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IV. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… (4ème partie)

publié le 23 juin 2011 à 10:12 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 févr. 2012 à 08:58 ]
  Cet article est la suite de  III. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… (3ème partie)

N.B. Pour le département du Haut-Rhin, le score de l’extrême-droite fut de 28,5% à la présidentielle 2002.

 -    Mulhouse : le conseil de Mulhouse, ville libre impériale, suit la Réforme helvétique et prit une première initiative en faveur de la Réforme en juillet 1523. Le début de la réforme cultuelle fut suivi par une ordonnance disciplinaire destinée à réprimer tous genres de désordres indignes d’une cité chrétienne, l’abus du jeu et de la boisson, l’inconduite, les jurons, etc… le 15 février 1529, la messe fut abolie, les derniers couvents furent fermés (…). Depuis cette date, Mulhouse fut une ville entièrement réformée jusqu’à son rattachement à la France, en 1798. Le bailliage rural d'Illzach (31,6%, éponyme du canton à 30,7%) partagea le sort de la ville de Mulhouse.

    Mulhouse fut un foyer qui diffusa la réforme. Ainsi l’horizon s’élargit de part et d’autre, et il se fit à Mulhouse une interpénétration de la piété alsacienne et suisse et de celle du protestantisme français. Par « protestantisme français » il faut entendre calvinisme ou son synonyme religion réformée.

    Brisach a une communauté calviniste, et Mulhouse ne lésinait pas pour compléter le traitement du pasteur français. Etaient seuls restés en dehors de cette Eglise de la Confession d'Augsbourgluthérienne, JPRquelques petits consistoires de caractère strictement "réformés" (cad calvinistes). Les consistoires de Mulhouse et de Metz ont acquis, avec le temps, une importance considérable par suite du développement de l'industrie dans leur circonscription et de l'afflux d'une population ouvrière venue en partie de régions "luthériennes" mais incorporée dans les paroisses réformées existantes ou nouvellement créées. (Canton de Mulhouse-nord : 30,4%).

    Tout le monde est d’accord pour souligner comme Strohl le rôle métropolitain, c’est-à-dire de commandement, joué par Mulhouse dans sa région. Ainsi Etienne Juillard de l’université de Strasbourg : « ce sont des cadets de familles mulhousiennes protestantes qui peu à peu transformèrent ces vallées catholiques en rues d’usines. Thann, Guebwiller, Munster, Sainte-Marie-aux-Mines devinrent autant de succursales de l’industrie mulhousienne, rayonnant à leur tour sur leur vallée ». Ou encore les auteurs du Grand atlas de la Révolution française : « Dans le Haut-Rhin, les deux bastions réformés sont Sainte-Marie-aux-Mines et Mulhouse, ville rattachée à la France en 1798. Majoritaires à Mulhouse, les réformés se sont disséminés dans les environs proches et, de manière plus ponctuelle, dans quelques localités de l'arrondissement, qui correspondent à des sites industriels, ainsi qu'a proximité de Bâle au sud-est. Le patriciat mulhousien est devenu vers 1750 le moteur d'une rapide industrialisation qui a essaimé dans la plaine et les vallées vosgiennes. Ce sont les trois villes réformées d'Alsace (Mulhouse, avec Sainte-Marie-aux-Mines et Bischwiller) qui sont devenues les premiers foyers de l'essor industriel alsacien : le patronat industriel a bien pris naissance dans les familles réformées ».

    Est-on passé de la diffusion de l’industrie à la diffusion du protestantisme ? On peut être ouvrier catholique d’un patron protestant et le rester de père en fils. Tout porte à croire néanmoins que le patronat mulhousien a favorisé l’éclosion de temples dans les vallées vosgiennes. A-t-il réussi à y implanter la religion réformée ? Il semble que non. En 1957, F.-G. Dreyfus écrivait « dans le Haut-Rhin, autour de Colmar, dans les vallées de Munster et de Ste-Marie aux Mines, les protestants ne représentent qu'une très faible partie de la population. Ils sont 45.211 dans le Haut-Rhin, c'est-à-dire 9% de la population ». Les forts votes FN-MNR des vallées vosgiennes ne sont pas à mettre au compte du protestantisme, la population a un substrat catholique dans le Haut-Rhin. A Mulhouse-même cependant, l’extrême-droite de 2002 n’a pas percé ; les cantons Sud, Est et Ouest ne votant qu’à hauteur de 25,2%, 23,1 et 26,8%. On a là un bel exemple contraire. Il est vrai que Mulhouse a été pénétrée par l’influence sociale-démocrate.

- Le duché de Wurtemberg. Le duc de Wurtemberg a droit de propriété sur Montbéliard, ainsi que sur deux possessions alsaciennes : la seigneurie de Riquewihr (31,1% - canton de Kaysersberg 26,7%), et le comté de Horbourg (canton d’Andolsheim 28,4%). Sous la dépendance de Riquewihr pour le spirituel sont les villages de Sundhouse (31,4%), Baldenheim (29,5%), tous eux dans le canton de Marckolsheim (29,1%), et Kunheim (25,8%-canton d’Andolsheim). Jebsheim (27,7%) est un autre village se conformant aux usages wurtembergeois (canton d’Andolsheim).

-Munster Munster (29,1%) est une ville libre impériale depuis 1354 après sa révolution communaliste contre l'abbaye bénédictine qui était seigneur de la ville. La réforme est introduite dès 1536. La ville libre étendit la réforme sur les villages de son territoire : Lutterbach (38,4%), Breitenbach (22,8%), Muhlbach (31,4%), Metzeral (32,8) et Sondernach (39,3%), tous du canton de Munster à 30,8%. Dans la petite vallée aussi avec les villages de Stosswihr (40,4%), Soulzeren (32,4%) et Hohrod (29,4%) du canton de Munster également.

    En 1575 et 1578, tous les règlements approuvés jusque là par le peuple souverain furent codifiés par le Magistrat (aujourd’hui dirions-nous maire et conseil municipal). Ces ordonnances nous donnent une idée du profond sérieux d'une population devenue, sous l'action de l'évangile, fermement décidée à faire de la ville une cité effectivement chrétienne. Les efforts de l'Eglise et des autorités civiles devaient être conjugués à cette fin.

    Un règlement de police ordonnait la fréquentation régulière du culte. Enfants et adultes rencontrés dans les rues aux heures des cultes qui leur étaient destinés, devaient être amenés dans un réduit sous l'escalier de l'église et subir la honte d'être exposés aux regards moqueurs de toute la communauté à la sortie de l'église. Des mesures sévères veillaient au respect de la famille. Aucun mariage ne pouvait être béni à l'église sans le consentement des parents et l'autorisation du Magistrat. Les jeunes gens ayant vécu maritalement avant leur mariage étaient exposés à la risée publique dans le réduit précité. L'inconduite et l'adultère étaient menacés de peines infamantes allant jusqu'au bannissement. Pour réprimer l'alcoolisme, les auberges devaient être fermées au couvre-feu. L'enivrement était puni de prison. Le blasphème encourait jusqu'à la peine de mort. Tous ces règlements étaient rappelés tous les ans solennellement du haut des chaires et étaient appliqués rigoureusement, avec le consentement de tous, étant l'expression de la volonté d'hommes libres (sic).

    Je me demande jusqu’à quel point Strohl croyait à ce qu’il écrivait (en 1950…). Ce goût pour l’Ordre moral expliquerait toutefois bien des comportements politiques.

    Dans ce qui est devenu le canton de Munster, les ducs de Lorraine, catholiques contre-réformés, étaient ‘possessionnés’ ; à quoi s’ajoute l’influence de l’abbaye bénédictine de Munster. Cela explique la présence catholique dans certains villages du canton (Breitenbach ?). Les votes Bayrou + Boutin figurent parmi les plus élevés de toute l’Alsace.

-La seigneurie des Ribeaupierre : Luthérienne, Ribeauvillé (canton à 29,8%) est une autre ancienne capitale que dominent les trois châteaux des seigneurs de Ribeaupierre. Le seigneur introduit également la Réforme à Sainte-Marie-aux-Mines (commune : 29,2%) et dans son village de Wihr-en-plaine, encastré dans le comté d'Horbourg (commune de Horbourg-Wihr, 25,2%). Les villages de Gunsbach (29,4%) et Griesbach (30,4%) -canton de Munster- sont également ses sujets. A Ste-Marie, les mines ont été mises en valeur par des mineurs luthériens de Saxe. Des réunions se tenaient à Echery, Aubure (28,7%), canton de Ste-Marie-aux-mines à 30,5%.

A suivre. V. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… En guise de conclusion



[1] C’était, comme dans la Basse-Alsace et comme indiqué sur la carte de Strohl, « un territoire de ville libre devenue protestante ».

[2] Dans son article sur « le protestantisme alsacien ». Disponible sur le net.

[3] Tout est relatif bien entendu. Cela reste des scores excessivement élevés, mais ce sont les nuances qui permettent d’orienter la recherche des causes.

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