France de l' Ouest

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    Publié à 8 juin 2017 à 03:18 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 9 juin 2015 à 07:46 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 16 déc. 2015 à 08:53 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Les régions cléricales de l'Ouest", hier et aujourd'hui (atlas)         C'est un ensemble de régions présenté par A.Siegfried dans son célèbre "Tableau politique de la France de l'Ouest", livre écrit avant la guerre de 14-18.     Pour ...
    Publié à 3 sept. 2016 à 05:03 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 2 déc. 2016 à 05:37 par Jean-Pierre Rissoan
  • Loire-Atlantique : les élections au scrutin d’arrondissement sous la V° république (1958-1986)         Jusqu’en 1958, les élections se déroulent à la proportionnelle dans le cadre départemental. En 1958, De Gaulle impose le scrutin d’arrondissement, profondément injuste, qu’il avait condamné naguère ...
    Publié à 8 févr. 2016 à 04:48 par Jean-Pierre Rissoan
  • La Loire - Inférieure de 1913 à 1946 Mots-clés : Siegfried, tableau politique de la France de l’Ouest, tempérament politique, Bretagne, Nantes, Loire-Inférieure, Châteaubriant, Saint-Nazaire, religion et politique, noblesse, ancien régime, propriété de la terre ...
    Publié à 13 mai 2016 à 11:03 par Jean-Pierre Rissoan
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élections : débarquement en Normandie

publié le 22 août 2016 à 14:19 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 8 juin 2017 à 03:18 ]


    Je vais aborder la géographie électorale de notre Normandie herbagère, verdoyante et mouillée. Je vais là aussi (cf. la présentation des Pays de la Loire) exploiter les cartes fournies par le journal Ouest-France mais ces cartes anonymes doivent être couplées avec d'autres dont la toponymie nous éclaire. Le journal parle de la "gauche" puisque celle-ci était unie dans une seule liste au second tour. Il s'agit de la gauche historique (Ps+PCF-FDG+verts) qui ne permet pas de distinguer l'opposition, aujourd'hui si nette, entre la gauche qui a gardé ses valeurs et le centre-centre droit Hollande-Valls-Macron d'où le socialisme a été éjecté. J'utiliserai donc ce terme de"gauche" sans que cela signifie le moins du monde que je pense que cette opposition a pu disparaître.
carte géologique

    Voici une belle carte extraite du guide vert Michelin au temps où les guides touristiques promouvaient l'intelligence et la culture de leurs lecteurs. La Normandie est à cheval sur les terrains granitiques et métamorphiques du Massif armoricain, d'une part, et d'autre part, sur les terrains sédimentaires du bassin parisien. Une seconde carte mentionnant le nom des "pays" normands est exploitable en fin d'article. Il faut passer méthodiquement de l'une à l'autre pour situer le lieu évoqué par l'analyse électorale.
l
   
    Score régional : 36,1%   
    A l'exception du Pays de Caux en Seine-Maritime, les forces de la Gauche sont assez nettement concentrées sur les pôles urbains (ville-centre, banlieue et espaces rurbains). C'est très net pour Cherbourg et son arrière-pays, Saint-Lô, Alençon, Évreux... La basse vallée de la Seine, de l'amont de Rouen au Havre, est à gauche sans (presque) solution de continuité. La plaine de Caen est homogène dans son vote à gauche. La vallée de la Risle (cartes) se distingue assez nettement. Il y a là une industrialisation linéaire, le long du cours d'eau, qui a créé un semis de petites villes où, d'ailleurs, le Front de gauche (FDG) fit d'assez beaux scores en 2012 : Serquigny 15,2% ; St-Philibert 17,8% ; Montfort 16% ; Brionne 14,2% ; Appeville 12,9% . L'eau de la Risle a permis une petite sidérurgie exploitant les ressources d'un minerai de fer dans les roches sédimentaires.  la dispersion des voix de gauche dans le Pays de Caux s'explique vraisemblablement par le phénomène des "ouvriers à la campagne". On observe un autre développement linéaire entre Vire et Caen, (départementale 577). Le littoral atlantique au sud du Cotentin est assez bien orienté à Gauche avec, du Nord au sud, Coutances (11,3% Mélenchon, 57,2% à gauche en 2012) ; Granville et Avranches (un peu moins pour cette dernière), toutes deux étant têtes de lignes ferroviaires.
    2017 : lors de la présidentielle, la vallée de la Risle a confirmé cette tendance. Alors que l'Eure ne donne que 17,5% des exprimés à JLM, Serquigny donne 19,5% au candidat de la gauche révolutionnaire, St-Philibert : 25,3% ; Montfort-s-Isle : 21,2% ; Brionne : 21,8 et Appeville 19,1%.
    score régional : 36,4%  
     Le pays d'Auge est une bonne adresse pour le vote à Droite (alors que la Gauche y est presque absente).  Il est vrai qu'avec Sainte-Thérèse et, dans un autre domaine, Deauville, Trouville, les haras, les courses, ... Le "Bocage normand" (cartes) au sud de la Manche et à l'ouest de l'Orne est également très fidèle à la tradition catholique et domaniale. Les zones blanches sont en dessous de 31% des exprimés ce qui est tout de même substantiel. Mais la Basse-Normandie a toujours été un fief de la Droite : en 1978 (année de référence, je le répète, car le PCF dépassa pour la dernière fois de son histoire les 20% des suffrages exprimés), le Parti communiste n'obtint que 10,7% des suffrages  exprimés, la Droite 11 députés sur 13 possibles ! ...

    score régional : 27,5%
    Concernant le vote FN, on observera que la plaine de Caen (à gauche) est très réfractaire alors que le Pays d'Auge (pays de la Droite classique) est un fournisseur de votes FN. Les journalistes de la presse-aux-ordres nous disent et répètent que le FN vient des fiefs communistes !  Les taches blanches de Rouen, Le Havre, Évreux, Alençon, Saint-Lô et Cherbourg  montrent que le fait électoral FN s’éloigne des villes. Le Bocage normand est également réfractaire.
    En revanche, dans le sud du département de l'Eure, dans le Perche en général, le FN a beaucoup pris de voix à la Droite. Il en va de même pour la région correspondant grosso modo au Parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin dont la capitale serait Carentan. Mais le fait dominant est cette large bordure brune qui correspond au contact de la Normandie avec la Picardie et la région Ile-de-France. On a là des communes rurbaines avec beaucoup de professions intermédiaires qui ont accédé à la propriété et doivent financer le transport qui les conduit au lieu de travail. 


Carte toponymique





Elections en Bretagne : 1910 - 1965 - 2015

publié le 15 févr. 2016 à 08:19 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 11 mars 2016 à 03:43 ]



    Cette première carte est empruntée au volume de la collection "Découvrir la France" consacré à la Bretagne et à la France de l'Ouest.  La légende indique : "tendance politique : pourcentage des voix Mitterrand aux élections présidentielles (sic) de 1965". La carte montre d'abord que la langue bretonne de la Basse Bretagne n'a pas été un obstacle au vote de gauche de 1965 (second tour de la présidentielle, De Gaulle face à Mitterrand). Les cantons coloriés en orange (Mitterrand à plus de 50%) forment une espèce de fraise.  Les pays les plus réfractaires ont été le LÉON, l'est du PAYS RENNAIS et la moitié est du VANNETAIS avec "débordement" sur les cantons voisins (dont pays de Redon en Pays rennais et le sud du pays de Saint-Malo avec Loudéac et cantons limitrophes). 

Ci-dessous la carte des neuf pays historiques du duché de Bretagne (Wiki).


    Ont voté majoritairement à gauche - toujours en 1965 - le TREGOR et la HAUTE-CORNOUAILLE (région de Carhaix). De façon générale, la basse Bretagne s'est montrée bien plus réceptrice aux idées de progrès que la haute Bretagne. 
    Sur la carte du vote de gauche on constate que le Bas-Trégor vote de manière très homogène et très élevée pour la gauche (cf. l’article "les bonnets rouges").




   La "fraise" évoquée précédemment se retrouve entre Morlaix -  Carhaix - Pontivy - Guingamp - Lannion. 
Rennes assume quelques fonctions métropolitaines qui la branchent sur le vote à gauche (cf. les cartes des Pays de Loire). 












    Cette carte de Siegfried  montre que le Trégorrois et la Haute-Cornouailles plus  les Monts d'Arrée ont très tôt exprimé leur tendance républicaine. Tant en 1965 qu'en 2015, ce sont des bastions de la Gauche. La Cornouaille -de part et d'autre de Quimper- est républicaine en 1910 et résolument à gauche en 2015.
    Le pays de Léon est un fief catholique et traditionaliste. Il reste fidèle à la droite classique et la gauche a du mal à percer, sauf sur le versant de la rade de Brest. Le FN n'y est pas inexistant.














    La Bretagne -haute ou française- où le parler breton est beaucoup moins répandu donnent deux "masses"  à la droite : l'est de l'Ile&Vilaine (arrondissements de Fougères et Vitré qui, déjà en 1965, votèrent très peu à gauche) et la région entre Saint-Brieuc et Loudéac. Cette dernière correspond aux évêchés de Saint-Brieuc et Saint-Malo. Le FN y a du mal à percer. La gauche aussi au demeurant.  En revanche les arrondissements de Fougère et de Vitré sont disputés entre la droite et le FN.
    Le FN en revanche grignote les positions de la gauche dans le Guingampais  et le pays de Lannion (ou Trégor).  Cette capacité à prendre des voix aussi bien à la droite qu'à la gauche est typique des courants politiques d' extrême-droite. 
La carte élaborée par les services du journal Ouest-France montre que le FN a trouvé une terre de prédilection dans le département du Morbihan. Je rappelle toutefois que le mode d'élaboration des cartes a tendance à surévaluer aux yeux du lecteur les scores modestes (ainsi une commune où le FN obtient plus de 26% est aussi foncée qu'une commune où la gauche obtient 56%) donc méfiance.
    c'est le Morbihan, vieille terre traditionaliste, qui donne en effet, son meilleur score à la liste extrémiste soit 21,4% au lieu de 18,9% pour l'ensemble de la Région. ce département était très réfractaire au vote de gauche en 1965.
  
     Là, c'est à la droite que ce parti prend l’essentiel de ses suffrages. 

Régionales 2015 : Pays de Loire

publié le 8 févr. 2016 à 03:05 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 févr. 2016 à 04:38 ]

    Grâce soit rendue au journal OUEST-FRANCE qui publie les résultats du second tour des Régionales 2015 pour les trois régions de sa zone de chalandise : Pays-de-Loire, Bretagne et Normandie. Les cartes sont élaborées à partir des résultats par commune, ce qui donne un maillage très fin. Un seul reproche : les échelles de couleurs ne sont pas les mêmes d'une carte à l'autre.
    Si l'on procède à une approche départementale, on voit que deux départements sont largement dominés par la Droite: La Mayenne et la Vendée ("Les régions cléricales de l'Ouest", hier et aujourd'hui (atlas). La Loire-Atlantique est devenu un fief de la "Gauche" et surtout du PS-Solférino. La Sarthe semble s'abandonner au FN (ce parti reste néanmoins en troisième position). Le Maine&Loire est plus incertain quant à sa couleur dominante ; ce qui demeure une surprise quant on connait l'histoire de la Chouannerie contre-révolutionnaire.
  

    La droite nantie qui, par ailleurs néglige le FN est fortement représentée dans les cantons de l'extrême-ouest du 44 : Le Croisic, La Baule et Guérande. En revanche, le Droite s'est divisée dans le nord-est du 44, pays dénommé "Bocage angevin" (lire sur la carte départementale : Loire-Atlantique : les élections au scrutin d’arrondissement sous la V° république (1958-1986)). Les chefs-lieux de canton (d'avant la réforme des Départementales) donnent, à Moisdon-le-Rivière 56% et 17,4 respectivement à la Droite et au FN ; à St-Julien-de-Vouvantes : 45 et 33% ; à St-Mars-la-Vaille : 45,9 et 25,2 ; à Ligné : 47,4 et 20% etc...
   
La Vendée s'abandonne à un enfant du pays qui "fait" 42,7 en Région mais 52,7 en Vendée. Le "Bocage vendéen" reste un bloc quasi hermétique, déjà observé par A. Siegfried. Seule, émerge la ville républicaine de La-Roche-sur-Yon (républicaine au sens de 1792, bien entendu -quoique de création napoléonienne-. Siegfried avait également observé que le sud du département de Vendée ne votait pas comme le Bocage.  C'est "la plaine" qui votait comme les Charentes radicales si proches. En 2015, il en va toujours de même : la vote à droite s'effiloche ici, le vote FN est plus fort, le vote à gauche aussi. 

  
         
Dans la Sarthe, le FN réalise son meilleur score départemental au sein de la Région : presque 29% des suffrages exprimés, soit presque 10% de plus que son résultat régional. J'ai montré la force -relative- du FN dans le Bocage angevin. Ses deux autres points sont l'Est du département de Maine&Loire et, surtout, la Sarthe hors Le Mans et banlieue proche. Concernant ce département, la limite découverte par A. Siegfried entre sa partie Nord-ouest et sa moitié Sud-est n'est plus liens Départementales 2015 à Mamers (72) Les élections de 1946 dans la Sarthe : permanences siegfriediennes ? . La partie rurale de la Sarthe donne de forts pourcentages à la liste FN de façon assez homogène. La droite dite traditionnelle n'a pas su apporter de réponse à cette désertification rurale et les ruraux basculent massivement vers le vote FN. l'indigence du vote de droite est en effet remarquable : 35,5% contre 28,9% au FN (pour le 72). 
    

    Les deux masses noires, au nord et au sud de la Loire, dans le Maine&Loire, se retrouvent dans la carte de la Droite 2015 ainsi d'ailleurs que les cantons "d'esprit bonapartiste" du Saumurois qui sont sensibles au vote FN en 2015.

    Un autre fait domine : la "Gauche" est polarisée sur les chefs-lieux des cinq départements. c'est d'une netteté absolue. Tout se passe comme si ces préfectures se comportaient comme des "métropoles" - à vrai dire seule Nantes mérite cette qualification - qui attirent les professions à la mondialisation heureuse  ou qui en contestent les modalités (type électeurs Front de gauche de 2012). Nantes intra-muros vote à 54,7% des exprimés pour la "Gauche" et ne donne que moins de 9% au FN (qui obtient 15,6% dans le département,  et 19,7 dans la région).









Atlas politique de la Loire-Atlantique (1994 - 2015)

publié le 9 juin 2015 à 07:46 par Jean-Pierre Rissoan

   

Mots-clés : départementale, cantonales, Loire-Atlantique, Loire-Inférieure, rurbanisation,

 

    Je présente ici quelques cartes cantonales de la Loire-Atlantique depuis 1994 (c’est la carte la plus ancienne que j’ai trouvée dans le journal régional Ouest-France, n° du 30 mars 2015) et 2015 (première année de la réforme du vote des élus départementaux avec binômes)... Je présenterai également la carte de 2004 qui correspond à la « bascule » du département qui se donne pour la première fois un président de gauche, un représentant d’un courant héritier de la Révolution de 1789. Puis la carte des élections de 2011 qui marque la plus grande extension du socialisme nantais. 2015 marquant la chute…

Carte de 1994

    Lors, la majorité est largement conservatrice. La représentation des territoires avec son corollaire le découpage en circonscription (les cantons) ajoutée au scrutin majoritaire à deux tours donnent une majorité massive à la droite. Le bleu est partout (couleur conventionnelle désignant la droite mais beaucoup d’élus se reconnaitraient dans le blanc royaliste) et, pour tout dire, cette carte ressemble fort à celles élaborées par A. Siegfried au début du XX° siècle. Lien : la Loire-Inférieure de 1913 à 1946.


    Cette coloration est donc ancienne. Le journaliste d’Ouest-France qui accompagne ce mini-atlas cite un historien du coin : "au moment du Front populaire, la Loire-Inférieure était connue pour compter quatre marquis parmi ses députés" (Jean Guiffan). Ce département d'avant-guerre poursuit le journaliste était connu pour son caractère monarchiste, voire (sic) réactionnaire. Après guerre, la physionomie ne change guère. Le département, pourtant en plein développement industriel et ouvrier à Nantes et Saint-Nazaire, reste bien bleu. (…) la gauche commence à grignoter du terrain à partir des années 70, à la faveur d'un redécoupage des cantons (plus favorable aux villes, le maintien du découpage révolutionnaire donnant lieu, après l’urbanisation, à des aberrations, JPR).

    En 1994, on a donc un océan conservateur avec des îlots républicains : Montoire et ses ouvriers donnent le seul élu communiste ; St.-Nazaire donne ses trois conseillers généraux au PS. Nantes, elle-même, n’est pas entièrement conquise par « la gauche » : son centre reste aux mains de la droite nantaise, bourgeoise et repliée.

 

    En 2004, après les renouvellements triennaux de 1998 et 2001, le profil a bien changé, au point que "la gauche" a la majorité absolue au Conseil général de Loire-Atlantique, pour la première fois de son histoire, et le président s'appelle Patrick Mareschal.
    L’agglomération nantaise fait encore un peu de résistance mais c'est surtout ce que les géographes appellent le "périurbain" qui bascule à gauche. Ce sont de nouveaux "navetteurs" qui viennent travailler en voiture la matin à Nantes et banlieue proche et qui rentre le soir dans leur petite maison bien à eux. C'est une projection du fait urbain à la campagne. Dans cette même campagne, il va de soi que l'exode agricole - à distinguer de l'exode rural - affaiblit le poids des notables.
    La rive droite de l'estuaire est entièrement rose ou rouge et même la rive gauche avec Paimboeuf mais à l’exception du canton de St.-Père-en Retz.
    Pour ce qui concerne le nord du département, une comparaison avec les cartes de Siegfried ou avec celle que j'ai élaboré sur la pratique religieuse est féconde.
    à cette analyse en termes sociologiques, il faut ajouter l'aboutissement du long travail de la "gauche" bretonne qui est le passage au socialisme de nombreux chrétiens, et notamment d'élus et de militants du MRP.  C'est la gauche PSU, la gauche Rocard, la gauche CFDT, la deuxième gauche qui n'a pas de connexions avec le marxisme.


     En 2011, le changement important est le passage à gauche de la totalité de la ville de Nantes et des cantons proches à l’exception du canton résidentiel d'Orvault. .

    En 2015, les cantons ont été entièrement remodelés. les cantons de 1790 sont définitivement enterrés. Les comparaisons entre l'aujourd'hui et le passé ne seront pas simples. Les cantons de Guéméné-Penfao et de La Chapelle sur Erdre sont, en réalité des cantons de droite, les candidats soi-disant SE ont été élus avec les voix de la droite contre des concurrents socialistes. En revanche, le binôme élu à Machecoul relève de la gauche, élu contre des candidats de droite.
    Au total, le nouveau Conseil départemental reste rose uniquement grâce à Nantes dont les sept (7) cantons ont élus des binômes PS. A quoi s'ajoutent les cantons limitrophes (Rezé 1 & 2 ; St.-Herblain 1 & 2) ainsi que les cantons de la rive droite de l'estuaire. Mais c'est ric-rac : 32 sièges -aucun Front de gauche - contre 30 à la droite.
    Voilà comment des décennies de travail politique sont détruites par une politique nationale qui fait le contraire de ce pourquoi elle a été élue.


Départementales 2015 à Mamers (72)

publié le 8 juin 2015 à 06:36 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 déc. 2015 à 08:53 ]

 
Une fois n’est pas coutume, je publie un article du journal lyonnais Le Progrès. C’est un bon article exploitable par les analystes et le journal déroge à son localisme qui ne le fait parler que de sa zone de chalandise. Quels lecteurs du Progrès vont s’intéresser à ce qui se passe dans la Sarthe -en dehors de la course des 24h du Mans- ? Espérons que pour une fois, ils seront nombreux.

        J.-P. R.

 

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/articles/analyses-electorales/france-de-l-ouest/leselectionsde1946danslasarthepermanencessiegfriediennes/72-sarthe.jpg

                                                 http://www.1france.fr/departement/72-sarthe/carte-plan-departement.php

 

    Dans la campagne sarthoise, le Front National a doublé son score.

"TOUT DISPARAIT, ON VOTE FN"

 

 

    "Allez les gars, votez bien dimanche prochain. Un bulletin Marine !"… Gilles, le patron du bistrot-restaurant "Aux tables de nos grands-mères", ne cache plus ses idées, Il motive même les clients qui entrent et sortent de son établissement situé face à l'église de Meurcé, (dans la) Sarthe. Au premier tour dimanche, le Front national est arrivé en tête dans la commune et a dépassé 26%, dans ce département rural, terre d'élection de l'ancien Premier ministre UMP François Fillon et du ministre de l'Agriculture socialiste en exercice Stéphane Le Foll. Sept points de plus que Marine Le Pen en 2012, le double de son père en 2002.

    Dans ce village de 310 habitants pourtant, personne ne connaît et n'a jamais vu les candidats du canton. ( Ils sont toujours les mêmes, lire mon article ; Les fantômes du Front national...JPR).. "Presque 50 % des voix ! Je pensais que ce serait mieux. Mais vous verrez au second tour", sourit, bravache, Gilles. La vague bleu marine s'est transformée en tsunami à Meurcé [1] et aussi à Rouessé-Fontaine, Thoiré-sous-Contensor, Courgains, Saint-Aignan, Rouperroux-le-Coquet... Dans ces bourgades aux allures de cartes postales banales de la France rurale, peuplées d'artisans, d'ouvriers, de commerçants, de retraités aux revenus modestes, le FN a fait son trou : plus de 40 % des voix. Il est arrivé très souvent en tête, à force de se nourrir au fil des scrutins du sentiment d'abandon qui n'épargne personne.

    "Je n'ai pas l'impression que l'on s'occupe de nous. Les gens en ont marre de voir que tout se dégrade de jour en jour dans nos campagnes", glisse cette retraitée qui craint la fermeture prochaine du dépôt de pain de sa commune, le dernier commerce de Chérancé. "Tout disparaît autour de nous. Il y a eu les commerces, la poste, les écoles et bientôt ce sera le tour des communes qui seront obligées de fusionner. On vivra dans un désert. On est impuissants face à cette évolution", s'inquiète cette secrétaire de mairie d'un village de 400 habitants.

    Les Roumains de l'abattoir

    Dans ces villages du nord de la Sarthe, le Front national n'a même pas besoin d'agiter outre mesure ses thèmes historiques, l'insécurité ou l'immigration. "Même si les étrangers ne sont pas loin, à Alençon à 30 km et Mamers à 20 km", note ce jeune maçon à l’œuvre sur un chantier à Meurcé. "Il y a aussi les Roumains qui travaillent à l'abattoir de Chérancé. Les habitants du village ne disent rien, mais peut-être qu'ils n'en pensent pas moins. Pourtant ce métier pas facile, peu de Français semblent vouloir le faire", explique la vendeuse du dépôt de pain.

    Petites retraites, pouvoir d'achat, privilèges des élites : voilà ici les sujets qui mettent en colère l'électeur. "La vie est morose", avoue la vendeuse de Chérancé. "Je ne vends pratiquement pas de pâtisseries. C'est un luxe. Ma journée est bientôt finie et il me reste onze gâteaux et tartelettes.sur les seize livrés ce matin. Il y a un vrai ras-le- bol ! Je gagne péniblement 1500 euros pendant que nos élus s'engraissent. Il faut un vrai changement ! Dimanche dernier, j'ai bien rigolé en découvrant les résultats du Front national. Je pense que les élus UMPS ont désormais très peur".

Dans la Sarthe,

Patrice Barrère, Le Progrès du jeudi 26 mars 2015

 ***

    L’intérêt de l’article est de montrer que le thème de l’immigration est devenu réellement secondaire. Il faut aller chercher les immigrés à 20 ou 30 km pour en trouver. On est loin de l’insécurité des cages d’escalier. Quoique des imbéciles jouent à se faire peur (cf. le mais peut-être qu'ils n'en pensent pas moins.). Le titre de l’article cible sur l’essentiel du ressenti du journaliste après son enquête : tout disparaît, donc on va voter FN pour protester contre la désertification des campagnes. Et c’est là un problème gravissime. Il est clair que les entreprises multinationales favorisent les territoires métropolitains et laissent à l’abandon les territoires mal placés par rapport à la géographie du profit.

    Les géographes et autres responsables de l’aménagement du territoire connaissaient le cri d’alarme lancé par Jean-François Gravier, dès 1947, avec son ouvrage "Paris et le désert français". Mais, alors qu’il fallait reconstruire la France, il fallait s’appuyer sur ses points forts dont la région parisienne. Et la France vit se développer sa "Diagonale aride", vaste zone qui barre notre pays du sud-ouest pyrénéen au nord-est mosan. Ce n’est que quelques décennies plus tard, que les aménageurs répliquèrent avec la création des métropoles d’équilibre (Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Lyon, Strasbourg). Avec la mondialisation, la fracture territoriale s’est creusée. Il y a les régions fortes et les autres. La nouvelle loi, créant les métropoles va au-devant du désir de la finance internationale.

    Pour en revenir à l’article, l’agriculture commerciale et exportatrice, productiviste, a favorisé un exode rural massif qui apparaît à la lecture de l’article. Qu’est-ce que FN peut bien apporter comme solution, lui qui soutient la Coordination rurale [2] des agriculteurs capitalistes ?

 

Quelques éléments historiques pour la compréhension des résultats.

    

La géographie du département de la Sarthe est caractérisée par le contact entre le Bassin parisien de nature sédimentaire et la Massif armoricain avec des roches beaucoup plus vieilles. Dans son fameux Tableau politique de la France de l'Ouest sous la Troisième république, André Siegfried faisait passer la limite entre les deux grandes unités au travers même du département de la Sarthe. La partie Nord-ouest, armoricaine, votait à droite, catholique, la partie sud-est, parisienne, votait plus à gauche, radical. On voit cette séparation dans le croquis ci-contre (actuellement absente), croquis élaboré par Dominique Crozat qui a "épluché" les numéros du journal Ouest-France du 10 au 16 juillet 1997, pour savoir quelles étaient les communes qui fêtaient l’anniversaire du 14-juillet. Il a constaté que les communes "du Bassin parisien" étaient plus républicaines que les autres du Massif armoricain [3].

    Lors des élections de 1978, les circonscriptions du nord-ouest : Le Mans-Sillé-le-Guillaume (1ère), Le Mans-Sablé (4ème), Mamers- La Ferté Bernard (5ème) élisaient toutes un député de droite parfois dès le premier tour sinon en 1978 en tout cas en 1973. Les deux autres : Le Mans - St Calais (2ème) et La Flèche-Château-du-Loir (3ème) votaient à gauche ou perdait un siège par un écart de… 18 voix sur plus de 44.000 exprimées (3ème en 1973).

    Cette coupure est donc bien réelle.

    Comme une faille, elle "rejouait" récemment.

    L’arrondissement de Mamers relève de la partie Nord-Ouest, catholique et traditionaliste. En fait de traditions, le canton (ancien modèle) de Marolles-les-Braults (cf. la carte en intro) -auquel appartient la commune de Meurcé- élisait dès le 1er tour le candidat UMP, en 2011, avec 26,8% des inscrits et 51,9% des exprimés. Le FN obtenant 10,9 et 18,5%.

    La commune de Rouperroux-le-Coquet, canton de Bonnétable, arrondissement de Mamers, lors du renouvellement de 2008, plébiscitait le candidat DVD - divers droite, ce qui veut dire à droite de l’UMP, la région étant sous l’influence des Indépendants - lui donnant 63% des exprimés dès le premier tour, puis, au second, 131 voix sur 248 inscrits, soit 53% des inscrits et 78% des exprimés.

    A Rouessé-Fontaine, canton de Sillé-le-Guillaume -anciennement de St-Paterne-, arrondissement de Mamers, en 2004, avec 189 inscrits, le candidat UMP obtenait 97 voix soit 81,5% des suffrages exprimés, au second tour.

    A Thoiré-sous-Contensor, canton de Sillé-le-Guillaume -anciennement de St-Paterne-, arrondissement de Mamers, en 2004, le candidat UMP obtenait la majorité absolue des inscrits au second tour (83,7% des exprimés).

    Tout cela pour dire que nous sommes ici au royaume de la droite absolue, le FN obtenant d’ailleurs des résultats non négligeables dès ces dates-là.

    En 2015, il obtient des résultats effectivement très élevés :

Commune

Par rapport aux Inscrits

Aux exprimés

2015

FN

Droite

FN

Droite

Meurcé

26,6

20,0

44,4

39,4

Courgains

24,8

17,7

47,6

33,9

St-Aignan

22,1

21,0

40,2

38,3

St-Paterne

15,6

17,6

30,1

33,9

Rouessé-F.

23,2

24,7

42,9

45,7

Thoiré-s-C.

31,8

16,7

56,8

29,7

Rouperroux

24,6

24,1

40,4

39,7

Chérancé

17,4

14,4

37,9

31,5


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ces régions marquées par le catholicisme traditionaliste et sa transcription politique : le parti du "Centre" des Indépendants et Paysans, devenus Républicains indépendants puis Parti républicain, le désaveu politique ne se manifeste pas par un virage à gauche mais par une démarche vers l’extrême-droite.

La gauche, et le PCF en particulier, n’a jamais été très bien implantée, ici. De surcroît, le niveau d’instruction n’est guère élevé, comme en témoigne cette réaction imbécile "nos élus s’engraissent", comme si les dépenses consacrées à la rémunération des élus pouvaient être comparées aux salaires faramineux des gros patrons et aux subventions ou autres dégrèvements fiscaux accordés aux "entreprises", en fait aux propriétaires d’icelles car l’entreprise est formée, en principe, par ceux qui apportent le capital et ceux qui apportent leur travail.

 Lire aussi, sur ce site, : Les élections de 1946 dans la Sarthe : permanences siegfriediennes ?



[1] Les communes aux noms surlignés appartiennent au nouveau canton de Mamers. Toutes les communes citées appartiennent à l’arrondissement (sous-préfecture) de Mamers.

[2] A ne pas confondre avec la Confédération paysanne, située à gauche de la FNSEA, alors que la Coordination est à la droite de ce syndicat de droite.

[3] L’auteur aurait pu/dû ne pas tenir compte de la ville et banlieue du Mans qui, communistes ou socialistes, fêtent le 14-juillet comme il se doit mais qui sont situées à l’ouest de la ligne Siegfried. Cela aurait renforcé sa démonstration.

"Les régions cléricales de l'Ouest", hier et aujourd'hui (atlas)

publié le 7 juin 2015 à 10:00 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 sept. 2016 à 05:03 ]

  
     
C'est un ensemble de régions présenté par A.Siegfried dans son célèbre "Tableau politique de la France de l'Ouest", livre écrit avant la guerre de 14-18.
    Pour entrer dans le vif du sujet voici la reproduction de la carte établie par Siegfried pour son chapitre "L'influence politique du clergé catholique".
    
   
    le catholicisme et le cléricalisme

    Il faut, bien entendu, dire ce que Siegfried entend par "régions cléricales". Ce dernier écrit :

    "Une distinction nécessaire s'impose ici entre le catholicisme et le cléricalisme. Je n'emploie qu'à regret ce terme de cléricalisme, qui est un terme de polémique et dont le sens est évidemment péjoratif, puisque ni les catholiques, ni les cléricaux eux-mêmes ne s'en servent jamais. Mais je ne puis admettre, comme beaucoup de catholiques voudraient le prétendre, qu'il ne recouvre aucune réalité; et surtout je ne lui trouve aucun équivalent. D'un côté (catholicisme, JPR) il s'agit simplement d'une religion, de l'autre (cléricalisme) d'un état d'esprit et d'un système politiques. Le catholicisme non clérical laisse, dans l'homme, le citoyen distinct du fidèle : celui-ci, comme fidèle, est soumis à la hiérarchie ecclésiastique ; celui-là, comme citoyen, en est indépendant. Mais, dans le cléricalisme, le fidèle reconnaît au prêtre ou subit de lui une autorité politique du même ordre que son autorité religieuse, 'est-à-dire également indiscutée. J'appellerai donc cléricalisme le système qui fait de l'autorité ecclésiastique une arme politique, et cléricales les populations qui acceptent ou subissent à la fois la direction religieuse et la direction politique du clergé. De ce fait, la distinction du fidèle et du citoyen s'évanouit : au lieu de deux ordres autonomes, l'un religieux, l'autre civil, il ne subsiste plus qu'une seule direction générale, incontrôlable et discrétionnaire. Pour la clarté de la définition, j'ai poussé à l'extrême ces caractéristiques, et il est bien évident que le cléricalisme n'a pas toujours cette rigueur. Mais quand il la possède, on conçoit sans peine que la liberté de la société politique se voie, ou gravement compromise ou totalement supprimée. D'où, en politique, l'importance énorme de déterminer si une population est ou non cléricale". Fin de citation.

    L’apophtegme célèbre de Gambetta "le cléricalisme, voilà l'ennemi" doit être lu et compris à la lumière des propos de Siegfried. Gambetta n'était pas irréligieux mais hostile au pouvoir politique de l’Église catholique en France.

    l'alliance "de la cure et du château"

    Cette formule est de Siegfried lui-même. Elle est évidemment construite à partir de la célèbre formule républicaine, l’alliance du "trône et de l'autel". Siegfried veut signifier l’alliance du châtelain et du curé qui dominent tous deux le village, ex-seigneurie. Voici une carte qui montre le régime de la propriété dans l'Ouest.


    Si l'on fait abstraction du Val de Loire, on constate que la grande propriété nobiliaire domine sans partage sur le Maine, l'Anjou et la Vendée. Les régions hachurées sont les régions où "les différents types de propriété  (particulièrement la grande et la petite)  coexistent".   

    Le pouvoir de l’Église sur les habitants peut être éclairé par de nombreux facteurs. Voici celui de la scolarité des filles. Ces dernières doivent-elles être inscrites à l'école de la République (du Diable) ou à l'école privée -que ses partisans appellent l'école "libre" - de Mr le Curé ? Voici une carte sans appel :


    On notera la différence entre les deux versants du départements de la Sarthe : l'ouest clérical et l'est laïque. Les élections de 1946 dans la Sarthe : permanences siegfriediennes ?


    Et aujourd'hui ?
   


    Ces régions cléricales, mis à part le Pays de Caux en Normandie et le Pays de Léon (Finistère nord) ont pour épicentre la Loire-Atlantique et le Maine&Loire. Régions longtemps dominées par la droite. Ce dont témoigne l'ancienneté de l'orientation à droite des départements, telle que F. Goguel l'a distinguée : carte ci-dessus.

   

    La permanence bien connue des comportements électoraux, en France, existe bel et bien, dans ces régions naguère "cléricales". Voici d'abord les résultats de la candidate Boutin, catholique traditionaliste, la mère des monastères bénédictins, (Pour qui votent les intégristes ? et aussi Madame Boutin et le parti Radical) lors de la présidentielles 2002 :

   
    J'ai trouvé également la carte du vote Royer en 1974, techniquement moins bien réalisée que la précédente.
Jean Royer s'était présenté à l'élection présidentielle sur un programme très conservateur. Il s'était notamment rendu célèbre pour sa croisade contre la pornographie, qui lui avait valu le surnom de "père la pudeur", et contre l'avortement. 
(LEXPRESS.fr, publié le 25/03/2011)

    En creux, on peut démontrer la permanence des traditions par le vote récalcitrant (euphémisme) pour le PCF ou le Front de Gauche :
    Sur cette carte, notez le rouge vif entre Saint-Brieuc et le Pays de Léon : c'est le Trégorrois et le pays guingampais qui feront l'objet d'une étude ultérieure. Élections en Bretagne : 1910 - 1965 - 2015


Voici quelques pages similaires de ce site :

    

Les élections de 1946 dans la Sarthe : permanences siegfriediennes ?

publié le 22 avr. 2015 à 09:43 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 déc. 2016 à 05:37 ]

    On me pardonnera l’emploi de ce néologisme ("siegfriediennes")… C’est une allusion au livre d’André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest sous la III° république, que l’on ne se lasse pas de lire et relire. Dans son livre publié en 1913, Siegfried démontre l’existence d’une ligne de rupture entre la France de l’ouest et la France du Centre, la limite de l’Ouest politique.


     Cette limite traverse de part en part le département de la Sarthe. Pour ce faire, Siegfried s’est appuyé sur des sources sûres qui sont, en l’occurrence, le résultat des élections législatives et le régime de la propriété foncière (Contributions directes, cotes par contenance, 1884, archives de la Sarthe). A. Siegfried ne recule pas devant l’accumulation des cartes.



Voici son analyse par rapport à cette question de la limite de l’Ouest politique (extraits) :

"Dans la Sarthe. Sur le Loir, le passage d'une région à l'autre se fait entre le Lude et Durtal, vers la Flèche. C'est bien la même vallée sans doute à Château-du-Loir et à Durtal, mais quel abîme entre les deux atmosphères politiques! A Château-du-Loir, c'est la démocratie, avec l'indépendance un peu agressive d'une population anticléricale; à Durtal, c'est la soumission silencieuse aux riches, aux nobles, aux prêtres. Tout s'oppose en effet : régime de propriété, relations du peuple avec l’Église, tempérament de la race, atmosphère générale de l'ensemble. Vers le Mans, la frontière est plus difficile à tracer. Elle laisse à droite (Est, JPR) les cantons démocratiques de Pontvallain et Mayet et coupe en deux le canton d'Ecommoy. Elle laisse à gauche (Ouest, JPR) Malicorne, la Suze, qui, économiquement parlant, ne sont peut-être pas très différents, mais où politiquement l'esprit égalitaire et démocratique n'existe plus guère ou du moins cesse de s'affirmer. Enfin, vers le Perche et la Normandie, la frontière passe entre Montmirail et Bonnétable, l'ancien fief des La Rochefoucauld.

Pareille délimitation pourra paraître arbitraire. Il est arbitraire en effet de tracer une ligne qui n'existe nullement da nature, et nous ne l'avons fait que pour évoquer des contrastes et des comparaisons nécessaires. Mais, qu'on dessine ou non une ligne, il y a un fait d'observation incontestable c'est que, politiquement, entre la France du Centre et la France de l'Ouest, il y a une frontière. Cette frontière politique est même si bien une réalité qu'on s'aperçoit toujours, à un moment donné qu'on l'a traversée et que, venant par exemple du Centre, on est entré dans l'Ouest. Qu'est-ce qui fait le contraste ? Nous l'avons dit, c'est essentiellement le passage d'un régime de propriété à un autre, et par une répercussion immédiate la substitution d'une conception hiérarchique à une conception égalitaire des rapports sociaux. C'est aussi - et je ne sais s'il faut voir là une cause ou une conséquence - le rôle différent de la religion en tant que facteur politique. Tant qu'on n'est pas dans l'Ouest, le culte peut être fréquenté, le prêtre peut être respecté, mais l’Église ne joue pas de rôle social et politique dominant, le prêtre n'est pas, dans sa commune, un dirigeant. Dans l'Ouest, au contraire, le clergé se range sans conteste parmi les autorités sociales, l'alliance du trône et de l'autel (en l'espèce de la cure et du château) se conçoit comme une réalité, la séparation de l’Eglise et de l’État frappe comme une anomalie contraire aux mœurs de la population.

Nous aboutissons donc à cette conclusion que, dans le Maine et l'Anjou comme en Vendée, il existe, entre le Centre et l'Ouest, une sorte de ligne de partage des eaux de la France politique : deux pentes, deux tendances".


POURQUOI LES ÉLECTIONS DU 10 NOVEMBRE 1946 ?

    L’idée est évidemment de faire une comparaison à presque quarante ans d’intervalle.

    Les choses ont changé. A l’époque du Tableau, l’opposition gauche-droite se posait en termes de royauté ou République, de cléricalisme ou de séparation de l’Eglise et de l’Etat, de l’école privée catholique contre l’école laïque de la République. Un paysan propriétaire ou un commerçant peuvent alors être de solides républicains en votant pour le parti Radical - radical-socialiste. En 1946, l’opposition met en jeu les questions sociales et même le socialisme. L’influence du Parti communiste français atteint des sommets qu’elle ne touchera plus jamais. Le PCF obtient 28% des suffrages exprimés lors de ces élections du 10 novembre et Maurice Thorez revendique le poste de Président du Conseil en tant que chef du premier parti de France. Avec le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), une vaste entreprise de nationalisation des secteurs-clés de l’économie est engagée. L’épouvantail collectiviste est agité par les libéraux et ultra-libéraux.

    C’est ainsi que dans la Sarthe, à côté des liste communiste, socialiste SFIO, MRP et RGR (regroupement des gauches républicaines), une cinquième liste est mise sur pied : la liste d’Union anti-collectiviste (sic) et de défense paysanne. Et pour faire bonne mesure dans la démagogie on la qualifie de républicaine ! C’est donc la liste d’union républicaine anti-collectiviste et de défense paysanne. Elle est emmenée par un paysan bien de chez nous : Hubert Lefèvre-Pontalis, né à Paris, élève de l’Institution Notre Dame de Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine, avocat au barreau de Paris, spécialisé dans le contentieux international ce qui l’amène, forcément, à fréquenter les rives de la Sarthe et du Loir. Petit-fils d’un député monarchiste mac-mahonien, fils de diplomate, c’est un membre de la classe possédante/dirigeante [1].

Les membres de cette liste rejoindront le P.R.L. (parti républicain pour la liberté) fondé entre autres par Édouard Frédéric-Dupont, émeutier du 6 février 34, un des partis créateurs du C.N.I.P. d’Antoine Pinay, ancien membre du Conseil national de Vichy-Pétain. On baigne dans l’euphorie républicaine. La Sarthe est un bon terrain d’atterrissage pour Pontalis. Ce parti extrémiste obtient la quatrième place -il devance le RGR- avec 10,9% des électeurs inscrits, 14,7% des suffrages exprimés et un poste de député (sur les 5 attribués au département, élection à la proportionnelle, liste départementale).    

    Pour l’analyse des résultats, on dispose d’un recueil remarquable élaboré et édité par la société du journal LE MONDE [2]. Malheureusement, les résultats ne détaillent pas le nombre d’électeurs inscrits et le nombre de suffrages exprimés par canton. Il faut donc le calculer soi-même. Au terme de ce labeur, on peut établir la carte suivante.

NB. la lecture des cantons est facilitée par l'observation de la carte géographique du département Départementale à Mamers (72)



    il s’agit, bien sûr, du découpage en cantons tel que l’avait entrepris la grande Révolution. Je n’ai pas traité la ville du Mans et sa banlieue, la comparaison avec les années 1910’ me paraissant peu féconde. On reconnaît la limite de l’Ouest politique. Compte tenu de l’atmosphère politique de l’époque, avec un PC à plus de 25% des exprimés, la somme PCF + SFIO dépassant la majorité absolue, il m’a semblé que l’enjeu était centré sur le statut de la propriété. J’ai donc, pour chaque canton, ajouté les voix obtenues par les partis que François Goguel qualifie d’extrême-gauche soit PCF + SFIO, et les partis qui -à haute voix ou sous le manteau- se reconnaîtraient dans la dénomination d’anti-collectivistes, soit MRP, RGR et U.R.A. (liste Pontalis).
- Les cantons en rouge sont ceux où les partis
"marxistes" -la SFIO l’est encore un peu en 1946- ont obtenu la majorité,
- dans les cantons en bleus, c’est l’inverse. Les croix bleues surimposées signalent les cantons où la droite extrême de la liste U.R.A. a atteint les 18% des exprimés, a dépassé les 20% s’il y a deux croix (33% à La Fresnaye-sur-Chédouet ; 22,3% à Mamers ; 28,3% à Loué…). 


    Je pense que l'on peut affirmer que la limite de l'Ouest politique distinguée par Siegfried est respectée, encore à la Libération. Évidemment, il y a des exceptions. Ainsi à l'Est de cette limite, les cantons de Le Lude et de La Chartre-sur-le-Loir font tache. Surtout Le Lude avec ses 19,6% donnés à la liste extrémiste. Du côté de l'Ouest politique, deux cantons sont rouges : Montfort-le-Rotrou et Ballon. Un canton y est très intéressant, il s'agit de celui de Tuffé qui jouxte celui de La Ferté-Bernard et que j'ai colorié mi-bleu, mi-rouge, la ligne Siegfried servant de séparation. Dans ce canton, domine la Grande propriété (cf. les cartes de Siegfried) or la liste communiste y est majoritaire en novembre 1946. Majoritaire relative car les trois listes de droite additionnées y sont majoritaires absolu. Les métayers et ouvriers agricoles de ce canton ont sans doute fondé des espoirs sur la promesse communiste de l'application du slogan "la terre à ceux qui la travaillent". En effet, le PCF a rapidement orienté sa politique agraire en faveur de la défense de l'exploitation familiale, créant le syndicat MODEF - mouvement de défense de l'exploitation familiale - MODEF qu'il ne faut évidemment pas confondre avec le MEDEF. C'est pourquoi la liste anti-collectiviste de LEFEVRE-PONTALIS est particulièrement honteuse dans son mensonge. En fait, la propriété qu'elle défend est celle des chefs de terre, des châtelains appelant à la rescousse les paysans dominés par Mr le curé. A cet égard, l'Ouest politique se distingue avec son fort soutien à cette liste. 

    En revanche, les petits et moyens paysans de l'arrondissement de St.-Calais -aujourd'hui supprimé - n'ont pas été effrayés par ce soi-disant risque de collectivisme. Ils sont passés du soutien républicain radical (avant 1914) au soutien socialiste et communiste. SFIO et PCF y sont, en effet, majoritaires (12562 voix contre 10480 aux trois autres listes) et la liste anti-collectiviste n'y obtient que 10,8% (contre 18% dans l'arrondissement de Mamers, 16,8% dans celui de La Flèche). l'arrondissement de St.-Calais comprend les cantons de Bouloire , La Chartre-sur-le-Loir, Château-du-Loir, Le Grand-Lucé, St.-Calais et Vibraye. 

Lire également : Départementale à Mamers (72)

PS. Mamers, le fief de François FILLON...

[1] Le grand-père était président du comité conservateur de Châteaudun, vice-président de la Société d'agriculture, président du comité des écoles libres d'Eure-et-Loir. Il se retira du barreau en 1876, et occupa les fonctions de président du conseil d'administration des Messageries maritimes (1896-1901) et des Mines de la Loire, de vice-président de la Société générale, d'administrateur des Messageries nationales, de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM), et de directeur et censeur de la Société de Crédit industriel et commercial (CIC).

[2] Élections et referendums des 13 octobre, 10 et 24 novembre et 8 décembre 1946, résultats par département et par canton, Le Monde, rue des Italiens, Paris (9°), 1947, 294 pages.


Loire-Atlantique : les élections au scrutin d’arrondissement sous la V° république (1958-1986)

publié le 22 avr. 2015 à 09:30 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 8 févr. 2016 à 04:48 ]

    

    Jusqu’en 1958, les élections se déroulent à la proportionnelle dans le cadre départemental. En 1958, De Gaulle impose le scrutin d’arrondissement, profondément injuste, qu’il avait condamné naguère mais qui l’arrange une fois qu’il est aux commandes de l’ Etat. La Loire-Inférieure est découpée en  huit circonscriptions [1] dont j’ai reconstitué la carte. Elles ne varieront pas jusqu’en 1986.

    Lire au préalable : La Loire - Inférieure de 1913 à 1946


    Le mieux est, avec un œil sur la carte de l’article précédent, de présenter les circonscriptions une à une. On peut toutefois les regrouper 4 à 4 en distinguant les circonscriptions très à droite des circonscriptions plus mécréantes : les 3 de Nantes et celle de St.-Nazaire, d’une part, les 4 circonscriptions, rurales et périphériques, d’autre part.Se souvenir de ce qu'écrit A. Siegfried sur ces "pays" du département.

LES CIRCONSCRIPTIONS PÉRIPHÉRIQUES

    Elles portent - dans le sens des aiguilles - les numéros 5, 4, 8 et 7.

La 5°: Châteaubriant

    Le rapport Cléricaux-Laïques est de 55,5/44,5 en 1946. C’est donc une circonscription a priori favorable à la droite. Le 30 novembre 58, Bernard Lambert, MRP, est élu d’extrême justesse, en devançant son principal concurrent, le député sortant et ancien ministre, cacique du parti radical, André Morice, de 400 voix. En 1962, il vote la censure et il est battu aux élections qui suivent immédiatement par le maire de Châteaubriant, huissier de justice, candidat gaulliste de stricte obédience, Xavier Hunault. Bernard Lambert s’engagera ultérieurement dans le syndicalisme paysan, effectuant une démarche politique vers la gauche, adhérant au PSU de Michel Rocard [2]. Il illustre à merveille ce passage de nombreux catholiques vers le socialisme modéré de la deuxième gauche (c’est-à-dire sans influence marxiste et anti-communiste). Quant à Xavier Hunault, il est réélu sans difficulté apparente dès le 1er tour de scrutin en 1973 (66,1% des votes exprimés, 54,4% des inscrits) comme en 1978 (54,4% des exprimés) où il doit cependant faire face à un concurrent UDF-radical. Il résistera à la vague rose de 1981 et sera député jusqu’en 1986 où la proportionnelle est rétablie, l’espace de deux ans. La candidature radicale de 1978 comme celle d’André Morice, bien avant, s’expliquent par la présence de cantons au vote laïque : Châteaubriant, Derval, Guémené. Mais rien n’est automatique. Le PCF obtient un bien maigre 8% (1973 comme 1978) soit 6,7% des inscrits.

La 4°: Ancenis-Clisson (Bocage angevin sur la carte)

    En 1958 est élu le candidat ex-PRL, alors C.N.I.P., le marquis Olivier de Sesmaisons époux de Yolaine Dufresne de La Chauvinière, dont il aura huit enfants. Est-il besoin de préciser qu’il est catholique ? Propriétaire terrien et exploitant agricole à La Chapelle-sur-Erdre, près de Nantes, où il réside au château de La Desnerie, et à Touvois dans le sud du département, le marquis a d’abord été monarchiste, puis les nécessités le font aller vers une conception de la république qu’Adolphe Thiers avait appelée conservatrice. En 1962, il ne vote pas la censure. Réélu, il reste au groupe des Indépendants & paysans jusqu’à sa mort en 1967. Il est remplacé par Joseph-Henri Maujoüan du Gasset, propriétaire de vignobles, qui sera député de Loire-Atlantique de 1967 à 1993.

    Dans cette circonscription très conservatrice (quasiment les trois-quarts des votes catholiques en 1946), la droite peut se permettre d’aller à la bataille divisée. C’est d’abord, une lutte entre cet Indépendant & paysan contre un Centre démocrate (ex-MRP) en 67 et 68 et 1973 puis une lutte entre cet indépendant et un RPR (gaulliste chiraquien) en 1978. Si bien que Joseph-Henri n’est élu à chaque fois qu’au second tour (64% des exprimés en 1978). Il résiste à la vague rose de 1981, élu dès le 1er tour - cette fois la droite est unie ! - avec 54% des suffrages exprimés. Bonne circonscription.

La 8° : Pornic (Pays de Retz sur la carte)

    Là aussi, la carte n°1 laisse penser que la circonscription est très conservatrice. Le rapport vote confessionnel vs vote laïque est de l’ordre de 75 à 25… En 1958, les habitants de cette circonscription dont les ancêtres massacrèrent des prêtres constitutionnels à Machecoul, élurent Jean Allard de Grandmaison, épigone d’une famille anoblie en 1773. Marié à Bernadette Guillet de la Brosse, liée à la famille Say, Jean est propriétaire de 500 hectares environ, répartis en une quinzaine de fermes exploitées en métayage. Les métayers votent pour not’maître… Il prend la succession politique de son oncle Augustin Dutertre de La Coudre qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain et était inéligible en 1945. Le 23 novembre 1958, Jean de Grandmaison est élu dès le premier tour avec 24 497 voix, soit 51,35% des suffrages exprimés. Il est investi, comme il se doit, par le Centre national des Indépendants et Paysans. En 1962, il vote la censure et est, par conséquent, confronté à un candidat gaulliste pour lequel se désiste le candidat MRP. Le parti gaulliste garde le siège jusqu’en 1986.

La 7° : la Baule - Pontchâteau

    C’est le maire et conseiller général de La Baule, René Dubois, qui est élu député (PRL) en 1946. C’est un résistant incontesté, patron d’une clinique de chirurgie. En 1948, il opte pour le Conseil de la République, il se présente sur une liste commune Indépendants et Gaullistes qui, avec 908 voix sur 1 324 suffrages exprimés, obtient 4 sièges sur 4. Ces chiffes montrent l’ampleur de l’implantation de la droite conservatrice dans les communes du département. En 1946, cette circonscription offrait un rapport de 69/31 en faveur des votes confessionnels. De fait, elle n’échappera pas à la droite devenant le fief d’Olivier Guichard, un "baron" du gaullisme qui était d’ailleurs baron. O. Guichard est réélu dès le premier tour en 1973 comme en 1978. O. Guichard passe sans coup férir l’épreuve de 1981. Autre bonne circonscription.

 

LES CIRCONSCRIPTIONS URBAINES

    Elles concernent la ville de Nantes (les trois premières circonscriptions) et le canton de St.-Nazaire auquel on a ajouté ceux de St.-Étienne-de-Montluc et de Savenay (6ème). On a vu que la ville de Nantes est un foyer de mécréance mais le catholicisme y reste fort implanté (rapport 58/42). Nantes est un foyer du protestantisme ce qui est, sous la III° république, un élément de renfort au parti républicain. Mais il est difficile de dire dans quelle mesure. La liste des maires de Nantes (article Wiki) est très instructive. On y a lit le combat permanent entre le traditionalisme et la révolution. Le premier maire socialiste -SFIO- est élu aux municipales de 1935 dans l’euphorie du Front populaire qui est dans sa phase ascendante. On apprend aussi que le maire nommé par le régime de Vichy en 1942 a été réélu par les Nantais, aux élections municipales générales de 1947, avec l’étiquette, devinez ? des Indépendants & Paysans ! Tout n’était donc pas joué. A St.-Nazaire, la municipalité est socialiste depuis l’entre-deux-guerres également.

La 1ère : Nantes (1-2-3 c.)

    Le pourcentage de votes confessionnels (élections législatives de 1946) tombe à 45%. En 1958, les électeurs choisissent Henri Rey, ancien du RPF, nouvellement UNR, directeur de société. Son suppléant le remplace après son décès et est réélu aux élections générales de 1973, il s’agit d’Alexandre Bolo. En 1962, le duo Rey-Bolo a été réélu avec 60,5% des exprimés au second tour. Bolo est de la bourgeoise nantaise ce qui, si l’on en croit André Siegfried, le distingue de la noblesse du quartier des cours St. Pierre et St. André. C’est l’opposition du négoce et de la terre (qui ne ment pas, ne l’oublions pas). A. Bolo fut une Croix de feu du colonel de la Roque, "croix" est le mot qui convient car c’est un catholique fervent, à la mentalité de croisé qui se montrera farouchement hostile à la loi Veil relative à l’avortement, loi qu’il qualifie de "violation de la loi naturelle". Mais chez ce catholique traditionaliste, la nature est une création de Dieu. Les élections se jouent toujours au second tour car l’opposition entre les droites est forte : le MRP devenu Centre démocrate, le CNIP traditionaliste, patronal et colonialiste et le Gaullisme se battent régulièrement. Le Centre démocrate maintient son candidat, au second tour, contre Bolo. Non sans raisons.

    En 1981, la circonscription passe à gauche. 

La 2ème : Nantes (5-6-7 c.)

    En 1958, première expression du scrutin d’arrondissement depuis la guerre, les Nantais de cette circonscription élisent comme député le maire de Nantes. Quoi de plus banal, direz-vous, le nombre de députés-maires qui cumulent est innombrable. Sauf que là, il s’agit de Henry Orrion, maire de Nantes en 1942, désigné par Vichy et "fervent maréchaliste" nous dit sa notice biographique rédigée par le site de l’Assemblée nationale… "Comment expliquer cet étonnant succès ?" s’interroge la même notice en parlant du succès de la liste Orrion à l’élection municipale régulière de 1947 ? "L’ancien maire vichyste avait soutenu la Résistance en temps utile (sic) - Philippe Ragueneau s’en porta d’ailleurs personnellement garant par écrit et en figurant en deuxième position sur la liste (…)"[3]. 1947 est, il est vrai, l’année d’une forte poussée gaulliste dans toute la France qui inquiète les démocrates de la Troisième force. Il est vrai, aussi, que pour sortir de son isolement, le général De Gaulle a basculé à droite et cherché l’alliance des ex-pétainistes en acceptant la thèse du Bouclier - Pétain a protégé les Français d’une occupation allemande plus brutale, il fut le bouclier et de Gaulle, l’épée -. En 1958 donc, Orrion est investi par le CNIP qui prend le soin de lui donner comme suppléant un authentique résistant condamné à mort par les nazis, l’ UNR présente un candidat contre lui ainsi que tous les autres partis. Il obtient 37,1% des exprimés loin devant le second et est élu au second tour avec quasi 60% des exprimés face aux deux candidats que F. Goguel appelle "marxistes". En bon notable indépendant qui aime asseoir sa domination sur un pouvoir local, Orrion vote la censure de 1962 sur la proposition d’élection du président de la république au suffrage universel. Son choix n’est pas compris des Nantais, il perd la moitié de ses voix, l’ UNR double les siennes. Albert Dassié, chef d’entreprise et conseiller général, emporte le siège pour l’ UNR.

En 1967, le fond laïque de la circonscription parle : un député de gauche est enfin élu à Nantes. Mais cet SFIO ne résiste pas à la vague de "la trouille" de juin 68 : Dassié retrouve son siège. Qu’il perd définitivement en 1973 au profit de la Gauche unie.

La 3ème : Nantes4 et Rezé

    Ici, le canton de Bouaye a une forte tradition de gauche anticléricale ("forte" est relatif au reste du département…). Un radical est élu conseiller général avant 1914, un socialiste SFIO  est élu en 1937. Mais un Indépendant & Paysans est élu en 1951 : Henri Robichon. La lutte ne cesse jamais. A Vertou, autre canton de la circonscription, on vote davantage pour le candidat du château et de la cure : Charles Le Cour Grandmaison fut conseiller général à la fin du XIX° siècle, son fils François Le Cour Grandmaison, conservateur c’est-à-dire monarchiste comme son père, occupe le siège de 1927 à 1940. Geoffroy du Bouays de Couësbouc, maire d’un petit village viticole, occupe le siège de 1949 à 1973. Nantes4 a élu des radicaux puis un SFIO en 1937 au conseil général. Mais la droite veille. En 1976 est élu un notable Indépendant : Loïc Le Masne de Chermont.

    Concernant les législatives : Henri Robichon est élu député CNIP en 1958. On constate une nouvelle fois, la profondeur de l’implantation de ce courant politique dans le département. Mais qui peut s’en étonner ? On est ci, en Loire-Atlantique, dans un bastion de la sainte armée catholique et royale ! en 1962, le CNIP est évincé par le gaulliste de l’UNR Benoît Macquet, qui garde le siège jusqu’en 1973. En 1978, ce dernier est battu par un candidat socialiste. Victoire qui précède donc celle de 1981 et qui ne doit rien au suivisme politique.

La 6ème : Saint-Nazaire

    Le rapport votes confessionnels/votes laïques est de 40/60 en 1946. Jusqu’en 1958, l’industrialisation de l’axe Nantes-St.-Nazaire n’a fait que croître et, avec elle, même si rien n’est automatique, la déchristianisation ou bien le découplage religion/vote à droite.

    Après l’élection d’un député MRP en 1958, la circonscription élit un député socialiste dès 1962 - élu de la circonscription durant l’entre-deux-guerres - grâce aux accords de désistement PCF/SFIO et grâce à la querelle MRP/UNR ; le siège restera à la gauche même en 1968.

 

 



[1] Voir la composition par canton, à l’article Wikipaedia Liste des circonscriptions législatives de la Loire-Atlantique, Composition des circonscriptions de 1958 à 1986.

[3] http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=5614 Ragueneau était compagnon de la Libération.

La Loire - Inférieure de 1913 à 1946

publié le 22 avr. 2015 à 08:28 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 13 mai 2016 à 11:03 ]

Mots-clés : Siegfried, tableau politique de la France de l’Ouest, tempérament politique, Bretagne, Nantes, Loire-Inférieure, Châteaubriant, Saint-Nazaire, religion et politique, noblesse, ancien régime, propriété de la terre, Comité d'union nationale et républicaine, MRP, Parti républicain de la Liberté (PRL), Blancs et Bleus

 

LA LOIRE-INFÉRIEURE A L’ÉPOQUE DU TABLEAU...

 

    Le "Tableau", c’est bien sûr le Tableau politique de la France de l’ouest d’André Siegfried. Travaillée et rédigée avant 1914, cette étude est obsolète sur de nombreux points, mais elle est encore exploitable sur bien d’autres. C’est un chef-d’œuvre de la littérature politique. La France est "un pays dont les répartitions électorales ont depuis des décades une réputation non usurpée de stabilité" écrit Le Monde en 1946. On sait, par exemple, que la géographie électorale du Parti communiste français rappelle puissamment la géographie jacobine-montagnarde-sans-culottes de la Révolution. Dans la France de l’Ouest, il en va de même : la stabilité est de mise. Certes, en 2012, la Bretagne a voté "rose" ce qui témoigne d’un vrai changement mais il a fallu des décennies pour en arriver là. En tout cas, pour étudier l’évolution électorale en Loire-Inférieure de 1946 à la fin du XX° siècle, les apports du livre de Siegfried sont encore nombreux et féconds.

    Siegfried présente les différents pays de ce vaste département. Ils recouvrent souvent l’aire des différents arrondissements.

  

 Arrondissements de Châteaubriant et Ancenis :

    Siegfried attache une grande importance à la structure foncière et sociale pour expliquer ce qu’il appelle le "tempérament politique" d’une région ou d’un pays -au sens français de petite région-. "Dans le canton de Moisdon (arrondissement de Châteaubriant) la grande propriété couvre 40% de la surface. (…). Rien n’est encore sérieusement entamé dans les positions d’une noblesse terrienne nombreuse et riche, qui réside et, appuyée sur le clergé, résiste et domine". "Les familles du Breil de Pontbriand (Erbray), Ginoux-Défermon (Issé), de Charette (Nort-sur-Erdre), de La Ferronays (Saint-Mars-la-Jaille), Thoinnet de la Turmelière (Liré et Ancenis) sont les influences dominantes et presque incontestées. Comme (en Maine-et-Loire), la véritable note politique est le royalisme, avec les de La Ferronays et les du Breil de Pontbriand [1]. À Ancenis et Châteaubriant, (…), cette région angevine de la Bretagne continentale demeure méfiante des idées démocratiques, soumise à ses nobles et à ses prêtres. Jusqu’à présent elle n'évolue pas". Depuis, il y eut quelque évolution. Sur sa carte numérotée 22, Siegfried distingue un canton au tempérament politique de gauche (c’est-à-dire républicain) : celui de Guémené. En 1946, ce canton et ceux qui le prolongent vers l’Est : Derval et Châteaubriant manifestent une vocation radicale assez forte et le pourcentage de votes laïques y est supérieur à celui des votes confessionnels. 

Arrondissement de Paimboeuf

    Après avoir présenté ses observations sur le vignoble du sud-est de Nantes, A. Siegfried évoque le cas des cantons au sud de la Loire et à l’est de Nantes (arrondissement de Paimboeuf, aujourd’hui supprimé). "L’arrondissement de Paimboeuf et les cantons nettement vendéens de Machecoul, St.-Philbert-de-Grandlieu, Legé, à un moindre degré Aigrefeuille sont nettement royaliste d’esprit et de tendance. Vers l’ouest, la vigne cesse d’être la principale culture (et) voici la grande propriété qui reparaît : elle couvre à Legé 42% de la surface. A St.-Père-en-Retz, la proportion est de 48%. L’atmosphère sociale et politique change en même temps : les élus sont titrés et royalistes (…)".

  

 Le nord-ouest du département :

    "Au delà de Savenay, Blain, Guémené-Penfao, Redon le paysage change ; les champs se font nus et tristes entre 1eurs haies d'ajoncs, les landes apparaissent; une coloration grise remplace le vert éclatant de l'Anjou. A Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire, c'est l'aspect de la pure Bretagne qui se manifeste dans ces successions de petites maisons carrées aux toits noirs, plantées sans ordre les unes à côté des autres sur la lande, jusqu'à l'horizon vide, aride et lointain. En même temps, la structure sociale se modifie, de nouveaux courants se font sentir, le climat politique change. C'est la fin de l'Ouest intérieur. Dès Donges et Saint-Nazaire, voici qu'apparaît la Bretagne proprement dite, et dès le Croisic une sorte d'annexe de la Bretagne bretonnante : Guérande et le Croisic furent en effet des fondations bretonnes ; (…). Distinguons bien, dans ce nord-ouest de la Loire-Inférieure la côte de l'arrière-pays ; car dès maintenant va nous saisir le contraste essentiel, que nous retrouverons partout en Bretagne, des marins et des terriens".

    "Sans nous attarder aux paludiers des marais salants (communes de Guérande et de Batz principalement), ces indépendants un peu sauvages pour qui la politique est un intérêt secondaire, passons maintenant au pays rural. Dès Guérande qui du haut de sa colline domine une immense étendue d'océan, d'îles et de marais, l'atmosphère de l'intérieur apparaît. D'abord, le morcellement est de suite moins accentué. Puis, la grande propriété se retrouve. Dans le canton de Saint-Gildas-des-Bois, la grande propriété couvre 41 p. 100 de la surface, la moyenne 13 p. 100, la petite 46 p. 100. A mesure qu'on s'éloigne de la mer, l'égalité du milieu maritime fait place à une société hiérarchique. A Guérande et dans les environs il y a une foule de petits hobereaux. Plus loin, dans les cantons de Saint-Gildas, Guémené, Saint-Nicolas-de-Redon, Pontchâteau, Herbignac, de grandes familles nobles (les de Montaigu, de la Villesboisnet, de Lareinty) exercent une influence prépondérante. Ce n'est sans doute plus tout à fait la solide structure féodale de l'Anjou (on remarquera par exemple, à Saint-Gildas, le grand nombre de petits propriétaires); mais, sur une population misérable et craintive, l'ascendant du riche, surtout l'ascendant du prêtre est sans contrepoids". "Là est l'explication de la carte politique. Sitôt gravie la colline de Guérande, surtout sitôt traversé le Marais de la Grande- Brière, les forces de gauche cessent de l'emporter. Les communes terriennes de Guérande, Saint-Molf, Escoublac, Saint-André-des-Eaux (canton de Guérande) votent habituellement à droite. Plus loin, dans les cantons de Saint-Gildas-des-bois, Herbignac, Pontchâteau, toutes les communes, sans exception pour ainsi dire, sont inféodées aux influences antirépublicaines".

    Nantes ?

    Le protestant Siegfried aime écrire que "Nantes est une ville républicaine et même très républicaine". Mais il écrit par ailleurs et cela vaut pour tout le département : "c’est le tête-à-tête des nobles et des paysans qui remplit la politique des cantons ruraux". Car Nantes n’a pas de rayonnement politique au-delà de ses limites ; "grande capitale économique régionale, Nantes n’est politiquement pas plus qu’un îlot de modernité dans un océan d’ancien régime". Sa carte des élections de 1902, le confirme tristement car les cantons noirs qui votent conservateurs sont, à cette date, des cantons anti-dreyfusards et hostiles au ministère Waldeck-Rousseau.

     Tout ce qui est cité, ici, est de grand service pour comprendre la suite. Siegfried parle souvent du curé et de l’union du château et de la cure au niveau de la commune et du canton (celle du trône et de l’autel relève du passé) mais il ne cartographie pas sur une forme ou une autre, l’influence de la religion dont on sait qu’elle est une "variable politique majeure" CHANOINE BOULARD : LA RELIGION, VARIABLE POLITIQUE MAJEURE.(atlas) J’ai tenté de le faire en exploitant les résultats électoraux de novembre 1946.


LA LOIRE-INFÉRIEURE DE NOVEMBRE 1946

 

    Les élections générales du 10 novembre 1946 apportent leur lot d’informations. La Loire-Atlantique - à l’époque Loire-Inférieure (jusqu’en 1957) - est un pays catholique et - comme d’autres départements - elle est à cette date le théâtre d’une double confrontation. D’une part, c’est la lutte qui perdure entre Blancs et Bleus, entre Ancien Régime et Révolution, entre le châtelain conservateur (comprendre royaliste) et l’épicier radical-socialiste (comme aux cantonales de Châteaubriant, par exemple [2]). D’autre part, c’est la lutte, plus récente, entre l’Eglise-qui-ne-peut-pas-se-tromper (lire l’introduction de mon livre, ici-même) et les catholiques plus réformateurs du Mouvement Républicain Populaire (MRP), né des entrailles de la Résistance. Le MRP s’est prononcé en faveur de l’école privée. Il s’est, surtout, allié aux Communistes et a accepté un programme de nationalisations, attentatoire au dogme sacré de la propriété privée. Pour ces deux raisons, le MRP est exécré par la droite traditionaliste, nationaliste et patronale, laquelle est réorganisée depuis la Libération dans le Comité d'union nationale et républicaine dont le MRP est exclu.

    Les élections de députés, en novembre 46, sont des élections législatives et non pas constituantes, les Français ayant adopté, par referendum, le projet de constitution proposé le 13 octobre. Ces élections de novembre sont les meilleures pour le PCF qui (re)devient le premier parti de France avec 28,6% des suffrages exprimés (21,9% des inscrits). Qu’en est-il en Loire-Inférieure ? 

    L’élection a lieu au scrutin proportionnel, de liste, départemental. La Loire-Inférieure a droit à 8 sièges. Huit listes se présentent au corps électoral. A gauche : PCF, SFIO, un petit parti gauchiste le PCI, l’UDSR et Jeune République ; au centre le MRP et le Rassemblement des Gauches Républicaines (RGR) ; à droite/droite extrême, la liste d’Union nationale, P.R.L., Union Gaulliste et union paysanne et, enfin, une liste d’Union sociale et républicaine de la réconciliation française. Que dire de ces listes ?

    La liste de réconciliation française fleure bon son pétainisme : embrassons-nous, Folleville ! Après nous être séparés durant l’Occupation, oublions les comportements trop chaleureux envers le Maréchal, et cessons de parler de politique, qui -comme on sait- divise les Français. Vieux thème de la droite maurassienne. Tout cela n’est pas écrit noir sur blanc mais est implicite.

    La liste d’Union nationale montre que les Gaullistes sont bel et bien dans l’opposition au Tripartisme. Ils n’hésitent pas à s’allier avec le parti paysan de Paul Antier lequel a voté les pleins pouvoirs à Pétain, le 10 juillet 1940 et défend un point de vue étroitement corporatiste sur l’agriculture. De même, ils s’allient au Parti républicain de la Liberté (PRL) dont le programme est ultra-libéral, farouchement anticommuniste et colonialiste. La liste est conduite par Jacques Chombart de Lauwe, Olivier de Sesmaisons (petit-fils d’Ernest Guibourd de Luzinais, sénateur monarchiste de la Loire-Inférieure de 1886 à sa mort, maire de Nantes de 1888 à 1892) [3]. Au Conseil de la république, le PRL présente le comte Henry Pantin de Landemont, monarchiste passé au gaullisme à la Libération (puis divers droite), maire d’Ancenis [4]

    Le R.G.R. comprend en son sein les restes du parti radical et radical-socialiste, très affaibli par la défaite de 1940 et par son vote pour le maintien de la constitution de 1875… mais il renaîtra de ses cendres. Le RGR condamne les nationalisations, lui aussi est libéral. Je ne vois guère que la laïcité qui le distingue de la droite classique.

    Le M.R.P. est au gouvernement avec la SFIO et le PCF. C’est le Tripartisme, Tripartisme sans De Gaulle, puisque le Général s’est retiré en janvier 1946. À la surprise générale, le MRP a accepté de continuer à gouverner avec les partis "marxistes" ce qui est vécu par beaucoup de Gaullistes comme une trahison et par les traditionalistes comme une hérésie. Mais, compte tenu des résultats de ce parti - très élevés, ils feront du MRP le premier parti de France lors des élections générales de juin 1946 - et de son électorat, il faut se féliciter de sa participation gouvernementale qui permet à l’électorat catholique d’être associé aux grandes réformes de la Libération. Mais sa pesanteur sociologique - comme ici en Loire-Inférieure - ne l’incite pas à aller très loin dans sa coopération avec le PCF. Ainsi que l’écrit Jacques Fauvet : "le MRP est un parti qui veut faire une politique de gauche, avec des électeurs de droite tout en siégeant au centre" [5].

 

    Les résultats départementaux de la Loire-Inférieure montrent l’influence massive de la religion catholique (voir par ailleurs la carte du chanoine Boulard). L’Union nationale obtient 30,3% des suffrages exprimés (23,5% des inscrits), le MRP arrive second avec respectivement 23,7 et 18,4% ; la liste de réconciliation nationale : 1,37% et 1,06 (elle arrive avant-dernière). Les partis laïques -c’est-à-dire les cinq autres listes - ne forment évidemment pas un bloc homogène. La somme de leurs suffrages donne cependant une idée de l’influence des Bleus dans le département [6]. A l’échelle départementale, les partis confessionnels obtiennent 55,5% des suffrages exprimés contre 44,5 aux partis laïques - respectivement 43% et 34,5% par rapport aux électeurs inscrits - .


    Pour chaque canton, j’ai calculé le nombre de voix obtenues par les laïques et le nombre de voix "catholiques", sachant bien que le PRL est bien loin des positions du MRP, mais, là encore, cette masse de voix constitue le point d’appui de la Droite dans les années futures - l’UDF de Giscard d’Estaing réunira ces deux tendances, ne l’oublions pas -. Les résultats sont cartographiés sur la figure ci-dessous. Les cantons où les catholiques représentent plus de 80% des voix figurent en noir-feutre ; plus de 70% : bleu-feutre ; plus de 60 : bleu-crayon avec une croix ; plus de 50% : gris-crayon cerné de marron-feutre. Les cantons en rose n’ont donné que 40% aux partis adeptes de l’école de Dieu, en jaune, les cantons où ils n’obtiennent qu’un peu plus de 30%. Pour la lecture des cantons, je conseille la carte interactive de France -Trésor des régions. La ville de Nantes est ceinte de rouge-feutre, les partis confessionnels n’y font que 41,9% des votes exprimés. C’est toujours un fief républicain dans un océan conservateur [7].    


    Je conseille la lecture de l’ouvrage suivant : "La Loire-Inférieure sous la IV° République : un bastion de la droite "modérée"", tout en condamnant l’usage goguelien du mot modérée alors que tout ce que nous avons lu jusqu’à présent nous démontre qu’il s’agit d’une droite nostalgique de l’ancien régime, de la monarchie, constituée de républicains du lendemain, quand ce n’est pas de résistants du lendemain… D’ailleurs, l’auteur, Gilles Richard, emploie un autre vocable dans sa présentation : "Au début des années cinquante, renaissait le mouvement breton et au moment de la création du CELIB, la Loire-Inférieure représentait un département sensiblement différent des quatre autres départements bretons sur le plan politique. Sa spécificité tenait avant tout au poids considérable qu'y avait la droite nationaliste et catholique conservatrice. Réorganisée depuis la Libération dans le Comité d'union nationale et républicaine, elle amorça en 1952-1953 une évolution de fond en s'intégrant dans le cadre politique national du CNIP. Mais sa prétention à fédérer les courants anti-marxistes, des gaullistes aux radicaux en passant par les démocrates-chrétiens, échoua en 1958 à l'occasion du changement de régime"[8].

"Droite nationaliste et catholique conservatrice" : voilà qui est bien plus près de la réalité !

 

A suivre : Loire-Atlantique : les élections au scrutin d’arrondissement sous la V° république (1958-1986)



[1] Pour les irrévérencieux et facétieux qui -comme votre serviteur- savourent les noms à rallonge, lire : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Ancien_d%C3%A9put%C3%A9_de_la_Loire-Atlantique

[2] Article Wiki « canton de Châteaubriant ».

[3] Le troisième député PRL est René Dubois, au nom plus plébéien mais maire de La Baule. A retenir.

[4] Le Conseil de la république remplace le Sénat de la III° république.

[5] Dans son livre "La IV° république", Fayard, 1959.

[6] Voici les résultats de ces partis, par rapport aux exprimés puis par rapport aux inscrits, précédé par leur rang dans le département : PCF : 3°, 13,1 et 10,2 ; SFIO : 4°, 12,0 et 9,3 ; RGR : 5°, 11,7 et 9,0 ; Jeune République et UDSR : 6°, 6,6 et 5,1 ; Parti communiste internationaliste : 8°, 1,1 et 0,86%.

[7] Source essentielle : Élections et referendums des 13 octobre, 10 et 24 novembre et 8 décembre 1946, résultats par département et par canton, Le Monde, rue des Italiens, Paris (9°), 1947, 294 pages.

[8] Richard Gilles. La Loire-Inférieure sous la IVe République : un bastion de la droite "modérée". In: Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. Tome 107, numéro 4, 2000. pp. 121-147. doi : 10.3406/abpo.2000.4086 url : /web/revues/home/prescript/article/abpo_0399-0826_2000_num_107_4_4086

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