Pas de « Made in Israël » pour les produits des colonies

publié le 6 janv. 2015 à 08:26 par Jean-Pierre Rissoan

    publié le 28 août 2012 19:11 par Jean-Pierre Rissoan

Par ALON LIEL

Ex-directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères et ex-ambassadeur d’Israël

Libération

20 juin 2012-06-21



    Le conflit israélo-palestinien semble être dans l’impasse la plus importante de son histoire. Dans ce contexte, la volonté affichée par des gouvernements étrangers d’établir une distinction claire entre les produits d’origine israélienne et ceux issus des colonies établies dans les Territoires palestiniens occupés est importante. Ces efforts peuvent contribuer à préparer le chemin vers la paix.


    Le mois dernier, les gouvernements sud-africain et danois ont annoncé leur intention d’empêcher les biens produits dans les colonies d’être étiquetés «Made in Israel». Cette annonce intervient après que le Royaume-Uni a demandé à ses supermarchés d’étiqueter différemment les produits des colonies en 2009. La chaîne suisse de supermarchés Migros a aussi décidé d’agir en ce sens. Ces actions doivent être saluées, d’autres gouvernements et entreprises devraient suivre cette voie.

    Pourquoi ? Parce que les colonies ne font pas partie d’Israël (souligné par moi, JPR). Elles sont établies sur des territoires occupés en dehors des frontières internationalement reconnues et sont illégales au regard du droit international. L’étiquetage des produits des colonies comme «Made in Israël» trompe le consommateur et approuve implicitement la politique expansionniste du gouvernement de droite d’Israël mené par Benyamin Netanyahou. La Cisjordanie palestinienne se fait absorber par l’expansion des colonies qui effacent la «ligne verte», frontière internationalement reconnue, antérieure à 1967. La «ligne verte» est la seule base viable pour la paix. Au moment de la signature des accords d’Oslo en 1993, les colonies dans les Territoires occupés hébergeaient environ 250 000 colons israéliens. En 2000, quand j’étais directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, leur nombre s’élevait à 390 000. Ils sont aujourd’hui plus de 550 000. Depuis que le Premier ministre Nétanyahou a rejeté la demande du président Obama de geler l’expansion des colonies, nous avons vu une forte accélération de la colonisation. La semaine dernière, Nétanyahou a annoncé la construction de 851 maisons supplémentaires, la plupart d’entre elles au cœur du territoire palestinien. Il semble que nous, Israéliens, soyons arrivés à la conclusion que nous n’avons plus besoin de la paix. Derrière le mur de séparation et grâce à la puissance de l’armée, nous vivons plus ou moins en sécurité, sans la paix. L’économie est en croissance et Tel-Aviv en plein essor. L’occupation ne nous pose pas de problème moral. A l’exception d’une minorité qui lutte contre le service militaire, l’oppression de Tsahal sur les Palestiniens est loin des yeux et du cœur de l’Israélien moyen. Beaucoup d’entre nous tendent à croire que le conflit peut être géré indéfiniment et qu’Israël n’a plus de «problème palestinien».

Cependant, nous nous leurrons. L’expansion des colonies menace de rendre impossible la solution à deux Etats. Israël est en train de se mettre dans une situation où, sauf en cas d’apartheid ou d’expulsion totale des Palestiniens, une solution à un seul Etat avec des droits égaux pour tous pourrait devenir la seule voie de sortie possible du conflit. Il s’agit du modèle sud-africain. En tant qu’ancien ambassadeur israélien en Afrique du Sud, je me sens en droit de livrer ma vision de l’applicabilité de ce modèle à Israël et à la Palestine. Contrairement à l’Afrique du Sud où l’urbanisation a ramené les Noirs dans les villes dans des proportions telles qu’ils y sont devenus majoritaires, il y a en Israël une importante séparation territoriale et une substitution de la main-d’œuvre palestinienne par des travailleurs étrangers. Tandis qu’en Afrique du Sud, presque chaque enfant blanc a eu une «nounou» noire, il y a très peu de contact entre Israéliens et Palestiniens.

Malgré ma profonde admiration pour la façon dont l’Afrique du Sud est parvenue à la paix, une solution de type sud-africain appliquée au conflit israélo-palestinien signifierait la fin de l’État juif. La solution à deux États reste le seul moyen de réaliser ce rêve. Si nous voulons nous en tenir à la solution à deux États, nous devons commencer à sérieusement nous attaquer à l’expansion des colonies, car elle constitue une menace pour cette solution. L’acte symbolique d’empêcher l’étiquetage des produits des colonies comme «Made in Israël» a une réelle portée : en refusant de mentionner cette origine «Made in Israël», les gouvernements étrangers protègent et renforcent les frontières antérieures à 1967. De plus, ils donnent le choix à leurs consommateurs d’acheter ou non des produits des colonies. Cet acte simple nous rappelle que les colonies constituent une grave violation du droit international et un dangereux projet d’annexion de fait. En promouvant le règlement du conflit selon les frontières d’avant 1967, la communauté internationale confirme que l’objectif est la solution à deux États, et non pas un Etat israélien d’apartheid.

 


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Jean-Pierre Rissoan

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