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Des élus MODEM et UDI appellent à redistribuer les richesses

publié le 7 déc. 2019 à 03:50 par Jean-Pierre Rissoan

Majorité :  Des élus Modem et UDI appellent à redistribuer d’urgence les richesses

L'Humanité, Mardi, 19 Novembre, 2019

    Des soutiens du gouvernement réclament la création d’une conférence sociale pour « rééquilibrer le prix du travail et celui du capital ».

    Ils ne sont pas membres de LaREM, mais font partie de la majorité parlementaire et prennent très au sérieux le premier anniversaire des gilets jaunes. Ils sont députés Modem, UDI ou sénateurs centristes et s’inquiètent de l’appel à une grève illimitée lancée par la plupart des syndicats à partir du 5 décembre. « La France serait à la veille d’une nouvelle convulsion », écrivent-ils dans une tribune commune, mesurant que « les Français souffrent toujours » malgré les réponses de l’exécutif. « Notre devoir est de répondre à cette dépression. Pour dessiner, sans attendre le 5 décembre, le chemin vers un sursaut national. Le gouvernement doit convoquer une grande conférence sociale », précisent dans le Parisien le président du groupe Modem à l’Assemblée, Patrick Mignola, le coprésident du groupe UDI-Agir Jean-Christophe Lagarde, et aussi Hervé Marseille, à la tête du groupe UC au Sénat.

"Une crise de frustration"

    La donne a bien changé depuis le début du quinquennat. En 2017, lors du vote de la loi Pénicaud s’attaquant au Code du travail, Patrick Mignola plastronnait que « la lutte des classes est terminée ». Il s’émeut aujourd’hui que, en « dix ans, la rémunération du capital a augmenté sept fois plus vite que la rémunération du travail ». Dans une mondialisation « désordonnée et surtout dérégulée, le capitalisme provoque plus que jamais des inégalités grandissantes », ajoute-t-il, avant de conclure que c’est le « rééquilibrage entre le prix du travail et celui du capital que cette conférence sociale doit négocier ». Une analyse partagée par Erwan Balanant. « À partir du moment où une entreprise peut augmenter la rémunération des actionnaires, elle peut augmenter celle des salariés. Sinon, c’est de l’injustice », argumente le député Modem. À ses yeux, il n’y a pas seulement une crise du pouvoir d’achat, mais surtout « une crise de la frustration de tous ceux qui travaillent et qui ne s’en sortent pas. Est-ce que la colère va exploser ? Est-ce que cela va aller plus loin qu’actuellement ? Je n’espère pas. Mais pour cela il faut répondre aux Français ».

Augmenter les salaires

    Fini de feinter ? L’enjeu est bel et bien de ne pas sous-estimer ce qui se prépare avec une possible convergence des mobilisations, d’après la députée UDI Sophie Auconie. « Il faut que l’on se mette tous autour de la table, avec le patronat et les syndicats, pour voir comment on peut pacifier le climat. Les Français vont être offensifs. Il faut qu’on les entende et que l’on réponde à leurs véritables attentes », mesure-t-elle. L’élue appelle à augmenter les salaires « le plus rapidement possible », et dévoile une partie des mesures qui seront annoncées mercredi pour répondre à la colère dans les hôpitaux. « On va ajouter 1 euro par acte aux infirmières. Mais ce n’est pas assez. Il faut prendre de la hauteur. On ne peut pas se contenter de mesures à la petite semaine, il faut avoir une vision globale. »

    Une réforme des retraites est par contre « obligatoire pour ne pas aller dans le mur », insiste-t-elle. « Si j’étais syndicaliste aujourd’hui, j’irais me battre sur la hausse des salaires. C’est un combat bien plus important que d’aller manifester sur les retraites », abonde Erwan Balanant, qui appelle ici à des gestes forts de la part du gouvernement. « Payer moins d’impôt sur le revenu, c’est bien, mais être mieux payé, c’est mieux. Psychologiquement, ce n’est pas du tout la même chose. L’acceptation de l’impôt est d’ailleurs beaucoup plus simple quand votre salaire augmente », développe-t-il. Reste à savoir si le gouvernement, qui bégaye sur les retraites et s’apprête à revoir sa copie sur l’hôpital, acceptera et jouera le jeu d’un « Grenelle du XXIe siècle », et s’il modifiera son projet de budget, actuellement en discussion.

Aurélien Soucheyre
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