Alsace

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Vote de l’Alsace-Moselle en 2012 : la bonne tenue de nos compatriotes…

publié le 25 avr. 2012 à 01:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 mars 2015 à 07:22 ]

    Comment s’est comportée l’Alsace-Moselle lors de cette présidentielle, elle qui constitue un bastion du Front national ? Dans un tableau, j’avais montré le différentiel de comportement électoral entre les trois départements et le reste de la « patrie républicaine » comme dit merveilleusement J.-L. Mélenchon, et qui est souvent dénommé « l’Intérieur » par nos compatriotes excentrés. Je reprends ce tableau et présente celui de la campagne 2012. Je rappelle que le vote MNR de 2002, pour Bruno Mégret, ancien n°2 du Fn et schismatique, ce vote donc fait partie intégrante de l’extrême-droite. Tous les politologues ajoutent les scores LePen et Mégret pour effectuer leurs analyses.

 

Vote de l’Alsace-Moselle en 2002 :

 

Territoire

Inscrits

Exprimés

Voix EXD

% inscr.

% expri.

Alsace-Moselle

  1.865.674

  1.295.029

   356.359

19,5%

27,5%

« Intérieur »

39.329.015

27.203.442

5.115.380

13,0%

18,8%

France

41.194.689

28.498.471

5.471.739

13,3%

19,2%

Différentiel

 

 

 

+6,5%

+8,7%

Sources : établi à partir des chiffres du ministère de l’Intérieur.


Vote de l’Alsace-Moselle en 2012


Territoire

Inscrits

Exprimés

Voix EXD

% inscr.

% expri.

Alsace-Moselle

  2014959

  1563412

  360721

17,9%

23,1%

« Intérieur »

44022586

34322327

6061052

13,77%

17,66

France

46037545

35885739

6421773

13,9%

17,9%

Différentiel

 

 

 

+4,13%

+5,44%

Sources : établi à partir des chiffres du monde.fr  

 

    Malgré une augmentation de 268.383 v. du chiffre des suffrages exprimés entre 2002 et 2012, en Alsace-Moselle, le FN ne gagne que 4362 voix. C’est une stagnation et, en termes de pourcentage des électeurs INSCRITS, une baisse de 1,6%. Concernant les exprimés, la baisse est de 4,4%. Conclusion : l’influence du FN baisse dans son bastion alsacien-mosellan.

    On peut établir le tableau suivant (tous chiffres en rapport avec les INSCRITS) (Alsace seulement)

 

Tendance

2002

2007

2012

ANBl.*

28,8

18,2

21,9

Gauche

24,1

21,3

24,3

Droite

27,3

49,3

36,5

EXD.**

19,8

11,1

17,3

* Abstentions, bulletins nuls et blancs.

** somme FN + MNRen 2002

    Ainsi qu’on peut le lire, l’extrême-droite alsacienne ne retrouve pas son niveau de 2002. Elle récupère une bonne partie de l’électorat Sarkozy que celui-ci avait capté par ses promesses sur « le travail » en 2007. En 2012, la chute est lourde pour la droite qui perd quasiment 13%. En revanche, la Gauche fait mieux qu’en 2002. Cette année est toujours vécue comme calamiteuse par les Républicains, pour la raison que l’on sait, mais en France, la Gauche, toutes tendances confondues, était majoritaire et un affrontement Chirac-Jospin aurait certainement donné la victoire à ce dernier.

    Quoiqu’il en soit, la gauche progresse en 2012 alors qu’elle présentait deux candidats de moins. Le score de Jean-Luc Mélenchon est une authentique et bonne surprise : l’ignorant se gaussera des chiffres  - 7,3% des exprimés ; 5,7% des inscrits - mais en réalité c’est une progression spectaculaire car le Front de Gauche surgit -presque- du néant en Alsace. Dans le canton strasbourgeois de la Gare, il obtient 15,2% des suffrages exprimés et 1221 voix ; son point d’appui de 2007 était pourtant bien maigre : 229 voix [1]. Ce cas n’est pas isolé : 12,9% des exprimés à Strasbourg-6 ; 13,9% à Strasbourg-3. Sur l’ensemble de la commune de Strasbourg, Mélenchon obtient 11,4% des suffrages exprimés. C’est historique.

    Dans les campagnes protestantes, le Front-de-Gauche dépasse les 5% des exprimés, sans plus. Mais rappelons que pour les Luthériens, la révolution, « c’est le péché ». Et, en 2007, Mme Buffet y évitait de justesse le 0%... Dans le Haut-Rhin, Jean-Luc Mélenchon obtient quasi 11% des exprimés dans la ville de Sainte-Marie-aux-Mines, 10,21% dans le canton.

    En 2011, lors des élections cantonales, Serge Jaeggy, candidat du Front de Gauche (sic) avait obtenu 43,3% au second tour dans le canton de Munster et la majorité absolue dans trois communes.

    Le soleil se lève à l’Est.

    En revanche, pour ce qui concerne la France de « l’intérieur », le gain du FN est de 0,77% des inscrits. Cela explique la diminution du « différentiel » entre l’Alsace-Moselle et le reste du territoire. Cette progression relative à l’ « intérieur » peut être mise en valeur par l’exemple breton (région administrative de Bretagne, hors Loire-Atlantique) et par les départements de la région Champagne-Ardenne. Nous y reviendrons.

.

 



[1] Cumul des M.G.Buffet (PCF) et J. Bové (alternatifs). Bové n’était pas EELV à cette date mais soutenu par des forces qui ont constitué ultérieurement le Front de Gauche.

V. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… En guise de conclusion

publié le 23 juin 2011 à 10:14 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 nov. 2014 à 05:33 ]

  14/10/2010  

    Cet article est le cinquième - et la conclusion - d'une série numérotée de I à V. article précédent : IV. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… (4ème partie)
article initial : I. Vote F.N., Vote OUVRIER, La RELIGION, L’ALSACE…(1ère partie)

Trois points :

1. Une influence indéniable de la religion dans le comportement politique.

    En conclusion, on peut exploiter les données fournies par l’ IFOP pour le compte de la revue protestante Réforme en 2009.

    L’ IFOP analyse la sociologie et le comportement politique des protestants français en effectuant un découpage géographique sans, malheureusement, nous dire les limites de ses circonscriptions. Ainsi parle-t-il du « Grand Est », du « Grand Sud », de la région parisienne et des grandes agglomérations de plus de 100.000 habitants. Par « Grand Est » il faut vraisemblablement comprendre les trois Régions : Lorraine, Alsace et Franche-Comté qui ont appartenu au Saint Empire romain germanique et ont été des foyers de la réforme ou ont été sous l’influence des réformes allemande et suisse. Dans cette espace, l’Alsace se détache nettement (plus de 7% de protestants pour une moyenne nationale de 2,2%) devant la Moselle, Belfort et le Doubs (entre 2,5 et 6,9% de protestants).

    Agrandissant l’échelle, on observe que les protestants sont nettement concentrés dans le Bas-Rhin prenant en écharpe le département depuis l’Alsace bossue jusqu’à Bischwiller sur le Rhin. Il y a aussi Strasbourg dont j’ai peu parlé parce que le comportement politique des Strasbourgeois ne peut s’expliquer par une seule variable, même si la religion protestante est loin d’être négligeable dans leur vote socialiste (mairie et députation). En effet, le protestantisme germanique est un Janus aux deux visages. Il peut aussi bien alimenter le vote pour les partis autoritaires (soumission luthérienne au Prince) qu’abonder les suffrages sociaux-démocrates (dès le départ, la sécularisation des biens du clergé catholique a servi à financer les écoles et les hôpitaux, construisant le berceau du futur État-Providence cher au cœur de ce courant politique). C’est la même analyse qui permet de comprendre la persistance de la social-démocratie à Mulhouse, social-démocratie fortement teintée d’anti-communisme.

    Dans le Grand Est, les protestants présentent un profil nettement plus populaire que dans les grandes agglomérations. Le type IFOP du protestant Grand Est est celui d’un homme, âgé de 35 à 49 ans, ouvrier (23% alors qu’à l’échelle nationale, les protestants sont ouvriers à hauteur de 12% seulement), Jean le laveur, ouvrier luthérien du Pays de Montbéliard, 1858.luthérien, et votant à droite.

    En affinant l’analyse du comportement électoral, on observe que les protestants du Grand Est «  se distinguent du reste du pays par un tropisme plus prononcé pour les Verts (13,7% contre 12,5% pour l’ensemble des protestants français) mais surtout pour l’extrême-droite qui y compte deux fois plus de sympathisants (16,6%) qu’à l’échelle nationale (7,8%) ».

    Notre analyse confirme ce point de vue. Il est vain de nier une influence religieuse protestante dans le score très élevé de l’extrême-droite en Alsace. Mais c’est un protestantisme qui n’a pas la même histoire que le« Grand Sud » de l’IFOP (Saintonge, Tarn, Languedoc, Cévennes, Drôme, Vaucluse…).

 2. le cas des calvinistes (ou réformés).

    « Le protestantisme alsacien présente en effet des caractères particuliers qui lui donnent une place à part dans le protestantisme français. L’entrée dans la communauté française à la suite des traités de Westphalie (1648) va valoir au protestantisme alsacien un régime d'exception ; alors qu'avec la Révocation de l’Édit de Nantes (1685), la terreur s'abat sur leurs coreligionnaires des Cévennes ou du Poitou, l'Alsace connut une relative tranquillité (….) et les vicissitudes connues par l'Alsace de 1870 à nos jours ont valu aux Églises de conserver un statut particulier très proche du régime établi sous le Consulat par les Articles Organiques ».

    Les Huguenots « français » -ainsi étaient-ils dénommés tant que l’Alsace et la Lorraine relevèrent du Saint Empire romain germanique-, persécutés, allant jusqu’à l’insurrection (Guerre des Camisards), ont entretenu une opposition au régime de la Monarchie absolue de droit divin, version Bossuet-Louis XIV. Ils ont accueilli la Révolution française avec ferveur. Cette révolution leur accordant, non pas la tolérance mais la liberté religieuse. Cela explique leur attachement à la laïcité et à la République et, donc, pendant longtemps, leur positionnement politique à gauche de l’échiquier. Il est clair que les conditions historiques ne sont pas les mêmes que dans le Grand Est. Dans le ‘Grand Sud’ de l’IFOP, les protestants votent à 7,1% pour l’Extrême-droite contre 16,6 pour le Grand Est et 7,8% pour l’ensemble des protestants français.

    Il ne faut donc pas s’étonner si les calvinistes alsaciens n’ont pas le même positionnement que les calvinistes de « l’intérieur ». D’autant que Strohl nous signale une identité de vue entre luthériens et calvinistes : « comme tous ces principes - relatifs à « l’ordre moral »- JPR » étaient aussi admis par les réformés, les autorités exigèrent que tous les ‘usages’ des luthériens et des réformés fussent rendus conformes, nonobstant la différence de doctrine ». ainsi, le canton de Sarre-Union où les réformés sont majoritaires vote massivement pour l’extrême-droite (35,7%) à l’unisson avec ses voisins ‘luthériens’.

 3. et les catholiques ?

    Je juxtapose deux cartes* : celle de l'extrême-droite et celle du vote Boutin (catholique traditionaliste). Le vote Boutin m'a semblé représentatif du vote catholique même si on sait que des traditionalistes votent FN sans vergogne. cela dit, l'importance des votes n'est pas comparable. Mais, grosso modo, ne peut-on pas dire que ces cartes sont l'inverse l'une de l'autre ? Regardons à Wissembourg, à Haguenau, les cantons autour de Saverne, vers Molsheim, au niveau de Soultz-Ht-Rhin, et dans le Sundgau -région d'Altkirch.

    

Au moment de la Réforme, si des princes basculèrent -eux et leurs sujets- dans le protestantisme, d’autres demeurèrent inexorablement catholiques. Ce fut le cas de l’évêque de Strasbourg qui demeure à Saverne et, bien sûr, le souverain autrichien qui était largement « possessionné » en Haute Alsace (Sundgau, pays de Altkirch, notamment). Mais d’autres princes territoriaux étrangers à la province y avaient quelques fiefs qui devinrent des isolats catholiques dans leur environnement protestant, c’est le cas du Duc de Lorraine, de l’évêque de Spire, etc… Ensuite, intervint la Contre-Réforme catholique qui, ici ou là, regagna du terrain perdu. Symbole de cette contre-réforme « des établissements d'enseignement jésuites ont été créés à Saverne (ville 21,9%), Molsheim (ville 25,2%), Ensisheim (ville 31,7%), Sélestat (25,4%), Colmar (24,5%), Obernai (27,87%) » (Strohl). Cela a aussi une traduction dans les comportements électoraux d’aujourd’hui. On constate que le score EXD est plus faible que pour le reste de l’Alsace, mais Ensisheim nous rappelle qu’il n’y a pas de loi mécanique.

- Le pays de Sundgau (Altkirch) - ancienne terre des Habsbourg, demeuré catholique - est une zone de moindre influence également. A noter que dans les cinq cantons de ce « pays », Alain Madelin obtient 4,5% des exprimés (3,9% en France).  

- Kaysersberg était ville-libre, immédiate d’Empire, membre de la Décapole et rétive à la Réforme. Le score de F. Bayrou montre ses assises catholiques (12,3%), l’extrême-droite atteint 26,6%, Mais très gros score d'Alain Madelin - candidat ultra-libéral dans le prolongement des Indépendants & paysans - dans le canton de Kaysersberg : presque 6% des exprimés (au lieu de 4,1% dans le Haut-Rhin) ainsi que dans la commune éponyme (5,60%).

- Ville de piémont, Guebwiller (27,91%) commande une vallée vosgienne « que ne toucha pas la Réforme protestante. En effet, les abbés de Murbach, en fidèles soutiens des empereurs Habsbourg, se révèlent d'actifs artisans de la Contre-Réforme catholique » , le vote EXD y est un peu plus faible.

- La zone Sélestat - Villé est également marquée par la vivacité du catholicisme.

- Dans le Bas-Rhin, la région de Saverne, ville où résidait l’évêque de Strasbourg, a échappé à la Réforme, on y relève aujourd’hui un score inférieur à la moyenne pour les candidats FN/MNR. Enfin, tout au nord, les cantons de Wissembourg et Lauterbourg (évêché de Spire) suscitent les mêmes commentaires.

Cela dit, nous sommes face à une question.

    Les chiffres indiquent une nette supériorité du chiffre de protestants bas-rhinois sur ceux de haute Alsace. Si la thèse selon laquelle le vote pour l’extrême-droite serait dû à une dilection protestante à son endroit, c’est en Bas-Rhin que l’on devrait trouver les chiffres les plus élevés. Or c’est le contraire qui est vrai : le Haut-Rhin a voté FN/MNR à 28,5% et la basse Alsace à 27,3%. Et le Haut-Rhin - aux exceptions que nous avons vues - est resté de tradition catholique. Henri Strohl peut écrire : "les grandes possessions des Habsbourg dans le Sundgau sont restées hermétiquement fermées à la Réforme". Les cartes publiées par Dreyfus en 1957 confirment le vide protestant au sud d’une ligne Munster-Brisach, et là, les votes EXD atteignent le même niveau que dans l’Alsace bossue.

    Curieusement, les votes ‘catholiques’ Boutin-Bayrou sont nettement plus élevés dans le Bas-Rhin y compris dans les cantons réputés les plus ‘luthériens’ (13,5% à Bouxwiller, par exemple). Tout ce passe comme si, dans ces terres protestantes, les catholiques tenaient à manifester leur présence.

    Le sondage de l’ IFOP ainsi que les chiffres que nous avons cités pour les cantons de vieille implantation ne permettent pas de mettre en doute le vote protestant. Mais il est tout aussi nécessaire de dire le vote catholique dans d’autres cantons.

    L’explication ne peut pas être univoque. Tout cela plaide en faveur d’une crise régionale dans laquelle entrent de nombreux facteurs : religion, immigration, crise industrielle, décalage de croissance avec les régions allemande et suisse voisines, dissensions Paris/province, etc...

Fin de la série d’articles relatifs à l’Alsace.

* : fond de carte fourni par le site Trésor des régions.

article n°1 : I. Vote F.N., Vote OUVRIER, La RELIGION, L’ALSACE…(1ère partie) 

***

voir aussi la série d'articles sur le Pays de Montbéliard dont le premier :  Jean le laveur, ouvrier luthérien du Pays de Montbéliard, 1858. est un portrait typique d'un ouvrier luthérien.


[1] IFOP pour Réforme, « Éléments d’analyse sur la sociologie et le positionnement politique des protestants en France », octobre 2009. Disponible sur le net.

[2] En réalité, « Tout le XVII° siècle, selon le mot de Georges Livet, n'a été qu'une vaste conspiration contre l'Édit de Nantes », cf. mon livre, chapitres 3 et 4.

[3] D’après F.-G. Dreyfus,  « Le protestantisme alsacien », Archives des sciences sociales des religions, Année 1957, Volume 3, Numéro 3, pp. 57-71.

[4] Site des dominicains de Haute-Alsace.

[5] A l’exception, encore une fois de Mulhouse, qui affiche une situation insulaire dans un océan catholique.

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IV. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… (4ème partie)

publié le 23 juin 2011 à 10:12 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 févr. 2012 à 08:58 ]

  Cet article est la suite de  III. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… (3ème partie)

N.B. Pour le département du Haut-Rhin, le score de l’extrême-droite fut de 28,5% à la présidentielle 2002.

 -    Mulhouse : le conseil de Mulhouse, ville libre impériale, suit la Réforme helvétique et prit une première initiative en faveur de la Réforme en juillet 1523. Le début de la réforme cultuelle fut suivi par une ordonnance disciplinaire destinée à réprimer tous genres de désordres indignes d’une cité chrétienne, l’abus du jeu et de la boisson, l’inconduite, les jurons, etc… le 15 février 1529, la messe fut abolie, les derniers couvents furent fermés (…). Depuis cette date, Mulhouse fut une ville entièrement réformée jusqu’à son rattachement à la France, en 1798. Le bailliage rural d'Illzach (31,6%, éponyme du canton à 30,7%) partagea le sort de la ville de Mulhouse.

    Mulhouse fut un foyer qui diffusa la réforme. Ainsi l’horizon s’élargit de part et d’autre, et il se fit à Mulhouse une interpénétration de la piété alsacienne et suisse et de celle du protestantisme français. Par « protestantisme français » il faut entendre calvinisme ou son synonyme religion réformée.

    Brisach a une communauté calviniste, et Mulhouse ne lésinait pas pour compléter le traitement du pasteur français. Etaient seuls restés en dehors de cette Eglise de la Confession d'Augsbourgluthérienne, JPRquelques petits consistoires de caractère strictement "réformés" (cad calvinistes). Les consistoires de Mulhouse et de Metz ont acquis, avec le temps, une importance considérable par suite du développement de l'industrie dans leur circonscription et de l'afflux d'une population ouvrière venue en partie de régions "luthériennes" mais incorporée dans les paroisses réformées existantes ou nouvellement créées. (Canton de Mulhouse-nord : 30,4%).

    Tout le monde est d’accord pour souligner comme Strohl le rôle métropolitain, c’est-à-dire de commandement, joué par Mulhouse dans sa région. Ainsi Etienne Juillard de l’université de Strasbourg : « ce sont des cadets de familles mulhousiennes protestantes qui peu à peu transformèrent ces vallées catholiques en rues d’usines. Thann, Guebwiller, Munster, Sainte-Marie-aux-Mines devinrent autant de succursales de l’industrie mulhousienne, rayonnant à leur tour sur leur vallée ». Ou encore les auteurs du Grand atlas de la Révolution française : « Dans le Haut-Rhin, les deux bastions réformés sont Sainte-Marie-aux-Mines et Mulhouse, ville rattachée à la France en 1798. Majoritaires à Mulhouse, les réformés se sont disséminés dans les environs proches et, de manière plus ponctuelle, dans quelques localités de l'arrondissement, qui correspondent à des sites industriels, ainsi qu'a proximité de Bâle au sud-est. Le patriciat mulhousien est devenu vers 1750 le moteur d'une rapide industrialisation qui a essaimé dans la plaine et les vallées vosgiennes. Ce sont les trois villes réformées d'Alsace (Mulhouse, avec Sainte-Marie-aux-Mines et Bischwiller) qui sont devenues les premiers foyers de l'essor industriel alsacien : le patronat industriel a bien pris naissance dans les familles réformées ».

    Est-on passé de la diffusion de l’industrie à la diffusion du protestantisme ? On peut être ouvrier catholique d’un patron protestant et le rester de père en fils. Tout porte à croire néanmoins que le patronat mulhousien a favorisé l’éclosion de temples dans les vallées vosgiennes. A-t-il réussi à y implanter la religion réformée ? Il semble que non. En 1957, F.-G. Dreyfus écrivait « dans le Haut-Rhin, autour de Colmar, dans les vallées de Munster et de Ste-Marie aux Mines, les protestants ne représentent qu'une très faible partie de la population. Ils sont 45.211 dans le Haut-Rhin, c'est-à-dire 9% de la population ». Les forts votes FN-MNR des vallées vosgiennes ne sont pas à mettre au compte du protestantisme, la population a un substrat catholique dans le Haut-Rhin. A Mulhouse-même cependant, l’extrême-droite de 2002 n’a pas percé ; les cantons Sud, Est et Ouest ne votant qu’à hauteur de 25,2%, 23,1 et 26,8%. On a là un bel exemple contraire. Il est vrai que Mulhouse a été pénétrée par l’influence sociale-démocrate.

- Le duché de Wurtemberg. Le duc de Wurtemberg a droit de propriété sur Montbéliard, ainsi que sur deux possessions alsaciennes : la seigneurie de Riquewihr (31,1% - canton de Kaysersberg 26,7%), et le comté de Horbourg (canton d’Andolsheim 28,4%). Sous la dépendance de Riquewihr pour le spirituel sont les villages de Sundhouse (31,4%), Baldenheim (29,5%), tous eux dans le canton de Marckolsheim (29,1%), et Kunheim (25,8%-canton d’Andolsheim). Jebsheim (27,7%) est un autre village se conformant aux usages wurtembergeois (canton d’Andolsheim).

-Munster Munster (29,1%) est une ville libre impériale depuis 1354 après sa révolution communaliste contre l'abbaye bénédictine qui était seigneur de la ville. La réforme est introduite dès 1536. La ville libre étendit la réforme sur les villages de son territoire : Lutterbach (38,4%), Breitenbach (22,8%), Muhlbach (31,4%), Metzeral (32,8) et Sondernach (39,3%), tous du canton de Munster à 30,8%. Dans la petite vallée aussi avec les villages de Stosswihr (40,4%), Soulzeren (32,4%) et Hohrod (29,4%) du canton de Munster également.

    En 1575 et 1578, tous les règlements approuvés jusque là par le peuple souverain furent codifiés par le Magistrat (aujourd’hui dirions-nous maire et conseil municipal). Ces ordonnances nous donnent une idée du profond sérieux d'une population devenue, sous l'action de l'évangile, fermement décidée à faire de la ville une cité effectivement chrétienne. Les efforts de l'Eglise et des autorités civiles devaient être conjugués à cette fin.

    Un règlement de police ordonnait la fréquentation régulière du culte. Enfants et adultes rencontrés dans les rues aux heures des cultes qui leur étaient destinés, devaient être amenés dans un réduit sous l'escalier de l'église et subir la honte d'être exposés aux regards moqueurs de toute la communauté à la sortie de l'église. Des mesures sévères veillaient au respect de la famille. Aucun mariage ne pouvait être béni à l'église sans le consentement des parents et l'autorisation du Magistrat. Les jeunes gens ayant vécu maritalement avant leur mariage étaient exposés à la risée publique dans le réduit précité. L'inconduite et l'adultère étaient menacés de peines infamantes allant jusqu'au bannissement. Pour réprimer l'alcoolisme, les auberges devaient être fermées au couvre-feu. L'enivrement était puni de prison. Le blasphème encourait jusqu'à la peine de mort. Tous ces règlements étaient rappelés tous les ans solennellement du haut des chaires et étaient appliqués rigoureusement, avec le consentement de tous, étant l'expression de la volonté d'hommes libres (sic).

    Je me demande jusqu’à quel point Strohl croyait à ce qu’il écrivait (en 1950…). Ce goût pour l’Ordre moral expliquerait toutefois bien des comportements politiques.

    Dans ce qui est devenu le canton de Munster, les ducs de Lorraine, catholiques contre-réformés, étaient ‘possessionnés’ ; à quoi s’ajoute l’influence de l’abbaye bénédictine de Munster. Cela explique la présence catholique dans certains villages du canton (Breitenbach ?). Les votes Bayrou + Boutin figurent parmi les plus élevés de toute l’Alsace.

-La seigneurie des Ribeaupierre : Luthérienne, Ribeauvillé (canton à 29,8%) est une autre ancienne capitale que dominent les trois châteaux des seigneurs de Ribeaupierre. Le seigneur introduit également la Réforme à Sainte-Marie-aux-Mines (commune : 29,2%) et dans son village de Wihr-en-plaine, encastré dans le comté d'Horbourg (commune de Horbourg-Wihr, 25,2%). Les villages de Gunsbach (29,4%) et Griesbach (30,4%) -canton de Munster- sont également ses sujets. A Ste-Marie, les mines ont été mises en valeur par des mineurs luthériens de Saxe. Des réunions se tenaient à Echery, Aubure (28,7%), canton de Ste-Marie-aux-mines à 30,5%.

A suivre. V. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… En guise de conclusion



[1] C’était, comme dans la Basse-Alsace et comme indiqué sur la carte de Strohl, « un territoire de ville libre devenue protestante ».

[2] Dans son article sur « le protestantisme alsacien ». Disponible sur le net.

[3] Tout est relatif bien entendu. Cela reste des scores excessivement élevés, mais ce sont les nuances qui permettent d’orienter la recherche des causes.

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III. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… (3ème partie)

publié le 23 juin 2011 à 10:10 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 févr. 2012 à 08:57 ]

  13/10/2010  

Pour la lecture de ce qui suit, je conseille vivement d’avoir sous les yeux une carte de l’Alsace. On peut en trouver une très facilement sur le site « trésor des régions », carte administrative où sont représentés les sous-préfectures et les cantons.

L’objet de cet article est de mettre en avant le rôle du facteur religieux dans le comportement électoral des Alsaciens. Pour ce faire, j’ai utilisé le livre de Strohl « Le protestantisme en Alsace » qui est très documenté et qui fait encore autorité. Certes, il a été publié en 1950 mais cela n’a aucune incidence sur la géographie du protestantisme au XVI° siècle…De plus, on peut prendre connaissance du site Musée virtuel du protestantisme français qui est un condensé -très condensé- du livre de Strohl.

J’ai procédé de la manière suivante : je recopie les phrases de Strohl (en bleu dans le texte) et je signale - en noir- le score obtenu par l’extrême-droite lors de la présidentielle de 2002. Le plus souvent, j’ai précisé le canton auquel appartient la commune, cela permet de vérifier si la commune a le même « tempérament politique » comme dit Siegfried que son environnement immédiat.

Cela n’est pas sans danger car cela risque d’induire l’idée d’une causalité directe entre une implantation religieuse qui a eu lieu il y a quatre siècles et un vote lors d’une élection présidentielle au début du XXI° siècle. Il n’y a pas de mécanismes automatiques dans les comportements humains. Le Musée virtuel du protestantisme nous indique cependant « La géographie de l'installation du protestantisme en Alsace explique la dispersion des lieux de mémoire. En effet, l'enchevêtrement des territoires restés catholiques et ceux qui virent au protestantisme a entraîné une grande complexité de la carte confessionnelle : en grande partie figée dès le XVIe siècle, ses grandes lignes sont encore présentes, malgré les nombreux bouleversements politiques ». Une carte du protestantisme confrontée à celle de l’extrême-droite montre des corrélations évidentes. Cela est surtout vrai pour la Basse Alsace qui est, pour l’essentiel, le Bas-Rhin d’aujourd’hui.

Strohl passe en revue les différentes autorités politiques qui ont opté pour la Réforme appliquant à leurs sujets le principe cujus regio ejus religio (en gros = tel prince, telle religion).


N.B. Pour le Bas-Rhin, la moyenne départementale de l’extrême-droite est de 27,3% des suffrages exprimés (1er tour 2002).

-Territoires protestants relevant du comté de Hanau-Lichtenberg

Le territoire du comté de Hanau-Lichtenberg apporta en 1545 au protestantisme le concours d’une solide race paysanne (sic). L’initiative de la Réforme partit du comte dont l’ancêtre avait reçu en partage les baillages de Bouxwiller (capitale) (32,9%), Pfaffenhoffen (32,2%), Westhoffen (34,5% - canton de Wasselonne 29%), Hatten (35,8% -canton de Soultz-Sous-Forêts 30,8%). La Réforme fut étendue sans difficultés aux baillages qui avaient été donné en héritage à une autre branche de la famille et qui revenaient dans l’escarcelle des Hanau-Lichtenberg, car leurs habitants connaissaient et appréciaient les usages de leurs voisins. Il s’agit des baillages de Ingwiller (30% - canton de Bouxwiller 31,2%), Woerth (canton : 35,3%), Wolfisheim (27,2% - canton de Mundolsheim 25,5%), Offendorf (34,1% - canton de Bischwiller 33,5%), et de Brumath (canton : 28,5%).

En 1612, une école latine fut ouverte à Bouxwiller, transformée en 1658 en un gymnase sur le modèle de celui de Strasbourg et appelé à être pendant des siècles une pépinière de pasteurs. Cela cité pour dire le rôle de diffusion de la doctrine à partir d’un centre émetteur. Des villages non touchés initialement par la Réforme ont pu le devenir par la suite.

 -Relevant de l'électeur comte – palatin

L’électorat-comté du Palatinat avait pour capitale Heidelberg mais il était possessionné dans l’Alsace et la Moselle actuelles notamment grâce au duché des Deux-Ponts. En 1558, fut publiée pour ce duché une ordonnance ecclésiastique d’inspiration luthérienne.

Le premier territoire dont la réforme fut favorisée par la maison palatine est Bischwiller (31,3%).

La seigneurie de Cleebourg, fief de la maison ducale de Deux-Ponts, comprenait les villages de Cleebourg (30,4%), Rott (33,1), Steinseltz (28,4), Oberhoffen (28,3), Hunspach (22,6%), Hoffen (33,7%) et Ingolsheim (30,8%). Cleebourg, Rott, Steinseltz et Oberhoffen sont quatre communes du canton de Wissembourg (26,6%) ; Hunspach, Hoffen et Ingolsheim appartiennent au canton de Soultz-Sous-Forêts (30,8%).    

La Petite Pierre (canton à 32,6%) est la plus importante possession de la maison palatine en Alsace. Elle comprenait environ de vingt-cinq villages. On a là encore un exemple de « réforme religieuse par le haut, c’est-à-dire imposée par le prince. Ce même prince « réforme » Phalsbourg (canton limitrophe mosellan à 32,8%).

La seigneurie de La Roche est achetée par le prince luthérien du Palatinat. Elle comprenait, en plus de la petite ville de Rothau (33,7), les villages ou hameaux de Wildersbach (31,3%) et Neuwiller-la-Roche (15,4%), et dans une autre vallée, ceux de Fouday (31,7%), Solbach (27,7%), Waldersbach (37,9%), Belmont (23,5%) et Bellefosse (23,5%), tous alors encore catholiques. Toutes communes du canton de Schirmeck (29,7%). Il y a là création volontaire d'une industrie minière et métallurgique. Sur un fond de vote massif pour l’extrême-droite, on relèvera la disparité relative des pourcentages, preuve encore une fois de l’absence de relation mécanique.

 -Relevant d'autres seigneuries

Plusieurs seigneurs de moindre importance se décidèrent à appliquer les principes de la Réforme dans leur domaine surtout après que la « paix de religion » leur a accordé le « jus reformandi » (c’est-à-dire le droit d’appliquer le principe cujus regio ejus religio).

Les seigneurs de Fleckenstein introduisent la Réforme en 1543. La seigneurie comprend les bailliages de Fleckenstein, Soultz-Sous-Forêts (25,9%), Kutzenhausen (26,7% - canton de Soultz-Sous-Forêts 30,8%) et de Rödern (31% - canton de Ribeauvillé 29,7%), Roppenheim (33,1% - canton de Bischwiller 33,5%), Weiterswiller (28,7% - canton de La Petite Pierre 32,5%).

La seigneurie d'Oberbronn comprenait les bailliages d'Oberbronn (37,2%), Gumbrechtshoffen (36,2%), Mertzwiller (43,3%), Rothbach (40,3%), Uhrwiller (41,4%), Zinswiller (41,9%) et Mietesheim (39,2%), toutes communes du canton de Niederbronn-les-Bains (37%.). Ainsi que les baillages de Sparsbach (37,5%) et Zittersheim (26,6%) du canton de La Petite Pierre (32,5%) ; Weinbourg (34,4%) et Schillersdorf (26,8%) du canton de Bouxwiller (31,2%) ; Eckwersheim (25,8%) du canton de Brumath (28,5%). En 1566, une ordonnance ecclésiastique fut promulguée accompagnée de sévères mesures policières, destinées surtout à assurer la fréquentation régulière des cultes.  

Les seigneurs de Schoeneck (30,6%, canton de Stiring-Wendel -33,4%- en Moselle) installent un pasteur à Langensoulzbach (37,1%) dont ils administraient le haut du village en qualité de vassaux des ducs de Deux-Ponts. Ils purent avoir un pasteur attitré à Froeschwiller (36,8% - canton de Woerth 35,2%).

En 1555, la seigneurie de Diemeringen (29,8%) et, en 1565, la baronnie de Fénétrange (38,16%, Moselle) passèrent au protestantisme.

En sus de son texte, Strohl publie une carte intitulée « Aperçu des principaux territoires d’Alsace en 1648 ». Il s’agit bien entendu des territoires protestants. On peut y lire les territoires des petites seigneuries suivantes, passées au protestantisme : Roeschwoog (32,98%) et Sessenheim (36,85%) toutes deux du canton de Bischwiller à 33,5%. Plobsheim (27,46% -canton de Geispolsheim à 27,3%) ; Gertsheim (27,9%), Sundhouse (27%), Muttersholtz (27,1%), Benfeld (27,3% - canton du même nom à 31,2%).

 -Le comté de Nassau- Sarrewerden ou les Sept villages français.

L’histoire du protestantisme dans le comté de Sarrewerden (commune de Sarrewerden -41,5%- située dans le canton de Sarre-Union à 35,7%) est un exemple de l’esprit d’initiative des paysans et de leur endurante fidélité à leurs convictions. En effet, après la « paix de religion » les paysans introduisirent la Réforme de leur propre chef. (…) Le comte désirait aussi faire la connaissance de ses nouveaux sujets, des réfugiés français qui s’étaient installés dans des villages abandonnés. C’étaient Altwiller (34,3%) et Diedendorf (29%), (les deux dans le canton de Sarre Union) ; Eywiller (48,6%), Goerlingen (38,6%), Kirrberg (40,2%), Rauwiller (47,6%), Burbach (39,5%), tous du canton de Drulingen (33,3%), appelés aujourd’hui encore « les sept villages français ».

Les comtes de Nassau–Weilbourg -nouveaux propriétaires du comté- nommèrent "inspecteur" de leur Eglise luthérienne le pasteur de Bockenheim (ou Bouguenon, aujourd'hui commune de Sarre-Union 36,4%). Ils promulguèrent, en 1576, une ordonnance selon laquelle la discipline ecclésiastique devait être pratiquée avec sérieux. Si les exhortations des pasteurs et des anciens, nommés jusqu’aujourd’hui « censeurs », étaient restées sans effet, les indisciplinés devaient être censurés devant l’autel en présence de toute la communauté  En 1617, l’ordonnance fut élargie et complétée par des mesures policières. Tous les cas d’immoralité étaient sévèrement punis. L’assistance aux prêches était rendue obligatoire. Ceux qui allaient au cabaret au sortir de l’église étaient menacés d’emprisonnement. (Ambiance ‘ruban blanc’, JPR).

Dépendance des comtes de Sarrewerden, la seigneurie de Harskirchen (38,9%) est située dans ce qui est aujourd’hui le canton de Sarre-Union.

 -Les territoires des villes libres devenues protestantes.

La Réforme fut particulièrement dynamique dans les villes où la bourgeoisie s’activait et regardait d’un œil avide les biens du clergé dont le Grand Réformateur avait autorisé la sécularisation. Dans la ville libre de Haguenau ce furent des bourgeois qui firent preuve de la même ténacité que les paysans de Nassau-Sarrewerden. Strohl nous laisse avec Haguenau en 1648 où le protestantisme a largement reflué. Il ne mentionne pas le « réveil » du XIX° où un temple est inauguré en 1860. Après l’annexion allemande, Haguenau bénéficie d’une promotion dans la hiérarchie administrative. Canton de Haguenau : 30,2%.

Les villes libres sont des micro-Etats indépendants immédiats d’Empire, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’échelon hiérarchique entre eux et l’Empereur. Les villes libres sont des seigneurs collectifs qui peuvent posséder des fiefs loin de leurs murailles et de leur plat pays. Ces fiefs basculent dans la réforme si leur seigneur-ville l’exige.

Parmi ces territoires de ville libre devenue protestante, on trouve Dossenheim (27,3%) canton de Bouxwiller, Dettwiller (29,6%) canton de Saverne à 26,7%, Wasselonne (31,04%) éponyme du canton à 29%, Barr (29,3%) éponyme du canton à 28,1%.

Le cas de Dettwiller est intéressant : c’est une commune protestante à l’intérieur d’un canton qui fut longtemps le fief de l’évêque de Strasbourg qui y résidait et qui conserva ses terres dans la mouvance catholique. Aujourd’hui, le canton vote pour l’extrême-droite dans une proportion moindre que Dettwiller (ville de Saverne à 22%).

J’ai balayé de manière quasi exhaustive la géographie du protestantisme dressée par Strohl pour la Basse-Alsace. J’évoquerai rapidement le cas de Strasbourg en conclusion.

A suivre.IV. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… (4ème partie)

 


[1] http://tresordesregions.mgm.fr

[2] Comme l’ont fait tous les politologues, j’ai ajouté les voix FN et MNR. 

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II. Vote F.N., Vote OUVRIER, La RELIGION, L’ALSACE…(2ème partie)

publié le 23 juin 2011 à 10:06 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 févr. 2012 à 02:50 ]

  10/10/2010  

Je passe en revue quelques explications possibles au fort vote extrémiste en Alsace.

L’immigration ?  

L’Alsace est une de nos régions où le pourcentage d’immigrés par rapport à la population totale est le plus élevé. De façon significative (?), l’INSEE établit ses calculs en en excluant les Allemands et les Suisses. Compte tenu de ce que l’on sait de la propagande du Front national et du M.N.R. on peut penser a priori qu’il y a là une des clés de l’explication de l’ampleur du vote frontiste. On ne peut pour cela en rester à l’échelle régionale, il faut descendre au niveau du bassin d’emploi, cadre défini par l’INSEE

Nous avons la chance de pouvoir travailler sur le bassin d’emploi INSEE de Saverne - Sarre-Union dont les limites correspondent exactement à celle de la 7° circ.. Que constate-t-on ? La densité de la population immigrée est très faible (recensement de 1999) dans tous ses cantons à l’exception de celui de Saverne, flanqué au sud par celui de Marmoutier. C’est la zone d’emploi alsacienne (sur douze) où la part des immigrés dans la population totale est la plus faible. De surcroît, cette densité -durant la décennie 1990-1999- a évolué à la baisse dans certaines communes et est restée stable ailleurs (de 0,0 à moins de 1% d’augmentation) sauf à Marmoutier où elle a augmenté de plus de 1%.

Mais précisément, dans cette zone d’emploi/7° circonscription, ce sont les cantons où la population immigrée est la plus faible, reste stable, voire baisse, qui donnent le plus gros score à l’extrême-droite. Inversement, à Saverne et Marmoutier, où cet argument de l’’immigration pourrait théoriquement jouer, le FN y fait ses plus bas scores.

Tableau 3

Votes exprimés et immigration (7° circ.) 

Canton/exprimés

Score EXD

Indice B2

Immig.

LA-PETITE-PIERRE

32,50%

11,82

-

SARRE-UNION

35,70%

12,73

-

BOUXWILLER

31,20%

13,49

- -

DRULINGEN

33,30%

12,96

- -

HOCHFELDEN

29,14%

17,26

- -

MARMOUTIER

26,82%

15,05

++

SAVERNE

26,69%

15,39

+

Sources : établi à partir des statistiques Min. de l’Int. Et INSEE.

Légende : un tiret (-) : densité immigration faible

Deux tirets (--) faible et tendance au recul

Une croix (+) : densité relativement élevée et stable

Deux croix (++) ; densité relat. élevée et en augmentation moyenne.

L’indice B2 me permet de dire si le canton est de tradition catholique. Il s’agit de la somme des votes Bayrou et Boutin, deux votes totalement divergents en termes de motivation politique mais dont on est sûr que les électeurs sont de religion catholique et (presque) exclusivement. En 2002, F. Bayrou est encore l’héritier de la tradition catholique, centriste et humaniste. Les quatre cantons de tradition luthérienne (La Petite-Pierre, Sarre-Union, Bouxwiller et Drulingen) votent massivement pour l’extrême-droite alors que l’immigration ne peut entrer en ligne de compte.

Il existe cependant des correspondances (forts votes EXD et densités d’immigrés relativement élevées) : par exemple à Haguenau ou bien dans les cantons situés au quart-nord-ouest de Mulhouse. Mais à Strasbourg et cantons limitrophes, on a une densité élevée et croissante et le vote extrémiste est inférieur à la moyenne du Bas-Rhin et donc à la moyenne alsacienne. « Dans les vallées vosgiennes » écrit l’INSEE « la densité de la population immigrée, faible à l’origine, a baissé pendant la période intercensitaire (1990-1999) ». Cela n’empêche pas l’extrême-droite d’y faire des scores vertigineux : Masevaux 30,1% ; Saint-Amarin 35,9% ; Munster 30,8% ; Sainte-Marie-aux-Mines 30,5%. Seul, le canton de Lapoutroie se distingue de bonne manière avec 23,7%.

La religion ?

L’analyse de la situation dans la 7° circ. a introduit le thème de la religion. Strohl écrit que « l'enchevêtrement des territoires a amené une extraordinaire complication de la carte confessionnelle d'Alsace » et qu’« aujourd'hui encore, malgré le brassage des populations, (cette) carte laisse apparaître les limites de ces anciens territoires, supprimés par la Révolution française, et l'atmosphère n'est pas la même dans un village du Pays de Hanau marqué par le Luthérianisme, JPRet un village du Sundgaudemeuré catholique ». Dans ces régions – qui relevèrent de l'histoire allemande jusqu'en 1648 - le culte protestant est luthérien pour l’essentiel mais il y a des bastions calvinistes comme dans certaines communes des cantons de Wissembourg, Wasselonne, Sarre-Union, et Mulhouse.

Est-ce que la Réforme peut avoir induit des comportements qui ont une traduction électorale, plusieurs siècles plus tard, sous la République ? Oui. Mais il ne faut toutefois pas confondre la religion intrinsèquement diffusée par les Eglises officielles et pratiquée par les fidèles avec les habitudes créées par elle et qu’ont conservées des populations qui ont perdu la foi. C’est ce que veut dire A. Siegfried quand il écrit, évoquant le cas américain : « L'esprit protestant joue donc, dans la vie américaine, un rôle fondamental, même quand il s'agit de protestants devenus indifférents ou ayant perdu la foi : c'est cet esprit qui conditionne, plus que tout autre, les façons nationales de penser, de sentir, d'agir et de réagir ». Aujourd’hui, selon les déclarations des Néerlandais eux-mêmes, la religion catholique est la première des Pays-Bas avec 30% de la population qui la revendiquent, le calvinisme venant en second avec 20% environ. Mais ceux qui se déclarent sans religion ont gardé un « tempérament » fortement marqué par cette religion et personne ne niera que les Pays-Bas restent un pays « calviniste ». Tout cela pour dire que lorsque je parlerai de cantons « protestants », il faut entendre des cantons marqués par leur histoire religieuse, même si la pratique et le respect des recommandations des pasteurs ont fortement reculé. J’espère avoir été clair. 

L’Alsace-Moselle a ceci de particulier, c’est que la France en était amputée lorsqu’elle adopta la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. En conséquence, les trois départements, redevenus français en 1918, ont conservé le statut établi par le concordat napoléonien de 1801. La religion n’est pas un fait privé qui relève de la conscience de chacun, c’est un élément de la vie publique, par exemple dans le domaine scolaire. André Siegfried pouvait écrire : « Les Églises, dans ces conditions, demeurent unies a l'État et l'on entend que celui-ci conserve un caractère religieux On estime naturel que chacun ait une religion, la déclare, soit incorporé lors des recensements dans le cadre d'une confession ; On estime naturel également que l'école soit confessionnelle ; on ne s'étonne, ni ne se froisse (comme on le ferait en France) que l'État se fasse, pour le compte des Églises, collecteur de l'impôt ecclésiastique, le christensteuer (Siegfried veut dire Kirchensteuer, JPR). La notion d'une neutralité de l'État en matière religieuse, d'une laïcité du pouvoir politique, ne s'est jamais implantée au-delà du Rhin, ni du reste même en Alsace (c’est moi qui souligne, JPR). Pareil monisme est attrayant, susceptible de splendide efficacité, mais il est gros de déformations et de périls ».

L’Alsace-Lorraine se trouve donc dans la même configuration que des pays comme les Pays-Bas ou l’Angleterre -voire l’Allemagne- qui découvrent la réalité de l’islam de masse alors que leur Etat est conçu pour intégrer des religions chrétiennes au titre d’institutions officielles. L’impôt d’Eglise doit-il devenir aussi l’impôt de la mosquée ? Au nom du principe d’égalité, comment le refuser ? Par ailleurs, quand un jeune élève musulman voit la croix au-dessus du tableau de l’instituteur, que pense-t-il ? La France laïque est bien mieux placée pour affronter ce genre de situation même si tout n’est pas simple, bien entendu. Le texte de Siegfried que l’on vient de lire est parfait dans le cadre de l’unanimisme chrétien, il n’est pas fait pour une religion nouvelle qui ne croit pas au Christ sauveur.   

Dans une interview au journal l’Humanité, Didier Fassin déclare fort justement me semble-t-il : « en réalité, les enfants d’immigrés ne bouleversent pas la France en tant que telle, mais une conception de la nation qui serait occidentale, chrétienne et blanche ». L’Alsace et la Moselle concordataires étaient-elles prédisposées sinon à l’accepter du moins à le comprendre ? Les jeunes français d’origine turque ou marocaine bousculent les certitudes que l’on croyait définitives.

Dans les parties suivantes, je vais montrer le rôle du facteur religieux dans le comportement électoral.

A suivre. III. Vote FN, vote ouvrier, la religion, l’Alsace… (3ème partie)



[1] Je demande au lecteur de bien saisir le distinguo entre « être de tradition luthérienne » et « être luthérien ».

[2] Bas-Rhin : 27,26%, Haut-Rhin : 28,5%, moyenne alsacienne : 27,78.

[3] Et même 1680 pour Strasbourg, sans compter l’annexion allemande de 1870 à 1918. De plus, jusqu’en 1789, de nombreux villages protestants alsaciens avaient pour seigneur un prince allemand que l’on disait « possessionné ». Même si ce prince acceptait la suzeraineté du roi de France, ses sujets gardaient des liens avec la civilisation allemande.

[4] La sortie du film « Le ruban blanc » m’a ôté tout doute sur ce point, à supposer que j’en aie eu jamais.

[5] Sur ce point, lire un bon résumé : « Les Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine - EPAL, EPCAAL, EPRAL »,  http://www.museeprotestant.org/ . « Le Concordat de 1801 n'a pas été abrogé en Alsace-Lorraine après la Libération de 1918 et par conséquent les Eglises chrétiennes du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, comme le culte Israélite, y conservent certains privilèges d'ordre scolaire et financier. Les ministres des Cultes sont rétribués par l'Etat » (F.-G. Dreyfus).

[6] Anthropologue, médecin à l’Institute for Advanced Study de Princeton, entretien accordé à l’Humanité, n° du 4 octobre 2002.

[7] Sur ces questions, je recommande vivement la lecture de l’article de Patrick Weil, Le Monde du 24 août 2010.

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I. Vote F.N., Vote OUVRIER, La RELIGION, L’ALSACE…(1ère partie)

publié le 23 juin 2011 à 10:03 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 janv. 2016 à 16:16 ]

  08/10/2010  

L’Alsace est une place de choix pour l’étude du vote Front national. Les résultats de la présidentielle de 2002 y sont en effet catastrophiques.

Des raisons historiques bien connues nous amènent à associer la Moselle aux deux départements alsaciens dans cette présentation d’ensemble. Pour mieux faire ressortir l’originalité de ces trois départements, je compare leurs chiffres à ceux de la France que nos compatriotes Alsaciens-Mosellans appellent fréquemment « la France de l’intérieur ».

 

Tableau 1

Vote de l’Alsace-Moselle en 2002

Territoire

Inscrits

Exprimés

Voix EXD

% inscr.

% expri.

Alsace-Moselle

  1.865.674

  1.295.029

   356.359

19,5%

27,5%

« Intérieur »

39.329.015

27.203.442

5.115.380

13,0%

18,8%

France

41.194.689

28.498.471

5.471.739

13,3%

19,2%

Différentiel

 

 

 

+6,5%

+8,7%

Sources : établi à partir des chiffes du ministère de l’Intérieur.

Le différentiel de vote extrême-droite en faveur de l’Alsace-Moselle est très accusé en termes de suffrages exprimés : sur une base 100 France entière, « l’intérieur » est à 98 et l’Alsace -Moselle à 143 soit 45 points d’écart avec le reste de la France. Il est encore plus accusé en termes d’électeurs inscrits. Sur une base 100 France entière, l’Intérieur est à l’indice 98 et l’Alsace-Moselle à 147 soit 49 points d’écart. Globalement, les Alsaciens-Mosellans ont voté extrême-droite à 50% de plus que le reste de leurs compatriotes.

Les raisons sont, on s’en doute, diverses et variées. Ce qui suit ne prétend pas à l’exhaustivité mais donne quelques pistes.

L’Alsace d’abord ?

    Laissons de côté la Moselle dont j’ai parlé dans un autre article. L’Alsace est une région globalement riche. Son PIB/hab. est supérieur à la moyenne nationale : il n’y a que deux autres régions dans ce cas : Rhône-Alpes et Ile-de-France. Ces trois régions sont les seules où les prélèvements de l’État central sont supérieurs aux versements de ce même État. Le « régionalisme » voire « l’autonomisme » qui s’expriment, et dont des listes comme Alsace d’abord - alsacisation du slogan « les Français d’abord » - sont le reflet, sont donc un réflexe de riches de type lombard.

    A quoi s’ajoute le dynamisme remarquable du Land allemand voisin, le Bade-Wurtemberg, ou celui des cantons suisses de la région bâloise, dynamisme que les Alsaciens peuvent observer chaque jour s’ils sont travailleurs frontaliers et qui se manifeste par des flux d’investissements qui placent l’Alsace dans une situation de « périphérie » ce qui, évidemment, peut irriter l’orgueil régional.

Les ouvriers ?

    On a vu que l’ouvrier « caché » était le thème de recherche d’un universitaire dont j’ai exploité les travaux dans les articles consacrés à la Moselle. « Cachés » c’est-à-dire ne vivant pas dans les grands ensembles des banlieues de grandes villes, construits à côté de vastes usines, mais au contraire tapis à la campagne, dans des PME-PMI diffuses, dispersées. Et il est vrai qu’aujourd’hui, il n‘y a plus que très peu de paysans à la campagne, les petites communes éloignées sont peuplées majoritairement d’ouvriers et d’employés.

    L’Alsace est une grande région industrielle. Ce fut l’une de nos régions les plus industrialisées. En 1975, alors qu’en France 38,5% de la population active travaillaient dans le secteur secondaire, il en allait pour 46,6% en Alsace ce qui en faisait la sixième région la plus industrialisée du pays. Donnée qui surprend toujours le touriste qui se promène dans le jardin de la plaine d’Alsace et a fortiori dans le vignoble plus que coquet. En 1995, le pourcentage est tombé à 35,2% ce qui était toutefois supérieur à la France : 28,1%. Présentement, on en est à 33% ce qui reste, relativement, important. Par ailleurs, les ouvriers retraités continuent d’exercer leur droit de vote.

    Justement, les ouvriers alsaciens n’ont jamais voté massivement pour le P.C.F.. En 1978, le Parti Communiste obtenait un bien maigre 6,6% alors qu’au plan national il obtenait encore 20,6%. En 2002, élection qui nous intéresse ici, Robert Hue n’obtenait pas 1% en Alsace !

    Même le PS a eu du mal à s’implanter, et ce qui est vrai pour la Moselle est vrai pour l’Alsace : les ouvriers et leurs épouses votaient massivement pour le candidat gaulliste ou pour le candidat centriste, gaulliste s’ils étaient protestants, centriste s’ils étaient catholiques. Mais ce n’est jamais si tranché que cela : beaucoup de catholiques votèrent De Gaulle puis pour ses épigones.

    On peut appréhender cette réalité avec l’étude du cas de la 7° circonscription du Bas-Rhin, dite « de Saverne », qui était naguère la 6° circonscription. Au recensement de 1999, cette circonscription était structurée de la manière suivante par les catégories socio-professionnelle :

Salariat modeste (SM) : 64,8%

Professions intermédiaires : 20,0%

Bourgeoisie patronale : 15,1%.

    Nous avons donc là une circonscription massivement « ouvrière » alors que nous sommes en pleine campagne : c’est l’Alsace bossue, c’est-à-dire l’Alsace des collines, prolongement nord des Vosges que l’on franchit dans le sens Ouest-Est au col de Saverne. Saverne est le canton le plus peuplé -grâce à sa ville éponyme- mais ne représente que le cinquième de la circonscription.


Tableau 2

Évolution électorale dans la 7° circ. du Bas-Rhin (ex 6°) (suffrages exprimés)

% exprimés

 

Gauche

Droite

catholique

Gaulliste

Ex.-droite

Lég. 1973

15,5%

39,9%

45%

----

2°tour 73

-

54,9%

45,1%

----

Lég. 1978

21,9%

57,2%

20,8%

----

Prés. 2002

28,9%

40,7%

 

30,4%







Sources : établi à partir des données des Cahiers du communisme, n° spécial de 1978, et ministère de l’intérieur.

     En 1973, les centristes, héritiers du M.R.P. pour lequel l’Osservatore Romano, organe du Vatican, avait appelé publiquement à voter pour les législatives de 1951, étaient encore dans l’opposition au pompidolisme, auquel ils reprochaient de la mollesse quant à l’intégration européenne. Au second tour, ironie électorale, c’est la gauche, incapable de maintenir l’un de ses candidats, qui fait élire le candidat catholique représentant alors l’opposition. L’élu est Adrien Zeller, futur président de la région Alsace (ce qu’il ignorait alors…). A. Zeller est réélu dès le premier tour en 1978. Il représente, à cette date, la majorité présidentielle de V. Giscard d’Estaing. À supposer que les 15% de voix à gauche viennent toutes du salariat modeste -ce qui est loin d’être le cas- on constate que les ouvriers et employés votaient tout de même d’abondance pour la droite que celle-ci fût du ‘centre’ ou gaulliste.

    En 2002, il est facile de répondre à la question : d’où viennent les voix du Front national ? Ridicule serait celui qui répondrait « du parti communiste » ! En réalité, comme pour d’autres régions de France (cf. mon article sur l’Ardèche, par exemple), c’est la droite classique qui s’est effondrée et a fourni ses gros contingents. Et, avec une telle sociologie, il y a forcément nombre d’ouvriers et employés.

    Région industrielle, l’Alsace est une région en crise. L’industrie textile est gravement touchée dans les vallées vosgiennes, l’extraction de la potasse n’est plus créatrice d’emplois, j’ai cité les chiffres de la « fonte industrielle » de la population active. Les ouvriers, premiers touchés par cette crise, réagissent électoralement non pas en votant à gauche mais en votant extrême-droite : c’est, hélas, leur culture politique.

A suivre.    II. Vote F.N., Vote OUVRIER, La RELIGION, L’ALSACE…(2ème partie)



[1] Il n’y a pas de nuances entre les trois départements. Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin ont voté FN+MNR respectivement à hauteur de 27,1%, 27,3 et 28,5% (suffrages exprimés).

[2] Voir l’article « Ligue du Nord, Ligue du Sud ».

[3] Ce qui ne veut absolument pas dire à la technologie rétrograde.

[4] Fin des « Trente Glorieuses », début du « redéploiement » giscardien, délocalisations massives et désindustrialisation s’ensuivent…

[5] Cette circonscription comprend les cantons de Bouxwiller, Drulingen, Hochfelden, Marmoutier, La Petite-Pierre, Sarre-Union et Saverne. Le Bas-Rhin a gagné une 9° circonscription grâce à sa démographie.

[6] Au sens de l’INSEE, c’est-à-dire ouvriers et employés. Pour les catégories intermédiaires, lire mon article sur « régionales 2010, FN et banlieue… ». Bourgeoisie patronale : chefs d’exploitation agricole, artisans, commerçants, chefs d’entreprise, cadres et professions intellectuelles supérieures.

[7] Le communiste obtint 5,8% et le socialiste 9,3%.

[8] Comme nous invite à le penser le cas de la 1ère circonscription constituée de quatre cantons de Strasbourg (I, II, IV, IX) qui a élu le seul député socialiste du Bas-Rhin, en 2007, alors qu’elle a un taux de bourgeoisie patronale supérieur à 32 (22% en France) et que le salariat modeste est de 42,7% (55% en France).

[9] Pour 2002, les voix de ‘gauche’ sont la somme des voix Gluckstein, Besancenot ; Laguiller, Hue, Chevènement, Jospin, Mamère et Taubira. Voix de ‘droite’ : Bayrou, Lepage, Chirac, Boutin, Madelin, Saint-Josse. Extrême-droite : Le Pen et Mégret.

[10] En 2002, les candidats LO et LCR ont obtenu, à eux deux, parfois 11% des exprimés comme dans le canton de Lapoutroie. 8,5% en Alsace. Vote de désespoir qui n’offre aucune alternative politique.

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