans cette même campagne, il va de soi que l'exode agricole - à distinguer de l'exode rural - affaiblit le poids des notables.
    La rive droite de l'estuaire est entièrement rose ou rouge et même la rive gauche avec Paimboeuf mais à l’exception du canton de St.-Père-en Retz.
    Pour ce qui concerne le nord du département, une comparaison avec les cartes de Siegfried ou avec celle que j'ai élaboré sur la pratique religieuse est féconde.
    à cette analyse en termes sociologiques, il faut ajouter l'aboutissement du long travail de la "gauche" bretonne qui est le passage au socialisme de nombreux chrétiens, et notamment d'élus et de militants du MRP.  C'est la gauche PSU, la gauche Rocard, la gauche CFDT, la deuxième gauche qui n'a pas de connexions avec le marxisme.


     En 2011, le changement important est le passage à gauche de la totalité de la ville de Nantes et des cantons proches à l’exception du canton résidentiel d'Orvault. .

    En 2015, les cantons ont été entièrement remodelés. les cantons de 1790 sont définitivement enterrés. Les comparaisons entre l'aujourd'hui et le passé ne seront pas simples. Les cantons de Guéméné-Penfao et de La Chapelle sur Erdre sont, en réalité des cantons de droite, les candidats soi-disant SE ont été élus avec les voix de la droite contre des concurrents socialistes. En revanche, le binôme élu à Machecoul relève de la gauche, élu contre des candidats de droite.
    Au total, le nouveau Conseil départemental reste rose uniquement grâce à Nantes dont les sept (7) cantons ont élus des binômes PS. A quoi s'ajoutent les cantons limitrophes (Rezé 1 & 2 ; St.-Herblain 1 & 2) ainsi que les cantons de la rive droite de l'estuaire. Mais c'est ric-rac : 32 sièges -aucun Front de gauche - contre 30 à la droite.
    Voilà comment des décennies de travail politique sont détruites par une politique nationale qui fait le contraire de ce pourquoi elle a été élue.


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