Palestine-Proche Orient

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Benyamin Netanyahou ne recule que devant la force, Une tribune de Zeev Sternhell

publié le 17 juil. 2017 à 09:27 par Jean-Pierre Rissoan

La visite du premier ministre israélien à Paris le 16 juillet vise à "demander à la France de renoncer à l’indépendance de la Palestine", analyse dans une tribune l’historien israélien Zeev Sternhell, publiée le 12 juillet par Le Monde. Il estime que Paris ne doit pas céder. Zeev Sternhell est membre de l’Académie des sciences et lettres d’Israël ainsi que de l’Académie américaine des arts et des sciences. Il est auteur, entre autres, de  "Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France", Gallimard, Folio Histoire, 1983 ; "Les Anti-Lumières. Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide", Gallimard, "Folio Histoire", 2010 ; " Histoire et Lumières. Changer le monde par la raison", Albin Michel, 2014. Les lecteurs fidèles de ce site connaissent bien Sternhell et savent ce qu'il faut penser de ses travaux.

J.-P. R.

Voici le texte de cette tribune.

Le premier ministre d’Israël, à la tête d’un gouvernement qui se situe bien à droite du Front national (FN), vient à Paris avec la volonté de convaincre Emmanuel Macron d’infléchir, sinon de modifier radicalement, la politique traditionnelle de la France sur la question palestinienne. En d’autres termes, sous le couvert de sa langue de bois habituelle, Netanyahou souhaite que la France, qui avec l’Allemagne parle au nom de l’Europe, abandonne l’idée de l’indépendance palestinienne et se limite à la préservation indéfinie du statu quo.

Il expliquera au président que ce n’est pas à la colonisation de la Cisjordanie, avec l’implantation de 350 000 juifs dans les territoires occupés en juin 1967, qu’incombe la responsabilité du blocage de la situation actuelle, mais au refus palestinien de reconnaître Israël comme un État juif. Selon lui et les siens, la reconnaissance d’Israël par l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP) au temps de son fondateur Yasser Arafat, tout comme les accords d’Oslo de 1993, signifient peu de chose car il leur manque la clé de voûte : la reconnaissance des droits inaliénables des juifs sur la Palestine historique.

En France et en français, le terme « État juif » est synonyme de l’État d’Israël, ce qui n’est pas du tout la signification que lui prête en hébreu la droite israélienne. C’est pourquoi les nationalistes travaillent actuellement sur un projet de loi qui doit fixer définitivement le statut de tous les Arabes palestiniens sous contrôle israélien.

Non seulement il faut empêcher à tout prix que l’entité nationale palestinienne, en se donnant les structures d’un État indépendant, accède à un statut d’égalité avec l’État israélien, mais aussi il importe de changer profondément la structure constitutionnelle d’Israël même, où les Arabes constituent 20 % de la population.

Citoyens de seconde zone

Alors que, dans les textes en vigueur, l’État d’Israël est défini comme  "juif et démocratique" – le concept "démocratique" vient ancrer l’égalité de tous les citoyens –, dans la nouvelle législation actuellement en débat, la préséance revient au national. Ainsi est établie une hiérarchie claire : alors que la loi fondamentale de l’État cherche à tenir la balance égale entre le national, c’est-à-dire le particulier, et l’universel, la droite subordonne l’universel au particulier.

En d’autres termes : les Arabes citoyens d’Israël deviennent des citoyens de seconde zone. Ils restent évidemment citoyens de l’État d’Israël, mais, dans son essence, cet État sera juif, c’est-à-dire que seuls les juifs en seront les propriétaires légitimes. Car, si l’on va au fond des choses, pour les nationalistes durs, la nationalité est une simple catégorie juridique et politique, donc une catégorie artificielle, dont le contenu peut être modifié à volonté, comme cela a été déjà le cas d’abord en Allemagne nazie, ensuite ailleurs en Europe, jusqu’à Vichy.

La nationalité ne peut être qu’inférieure à la qualité de "juif" qui vient de la naissance, pour ne pas dire de la "nature", et reste définie par l’histoire, par la Bible, et pour certains au gouvernement même, par la volonté divine.

Cette "loi de la nationalité", qui entend changer totalement la nature de notre société et instaurer une forme d’inégalité calquée sur la situation qui prévaut dans les territoires occupés, n’a pas été encore votée grâce à la vigoureuse bataille que livrent les organisations des droits de l’homme, les intellectuels et toutes les "élites" culturelles que notre gouvernement considère comme ennemies du peuple.

Mais, en réalité, c’est avant tout la crainte des réactions et sanctions extérieures face à ce que serait la légalisation en Israël même de l’apartheid importé des territoires occupés, qui fait que le Likoud hésite à passer en force et à faire jouer la majorité dont sa coalition dispose à la Knesset. Netanyahou ne recule que devant la force, jamais devant la morale.

Campagne contre la liberté d’expression

C’est ainsi que l’occupation aura fini par pourrir notre société : certains d’entre nous combattent ce glissement vers l’abîme depuis plus de quarante ans. À cela, il faut ajouter la persécution continue des organisations des droits de l’homme, la campagne contre la liberté d’expression dans les universités ainsi que l’introduction continue de la religion dans l’enseignement public prétendument laïque.

Car, le grand dessein de la droite nationaliste n’est pas la fin du conflit mais la conquête définitive de la Palestine historique. La droite s’élève de toutes ses forces contre l’idée qu’il pourrait exister une quelconque symétrie entre les droits des juifs et les droits des Arabes sur le sol de la Palestine. Pour elle, les droits historiques auront toujours la primauté sur les droits de l’homme, cette "nuée", comme disait Maurras, misérable invention des Lumières françaises.

C’est pourquoi, dans son esprit, la solution du conflit ne peut passer par un compromis mais uniquement par la capitulation arabe. Il faut que les Arabes reconnaissent leur défaite historique et s’accommodent de l’idée qu’ils ne pourront vivre en Palestine occidentale, entre la mer et le Jourdain, que soumis, d’une façon ou d’une autre, à la souveraineté juive.

À cet effet, la droite cherche à détruire le statut fondateur de la guerre d’indépendance de 1948-1949, avec sa malheureuse "ligne verte", et pour pouvoir poursuivre la conquête du sol, à casser les acquis de la fondation d’Israël. Il faut donc concevoir la guerre des Six-Jours de 1967 non pas comme un accident infortuné mais comme la suite et la conclusion de celle de 1948-1949.

Le processus de la conquête de la terre

À première vue, la démarche de la droite peut paraître un paradoxe, mais en réalité, cette approche affiche une grande logique. Les nationalistes comprennent que si l’on regarde la création de l’État et l’accession à la souveraineté dans les frontières issues de la guerre d’indépendance comme une véritable césure dans l’histoire juive, le long processus de conquête de la terre est parvenu à sa fin. Une telle vision du sionisme constitue pour eux un danger existentiel, il faut donc défaire aussi rapidement que possible les acquis de 1948. Mais ce n’est pas pour la droite le seul danger : cette normalisation de la condition juive, qui a été le grand objectif du sionisme des fondateurs, porte en elle une autre menace, celle de la conception utilitaire et libérale de l’État.

Pour la droite, la fonction de l’État ne consiste pas à garantir les droits de l’homme, la démocratie, l’égalité devant la loi, ni même à assurer à sa population une vie décente : l’État existe pour poursuivre la conquête de la terre d’Israël, aussi loin que possible au-delà de la « ligne verte », et, de ce fait, rendre impossible l’existence d’une autre entité politique sur cette terre.

Assurément, Netanyahou, contrairement à la plupart de ses ministres qui s’expriment beaucoup plus librement, surtout quand ils parlent en hébreu, ne refuse pas le principe théorique de deux États mais, en même temps, il fait tout pour que l’État palestinien ne puisse voir le jour. Avec la Cisjordanie découpée en peau de léopard par la colonisation israélienne, cette entité palestinienne n’aurait d’État que le nom.

Le rôle de la France

Arrivé à ce point, qu’il me soit permis d’insister sur le rôle de la France. Si l’acceptation de la finalité du cadre territorial acquis en 1949 constitue la seule base sur laquelle puisse intervenir le règlement du conflit israélo-palestinien, ce principe ne saurait ouvrir une voie à sens unique. Depuis la conférence de Madrid de 1991 et les accords d’Oslo de 1993 jusqu’à ce jour, en passant par la réunion de Camp David de l’an 2000, la conférence d’Annapolis de 2007, tous les efforts pour mener à bien un dialogue direct échouèrent : ni les uns ni les autres ne possèdent l’énergie intellectuelle et morale nécessaire pour accepter les résultats de la guerre de 1948-1949.

Assurément, un tel consentement est objectivement bien plus douloureux pour les Palestiniens que pour les Israéliens : concrètement, cela signifie pour eux l’abandon de leur revendication majeure, le retour en Israël des réfugiés de 1948-1949. Cette exigence représente la destruction d’Israël et reste donc inacceptable pour nous. Il s’ensuit que l’acceptation par les uns et les autres de la finalité de 1949 – la "ligne verte" améliorée devenant la frontière permanente entre deux États – constitue la seule base sur laquelle puisse être fondée la fin du conflit.

Enfin, puisque les Palestiniens comme les Israéliens ont fini par démontrer depuis un demi-siècle, urbi et orbi, leur incapacité de parvenir à une solution raisonnable, négociée en face à face, une telle solution, fondée sur le partage de la terre entre deux Etats souverains, doit leur être imposée. La France et l’Allemagne, moteurs de l’Europe, pays amis et alliés d’Israël, doivent dans le cadre de l’Organisation des Nations unies, prendre leurs responsabilités. Cinquante ans de discours nous suffisent, le temps est venu d’agir.

Une tribune de Zeev Sternhell parue dans Le Monde du 12 juillet 2017

juillet 2017 : Antisémitisme et antisionisme

publié le 16 juil. 2017 à 05:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 juil. 2017 à 05:35 ]

Antisémitisme et antisionisme

Macron dérape complètement : après Trump, le voici avec Netanyahou déclarant que l’antisionisme n’est que de l’antisémitisme déguisé ! qu’a-t-il donc appris chez les Jésuites ? Voici une réponse, parmi d’autres, à ce type de manipulation intellectuelle.  Je vous invite à lire aussi le texte de Rony Brauman antisémitisme et antisionisme par Remy Brauman


Non à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme

juillet 2017, par Les invités de Mediapart

Blog : Le blog de Les invités de Mediapart

Plusieurs personnalités, Bertrand Badie, Etienne Balibar, Fethi Benslama, Sophie Bessis, Rony Brauman, Alice Cherki, Suzanne Citron, Sonia Dayan-Herzbrun, Michel Dreyfus, Ivar Ekeland, Jeanne Favret-Saada, Marcel-Francis Kahn, Catherine Lévy, Gilles Manceron, Gustave Massiah, Elise Marienstras, Fabienne Messica, Edgar Morin, Véronique Nahoum-Grappe, Emmanuel Naquet, Jacques Rancière, Bernard Ravenel, Carole Reynaud Paligot, Michel Rotfus, Elisabeth Roudinesco, Shlomo Sand, Enzo Traverso, Michel Tubiana, Dominique Vidal s'insurgent d'une résolution prise le 1er juin du Parlement européen qui assimile toute critique d’Israël à de l’antisémitisme. "Cette résolution (...) s’appuie sur la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), dont le grave défaut est de s’écarter de son objet en multipliant les références à l’Etat d’Israël".

Le 1er juin 2017, le Parlement européen a adopté une résolution sur une cause essentielle et qui mérite un traitement sérieux : la lutte contre l’antisémitisme. Or, cette résolution, qui reprend l’une des deux propositions déposées, celle des groupes conservateurs (PPE), libéraux (ALDE) et socialistes (S&D), pose de sérieux problèmes. Elle s’appuie, en effet, sur la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, l’International  Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), dont le grave défaut est de s’écarter de son objet en multipliant les références à l’Etat d’Israël.

    Ce n’est pas à un parlement de définir des notions qui font l’objet d’un vaste débat historiographique et de centaines de travaux critiques. Et le texte de l’IHRA est loin d’être une référence indiscutable. Il affirme d’emblée que « Les manifestations de l’antisémitisme peuvent inclure le ciblage de l’Etat d’Israël » et mentionne à neuf reprises cet Etat ; même si ses auteurs se voient contraint d’ajouter : "Cependant, une critique d’Israël similaire à celle menée contre n’importe quel autre pays ne peut être vue comme antisémite". Quand il donne ensuite des "exemples contemporains d’antisémitisme dans la vie publique, les médias, l’école, le monde du travail ou la sphère religieuse", il met sur le même plan quatre exemples de propos haineux, stéréotypés, fantasmés ou négationnistes relevant incontestablement de l’antisémitisme, et sept autres portant sur l’Etat d’Israël, sa "politique actuelle" et ses "actions"

    C’est cette définition de l’antisémitisme par l’IHRA que la résolution votée par le Parlement européen invite les États membres, les institutions et agences de l’Union à adopter et à appliquer. Or, si l’on peut considérer qu’il existe dans certaines attaques formulées contre Israël des dérives antisémites, les critiques de la politique des gouvernements israéliens ne peuvent en aucun cas être assimilées à de l’antisémitisme sans nuire tout à la fois au combat contre l’antisémitisme et contre le racisme, et à la liberté d’opinion nécessaire au fonctionnement de nos démocraties.  

    C’est ce qu’ont exprimé au Parlement européen les députés de gauche et écologistes (GUE/NGL et Verts/ALE) qui refusent cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme et souhaitent inscrire celle-ci dans le combat, essentiel et universel, contre toutes les formes de racisme et de discriminations. 

    Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme et défendre les droits des Palestiniens. Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme tout en condamnant la politique de colonisation du gouvernement israélien.

    La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations ne se divise pas.

 

Signataires: 

Bertrand Badie, Etienne Balibar, Fethi Benslama, Sophie Bessis, Rony Brauman, Alice Cherki, Suzanne Citron, Sonia Dayan-Herzbrun, Michel Dreyfus, Ivar Ekeland, Jeanne Favret-Saada, Marcel-Francis Kahn, Catherine Lévy, Gilles Manceron, Gustave Massiah, Elise Marienstras, Fabienne Messica, Edgar Morin, Véronique Nahoum-Grappe, Emmanuel Naquet, Jacques Rancière, Bernard Ravenel, Carole Reynaud Paligot, Michel Rotfus, Elisabeth Roudinesco, Shlomo Sand, Enzo Traverso, Michel Tubiana, Dominique Vidal.

Syrie : L’histoire s’écrit sans les putschistes occidentaux ... par Gilles Devers

publié le 4 janv. 2017 à 07:47 par Jean-Pierre Rissoan


Gilles Devers est, entre autres, un avocat de l'Autorité palestinienne et du Front Polisario. Voici son texte :    

    "Je dois faire attention de ne pas dire « l’Occident », mais bien « les putschistes occidentaux », c’est-à-dire une poignée de financiers, d’industriels et de politiques qui sont prêts à tout pour défendre leurs intérêts personnels, contre ceux de cette grande région du monde qu’est l’Occident.

 

    C’est bien clair : nous sommes « l’Occident » - une terre de culture - alors qu'ils n’en sont que les destructeurs.

    Et bien, ce clan putschiste occidental est en train de vivre une défaite considérable et humiliante qui ponctue, avec la guerre en Syrie, des années d’impérialisme, qu’ils ont organisées de A à Z, et qu’ils ont perdues de A à Z.

    Ce 29 décembre, Poutine a annoncé un cessez-le-feu en Syrie. Un exercice risqué, vu le nombre de tentatives depuis six ans ? Sauf que cette fois-ci, tout a changé.

Trois documents ont été signés : le cessez-le-feu entre le gouvernement syrien et l'opposition armée, les modalités de son respect et l'organisation de négociations de paix.

Poutine souligne : « Il y a peu, une réunion s’est tenue à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères de Russie, de Turquie et d’Iran : ces trois pays ont pris l’engagement non seulement de contrôler mais aussi de garantir le processus de règlement de paix en Syrie. Cet événement s'est passé il y a quelques heures. Non seulement nous l'avons attendu depuis longtemps, mais aussi nous avons beaucoup travaillé pour s'en approcher. Il faut maintenant tout faire pour que ces accords entrent en vigueur, qu’ils soient mis en œuvre, de manière à ce que les équipes de négociateurs puissent arriver le plus rapidement possible à Astana (Kazakhstan), pour y débuter un véritable processus de paix ».

À 24 heures, on note quelques incidents, mais le cessez-le-feu tient, et il tiendra parce que la diplomatie a joué tout son rôle : à chacun ses droits, à chacun le respect de sa sphère d’influence. 

 

I – Le cessez-le-feu

    1/ L’accord est syrien, signé entre le gouvernement légitime et les groupes rebelles, à l’exclusion de ceux liés à Daech et au Fateh al-Cham, l’ex-Front al-Nusra, filiale d’al-Qaeda. Ceux qui misaient sur l’écroulement de l’État syrien pour en faire un nouveau territoire éclaté entre groupes djihadistes ou un État uni mais sous contrôle des États-Unis et d’Israël ont perdu. La Syrie reste la République Arabe Syrienne.

    2/ Les garants du cessez-le-feu sont la Russie, l’Iran et la Turquie. Les putschistes occidentaux ont perdu, comme leurs alliés, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Émirats.

    3/ La Russie était – si j’ai bien compris – abominable quand elle répondait au gouvernement légitime syrien dans le cadre d’un accord militaire, pour combattre des groupes armés. D’après ce que je lis, elle reste abominable quand elle parvient à imposer un cessez-le-feu, signé par toutes les parties, sauf Daech et al Qaeda. Merci de m’expliquer. 

 

II – Et la Turquie ?

La Turquie, au centre de tous les enjeux, est aujourd’hui dans la main de Moscou et de Téhéran.

1/ Erdogan est affaibli comme jamais. Pays encore pivot de l’OTAN, la Turquie a rompu avec ses alliés de l’OTAN. Erdogan est décrit comme surpuissant, et il va organiser une réforme de la constitution, mais les évènements montrent qu’il n’est plus maître chez lui. Le putsch de juillet, la série d’attentats de ces derniers mois, et l’assassinat d'Andreï Karlov, l’ambassadeur de Russie à Ankara, illustrent la faiblesse du régime à l’intérieur. Sur le plan international, c’est pire : alors que depuis six ans, Erdogan misait tout sur le soutien aux groupes djihadistes pour obtenir le départ de El-Assad, il se trouve contraint d’être le garant d’un accord qui marginalise les djihadistes et laisse en place El-Assad ! Ce parce que c’était ça, ou une pente syrienne pour la Turquie, rien de moins... Le risque de contagion est en effet élevé car, pour les deux pays, ce sont les mêmes populations,... mais avec une question kurde renforcée pour la Turquie. La base de la politique d’Erdogan, c’était un axe Qatar - Arabie Saoudite - Turquie pour éradiquer El-Assad. On se retrouve avec un axe Russie - Iran - Turquie pour conforter El-Assad. Bon courage pour expliquer cela à la population turque…

2/ Erdogan a pour priorité absolue d’empêcher la constitution d’un territoire kurde dans le nord de la Syrie, qui deviendrait une menace pour l’intégrité turque. Or, les États-Unis et la France s'étaient engagés sur ce plan, et se sont appuyés sur les très efficaces combattants du PYD pour combattre Daech… Ce PYD qui est le bras armé du PKK. Mais la page est tournée. Les Kurdes sont abandonnés par les US et la France. Ils sont les grands sacrifiés des évènements actuels, et ne vont pas se laisser faire. La Russie et l’Iran ont pris des engagements pour tenir la question kurde, ce qui fait de la Turquie leur obligée, sachons le dire clairement.

3/ En se trouvant garante du cessez-le-feu, la Turquie reconnaît définitivement qu’elle finançait et armait les groupes djihadistes et que, si elle a accueilli tant de réfugiés syriens, c’était pour vider l’armée syrienne. Elle va devoir assumer cette responsabilité et dans le même temps gérer les désillusions, car la défaite d’Alep, qui est la sienne, ouvre le chapitre inévitablement destructeur des luttes des clans au sein de la rébellion syrienne, dont la région d’Idlib va être le terrain.

4/ L'assassinat de l’ambassadeur de Russie en Turquie par un policier turc a signé la faiblesse du régime turc, et l’inefficacité de la répression. La Turquie avait de quoi redouter la réaction russe… à juste titre. Celle-ci a été de velours, mais avec une main de fer : tu es incapable d’assurer la sécurité, alors c’est avec nous, ou c’est fini pour toi. Les contacts de Erdogan avec Lavrov, ministre russe des affaires étrangères, et Choïgou, ministre russe de la défense ont dû être, disons, particulièrement intenses.

5/ Les États-Unis sont perdus devant les évènements, et ils n’ont même pas été en mesure de répondre à la demande d’appui de l’armée turque, dans la bataille que celle-ci conduit depuis quelques semaines pour reprendre Al-Bab, un bastion de Daech. La semaine dernière, 16 soldats turcs ont été tués. Les États-Unis étant aux abonnés absents, c’est l’aviation russe qui est venue à la rescousse, pilonnant les positions de Daech. Vraiment, on passe d’une époque à une autre, mais il y aura un coût élevé pour Erdogan.

6/ A quel prix, la Turquie va-t-elle pouvoir rester dans l’OTAN, accueillant une stratégique base militaire des États-Unis, et contrainte de s’en remettre à la Russie et à l’Iran pour sauvegarder son intégrité ? Le peuple turc, happé par les choix irréfléchis de ses dirigeants, est désormais exposé à toutes les tensions et à tous les coups tordus.

 

III – L’accord de paix

Aujourd’hui, c’est le cessez-le-feu, mais demain ce sera les négociations de paix, qui vont s’ouvrir d’ici fin janvier à Astana. Les partenaires sont la Syrie, Russie, la Turquie, l’Iran et ce qui restera de la rébellion syrienne.

Mais qui y aura-t-il d’autre autour de la table ?

On se doute que Poutine, Lavrov et Choïgou vont tout faire pour y installer des pays arabes, au second rang bien sûr.

Sissi a rompu avec les États-Unis et l’Arabie saoudite, et l’Égypte sera là, ou pas loin.

Assuré d’une place aussi le Qatar, qui a lâché les djihadistes d’Alep, à la suite de deux accords passés avec la Russie. Le 6 septembre 2016, a été signé à Moscou un accord de coopération militaire entre la Russie et le Qatar, et surtout, le 10 décembre 2016, a été conclue la vente de 19,5% des actions de Rosneft, la société russe d’exploitation du pétrole et du gaz au fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), pour 11 milliards de dollars, faisant du Qatar le second actionnaire de Rosneft après l’État russe. On est là avec l’enjeu décisif de l’approvisionnement de l’Europe en gaz. Au premier rang des fournisseurs, se trouvera désormais la Russie, l’Iran et le Qatar, avec 50% des réserves mondiales de gaz naturel, et ces trois États vont pouvoir organiser les gazoducs en passant par la Syrie et la Turquie. Le revirement de la Turquie et du Qatar place l’Europe en situation de grande dépendance énergétique. Nos gouvernements, prisonniers de l'OTAN, sont des marionnettes des US, et on voit le résultat.

    La Russie parviendra-t-elle à convaincre aussi l’Arabie Saoudite de venir à Astana ? L’Arabie Saoudite est au plus mal, lâchée par l’inconsistant Obama, lâchée aussi par la Turquie et le Qatar, embourbée au Yémen… Ce alors qu’un accord est certainement possible sur la base de la diplomatie russe : respect des États, et à chacun selon sa place et son influence. La présence de l’Arabie Saoudite à Astana assurerait la paix dans la région. L’Iran, le grand rival des Saoudiens, est rodé à l’hostilité US, alors que l’Arabie Saoudite se demande comment faire alors que la tutelle US s’est écroulée. Et sûr que Lavrov et Choïgou ont de plus quelques arguments convaincants…

    Les États-Unis et leur caniche français ? May be… Poutine a d’un revers de main retourné les puériles provocations du pré-retraité Obama, pour garder les mains libres alors qu’il va devoir gérer quatre ans avec Trump. 

 

    En attendant, on sait qui dirige, et sur quelles bases."

 

Actualités du Droit     1er Janvier 2017

 

le problème national Kurde et l'impérialisme turc

publié le 31 août 2016 à 10:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 mai 2017 à 02:45 ]


    les Turcs s'agitent comme des malades pour détruire tout ce qu'ils peuvent de la population kurde et de son patrimoine. Ils profitent de l'imbroglio diplomatique et militaire qui règne au Proche-Orient  et ils trépignent de haine à voir les Kurdes être présentés comme les combattants les plus efficaces contre Daesh et même les voir administrer des parties de territoires irakien et syrien. Un État Kurde ? ce serait légitime, on en parle depuis la conférence de Versailles en 1919 Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale.
    De cet État les Turcs ne veulent absolument pas entendre parler. Il y a à cela deux raisons majeures. Les Kurdes sont sur les passages possibles d'oléoducs évacuant le pétrole de la Mer Caspienne et de l'Asie centrale , les Kurdes sont installés sur un château d'eau : le lac de Van, les sources du Tigre et de l'Euphrate sont là.
    Je vais présenter quelques cartes tout-à-fait indispensables pour la compréhension.
    Voici d'abord une carte extraite du Monde diplomatique qui montre la localisation de la population de langue kurde en Turquie en 1950. Cette répartition n'a pas fondamentalement été modifiée.

    Voici maintenant une carte du Monde diplomatique de novembre 1997 (Cécile Marin). J'ai été conduit à la couper en deux pour lui conserver sa lisibilité.  Elle est un peu vieille et sans doute erronée vingt ans plus tard (2017 c'est maintenant). Elle conserve l’intérêt de montrer des données fondamentales et incontournables. Pour exporter le pétrole de la Mer Caspienne et des républiques d'Asie centrale, plusieurs tracés sont possibles et en concurrence. Le pétrole peut être évacué par l'Océan indien ou par la Méditerranée-Mer noire. La Turquie est intéressée en tant que pays de transit. Un des grands projets est l’aménagement du port de Ceyhan - Yumurtalik dont les Turcs aimeraient faire le "Rotterdam de la Méditerranée".
    Mais il n'y a pas besoin de grands moyens intellectuels pour constater que les tracés traversent le pays kurde...



   
    Voici maintenant un document qui montre la situation de château d'eau de la Turquie et plus précisément de la Turquie kurde [1].
    

    Le sigle GAP signifie Guneydogu Anadolu Projesi  autrement dit le Programme Régional de développement de l'Anatolie du sud-est. Tigre et Euphrate sont ce que l'on appelle des fleuves internationaux c'est-à-dire des fleuves dont l'exploitation nécessite une entente entre les différents gouvernements des pays concernés. Ce n'est toujours pas le cas.  Voici de larges extraits du passage du livre de Bethemont consacré à la Turquie et ses rapports avec la Syrie et l'Irak (données structurelles que l'on retrouvera la paix revenue. Si elle revient...).

Turquie : l'eau comme instrument d'une politique

Dans un Moyen-Orient où l'eau est rare, la Turquie apparaît comme favorisée avec un écoulement total de 185 km3 dont près de 53 km3 pour les bassins du Tigre et de l'Euphrate. En fait, au niveau de sa ligne de frontière méridionale, elle contrôle 98 % du débit de l'Euphrate et 45 % de celui du Tigre. Cette maîtrise des eaux est d'autant plus marquée que si le flot annuel du Tigre s'élève à 48 km3 contre 31,5 km3 pour l'Euphrate, la morphologie accidentée de son bassin se prête peu à l'insertion de vastes systèmes d'irrigation, de sorte que toutes les tensions se concentrent sur l'Euphrate et que la Turquie apparaît comme le maître du jeu à l'échelle internationale. Ce point s'avère essentiel dans le contexte hydropolitique actuel qui fait théoriquement obligation à la Turquie (traité de Lausanne 1923 ; traité d'Alep, convention turco-irakienne d'Ankara 1946) de garantir un débit de 500 m3/s au passage de la frontière syrienne. Débit jugé insuffisant par les riverains d'aval qui en 1965 ont fixé le niveau de leurs exigences annuelles à 14 km3 pour la Syrie et 18 pour l'Irak, alors que la Turquie fixait sa dotation minimale à 14 km3, soit un total de 45 km3, excédant les 32 km3 mesurés en année moyenne à l'entrée du fleuve en Syrie.

C'est donc dans un contexte extrêmement tendu que la Turquie a élaboré dès les années soixante-dix un plan d'aménagement hydraulique défini et adopté en 1989 sous le nom de Programme Régional de Développement de l'Anatolie du Sud-Est ou GAP (Guneydogu Anadolu Projesi). Ce programme englobe sur 75 000 km2, 13 projets de développement intégré (6 sur le Tigre et 7 sur l'Euphrate) portant sur la construction de 22 réservoirs capables de stocker 60 km3 (dont 48 km3 pour le barrage Atatürk), 19 centrales électriques d'une capacité totale de 7400 MW et l'irrigation de 1,7 M ha qui, à eux seuls, consommeront chaque année 22 km3 d'eau. À la date de 1997, trois grands barrages sont achevés (Atatürk, Karakaya et Ancagiz) et 10 autres sont en cours de construction. Un rythme très rapide donc, en dépit d'un coût final évalué non sans optimisme à 32 milliards de dollars [À comparer avec le PNB de la Turquie d’alors, soit 177 milliards de dollars, (année 1997)], soit un investissement d'autant plus lourd que le projet n'est pas subventionné par la Banque mondiale, faute d'entente avec les autres riverains du Chatt-el-Arab.

Après avoir exposé les buts affichés par les Turcs (irrigation à développer, production hydroélectrique, usines textiles exploitant cette énergie, barrages permettant la construction de routes au travers des vallées et donc d’un réseau désenclavant, relogement de populations vivant dans des logis insalubres), J. Bethemont aborde le problème kurde :

Ces données sont sans doute exactes mais ne doivent pas être détachées du contexte politique régional, savoir l'existence d'une population kurde, laquelle aspire à la création d'un Kurdistan indépendant qui réunirait un peuple actuellement dispersé entre quatre pays. Dans ce contexte, le plan de développement permet à la fois un rattrapage économique d'autant plus nécessaire que la région n'entre qu'à hauteur de 4 % dans le PNB national, et surtout un contrôle de la population passant par l'établissement des infrastructures routières et la déstructuration des groupes villageois grâce à la réinstallation complétée par la construction de nouveaux villages sur les périmètres irrigués.

Puis il revient sur les aspects internationaux :

Au plan international, la Turquie instaure un contrôle total des écoulements, ce que la Syrie et l'Irak ont très bien compris lorsque, en janvier 1991, le remplissage du barrage Atatürk, réduisit considérablement le débit de l'Euphrate. Comme cela se passait au plus fort de la guerre du Golfe, les nations occidentales purent également interpréter ce geste comme un soutien non négligeable à leur action. Le remplissage des barrages en cours d'achèvement ou programmés pourra donc fournir incidemment l'occasion de tensions dont l'ampleur reste imprévisible. Il n'est bien entendu plus question de la garantie de 500 m3/s à la frontière syrienne, mais la Turquie fait valoir sur ce point que le débit de l'Euphrate sera désormais régularisé alors qu'à l'état naturel il pouvait tomber à 150 m3/s lors des étiages. Selon les économistes du GAP, cette régulation devrait permettre à la Syrie de porter sa superficie irriguée de 280.000 ha en 1995 à quelque 400.000 ha au milieu du XXI° siècle, cependant que les superficies irriguées de l'Irak pourraient passer dans le même laps de temps, de 2,6 à 4 M ha. La Turquie considère également que l'Irak pourrait être largement desservi par les eaux du Tigre qu'elle-même ne contrôle que très partiellement, argument qui n'est pas recevable au plan technique compte tenu de la nature des lieux.

Tous les points de cet argumentaire sont contestés par la Syrie et l'Irak que la coupure de l'Euphrate en 1991 a plongés dans la consternation. La position des deux pays n'est cependant pas comparable, comme le prouve l'attitude de la Syrie qui a continué à irriguer et à remplir le réservoir de Tabqa (cf. carte) en 1991, tarissant le fleuve au sens propre du terme au niveau de la frontière syro-irakienne. La Syrie peut également user de représailles à l'encontre de la Turquie, par exemple en retenant les eaux de l'Oronte derrière un barrage qui peut mettre à sec le périmètre irrigué d'Amik dans le sandjak d'Alexandrette (attribué à la Turquie et revendiqué par la Syrie –cf. carte de l’article Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale le Proche-Orient après la guerre) ou en offrant des bases arrières au PPK, ce qu'elle a fait jusqu'en 1992. De son côté, l'Irak plaide les droits acquis par l'antériorité et dénonce la situation dramatique qui serait faite aux agriculteurs riverains de l'Irak en cas de réduction des débits. Quant au transfert de ces populations vers la vallée du Tigre, il est inconcevable pour plusieurs raisons : l'impossibilité d'imposer le traumatisme du changement aux populations concernées, la mauvaise qualité des sols gypseux de la vallée du Tigre, l'existence d'une forte minorité kurde qui s'opposerait à toute intrusion massive sur son territoire. L'Irak cumule donc tous les inconvénients liés à sa position en fin de système hydrographique. Par ailleurs, militairement parlant, il n'est pas en position de force face à la Turquie qui reste donc « le maître du château ». Fin de citation.




[1] Bibliographie : Bethemont, "Les grands fleuves, entre nature & société", Armand Colin, 1999, 256 pages.




antisémitisme et antisionisme par Remy Brauman

publié le 31 août 2016 à 08:38 par Jean-Pierre Rissoan

Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes

par Remy BRAUMAN,

    ancien président de Médecins sans frontières

    professeur associé à l'I.E.P. de paris.

  

    Selon Manuel Valls, l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ».

    Prononcée le 7 mars lors du dernier dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des juifs de France), organisme principalement dédié à la défense des gouvernements israéliens successifs auprès des autorités françaises, cette accusation vise à faire peser un soupçon indistinct d’infamie sur les mouvements de solidarité avec les Palestiniens. Voire à les criminaliser, comme on le constate avec la pénalisation des appels au boycott des produits israéliens en provenance des territoires occupés.

Passons sur le fait qu’il est permis – et même valorisé – dans notre pays d’appeler à la guerre (en Irak, au Darfour, en Syrie, en Libye) mais illicite de protester par un boycott de consommation contre une politique coloniale. Intéressons-nous plutôt aux rapports entre sionisme et antisémitisme, en nous souvenant en premier lieu que la majorité des juifs du monde, et notamment les Français, furent opposés au sionisme jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale et que même alors, la majorité des juifs d’Europe ne choisit pas la Palestine après la Shoah. Pas plus que les juifs russes fuyant les pogroms à la fin du XIXe siècle, dont seul 1 % se rendit en « Terre promise ».

Quant aux juifs français engagés dans le soutien au capitaine Dreyfus, tous ne suivirent pas Théodore Herzl, fondateur du sionisme, qui fit de ce procès inique le déclencheur de son projet national. Lorsque Herzl affirmait que l’affaire Dreyfus marquait l’échec du modèle républicain d’intégration des juifs, d’autres voyaient dans le foyer national juif un « piège tendu par l’antisémitisme » [1]. Et c’est dans une logique tout impériale que Lord Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, lui apporta son soutien en novembre 1917, durant la Première Guerre mondiale.

    Que l’on puisse sans contradiction être pro-sioniste et antisémite devrait tomber sous le sens, puisqu’il s’agissait, dès l’origine, de débarrasser l’Europe de ses juifs, projet commun des uns et des autres avant que surgisse la folie hitlérienne. La dimension biblique comptait dans ce soutien, les courants évangéliques anglais de l’époque, comme leurs homologues contemporains aux États-Unis, voyant dans le rassemblement des juifs en Palestine l’actualisation du récit de l’ancien testament et le prélude à l’avènement du Messie.

    Les plus fervents et les plus radicaux des défenseurs d’Israël en toutes circonstances se recrutent d’ailleurs parmi ces évangéliques américains, lesquels véhiculent les plus classiques des stéréotypes antisémites tout en soutenant les plus durs des colons israéliens. L’avenir qu’ils réservent aux juifs laisse songeur quant aux alliances de l’État hébreu : selon l’interprétation évangélique de la Bible, les juifs devront en effet se convertir ou périr lors du Jugement dernier hâté par leur regroupement en Palestine.

    On peut certes être antisioniste par haine des juifs, qui pourrait le nier ? Mais on peut n’être pas moins antisémite et un sioniste ardent, ce que notre Premier ministre semble ignorer. Estimer que la création d’Israël fut une décision funeste, y compris pour les juifs, relève de la liberté d’opinion, au même titre que l’opinion contraire. Telles sont, stricto sensu, les significations des mots antisioniste et sioniste. Les deux positions, regards opposés mais également légitimes sur un événement historique, peuvent se nourrir de l’antisémitisme, comme elles peuvent y être totalement étrangères.

    Les saisies de terres, destructions de maisons, emprisonnements administratifs, extensions de colonies, voilà ce qui nourrit aujourd’hui la critique d’Israël et de sa politique du fait accompli. Si le sionisme historique est pluriel, sa forme contemporaine est monocolore, largement sous le contrôle des colons. Et l’antisionisme est pour beaucoup une simple opposition à la stratégie d’occupation des territoires palestiniens et aux exactions qui l’accompagnent.

     Voilà ce que cherche à masquer le Crif, principal porte-voix du gouvernement israélien en France, désormais détrôné dans ce rôle par le Premier ministre.

     le 2avril 2016

[1] Voir l’article de Gilles Manceron, « Au croisement de trois histoires : antisémitisme, sionisme et droits des Palestiniens », Trop, c’est trop, 9 mars 2016.


les territoires de DAECH, de l'Atlantique à l'océan Indien

publié le 26 nov. 2015 à 11:31 par Jean-Pierre Rissoan






















Syrie, Irak, Proche-Orient : l'analyse de J.-F. BAYART (IHEID-Genève)

publié le 25 nov. 2015 à 05:12 par Jean-Pierre Rissoan

    Voici la reproduction de l'ITW parue dans le journal LE PROGRÈS de Lyon, de Jean-François BAYART, professeur à l'Institut des hautes études internationales et du développement de Genève. ITW parue dans le numéro du dimanche 22 novembre 2015.


    - démission de l'"Occident" sur la question palestinienne
    - alliance stratégique avec les pétromonarchies du Golfe pour des raisons mercantiles
    - neutralité coupable à l'égard de la propagande salafiste
    - réduction de notre aide au développement à laquelle s'est substituée celle des organisations islamistes
    - mauvaise politique à l’égard de l'Iran
    - DAECH produit l'intervention américaine de 2003
    - l'Occident n'offre plus que deux idéologies simples et visibles : l'offre djihadiste, l'offre d'extrême-droite.

    J.-P. R.

    

Villepin : « Faire croire que nous sommes en guerre est un piège »

publié le 21 nov. 2015 à 10:08 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 22 nov. 2015 à 15:25 ]

lire aussi : Dominique de Villepin : « Lever la voix face au massacre perpétré à Gaza »

Extrait de POLITIS.fr ; 15 novembre 2015

 

    Pour l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, le discours martial largement popularisé par Manuel Valls, le PS et l’opposition est une erreur.

 

    

C’est une voix discordante. Mais elle est la bienvenue. Invité dimanche du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, Dominique de Villepin a récusé l’idée « d’être en guerre », une expression abondamment utilisée par Manuel Valls, le PS et l’opposition depuis les attentats de vendredi soir. Or, pour l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, « nous sommes dans une période où les mots doivent avoir du sens  ».

    « Une guerre ce sont deux États et deux armées qui se confrontent », justifie Dominique de Villepin, ce qui n’est pas le cas des terroristes qui ont agi à Paris et au Stade de France :

    « Le fait [que les terroristes aient] utilisé des Kalachnikovs, des grenades, un certain nombre de munitions [ne] constitue pas une armée reconnue dans le cadre d’un État. En l’occurrence, nous avons des groupes fanatiques, un parti totalitaire. »

    La nature de « l’ennemi » n’est pas le seul argument avancé par Dominique de Villepin pour refuser de se considérer en guerre. « Je ne veux pas faire le jeu de l’ennemi », ajoute-t-il en mettant en garde contre les conséquences de cette idée. Un « piège », selon lui :

    « Quelle est la conséquence de cette idée  ? La première, c’est de déresponsabiliser les combattants terroristes qui se disent : ’Nous frappons, nous sommes des guerriers’. La seconde, c’est que nous légitimons qu’ils sont en guerre, qu’ils ont des objectifs de guerre et qu’ils veulent conquérir notre territoire, des positions. » Ce n’est pas « parce qu’une bande d’assassins fanatiques vous déclare la guerre que vous tombez dans le piège de la surenchère », argumente-t-il. Surtout quand ces assassins « veulent nous diviser et pousser notre pays à la guerre civile ».

    Tirons les leçons des engagements occidentaux au Moyen-Orient, demande l’ancien ministre des Affaires étrangères, qui s’était opposé en 2003 à la guerre en Irak : « Ces attentats sont en grande partie liés à un processus historique qui s’est accru avec les interventions en Afghanistan, en Irak, en Libye et ailleurs, et qui ont toutes rajouté de l’huile sur le feu. (…) Tirons les leçons de l’expérience : les choses n’ont fait que s’aggraver en 10 ans, les choses sont pires en Libye, en Afghanistan, en Irak. » « Quelle est le sens de la guerre totale ? » interroge encore Dominique de Villepin, qui met en garde :

« On va aller jusqu’au bout pour détruire une organisation terroriste. Cette organisation a toutes les chances, à partir de là, parce que nous allons mobiliser une partie des opinions publiques et des peuples au Moyen-Orient contre nous, d’accroître une contamination encore plus grande. »

    Pour l’ex-ministre des Affaires étrangères, « ce n’est pas à nous d’engager le combat avec nos armées là-bas. Cette approche de ‘guerre’ contre le terrorisme n’est pas la bonne ».

    En septembre 2014, Dominique de Villepin avait déjà tenu des propos similaires, en réponse au discours de François Hollande, à l’Assemblée générale des Nations unies. Dans l’émission Ce soir (ou jamais !), retrouvée par Les Inrocks, il déclarait : « Ayons conscience que nous avons nous-mêmes en grande partie enfanté l’Etat islamique. Nous nous sommes enfermés dans un cercle vicieux ». Et d’ajouter : « Il n’y a pas de contre-exemple, tout ce que nous savons de ce type de guerre menée depuis des décennies a conduit à l’échec, en particulier depuis l’Afghanistan. »

 


Qui sont les acteurs 
du conflit sur le terrain syrien ? Le territoire de DAESH (cartes)

publié le 29 oct. 2015 à 02:32 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 nov. 2015 à 05:31 ]

Hassane Zerrouky

Vendredi, 23 Octobre, 2015

L'Humanité

Sur le terrain, face au régime de Bachar Al Assad, les deux principales forces sont "l’EI" et l’Armée de la conquête.

- "L’EI" ou Daech

Il administre un territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak avec pour capitale Raqqa. Après avoir pris Palmyre, ses avant-gardes armées se trouvent dans la région de Damas mais aussi d’Alep. "L’EI" est, contrairement à ce qui se dit et s’écrit, soutenu principalement par les États du Golfe, Arabie saoudite en tête, via des fondations religieuses, mais aussi par la Turquie qui l’instrumentalise dans sa guerre contre les Kurdes. La force de "l’EI", selon le Gafi (Groupe d’action financière contre le blanchiment de capitaux (voir le rapport de janvier 2015), ce sont aussi la dizaine de champs pétroliers qu’il exploite et qui sont curieusement épargnés par les frappes de la Coalition internationale menée par les États-Unis. Qui plus est, "l’EI" contrôle l’oléoduc passant sur son territoire et qui relie Kirkouk au port turc de Ceyhan. Toujours selon le Gafi, la commercialisation du pétrole (350 000 barils par jour) rapporte à Daech autour d’un milliard de dollars par an.

- Seconde force dominante, l’Armée de la conquête,

L’Armée de la conquête est une alliance militaire regroupant cinq formations islamistes djihadistes. Le Front al-Nosra (Djebhat al-Nosra, branche syrienne d’al-Qaida) et Ahrar al-Sham (le plus grand groupe salafiste avec 20.000 combattants) en sont les fers de lance, suivis par l’autre groupe salafiste parrainé ouvertement par Riyad, Jaysh al-Islam (Armée de l’islam, 10 000 hommes) de Zahran Allouch, présent dans l’arrière-pays damascène. L’Armée de la conquête, soutenue par les pétromonarchies et la Turquie, est présentée par ces derniers comme l’alternative sunnite à "l’EI" et, dans ce sens, la ville d’Idleb (Nord syrien) doit servir de modèle de gouvernance. C’est pourquoi, ils ont veillé à ce que cessent les exécutions publiques de soldats syriens ou de personnes suspectées à tort ou à raison d’être proches du régime de Damas. Et si ces groupes divergent entre eux, et s’affrontent parfois avec "l’EI" –(…)– c’est pour une question de prééminence islamiste et rien d’autre car au fond – il suffit de lire leurs programmes –, ils sont tous pour l’établissement d’un État théocratique. Et dans les territoires syriens qu’ils administrent, la chariâa est appliquée sans états d’âme.

Ainsi qu’on le voit, la galaxie islamiste syrienne est complexe. Imaginons dès lors ce qui se passerait si, demain, Damas tombait entre les mains de ces groupes islamistes. Peut-on croire un instant qu’ils vont instaurer les libertés démocratiques et le respect des droits humains, à ­commencer par ceux de la femme et des minorités non sunnites ?

- Les Forces démocratiques syriennes.

Les Kurdes de l’YPG (unités de protection du peuple), qui ont constitué avec deux groupes arabes une alliance, les Forces démocratiques syriennes (FDS), sont le troisième acteur avec qui il faudra compter. Les YPG, aidés par les frappes américaines, ont bouté "l’EI" d’une partie du territoire kurde syrien. Bien que non reconnus par Ankara et Riyad, les FDS, partisans d’une solution politique basée sur un compromis avec le régime syrien, se sont imposées comme la troisième force militaire sur le terrain.

Quant à l’Armée syrienne libre (ASL), elle n’existe pratiquement plus.

fin de l’article de Hassane Zerrouky

 Addendum


 

 


L’Arabie réprime ses opposants et soutient les djihadistes par Hassane ZERROUKY

publié le 7 oct. 2015 à 08:07 par Jean-Pierre Rissoan


L’Arabie réprime ses opposants et soutient les djihadistes

 

par Hassane Zerrouky

L’Humanité du 30 septembre 2015

 

    La menace de mort et de crucifixion pesant sur Ali Al Nimr, 21 ans, est symptomatique d’un régime répressif, allié docile de l’Occident capitaliste, poussé pour sa survie à soutenir les groupes djihadistes dans la région afin d’empêcher l’émergence de régimes démocratiques.

  

 Depuis le 21 septembre 2015, l’Arabie saoudite est membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Ni les États-Unis, pour qui la monarchie saoudienne est une chasse gardée, ni l’Union européenne et encore moins la France – 10,3 milliards de dollars de contrats signés en juin et 3 milliards d’achat d’armes en septembre avec Riyad – n’y ont trouvé à redire. Pourtant, il y avait matière à s’opposer à la promotion d’un des régimes les plus durs au monde où la décapitation en série est devenue presque banale. Ainsi en va-t-il pour Ali Mohammed Al Nimr, vingt ans (ci-contre), dont la décapitation au sabre, puis la crucifixion, peuvent intervenir à tout moment (voir l’Humanité du 25 septembre). Deux autres prévenus, ainsi que le dignitaire chiite Cheikh Nimr Baqer Al Nimr, condamnés pour les mêmes motifs, sont dans le même cas. Leur crime ? Avoir manifesté lors du printemps arabe en 2012 (Ali n’avait que dix-sept ans), à Qatif et à Awamiyeh, dans cette région de l’est de l’Arabie, qui regorge de pétrole, où les chiites, pourtant majoritaires, discriminés et stigmatisés, sont écartés des affaires. Cette condamnation pour "hérésie" est intervenue après celle de trois autres protestataires – deux peines capitales et une peine de douze ans de prison – pour avoir manifesté contre le régime. Son exécution, qui portera à 134 le nombre de personnes décapitées depuis le début de l’année, a bien entendu une visée politique : un avertissement à la minorité chiite.

    Dans ce royaume allié stratégique des États-Unis, auquel la France ne cesse de faire la cour, les exécutions au sabre ont lieu en public, parfois sur un simple parking bordant un hypermarché – Carrefour et Auchan et plusieurs enseignes françaises sont d’ailleurs présents –, comme ce fut le cas de cette jeune Birmane en janvier dernier. Les autorités invoquent la dissuasion pour justifier ce type d’exécution, voire la flagellation, les amputations de main pour vol, ou la lapidation, cette dernière étant de moins en moins pratiquée. Avant Ali Al Nimr, le jeune blogueur Raif Badawi, accusé d’apostasie et d’insulte à l’islam, a été condamné à dix ans de prison et 1 000 coups de fouet à raison de 50 par semaine (il n’a subi qu’une seule séance). Et, suite aux protestations internationales, sa peine pourrait être revue à la baisse.

        La police religieuse veille à ce que tout le monde se rende à la mosquée

    Dans cette monarchie théocratico-féodale, seul État au monde à porter le nom d’une dynastie, celle de la caste des Saoud, où le wahhabisme, doctrine politico-religieuse tirant son nom de son fondateur Mohammed ben Abdelwahhab (mort en 1792), fait fonction d’idéologie officielle et de Constitution, il n’y a ni partis, ni syndicats, ni liberté d’expression, de presse ou de manifestation, ni théâtre, ni cinémas, et les femmes ont l’interdiction de conduire une voiture. Les commerces et administrations sont contraints de fermer aux heures de prière. Et la police religieuse veille à ce que tout le monde se rende à la mosquée.

    Certes, conscient de cet état de fait, l’ex-roi Abdallah, décédé en début d’année, a tenté d’initier quelques réformes très prudentes afin d’ancrer son pays dans l’ère moderne. Premier producteur mondial de pétrole au monde – l’Arabie détient les deuxièmes plus importantes réserves pétrolières au monde –, employant une main-d’œuvre immigrée estimée à 6 millions d’individus (30% de la population du pays) payée au lance-pierres, et disposant de réserves de change de 600 milliards de dollars, le régime saoudien a dû investir dans l’éducation et la formation pour faire face à ses besoins. Sur une population de 30 millions d’habitants, plus de 60% ont moins de 30 ans. Ces jeunes, dont beaucoup sont des diplômés de l’enseignement supérieur – plusieurs milliers ayant été formés dans les grandes universités anglo-saxonnes – aspirent, à l’instar du blogueur Raif Badawi, à vivre avec leur temps. Qui plus est, l’émergence de classes moyennes – universitaires, hommes d’affaires, journalistes, intellectuels – et leur intérêt pour la condition des femmes tentent de bousculer, au prix de leur liberté, le carcan wahhabite. Ainsi en a-t-il été de trois personnalités saoudiennes de la société civile – Ali Al Demaïni, Abdallah Al Hamed et Matrouk Al Fatah – condamnés en 2005 à des peines de 6 à 9 ans de prison pour avoir adressé une pétition, signée par 116 autres personnes aux autorités, demandant l’instauration d’une "monarchie constitutionnelle" en utilisant "une terminologie occidentale" !

        Le redoutable pouvoir de la Ligue islamique mondiale

    Cette répression interne visant à étouffer toute voix libre est complémentaire de la politique de soutien aux islamistes salafistes dans la région. La dynastie saoudienne, cette alliée docile de Washington, a toujours vu d’un mauvais œil les entreprises de démocratisation dans la région. Son rêve – la survie du régime wahhabite en dépend – est de voir le monde arabe et maghrébin peint aux couleurs vertes, avec l’instauration de dictatures religieuses allant du golfe Persique à l’Atlantique et, partant, de faire pièce à l’Iran chiite, considéré comme une menace pour son monopole sur le monde musulman. Et, pour ce faire, elle met les moyens.

    En plus du monopole religieux que le régime saoudien s’est attribué via le pèlerinage de La Mecque, elle dispose à travers la Ligue islamique mondiale (LIM), ayant un statut d’ONG, d’un redoutable pouvoir de nuisance. Cette organisation, qui dispose d’un fonds de plusieurs milliards de dollars – officiellement des dons de particuliers –, finance, sous prétexte de propagation du message religieux ou de défense des minorités musulmanes (Bosnie, Tchétchénie, Ouïgours en Chine) des mouvements islamistes, parmi lesquels les Moudjahidin afghans (dans les années 80), l’"État islamique" ("EI"), le Front al-Nosra (branche syrienne de Al-Qaïda) et d’autres groupes islamistes syriens, yéménites ou russes, voire Aqmi au Sahel. Sans la manne financière de Ryad et d’autres États du Golfe, ces mouvements radicaux qui disposent d’une redoutable efficacité – la force armée de l’"EI" est supérieure à celle de la Jordanie – ne seraient que de simples groupuscules terroristes.

Le pétrole, l’autre arme utilisée par les Saoudiens

    Autre arme utilisée par l’Arabie saoudite à l’endroit de ses adversaires, le pétrole. À travers une stratégie délibérée de baisse des prix du baril – une offre supérieure à la demande – motivée par la production du pétrole de schiste (ce dernier ne serait pas rentable en dessous de 60 dollars), les Saoudiens visaient en réalité l’affaiblissement de la Russie et de l’Iran (mais aussi de l’Irak), alliés de la Syrie de Bachar Al Assad. Reste à savoir si Riyad, qui a déjà perdu plus de 100 milliards de dollars en 2015, et qui doit financer sa guerre au Yémen, va poursuivre une stratégie préjudiciable à terme pour ses intérêts.


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