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Vers une ploutocratie mondiale ...

publié le 24 janv. 2014 à 09:08 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 juil. 2016 à 09:50 ]

INÉGALITÉS EXTRÊMES : DÉMOCRATIE EN DANGER

 

par Stéphane AUBOUARD

 

    Mots clés : inégalités, davos, forum économique mondial, rapport oxfam,

 

    Tandis que s’ouvre aujourd’hui la 44° édition du forum économique mondial de Davos, l’ONG Oxfam sort un rapport inquiétant sur l’accroissement des inégalités entre riches et pauvres.

    "La concentration massive des ressources économiques dans les mains de toujours moins de personnes constitue une réelle menace pour les systèmes économiques et sociaux". Les défenseurs zélés du capitalisme croiront sans doute cette formule tirée d’un manuel marxiste du XIXe siècle, et pourtant, c’est bien aujourd’hui, dans le dernier rapport d’Oxfam sur les inégalités économiques, que ces quelques lignes ont été écrites. Tandis que les puissants de la planète se regroupent ce mercredi (22 janvier 2014) à Davos, l’ONG tire la sonnette d’alarme, invitant les décideurs du forum mondial à prendre conscience d’une situation de plus en plus critique et dont les habitués de la station suisse ne semblent pourtant pas ignorer la gravité. En novembre 2013, le forum économique mondial n’affirmait-il pas lui-même dans son rapport, "Outlook On The Global Agenda 2014", que l’un des deux principaux risques des dix-huit prochains mois était l’accroissement des disparités de revenus ? Les personnes interrogées précisant que ces inégalités "affectaient la stabilité sociale au sein des pays" et "menaçaient la sécurité dans le monde".


    Oxfam fait donc le même constat dans ce nouveau rapport, basé sur plusieurs sondages, intitulé "Pour en finir avec les inégalités extrêmes", avec des analyses et des chiffres (voir infographie ci-dessus) souvent alarmants. Ainsi les 85 personnes les plus riches du monde posséderaient à elles seules l’équivalent de la richesse de la moitié la moins riche de la planète (soit plus de 3 milliards d’individus). De 1980 à 2012, les 1 % les plus riches aurait augmenté leur part de revenus dans 24 pays sur 26 étudiés. Sept personnes sur dix sur l’ensemble de la planète estiment également vivre dans un pays où le fossé des inégalités s’est creusé depuis trente ans. Mais qu’elles soient issues des pays émergents ou de pays développés, les personnes interrogées ne sont pas dupes. En Inde, au Brésil, en Espagne, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, "une majorité de la population pense que les lois sont biaisées en faveur des riches". Aux États-Unis par exemple, 65 % des sondés sont convaincus que le Congrès adopte des lois qui bénéficient surtout aux riches. Ce que l’ONG analyse comme suit : "Lorsque les plus riches confisquent les politiques gouvernementales, cela conduit à l’érosion de la gouvernance démocratique".

 Des politiques d’austérité qui permettent aux riches de s’enrichir davantage

    Une érosion de la démocratie dont la source remonte au début des années 1980 avec les politiques ultralibérales mises en œuvre sous Reagan aux États-Unis et Thatcher au Royaume-Uni, qui feront le nid de la crise de 2008, véritable accélérateur d’inégalités entre riches et pauvres… Mais aussi entre travail et capital. "Alors que les actions et les profits des entreprises atteignent des niveaux vertigineux, les salaires stagnent", constate Oxfam, illustrant son affirmation par l’exemple européen : "Entre 2008 et 2010, la fortune combinée des 10 personnes les plus riches d’Europe dépasse le coût total des mesures de relance mises en place dans l’Union européenne ! (217 milliards d’euros contre 200 milliards d’euros". Une situation absurde, loin d’être le fruit d’un hasard cupide et qui, pour l’ONG, porte un nom : "Les politiques d’austérité mises en place après la crise pèsent lourdement sur les personnes pauvres alors qu’elles permettent aux riches de s’enrichir toujours plus !".

    Pour éviter l’explosion sociale que redoutent tant les membres du club de Davos, le texte invite ceux-ci à renverser la vapeur en piochant dans un passé récent. "Il existe heureusement des exemples indéniables de succès durant les trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, rappelle l’ONG. Les États-Unis et l’Europe ont réduit les inégalités tout en connaissant croissance et prospérité. L’Amérique latine les a elle aussi réduites ces dix dernières années par le biais d’une fiscalité plus progressive". Dans l’un et l’autre cas, des politiques de services publics et de protection sociale étaient alors accompagnées par une législation du travail en faveur des salariés. Un conseil que les quatre ministres français qui seront présents à Davos pourront peut-être faire remonter à François Hollande à l’heure où son pacte de responsabilité et ses 30 milliards d’euros de cadeaux faits aux patrons taillent encore un peu plus dans la chair d’une démocratie dont l’épitaphe, si rien ne bouge, pourrait être les derniers mots de ce rapport. "Sans une véritable action pour réduire ces inégalités, les privilèges et les désavantages se transmettront de génération en génération comme sous l’Ancien Régime".

 États Unis : l’exemple à ne pas suivre

    Dans son rapport, Oxfam rappelle le rôle pernicieux de l’argent dans le jeu politique américain : "Depuis la fin des années 1970, un contrôle insuffisant de l’argent dans la politique a permis à de riches individus et entreprises d’exercer une influence injustifiée sur l’élaboration des politiques du gouvernement. L’une des conséquences pernicieuses a été la création de politiques publiques biaisées en faveur des intérêts d’une élite, qui a coïncidé avec la plus forte concentration des richesses entre les mains de 1% des plus riches". Du coup, le pouvoir de négociation des syndicats s’est effondré et la valeur réelle du salaire minimum et d’autres mesures de protection s’est érodée. Dans le même temps, "de riches lobbies ont su influencer le législateur et le grand public afin de minimiser la pression fiscale sur les plus hauts salaires et les gains en capital, mais aussi pour créer des échappatoires fiscales pour les entreprises". Comme le capital est moins imposé que les salaires, des millions d’Américains de la classe moyenne ont un taux d’imposition plus élevé que les riches.

 

Stéphane AUBOUARD

Article paru dans l’Humanité du 22 janvier 2014

poursuivre : Vers une ploutocratie mondiale ? (2ème partie)...

addendum :


                             TOUJOURS PLUS !

    Une nouvelle étude confirme que les ultra-riches concentrent de plus en plus de richesses. Malgré la crise, leur nombre augmente, et leur richesse encore plus.

    Cette étude de WealthX et de la banque UBS recense les très riches qui ont amassés plus de 30 millions de dollars. Ils sont 211000, soit une augmentation de 6 % sur un an, et leur patrimoine cumulé a lui augmenté de 7 %. Ainsi possèdent -ils à eux seuls 13 % de la richesse mondiale.
Ils sont de mieux en mieux répartis dans le monde, même si les Etats-Unis abritent toujours le plus gros contingent d'ultra-riches, suivis de l'Europe et de l'Asie. Le continent africain reste en dernière place, avec 3005 ultra-riche, mais c'est là que l'augmentation est la plus forte, avec une augmentation de 8,3 %.

    La richesse cumulée de ces 211000 ultra-riches atteint les 30.000 milliards de dollars. C'est quasiment le PIB cumulé de l'Europe et des Etats-Unis. Presque la moitié du PIB mondial. C'est 3 fois le montant de toutes les dettes souveraines cumulées des pays européens. L'augmentation de cette richesse se fait principalement sur les marchés financiers, repartis comme s'il n'y avait jamais eu de crise. Toutefois, un tiers de ces ultra-riches ont hérité du gros de leur fortune.  Au niveau mondial, ce club est à une écrasante majorité (87%) composé d'hommes dont l'âge moyen est de 59 ans.

- Voir plus à : http://www.humanite.fr/les-211000-plus-riches-possedent-13-de-la-richesse-mondiale-558341#sthash.jTqGUdVF.eExLEVwj.dpbs
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