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L' envolée des fortunes...

publié le 22 févr. 2013 à 01:17 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 22 févr. 2013 à 01:48 ]
publié le 24 nov. 2011 12:24 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 nov. 2011 23:22 ]

Mme Deborah Hargreaves est présidente du groupe britannique de recherche sur les hauts salaires (High Pay Commission). Ses recherches lui ont permis de constater que "la hausse des inégalités a été telle durant la période qui suit l’an 1980 que l’écart entre riches et pauvres en Grande-Bretagne est comparable à celui de certains pays en développement".

Yves Lacoste, géographe français de notoriété, spécialiste de la géographie des pays en développement disait - il y a déjà quelques décennies - que dans les pays du Sud, dans les pays sous-développés "les richesses sont plus grandes et la pauvreté est plus grande que dans les pays du Nord". Voilà une disparité nord-sud qui a disparu. Egalisation par le bas.

Thomas Piketti nous donne des éléments d’explication. Durant le XX° siècle, les gros patrimoines ont subi en Europe occidentale surtout, mais globalement dans tous les pays riches, une sorte de nivellement à cause de troubles majeurs ; les deux guerres mondiales et la crise de 1929. de plus, la démocratie politique évoluant vers un peu de démocratie sociale "les conditions de l'accumulation de patrimoines importants se sont totalement transformées : les taux supérieurs des impôts sur le revenu et sur les successions ont atteint des niveaux extrêmement élevés". Tant et si bien que "les traumatismes humains et financiers ont donné à la redistribution fiscale une importance déterminante. (…). Les décennies qui se sont écoulées depuis 1945 n'ont toujours pas permis (aux) fortunes et (aux) revenus de retrouver le niveau astronomique qui était le leur à la veille de première guerre mondiale".

Avant 1914, c’était "la Belle Epoque", et les fortunes s’étalaient sans vergogne. On peut trouver des références cinématographiques : la parade des chapeaux avant la course d’Ascot dans le film My fair lady[1], ou encore l’arrivée de la princesse russe et de ses enfants à l'Hôtel des Bains du Lido, grand hôtel de Venise, dans La mort à Venise[2]à l’autre bout de l’échelle, dans les caves de Lille, industrie textile, « on meurt sous vos plafonds de pierre » ![3]

Ce qu'on nous propose, ce à quoi rêve le parti du Patrimoine, c'est un retour à la hiérarchie du XIX° siècle. Est-ce possible s'interroge Piketti ? Mme Deborah Hargreaves vient de lui donner une réponse. Mais cet économiste avait déjà constaté qu’aux Etats-Unis d'Amérique, "en deux décennies (1980-1990) les inégalités ont retrouvé le niveau qui était le leur à la veille de la 1ère guerre mondiale"[4]. Ces deux décennies sont celles de la désastreuse « révolution conservatrice » initiée par les Anglo-saxons : Thatcher en Angleterre, 1979, R. Reagan aux Etats-Unis, 1981.

Piketti avançait l'idée qu’un retour au XIX° siècle (avait) un certain nombre de fondements objectifs" : la troisième révolution industrielle, avec Bill Gates comme figure emblématique[5], montre que "la très forte croissance enregistrée dans les nouveaux secteurs est de nature à permettre l'accumulation en un temps relativement bref de fortunes professionnelles considérables". Avec l'idéologie du now-nowism, du "tout-tout-de-suite", la pression est forte. Enorme. De plus, l'expérience montre que la "baisse des taux marginaux supérieurs (de 70-80% à 30-40%) facilite la constitution (ou la reconstitution) des patrimoines importants". Donc dépêchons-nous ! De plus, "la stagnation des pouvoirs d'achat constatée (1980-1990) a partout conduit à un certain rejet de l'impôt sur le revenu (c'est le moins qu'on puisse dire, JPR)" et "la mobilité (réelle ou supposée) de plus en plus forte des capitaux et des "super-cadres" conduit les différents pays à s'aligner sur une fiscalité allégée pour les revenus en question".

Retour aux hiérarchies du XIX° siècle, alignement sur la hiérarchie des pays pauvres remplies de riches insolents à la fortune nauséeuse ? On peut aussi dire retour aux hiérarchies antiques. A Rome, sous l’Empire (II° NE), "les paysans propriétaires de leur champ vivent dans des chaumières misérables. (..)". Ils voient parfois arriver "de jeunes bourgeois des villes, qui viennent chasser dans le pays et qui portent avec eux plus de pièces d’or que n’en possèdent tous les habitants sur des milles à la ronde". De retour chez eux, ces jeunes gens pourront se délasser dans leur villa de plaisance "où naturellement il y a des thermes et une piscine chaude en plein air, d’où, tout en nageant, on peut voir la mer"[6].

Comme au bord de notre riviera ou sur les côtes de Floride.

Ah ! il fait bon vivre. Vive l’Occident, Vivent les agences de notation.

rebondir : Le courage en politique...

[1] Film de George Cukor, sorti en 1964.

[2] Luchino Visconti, 1971.

[3] Cri de révolte de V. Hugo observant le travail des enfants dans l’industrie textile.

[4] T. Piketti signale toutefois que les Etats-Unis "partaient de moins haut et les chocs (des deux guerres mondiales, JPR) y furent moins profonds qu'en Europe".

[5] Rendons cette justice à Bill Gates : il s'est opposé au président G. W. Bush sur la question de la baisse des droits de succession. Il y est hostile.

[6] D’après Pierre Grimal, "La civilisation romaine", chez Artaud.

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