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Pourquoi notre système de santé se retrouve-t-il aujourd’hui dans cet état de délabrement ?

publié le 30 mars 2020 à 08:23 par Jean-Pierre Rissoan

    Je publie un article de l'Humanité qui remet en place les arguments matraqués ici et là.

Un peu de décence svp avec Roselyne Bachelot !

    Par Jean-Jacques Cassar Militant mutualiste


   

    Le Monde du 26/03 titrait : « La ministre qui a eu raison trop tôt », relativement à « sa commande de 94 millions de doses de vaccins… et pour l’acquisition de masques, chirurgicaux et FFP2 ». L’article fait référence, à la crise de la grippe A (H1N1), en 2009, quand les reproches se multipliaient envers Roselyne Bachelot. Lors d’une interview en 2010 pour France 3 Elise Lucet l’accusait « d’avoir dilapidé l’argent public sous la pression des laboratoires. » Dans un sondage récent, 44% des interrogés placent aujourd’hui Roselyne Bachelot en tête des personnalités politiques pour lesquelles ils éprouvent de la sympathie… Ce type de « sondage », comme l’écrit Patrick Champagne (proche de Bourdieu) dans « Faire l’opinion » (Ed. de Minuit), équivaut à « faire parler le peuple à la façon du ventriloque ». 

    L’essentiel n’est donc pas là, mais dans la « diversion » qu’il effectue, occultant le fait que, ministre de la santé sous Nicolas Sarkozy, elle a porté et défendu la loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » (HPST) en juillet 2009, dite « loi Bachelot », qui va transformer l’Hôpital public en entreprise privée, gérée par un manager dans le cadre d’une « nouvelle gouvernance ».

    Élément central de celle-ci, la tarification à l’activité (T2A) est un mode de financement des établissements de santé dont l’objectif est de « médicaliser le financement tout en équilibrant l’allocation des ressources financières et en responsabilisant les acteurs de santé. » Elle intègre une logique de résultat conforme à la « Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) puisque « ce sont désormais les recettes issues des activités hospitalières qui vont déterminer les dépenses et non l’inverse. »

    Devenue brutalement seule source de financement pour les activités de court et moyen séjours des hôpitaux, ses effets négatifs ont été immédiats. On exige de l’hôpital public plus de qualité des soins, plus de sécurité, plus d’offre de soins, avec plus de contraintes budgétaires ! L’obligation d’avoir une activité « cotable » importante pour maintenir le budget conduit à diminuer les actes prescrits pour les soins au domicile des patients, contribuant à ré-hospitaliser ces mêmes patients pour des soins mineurs effectués auparavant… à leur domicile ! Par ailleurs, on constate la réduction des durées de séjour et le développement des prises en charge ambulatoires, ainsi que de l’hospitalisation à domicile, pour des patients « non rentables ». Autres effets : la segmentation des séjours, la sélection des patients, l’inadaptation des soins en fonction de la gravité des besoins et la transformation de certains actes externes en hospitalisation…

    Dans l’Humanité du 9/11/2009, Emmanuel Hirsch, philosophe fondateur de l’espace éthique de l’hôpital Saint-Louis, affirmait : « Qu’avoir renoncé à débattre publiquement des enjeux humains et sociaux que suscitent une menace pandémique interroge la vie démocratique et contribue à amplifier une suspicion à l’égard des dispositions d’exception qui pourraient s’imposer comme mode de gestion arbitraire d’une crise totale. » 

    Les questions sont en effet multiples, commente le journaliste -, et les conflits d’intérêt entre la santé de la population et la santé des firmes pharmaceutiques, pour qui cette pandémie est déjà une aubaine, alimentent la suspicion… Et ce doute peut devenir facilement conviction lorsque l’on sait que les pilotes inspirés de cette campagne ne sont autres que les auteurs de la loi dite «HPST» qui vont livrer l’hôpital public aux appétits dévorateurs des marchands de santé, qui ferment des lits par milliers, des services par centaines, réduisent le personnel et ruinent les hôpitaux par un stratagème budgétaire ignoble, la tarification à l’activité. Procès d’intention malveillant et grotesque ? À ceux qui, en toute bonne foi, accusent les défenseurs de l’hôpital public de se mobiliser pour une mauvaise cause, déjà perdue, il faut recommander la lecture des curriculum vitae des futurs directeurs d’agence régionale de santé (Dars).

    Quatre décennies d’une même politique, quel que soit l’exécutif, de droite ou « socialiste », ont mis à mal tout ce que les luttes et l’expérience avaient bâti pour se protéger des aléas de l’existence : la maladie, la maternité, l’accident du travail, la vieillesse...  Et ce, sous injonction des « directives européennes », dont les gouvernements successifs, « eurobéats », firent une transposition massive dans le droit français. La députée Aline Pailler dénonça courageusement « la maladie des ordonnances ». Ajoutons à cela une fabrication très « idéologique », assénée à foison par les médias : celle du « trou » de la sécu, et son asphyxie financière par les exonérations de cotisations sociales patronales, dites « charges sociales » !

    Le bilan est lourd : la médecine du travail et la médecine scolaire sont sinistrées, les CHSCT au service de la santé des travailleurs sur le lieu de la production ont été supprimés par Macron - qui a réduit la liste des maladies professionnelles sous pression du Medef. La démocratie sanitaire et sociale fondée à la Libération est dévastée, fini les élections aux caisses de la Sécurité sociale depuis 1982. Et ce sont les responsables de cette « casse du siècle » qui se pavanent dans les médias à leur service, qui « gèrent la crise » !

    Des leçons s’imposent, vu que « demain commence aujourd’hui ». Par exemple, dans un domaine vital, celui de l’industrie pharmaceutique, il faut inscrire dans la loi la présence des associations de malades et des syndicats de salariés aux conseils d’administration des groupes. Cela évitera les querelles de mandarins dont nous sommes les otages, et fera la clarté sur les lobbies de toute obédience qui s’affrontent en champ clos pour « gagner des parts de marché », loin du regard des intéressés ! « Tout ce qu’un roi délire, le peuple le subit » disait Victor Hugo.

    Avons-nous oublié, peu avant l’an 2000, le scandale provoqué par le directeur du laboratoire Roussel-Uclaf qui arrêta la recherche sur un traitement du cancer du sein au motif de non-rentabilité ! Si les citoyen/nes ne se mêlent pas de leurs affaires au sein d’un Etat à refonder et à investir, ce n’est pas le « marché » qui le fera pour eux. Combien de députés issus des milieux populaires, du salariat, aujourd’hui à l’Assemblée nationale ? 

    Une préoccupation doit nous guider : un système fonctionne grâce à celles et ceux qui le font fonctionner. Agissent-ils dans l’intérêt public, celui du bien commun ? ou bien au service d’intérêts privés, dont le leur ? Il faut rappeler à nos "mandataires" qu’en démocratie, ils doivent rendre compte de leur mandat à celles et ceux qui les ont élus ! D’où l’intérêt du référendum révocatoire. A l’heure où celles et ceux qui, par idéologie et impéritie, nous ont conduits dans un mur et appellent au secours les vertus de solidarité et d’humanité, - voire les  Cubains… ou le « soin pastoral » : - « la clériquine plus fort que la chloroquine » proteste l’UFAL ! - nous devons rappeler les faits et poser les bonnes questions, quitte à être désagréables. Par exemple : en l’an 2000 notre système de santé était classé 1erparmi 195 pays par l’Organisation mondiale de la santé, pourquoi se retrouve-t-il aujourd’hui dans cet état de délabrement ? Quelles sont les responsabilités dans cette dégringolade ?

 
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